samedi, 07 mars 2009

Lu dans la presse le 27 février:La crise américaine touche aussi les suppléments littéraires

LE MONDE DES LIVRES | 26.02.09 | 11h17  •  Mis à jour le 26.02.09 | 11h17

Le 15 février est parue la dernière édition du supplément littéraire du Washington Post, l'un des deux plus grands quotidiens outre-Atlantique. Ce célèbre supplément, intitulé "Book World" - et dont plusieurs critiques avaient reçu le prix Pulitzer - figurait jusqu'ici à l'intérieur du journal, mais se vendait également comme entité séparée. Depuis le 22 février, ses articles paraissent dans deux rubriques consacrées à d'autres sujets : "Outlook", page de débats et commentaires, et "Style & Arts", une section comprenant l'"entertainment" sous toutes ses formes. C'est désormais sur Internet que la rubrique littéraire continuera d'être publiée séparément, à l'exception de quelques numéros spéciaux : les lectures d'été et les livres pour enfants.


La raison de cet arrêt de mort ? Le manque de publicité. "Elle , évidemment. "Elle ne justifiait plus l'espace consacré chaque semaine dans "Book World" à la couverture des livres", a annoncé la semaine dernière Marcus Brauchli, l'un des rédacteurs en chef du Washington Post, ajoutant aussitôt que le nombre de critiques ne diminuera "presque pas" au sein du journal, "même s'il est vrai que nous disposerons de moins de place".

Quoique décriée dans l'ensemble des cercles littéraires du pays - notamment par le très respecté National Book Critics Circle, qui a fait circuler une pétition contenant quelques grands noms de la littérature américaine -, la décision paraît sans appel. Car elle n'est pas uniquement liée à la crise économique qui ravage l'industrie du livre aux Etats-Unis. Depuis plusieurs années déjà, les éditeurs dépensent une part infime de leur budget marketing pour la publicité, préférant les accords de coopération avec les chaînes de librairies comme Barnes & Noble, qui garantissent que certains livres seront clairement mis en valeur dans les vitrines de magasins.

L'effet sur la culture littéraire, déjà piétinée par les logiques de la culture de masse, risque d'être délétère, comme l'observent de nombreux critiques, écrivains et lecteurs. "Alors que les statistiques nationales témoignent d'un léger regain d'intérêt pour la lecture, note un blogueur de Washington, les journaux semblent prendre le parti scandaleux de considérer la littérature comme une pratique marginale et peu lucrative."

Pour calmer l'angoisse qui a saisi le monde littéraire américain à l'annonce de cette clôture, le Washington Post a annoncé qu'il expérimenterait "des formes nouvelles de reportages littéraires" plus axés sur des thèmes d'actualité. "Si trois livres paraissent sur Lincoln, explique M. Brauchli, nous les rassemblerons en un seul article ; ou bien nous ferons un papier sur l'influence de Lincoln sur la politique de Barack Obama."

 

DEUX SURVIVANTS

 

Lueur d'espoir pour les amateurs de livres : créé en 1967, "Book World" avait déjà été relégué à la section "Style" en 1973, avant d'être rétabli comme entité séparée au début des années 1980. Tout reste donc possible. Nombre d'éditeurs, par ailleurs, justifient les transformations actuelles en se déclarant certains que l'intégration des critiques de livres aux pages générales attirera l'attention d'un lectorat plus étendu. Et les recensions, assurent-ils, continueront et s'étendront sur Internet. Or, aux yeux de nombreux journalistes, Internet modifie la nature même de la fonction critique, puisqu'il s'agit, pour le lecteur, d'y rechercher un article plutôt que de glisser son regard au fil des pages, limitant de fait la portée d'une critique sur un auteur peu connu du grand public.

Cela dit, certains lecteurs de "Book World" s'accommodent de sa disparition. Un blogueur du Colorado semble ainsi faire écho à une part significative du lectorat lorsqu'il écrit : ""Book World" était si médiocre qu'il n'était franchement pas digne d'un journal aussi prestigieux (...). En tant que concept, donc, "Book World" me manquera ; en tant que réalité, bon débarras !"

Les seuls suppléments résistant jusqu'ici à la crise sont ceux du San Francisco Chronicle - qui préserve une "Book Review" de huit pages, même si le nombre total d'articles a nettement diminué - et du New York Times. Le Los Angeles Times a, quant à lui, éliminé son supplément littéraire en 2007, bien qu'il ait augmenté le nombre d'articles publiés en ligne. "Peut-être est-ce simplement une nostalgie idiote de ma part, explique son ultime rédacteur en chef, Steve Wasserman, mais j'aime à penser que la République des lettres mérite une région qui lui soit propre."

La sacro-sainte "New York Times Book Review" demeure le plus grand supplément littéraire outre-Atlantique, avec jusqu'à trente pages tous les dimanches, quinze journalistes et des dizaines de collaborateurs. En outre, la "NYTBR" est vendue séparément à 23 500 abonnés, et chaque semaine 4 200 exemplaires sont achetés en librairie dans tout le pays. Les éditeurs refusent néanmoins de se prononcer sur l'avenir du supplément, la crise ayant provoqué les plus grosses pertes qu'ait accusées le New York Times depuis la Grande Dépression.

Lila Azam Zanganeh
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Commentaires

Que de bouleversements, je ne vis pas là bas mais je peux comprendre qu'ils aient envie de changer de stratégie. Lire sur écran n'est pas aisé, on se fatigue plus vite je trouve. Avec un livre, on peut facilement s'arrêter et reprendre quand on veut. Mais sur un ordinateur on passe déjà beaucoup de temps pour autre chose que de la lecture...

Écrit par : elisabeth | samedi, 07 mars 2009

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Rien ne vaut pour moi le plaisir d'aller chercher son journal et de se noircir les doigts en le lisant...

Écrit par : laura | dimanche, 08 mars 2009

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