samedi, 21 février 2009

Lu dans la presse le 20 février 2009:Rimbaud, "rebelle enfantin et absolu"

rimbaud.jpgLE MONDE DES LIVRES | 19.02.09 | 16h39  •  Mis à jour le 19.02.09 | 16h39

Verlaine manqua Rimbaud à la gare quand il vint l'y accueillir pour la première fois. Ils ne se reconnurent pas. L'auteur de La Bonne Chanson avait répondu au lycéen brillant de Charleville qui avait exprimé son désir de venir à Paris pour le rencontrer : "Venez, chère grande âme, on vous appelle, on vous attend." Mathilde Verlaine reçut donc seule, avec sa mère, au foyer conjugal, celui qui, avec l'absinthe, allait être, selon ses propres termes, la source du malheur de son mari et, par conséquent, de sa propre souffrance. Elle était enceinte. Elle allait accoucher quelques semaines plus tard. Elle remarque la beauté de ses yeux bleus, ses cheveux hirsutes, son pantalon trop court, son air sain de paysan. Le chaos qu'entraîna cette apparition vénéneuse et angélique fait partie de l'histoire littéraire.

 


Verlaine héberge le poète prodige, puis l'ami du poète prodige (le dessinateur Louis Forain). Il les appelle sa petite chatte blonde et sa petite chatte brune. Il quitte femme et bébé. Fugues, retours, séparations, chantages, soûleries, exaltations, poursuites familiales : mères et belles-mères s'en mêlent. L'une va à Londres, l'autre à Bruxelles. Coups de feu. Verlaine tire sur Rimbaud. Suppliques, dénonciations, incarcération, procès. Le scandale est immense. Est-on dans la littérature, dans le mélodrame, dans la fable ? La question a toujours été posée, concernant Rimbaud. L'oeuvre a cependant exercé sur la sensibilité poétique, non seulement française, mais mondiale, une influence que nul ne conteste, bien qu'elle tienne en totalité dans un opuscule que l'on glisse aisément dans la poche. Comme celle de Villon. Mais il y a les mots et l'arrière-fond.

Le mausolée a été dressé du vivant de Rimbaud qui file sous d'autres cieux, comme on sait, et se tait. Il n'a publié de lui-même qu'Une saison en enfer, en 1873. Il avait 19 ans. Le reste, c'est Verlaine qui s'en chargea dès 1884. Puis d'autres. Les Illuminations paraissent en revue en 1886. Mais Arthur Rimbaud est depuis longtemps ailleurs.

Quel regard porter sur cette oeuvre mi-volontaire mi-involontaire, mi-autographe mi-recopiée, mi-vivante mi-posthume ? La nouvelle édition de La Pléiade, sous la direction d'André Guyaux, tente de répondre à cette question, en tranchant : il faut distinguer l'oeuvre voulue et l'oeuvre en quelque sorte documentaire. Celle qu'a élaborée Arthur Rimbaud, qu'il l'ait publiée lui-même (sous forme d'une unique plaquette), qu'il l'ait confiée à ses amis et aux poètes qu'il admirait, ou qu'il en ait formé le projet. Et celle qui a été attachée à la légende. Cette oeuvre-là, qui n'est pas à strictement parler poétique, puisqu'il s'agit de sa correspondance familiale et professionnelle, datant de la deuxième partie de sa vie, entre sa rupture avec Verlaine et sa mort à Marseille, en 1891, est pourtant essentielle, puisqu'elle a permis de consolider le mythe.

La présentation de cette nouvelle Pléiade permet donc, clairement, délibérément, de séparer, si l'on peut dire, deux vérités. La première est celle d'un système poétique voulu qui s'exprime dans les livres connus, Une saison en enfer, Les Illuminations, et un certain nombre de poèmes et de prose, où sont résumés les fondements de sa poétique. La deuxième est celle de la vie mutique. Le parti pris est juste littérairement parce qu'il permet de suivre l'évolution de la création : des poèmes écrits sous l'influence de l'école, si brillamment qu'ait été réinterprété l'académisme par cet élève de génie, aux fulgurances d'images, de rythmes, de conflagrations syntaxiques, où s'entrechoquent des esthétiques de chansonnettes et des déclamations métaphysiques, où s'entremêlent des hallucinations et des aphorismes qui s'inscriront dans la mémoire poétique de tous les lecteurs contemporains et à venir.

Les poèmes, insérés dans les lettres ou proposés dans leurs différentes variantes, paraissent encore vibrer de vie dans leur fragilité, leur fermeté, leurs hésitations ou leurs formulations immédiates et définitives. Donnés dans leur succession chronologique, les textes sont présentés sous deux formes : en corps normal s'ils reproduisent des autographes, en corps réduit si le manuscrit n'existe plus, c'est-à- dire si leur authenticité est désormais incontrôlable, Verlaine, le plus souvent, les ayant recopiés.

 

"UN SCANDALE ACCEPTÉ"

 

Dans la deuxième partie, constituée de documents (dont les actes du procès de Bruxelles, après la tentative d'assassinat de Rimbaud par Verlaine, en 1873), on entre dans un autre univers, qui est celui du silence poétique de Rimbaud. Mais, brisant ce silence, beaucoup de bruit et de questions. Les soeurs et la mère de Rimbaud écrivent. Et après la mort du poète, d'autres encore : la femme de Verlaine, le mari d'Isabelle Rimbaud, enfin tous ceux qui, après Verlaine lui-même, achèveront d'élever la statue.

"A partir de Rimbaud, tout poète deviendra un scandale accepté par l'élite cultivée", affirmait Pasolini. Rimbaud devait occuper et indiquer, par la perfection même de son image, par l'impeccable cohérence de sa vie, de son oeuvre et de leur autodestruction, la place qui revenait au poète, défini, ailleurs, par le même Pasolini, comme "le rebelle enfantin et absolu".

Celui qui se flattait "d'inventer un verbe poétique accessible, un jour ou l'autre, à tous les sens" avait surtout mis en place un système d'images et de formules auquel allait se soumettre tout poète futur. Non seulement la couleur des voyelles ou le "dérèglement de tous les sens", "les fleuves impassibles" ou les "déserts de l'amour", mais mille autres formules qui furent autant de visions du monde, et définirent une langue sans laquelle aucun poète après lui ne pourrait plus écrire. Son oeuvre et sa vie apparurent alors comme un continent dont chaque nouveau commentateur est l'indispensable cartographe.


 

Œuvres complètes d'Arthur Rimbaud
Edition établie par André Guyaux, avec la collaboration d'Aurélia Cervoni,
Gallimard, "Bibliothèque de la Pléiade", 1 102 p., 49 € (prix de lancement : 42,50 € jusqu'au 30 juin).

 

René de Ceccatty

 

http://www.lemonde.fr/livres/article/2009/02/19/rimbaud-r...

14:04 Écrit par laura dans La poésie | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : rimbaud, "rebelle enfantin et absolu", poésie, littérature | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook |

Commentaires

Je ne connais que des bouts de la vie de Rimbaud, cette note comble quelques vides. Pourquoi pas un film sur sa vie ? Peut être un jour ?

Écrit par : elisabeth | samedi, 21 février 2009

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Ca a déjà été fait...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Arthur_Rimbaud#Rimbaud_.C3.A0_la_radio.2C_au_cin.C3.A9ma_et_.C3.A0_la_t.C3.A9l.C3.A9vision
Et puis, le mieux avec Rimbaud, Capote ou d'autres, c'est de les lire...

Écrit par : laura | lundi, 23 février 2009

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