vendredi, 17 avril 2009

Lu dans la presse aujourd'hui:William Blake, peintre-graveur "illuminé"

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Cet homme était cinglé. Qu'on en juge : soucieux d'économiser les frais de typographie nécessaires pour ses poèmes illustrés, il écoute les conseils techniques de son frère Robert et les applique à une forme de gravure encore inconnue à ce jour. Problème : Robert est mort de tuberculose en 1787, et c'est son fantôme qui dicte à William Blake (1757-1827) la meilleure manière de pratiquer l'impression à l'eau-forte en relief.

Cet homme est une légende. Poète, graveur, peintre, il est considéré comme l'un des plus grands artistes britanniques. Dès l'école primaire les petits Anglais apprennent son ode Tyger ou chantent son hymne Jerusalem. L'exposition que le Petit Palais, à Paris, consacre à William Blake, jusqu'au 28 juin, est la première en France depuis 1947. Elle regroupe quelque cent cinquante dessins, gravures, enluminures, livres et aquarelles. Toutes ces oeuvres ont été prêtées par les principaux musées britanniques, des collectionneurs privés, le Musée du Louvre et le Philadelphia Museum of Art.

Cet homme suscite des vocations passionnées. L'écrivain André Gide (1869-1951) l'a traduit en 1923 ; on a vu, lors du vernissage, fin mars, une jeune Britannique faire des pieds et des mains pour profiter d'un carton d'invitation ; des gens capables d'endurer un accrochage dense, et une foule serrée, pour entrevoir entre deux épaules un bout de dessin ; un historien d'art, Michael Phillips, qui a consacré sa vie à la seule étude du maître.

C'est ce dernier qui, avec Daniel Marchesseau, directeur du Musée de la vie romantique, à Paris, est le maître d'oeuvre de l'exposition. Il décrit dans le catalogue "les promenades solitaires" qui mènent Blake le long de la Tamise où, à Peckham Rye, surviennent ses premières visions. "Un arbre rempli d'anges et, une autre fois, des anges parmi les faneurs dans les champs." Il en a d'autres, notamment lors de son apprentissage chez le graveur James Basire, qui l'envoie copier les gisants de l'abbaye de Westminster où lui apparaissent le Christ et les apôtres.

Blake est un peintre qui fait des livres. Qu'il écrit à l'envers, en miroir, comme l'exige la gravure. Il les appelle les imprimés "enluminés". Illuminés plutôt. La seule critique publiée lors de son exposition personnelle de 1809 - l'unique de son vivant - le qualifie de "pauvre fou". L'exposition reçoit six visiteurs. "Cet homme se laisse emporter je ne sais où, vers l'Hadès ou quelque asile d'aliénés", commente l'un d'eux, l'essayiste Charles Lamb, qui ajoute "mais je pense qu'il est l'une des personnes les plus extraordinaires de son temps."

S'il connaît un certain succès comme graveur d'interprétation, ses propres oeuvres n'intéressent que quelques mécènes. Il ne vend qu'une douzaine d'exemplaires de ses Illustrations du Livre de Job. Il vit modestement, dans deux pièces dont l'une lui sert aussi d'atelier, avec sa femme qu'il a épousée illettrée et à laquelle il a appris à lire et à écrire. Elle l'aide aussi, y compris à trouver l'inspiration, "quand les visions nous abandonnent".

 

GISANTS GOTHIQUES

Dans ce cas, le couple s'agenouille pour prier. Ou feuillette les vers du Paradis perdu, de John Milton (1608-1674). Milton est l'une des sources de Blake. Comme les gisants gothiques de Westminster, les récits de Chaucer, les tableaux hallucinés de Füssli (1741-1825) - qui l'admire, au point qu'on ne sait pas bien lequel influence le plus l'autre -, ou les pièces de Shakespeare que l'Angleterre redécouvre alors.

 

Comme il lui faudra redécouvrir William Blake : après sa mort, en 1827, son oeuvre tombe dans l'oubli. Il faut attendre 1863 et la publication d'une monographie par Alexander Gilchrist pour que l'attention se porte à nouveau sur son travail. Depuis, sa popularité ne s'est pas démentie. Blake a été chanté par Patti Smith et Jim Morrison. Et l'une de ses oeuvres est tatouée sur le dos de Francis Dolarhyde, le tueur psychopathe du livre Dragon rouge, de Thomas Harris (auteur du Silence des agneaux). Il est des admirateurs parfois encombrants.

 


"William Blake, le génie visionnaire du romantisme anglais". Petit Palais, avenue Winston-Churchill, Paris-8e. M° Champs-Elysées-Clémenceau. Tél. : 01-53-43-40-00. De 10 heures à 18 heures, fermé lundi. Jusqu'au 28 juin. 8 €. Catalogue, éditions Paris-Musées, 256 p., 39 €.

 

Harry Bellet

 

http://www.lemonde.fr/culture/article/2009/04/16/william-...

Commentaires

Comme tout génie, pour ses contemporains, il était incompréhensible et donc cinglé.
Rétrospectivement, on peut se dire que c'est grâce à sa folie qu'il continue à être célèbre, comme d'autres créateurs- précurseurs- inventeurs...

Écrit par : Jakline | vendredi, 17 avril 2009

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Le pauvre n'a pas pu voir comme il était devenu célèbre après sa mort. Encore une belle exposition qui devrait amener du monde après plus de 60 ans.
Une expo que je vais manquer....

Écrit par : elisabeth | dimanche, 19 avril 2009

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Je viens de lire un livre sur "Séraphine de Senlis" qui dit que la folie ne fait pas le génie et inversement....

Écrit par : laura | lundi, 20 avril 2009

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