vendredi, 27 février 2009

Lu dans la presse le 27 février:Pascal Garnier : "Je n'ai jamais supporté ce que les gens appellent la vraie vie"

LE MONDE DES LIVRES | 26.02.09 | 11h02  •  Mis à jour le 26.02.09 | 11h02

Il a l'air un rien perdu, debout, dans le salon de ce grand hôtel parisien. Une large casquette de tweed enfoncée sur la tête. Enveloppé d'un long manteau chiné. Ici, au milieu du brouhaha discret des conversations, dans ce décor de fauteuils de velours rouge et de meubles Art déco, Pascal Garnier ressemble à Little Nemo, le personnage de la bande dessinée de Winsor McCay que ses rêves entraînent toujours dans des endroits inconnus et qui se réveille à chaque fois en tombant de son lit.

 


Il cherche autour de lui. "C'est vous, n'est-ce pas ? Je n'étais pas bien sûr du rendez-vous." En voilà un qui n'a pas attendu aujourd'hui et ses bientôt 60 ans pour être distrait. Enfin, disons plutôt qu'il s'absente. "Tout petit à l'école, confie-t-il, je regardais la fenêtre, puis la pendule, puis à nouveau la fenêtre." Envie d'être ailleurs, tout simplement. "Je n'ai jamais supporté ce que les gens appellent la vraie vie. Il fallait que j'imagine, que j'invente. J'aimais les héros, je voulais être un héros."

Comment fait-on pour ne pas se tromper de chemin lorsque l'on a cet impérieux désir en tête ? En s'efforçant de rater la "vraie vie" des autres. "Je n'avais pas tout à fait 16 ans, et un seul trimestre de 3e, lorsque l'éducation nationale et moi avons rompu. Je suis parti. Je n'avais qu'une idée : franchir les frontières." Le jeune garçon va abandonner derrière lui une enfance "pas vilaine" dans le 13e arrondissement, puis à Puteaux et à Versailles. Un frère, une soeur. La blanchisserie familiale. Des parents "plutôt gentils"... Tous les deux avaient le goût des voyages. "Ma mère aimait les livres. Au fond, c'est à cause de ça que je suis parti. A cause des livres." Il sourit. Détourne les yeux un instant.

Grèce, Turquie, Moyen-Orient, Asie... La fugue adolescente va durer une dizaine d'années, avec quelques retours. Très peu. "Je faisais la route, poursuit-il. J'étais un beatnik. On se défonçait. On parlait interminablement. Je me sentais libre. Je crois que j'étais heureux." Mais, à force de fuite, les lignes se brouillent. Pascal Garnier rentre, pour de bon. Sans perdre tout à fait sa bougeotte. "Je tournais avec des groupes de rock. Je faisais les paroles des chansons." Quelque chose commence en effet à le démanger. "Je n'osais pourtant pas aller plus loin, explique-t-il. Je maîtrisais mal l'orthographe. Je me battais avec les conjugaisons." Il se marie aussi. Un hasard amoureux. "On y croit tellement..." Sa belle-famille est riche. Voilà qu'il se retrouve à gérer un château et des terres quelque part dans l'Yonne. "Là, je n'étais vraiment pas à ma place. J'ai vite été dévoré d'ennui. Je lisais, je lisais." Encore la fiction. Ce qui a changé, c'est qu'il veut, lui, l'écrire. "Les histoires que je racontais m'ont permis de m'évader." Il se sauve en effet. Une nouvelle fois. Divorce. Remariage. Installation dans le 14e arrondissement. Bricoles et combines. Où cela va-t-il le mener ?

 

HUMOUR GRINÇANT

 

Gilles Vaugeois, le libraire de la rue des Plantes, remarque ses nouvelles et en imprime deux (Contes gouttes, L'Entreligne, 1985) dans ce qu'il appelle ses "45-tours littéraires". Tirage restreint, beau papier... Le petit volume tombe sous les yeux de son voisin, l'éditeur Paul Otchakovsky-Laurens, qui publiera un premier recueil, L'Année sabbatique (POL, 1986). Voilà comment Garnier est devenu écrivain... Surclassement, un autre recueil, sort chez POL l'année suivante. "Mais je voulais passer au roman. J'étais impatient." Du temps à rattraper... Ce sera grâce à Vaugeois, à nouveau, qu'il pourra toucher à cet autre registre. Avec Le Pain de la veille (L'Entreligne, 1989), que suivra plus tard La Solution esquimau (Fleuve noir, 1996 ; Zulma, 2006), Pascal Garnier commence un long cycle de narrations désespérées et tendres. Des textes à l'humour terriblement grinçant. Qui broient le noir et qui serrent le coeur. C'est qu'il est incroyablement proche de ses personnages (des gens simples, plutôt abîmés par l'existence) et de ses lecteurs aussi. Allant sans cesse des uns aux autres, dans un souci du complément.

Il a fait l'apprentissage de cet échange en écrivant pour la jeunesse. Après Un chat comme moi (Nathan, 1986), jolie histoire de solitude et de métamorphose, viendront une bonne trentaine d'autres titres. "Cela a été une excellente école pour moi. Les enfants sont des lecteurs impitoyables. La moindre lassitude leur fait fermer le livre." La rencontre avec Laure Leroy, son éditrice chez Zulma, où il a maintenant neuf titres, va aiguiser encore cette exigence. Le premier d'entre eux, L'A26 (Zulma, 1999), roman terrible où un employé de la SNCF cancéreux fait disparaître dans le béton d'une autoroute en construction les jeunes filles qu'il assassine, marque un vrai changement d'approche. "Avant, je racontais des histoires, explique Garnier. Maintenant je les laisse raconter par ceux qui les vivent."

Un tragique gagnant du Loto, un tueur à gages épuisé, un ange du bizarre déguisé en cuisinier... La prise du pouvoir du texte par les personnages : quelle plus belle réussite littéraire aurait pu imaginer ce petit garçon qui pensait que la réalité ne vaudrait jamais la fiction ?


Les Hauts du bas vient d'être publié au Livre de poche (n° 31 206, 190 p., 5,50 €), et Zulma réédite L'A26 (104 p., 15 €).

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Commentaires

Il me semble connaître son histoire. Je l'ai lu quelque part. Son parcours est atypique....

Écrit par : elisabeth | dimanche, 01 mars 2009

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C'était une découverte pour moi...

Écrit par : laura | lundi, 02 mars 2009

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