samedi, 28 avril 2007
Livre à lire:"Sa dernière journée" de Jacques Lederer Melville Léo Scheer, 141 p., 15 €.
ASTRID DE LARMINAT.
Publié le 19 avril 2007
Actualisé le 19 avril 2007 : 11h51
Jacques Lederer relate les dernières vingt-quatre heures de son amie Michèle Desbordes.
EN LIEU et place de monument funéraire - les cendres de Michèle Desbordes furent dispersées dans la Loire -, Jacques Lederer lui érige une stèle littéraire. La romancière abrégea ses jours il y a un peu plus d'un an, après sept années de bataille contre le cancer. Sachant que la mort approchait dans son dos, elle avait fixé le jour et l'heure où elle ferait volte-face pour la défier du regard. Et demandé à Jacques Lederer, ce presque frère, ami de quarante ans, de lui tenir compagnie durant sa dernière journée, jusqu'à ce que la ciguë ait accompli son oeuvre. Ensuite, ils avaient convenu qu'il claquerait la porte de sa maison en laissant la clé à l'intérieur.
La littérature est au-dessus des lois. D'ailleurs, ce récit sans crêpe noir ni trompettes n'est pas un manifeste pour l'euthanasie. C'est comme si, ne sachant « quel nom » donner à « cet acte » auquel il « a prêté la main », l'auteur avait ressenti la nécessité de mettre en mots les derniers moments de cette « grande dame », comme il la nomme. Il ne cherche pas non plus à saisir l'indicible entre les pinces de sa prose. Ce qu'il a ressenti, il le garde pour lui. Ce qu'il y avait au fond du coeur de Michèle Desbordes, on ne le saura pas. Sur un air de Charlie Parker, qui inspira à la romancière ses tout derniers mots, il improvise un texte libre autour des bribes de conversation badine qui émaillèrent ces dernières vingt-quatre heures.
À quelques heures de la mort, attendant que l'homme en cravate et attaché-case mandaté pour délivrer la substance mortelle sonne à la porte, ils se chamaillèrent au sujet de Stendhal et de Chateaubriand. Elle fit quelques corrections sur un manuscrit. Il lui chanta des ballades. Elle fit remarquer qu'elle s'ennuyait. Ils firent assaut de bons mots et de blagues à deux balles, un humour qu'on aurait pu dire noir s'il n'était si espiègle, tellement léger. Il faut dire qu'à l'aune de sa fin, l'inconsistance de l'existence est vertigineuse. Le néant, seul, semble réel.
Ce qu'il y a d'inimaginable dans cette situation, deviser en regardant sa montre parce qu'on a fixé soi-même son rendez-vous avec la mort, transparaît dans les silences du récit qui ne se départ pas d'une sorte d'élégance dépouillée. « Je ne mollirai pas », s'était promis Michèle Desbordes. Il y a du sublime dans ce courage-là.
La littérature est au-dessus des lois. D'ailleurs, ce récit sans crêpe noir ni trompettes n'est pas un manifeste pour l'euthanasie. C'est comme si, ne sachant « quel nom » donner à « cet acte » auquel il « a prêté la main », l'auteur avait ressenti la nécessité de mettre en mots les derniers moments de cette « grande dame », comme il la nomme. Il ne cherche pas non plus à saisir l'indicible entre les pinces de sa prose. Ce qu'il a ressenti, il le garde pour lui. Ce qu'il y avait au fond du coeur de Michèle Desbordes, on ne le saura pas. Sur un air de Charlie Parker, qui inspira à la romancière ses tout derniers mots, il improvise un texte libre autour des bribes de conversation badine qui émaillèrent ces dernières vingt-quatre heures.
À quelques heures de la mort, attendant que l'homme en cravate et attaché-case mandaté pour délivrer la substance mortelle sonne à la porte, ils se chamaillèrent au sujet de Stendhal et de Chateaubriand. Elle fit quelques corrections sur un manuscrit. Il lui chanta des ballades. Elle fit remarquer qu'elle s'ennuyait. Ils firent assaut de bons mots et de blagues à deux balles, un humour qu'on aurait pu dire noir s'il n'était si espiègle, tellement léger. Il faut dire qu'à l'aune de sa fin, l'inconsistance de l'existence est vertigineuse. Le néant, seul, semble réel.
Ce qu'il y a d'inimaginable dans cette situation, deviser en regardant sa montre parce qu'on a fixé soi-même son rendez-vous avec la mort, transparaît dans les silences du récit qui ne se départ pas d'une sorte d'élégance dépouillée. « Je ne mollirai pas », s'était promis Michèle Desbordes. Il y a du sublime dans ce courage-là.
10:50 Écrit par laura dans Ma liste de livres à lire | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : livre, jacques lederrer |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook |
















Commentaires
Il faut quand même le faire, écrire sur les derniers moments de la vie d'une personne.
Écrit par : elisabeth | dimanche, 29 avril 2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Laura | lundi, 30 avril 2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : elisabeth | lundi, 30 avril 2007
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Laura | lundi, 30 avril 2007
Répondre à ce commentaireLes commentaires sont fermés.