vendredi, 05 juin 2009

Lu dans la presse aujourd'hui:""A la recherche des pas perdus. Une histoire des gares parisiennes", de Stéphanie Sauget : les gares de l'âge de fer"


gares.jpg

Les gares, Stéphanie Sauget leur a, elle aussi, sacrifié beaucoup de son temps. Des années même, puisque c'est à elles - et plus exactement à celles qui se trouvent à Paris - que cette agrégée d'histoire a consacré sa thèse de doctorat. Un travail passionnant, qui vous apprendra par exemple que la gare de l'Est fut la première en France à avoir été dotée d'une architecture métallique et suscita, lors de son inauguration en 1852, l'admiration de toute l'Europe ; que Montparnasse fut celle dont le chantier dura le plus longtemps (vingt ans) ; ou que la gare Saint-Lazare devait initialement être construite juste à côté de l'église de la Madeleine. Ce qui serait arrivé si les habitants de ce quartier très huppé, et en particulier un petit groupe de comtes, de marquis et de ducs fort entêtés, n'avaient multiplié les pétitions pour faire capoter un projet qui, selon eux, risquait de déprécier la valeur de leurs immeubles...

Tout cela, direz-vous, nous ramène bien loin. D'autant plus loin que les gares parisiennes ont considérablement changé depuis le XIXe siècle. Fini, en effet, le temps où les contrôleurs portaient une épée à leur pantalon. Disparu le moment où l'Académie des sciences se mobilisait pour la santé des employés qui s'abîmaient les bronches à force de souffler dans des cornes en cuivre pour annoncer le départ des trains. Révolue l'époque où, comme le notait Huysmans, les quais se remplissaient d'une "buée blanche tisonnée d'éclairs", enveloppant les voyageurs dans "une rafale de poussière et de cendre" et dans "un éclaboussement d'étincelles".

Tout change, certes, mais peut-être pas l'essentiel. Les gares vous font peur ? Sachez que le problème ne date pas d'hier, comme en témoigne la publication en 1887 d'un pamphlet intitulé Plus de vols ni d'assassinats sur les chemins de fer. Elles effarouchent votre vertu ? Relisez Le Petit Journal du 24 septembre 1886 et vous apprendrez que les gares étaient déjà des lieux "inhabitables pour toute femme honnête", au point que certaines compagnies décidèrent d'installer des salles d'attente réservées aux dames qui voyageaient seules. L'idée de rater votre train ou de perdre vos bagages a tendance à vous rendre irascible ? Là aussi, dites-vous que vous n'êtes pas le premier dans ce cas : "Chose curieuse, le Français, qui est l'homme le plus aimable de l'Europe quand il est dans un salon, au théâtre, sur un bateau à vapeur, devient insociable, presque grossier, quand il voyage en chemin de fer", remarquait déjà le journaliste Pierre Giffard... à la fin du XIXe siècle.


A LA RECHERCHE DES PAS PERDUS. UNE HISTOIRE DES GARES PARISIENNES de Stéphanie Sauget. Tallandier, "Approches", 300 p., 25 €.

 

Thomas Wieder

Les commentaires sont fermés.