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poésie - Page 4

  • Catégories : Mes textes en prose

    Baudelaire et les femmes 6. Les yeux de Marie Daubrun

    efbb39fbc4ac5d77f269ac9e59750907.jpg Dans mon mémoire de maîtrise,  

    « Le paysage dans les œuvres poétiques de Baudelaire et Nerval »  

     (en vente sur Lulu : http://stores.lulu.com/store.php?fAcctID=617288)   Dans la 1 ère partie consacrée à la poétique du paysage,  

    La symbolisation du paysage  

    2.2. La sexualisation du paysage dans « Les Fleurs du Mal »      

    2.2.4. Les yeux

     

      Marie Daubrun jouait La Belle aux cheveux d'or au théâtre de la Porte-Saint-Martin en 1848. La fée, apparue "au fond d'un théâtre banal", inspira le poème L'Irréparable (précédemment publié sous le titre A la Belle aux cheveux d'or dans la Revue des Deux Mondes). Baudelaire s'aventure dans les bras de sa muse, pour une liaison brève et orageuse, mais à l'issue féconde pour l’œuvre du poète (Les Chats, Le Poison, Ciel Brouillé, L’Invitation au Voyage). Par deux fois l'amitié de Baudelaire et de Banville, qui avait été son amant, sera en péril à cause de la jeune actrice.

    (http://baudelaire.litteratura.com/?rub=vie&srub=per&id=17)  

    Dans le Ciel brouillé  - comme dans La chevelure  les analogies se succèdent selon le système de l'infini diminutif jusqu'à: « Comme tu resplendis, paysage mouillé/ Qu'enflamment les rayons tombant d'un ciel brouillé! »( v. 11-12). Or ces deux vers confèrent au poème une plus grande indétermination encore, puisque ce « paysage mouillé », à l'image du regard de la femme » (certainement Marie Daubrun) «  d'une vapeur couvert » (v. 1), ne peut être mentalement immobilisé par le lecteur. ( Emmanuel Adatte, « Essai sur le dépassement du réel », p.  132.) »  Il s'agit  d'un « dépassement du réel » qui atténue l'angoisse des derniers vers fondés sur une analogie, entre la femme aimée et cruelle et l'hiver « implacable » :

     

     


    O femme dangereuse, ô séduisants climats!                                                                       

     

    Adorai-je aussi ta neige et vos frimas,                                                                         

     

    Et saurai-je tirer de l'implacable hiver                                                                           

     

    Des plaisirs plus aigus que la glace et le fer? (v. 13-16)                                    

     

      De même dans L'invitation au voyage, le regard féminin et le paysage évoqué par celui-ci sont marqués par l'indétermination :  

    Les soleils mouillés                                                                                               

     

    De ces ciels brouillés                                                                                       

     

     Pour mon esprit ont les charmes                                                                                  

     

    Si mystérieux                                                                                                   

     

    De tes traîtres yeux                                                                                              

     

    Brillant à travers leurs larmes.  ( V.  7-12). 

     

     

     

  • Catégories : Mes textes en prose

    Baudelaire et les femmes 5. Le visage de madame Sabatier

    dc733a536130dc33230a83337b38258d.jpg Dans mon mémoire de maîtrise,  

     « Le paysage dans les œuvres poétiques de Baudelaire et Nerval »  

     (en vente sur Lulu : http://stores.lulu.com/store.php?fAcctID=617288)  

     Dans la 1 ère partie consacrée à la poétique du paysage,  

    La symbolisation du paysage  

    2.2. La sexualisation du paysage dans « Les Fleurs du Mal »      

    2.2.3. Le visage

     

             

    Madame Sabatier est comparée dans A celle qui est trop gaie à un « beau paysage » (v. 2) et « Le rire joue en ton visage / Comme un vent frais dans un ciel clair. »(v. 3-4)  Mais le spleen  (/« mélancolie », étymologiquement : « humeur noire », c’est-à-dire « venin » ( Ed. du « Club du Livre », Yves Florenne, t. I, p. 1031 », cité par A. M Amiot, « Baudelaire et l’illuminisme, notes, p. 252 » est présent :

     

      Et, vertigineuse douceur !                                                                                                        

     

    A travers ces lèvres nouvelles,                                                                                            

     

    Plus éclatantes et plus belles,                                                                                      

     

    T’infuser mon venin, ma sœur ! (v. 33-36)    

    Cette allégorie – comme beaucoup d’autres des FM- a été mal comprise : « Les juges ont cru découvrir un sens à la fois sanguinaire et obscène dans les deux dernières stances. La gravité du recueil excluait de pareilles plaisanteries. Mais venin signifiant spleen ou  mélancolie est une idée trop simple pour des criminalistes. Que leur interprétation syphilitique leur reste sur la conscience (Note de l’éditeur en bas de page, cité par A. M Amiot, op. cit. , p. 252.) » L’interprétation syphilitique est du fait de Baudelaire !

     

      Source de l’image :        http://baudelaire.litteratura.com/?rub=vie&srub=per&id=11
  • Catégories : Mes textes en prose

    Baudelaire et les femmes 3 : « Confession » (« Les Fleurs du Mal ») à Madame Sabatier

    9506114872ad8438b55e2f51dc053f3d.jpg Dans mon mémoire de maîtrise,  

    « Le paysage dans les œuvres poétiques de Baudelaire et Nerval »  

    (en vente sur Lulu : http://stores.lulu.com/store.php?fAcctID=617288)   Dans la 1 ère partie consacrée à la poétique du paysage,  

    La symbolisation du paysage  

    2.1. Lumière et saisons poétiques      

            2.1.1. La représentation antithétique

     

     

     

     

     

    Apollonie Sabatier (son vrai nom est en fait Aglaé Savatier), née de père inconnu et fille d’une lingère, démontre de nombreux talents, de miniaturiste, de cantatrice, mais s’élève surtout en tant que muse de nombreux artistes, par sa beauté exceptionnelle et fascinante. De 1844 à 1846, elle est le modèle du sculpteur Jean-Baptiste Clésinger, qui expose en 1847 un moulage de son corps, La Femme Piquée par un Serpent. Installée dans un appartement rue Frochot, elle reçoit chaque dimanche des artistes de renom. Parmi eux, les peintres Ernest Meissonnier, Charles Jalabert, Gustave Ricard, le sculpteur Auguste Préault, et les écrivains Gustave Flaubert, Maxime du Camp, Arsène Houssaye, Ernest Feydeau, Gérard de Nerval, Théophile Gautier… Ce dernier lui consacre sa Lettre à la Présidente en 1850, écrit mémorable de littérature érotique.
       Si ces artistes et homme de lettres s’agitaient par des flatteries et mots « galants » autour de cette prestigieuse présidente, Baudelaire lui voue une admiration autrement plus spirituelle. Quand il lui adresse ses lettres, le poète choisit de garder l’anonymat. Ainsi, à partir de 1852 et jusqu’en1857, Madame Sabatier reçoit des poèmes d’un adorateur mystérieux, qui se révèlera être l’auteur des Fleurs du Mal. Au sein du recueil, on distingue un cycle « Madame Sabatier », dont les poèmes Tout entière, Que diras-tu ce soir, Le Flambeau Vivant, Réversibilité, Confession, L’Aube Spirituelle, Harmonie du Soir.
       Dans le poème A Celle qui est trop Gaie, Baudelaire suggère à sa muse de lui infuser son venin… La pièce sera condamnée pour outrage aux bonnes mœurs lors du procès des Fleurs du Mal le 20 août 1857. Accablé par le « Cerbère Justice », le poète se dévoile enfin :
       « Voilà la première fois que je vous écris avec ma vraie écriture. Si je n'étais pas accablé d'affaires et de lettres (c'est après-demain l'audience), je profiterais de cette occasion pour vous demander pardon de tant de folies et d’enfantillages [...] Tous les vers compris entre la page 84 et la page 105 vous appartiennent. »
       Puis le 30 août 1857, ils deviennent amants pour une nuit. Et le poète se désintéresse peu à peu de son « ange plein de gaîté » : «  Il y a quelques jours, tu étais une divinité, ce qui est si commode, ce qui est si beau, si inviolable. Te voilà femme maintenant... »
      Source http://baudelaire.litteratura.com/?rub=vie&srub=per&id=11  

    Dans « Confession » dédiée à Madame Sabatier, la lune répand le calme sur Paris :      

        Il était tard ; ainsi qu'une médaille neuve
        La pleine lune s'étalait,
        Et la solennité de la nuit, comme un fleuve,
        Sur Paris dormant ruisselait.

     


    (v. 5-8)

     

     

        Mais cet enchantement se termine sur une note de tristesse :      

        J'ai souvent évoqué cette lune enchantée,
        Ce silence et cette langueur,
        Et cette confidence horrible chuchotée
        Au confessionnal du cœur.

     


    (v.37-40)

     

     
  • Catégories : La poésie

    Poésie: Vue sur le vers libre

    Par Claude Duneton.
     Publié le 31 mai 2007
    Actualisé le 31 mai 2007 : 11h16
    LA POÉSIE ne manque pas de bras, elle manque de bouches pour la proférer, et d'oreilles pour l'entendre. Du moins la « poésie pour l'oeil », celle qui s'effrite en phrases tronquées sur une feuille de papier, héritée des vieux grands-pères surréalistes, du temps qu'ils portaient des moustaches courtes et voulaient épater le bourgeois. Il n'y a plus de bourgeois au sens où ils l'entendaient : aujourd'hui ce sont les riches qui sèment l'anarchie et veulent épater le prolétaire ! Il n'existe plus de moustaches non plus, ni effilées à la Dali, ni bien sûr en brosse - Adolphe les a tuées... Mais il existe toujours une poésie graphique, pour la vue, qui s'étale sur le papier complaisant, censée jaillir d'inconscients fumeux qui ne disent rien à personne.
    La véritable poésie, n'en déplaise, a toujours été « pour l'oreille », comme le cri et le sanglot. Imaginez-vous un cri « pour l'oeil » ? Imaginez-vous une société autiste au point de ne rien éructer de ce qu'elle ressent d'intime ? Bien sûr il y a la chanson ; la poésie a repris dans la chanson son vieux chemin bordé de chèvrefeuilles. Et puis de jeunes conjurés qui se percent la langue et les sourcils pour mieux hurler leur angoisse produisent des éclats dont la fureur séduit ; ils l'appellent slam.
    La première fêlure de notre poésie vocalique se produisit au début des années 1880 avec la naissance du vers libre. Son berceau fut le cabaret du Chat noir, si fougueusement novateur. Une musicienne polonaise y brisa le tabou de la rime, elle s'appelait Marie Krysinska et ne fut jamais « serveuse de brasserie ». Au contraire, cette femelle étonnante fut la seule à participer au très masculin club des poètes fous, les Hydropathes (1878-1879), sous la houlette d'Émile Goudeau et d'une pléiade de garnements du rire et de la plume. Marie Krysinska publia dès 1882 dans le journal Le Chat noir des poèmes sans rime et sans mesure régulière qui jouaient seulement sur les assonances, les répétitions, les croisements subtils de sens et de sons. À la date du 4 novembre 1882 :
    Plus d'ardentes lueurs sur le ciel alourdi
    Qui semble tristement rêver.
    Les arbres sans mouvement
    Mettent dans le loin une dentelle grise
    Sur le ciel qui semble tristement rêver
    Plus d'ardentes lueurs. (Symphonie en gris)
    C'était là un affranchissement dont le XXe siècle, si délié, abusa inconsidérément jusqu'à faire perdre l'usage de la parole à la poésie. Comme le dit Jacques Charpentreau : « Le drame du vers libre, c'est qu'il fait croire aux malhabiles qu'il est à leur portée. » (Au fait, connaissez-vous son magnifique Dictionnaire de la poésie française, qui fait le point sur toutes les formes poétiques ?) La théorie de Charpentreau, que je crois juste, est que si le vers libre « fonctionne » chez Éluard ou Prévert c'est en raison de sa différence avouée qui le décale par rapport aux formes classiques de la poésie. L'absence de rime et de rythme agit par référence à ce que connaît le lecteur cultivé. « Nous avons en nous la poésie du passé, sa structure solide, sa puissance, sa réalité toujours présente même cachée : une culture. »
    Certes, pour des gens qui ont passé leur temps d'école, autrefois, à seriner des tirades en octosyllabes et en alexandrins. Mais qu'en sera-t-il des enfants qui n'auront rien connu de ces merveilles ? Jamais été « percés jusques au fond du coeur ? » Charpentreau assure, en poète optimiste : « Le vieux système est là, auquel nous faisons inconsciemment référence. »
    Est-ce aussi certain ? La fausse simplicité de Prévert est très jolie pour des gens qui avaient de forts référents, des « vols de gerfauts hors du charnier natal » en pagaille.
    Mais faire répéter à huit ans « Il a mis le café dans la tasse » prive les enfants d'une richesse à laquelle ils auraient droit ; c'est leur refuser le manteau de satin d'une langue d'amour. Que des linguistes gras que protège la folie du monde s'ingénient à transformer notre patrimoine en jeux fléchés, grand bien leur fasse ! Alceste dit :
    Non, je ne puis souffrir cette lâche méthode
    Qu'affectent la plupart de nos gens à la mode.
    Je suis assez d'accord avec lui.
    «Dictionnaire de la poésie française» de Jacques Charpentreau. Éditions Fayard 1 180 p., 49 €.

     

  • Catégories : La poésie

    Je viens de (re) lire (je ne m'en lasse pas):"Les 100 plus beaux poèmes de la langue française". Anthologie de Jean Orizet. Le livre de poche, 2001.

    89a0bb8a7938c5a9feb9671602e4b138.jpgSource de la photo:http://cgi.benl.ebay.be/Les-cent-plus-beaux-poemes-de-la-langue-francaise-Neuf_W0QQitemZ170114301960QQihZ007QQcategoryZ39530QQcmdZViewItem

    Je vous propose un de ces 100 poèmes:

    Boris Vian
    Mouloudji
      
    Le déserteur
     

    Paroles: Boris Vian. Musique: Boris Vian & Harold Berg   1954
    © French Music

    Monsieur le Président
    Je vous fais une lettre
    Que vous lirez peut-être
    Si vous avez le temps
    Je viens de recevoir
    Mes papiers militaires
    Pour partir à la guerre
    Avant mercredi soir
    Monsieur le Président
    Je ne veux pas la faire
    Je ne suis pas sur terre
    Pour tuer des pauvres gens
    C'est pas pour vous fâcher
    Il faut que je vous dise
    Ma décision est prise
    Je m'en vais déserter

    Depuis que je suis né
    J'ai vu mourir mon père
    J'ai vu partir mes frères
    Et pleurer mes enfants
    Ma mère a tant souffert
    Elle est dedans sa tombe
    Et se moque des bombes
    Et se moque des vers
    Quand j'étais prisonnier
    On m'a volé ma femme
    On m'a volé mon âme
    Et tout mon cher passé
    Demain de bon matin
    Je fermerai ma porte
    Au nez des années mortes
    J'irai sur les chemins

    Je mendierai ma vie
    Sur les routes de France
    De Bretagne en Provence
    Et je dirai aux gens:
    Refusez d'obéir
    Refusez de la faire
    N'allez pas à la guerre
    Refusez de partir
    S'il faut donner son sang
    Allez donner le vôtre
    Vous êtes bon apôtre
    Monsieur le Président
    Si vous me poursuivez
    Prévenez vos gendarmes
    Que je n'aurai pas d'armes
    Et qu'ils pourront tirer

    Source:http://www.paroles.net/chansons/13819.htm

    Le Déserteur est une chanson écrite par Boris Vian, sur une musique de Harold Berg, dont la première interprétation a été diffusée en 1954.

    Cette chanson a été interprétée par, entre autres, Mouloudji (mai 1954), Boris Vian lui-même, Serge Reggiani, Richard Anthony, Claude Vinci, Dan Bigras, Leny Escudero et Peter, Paul and Mary. En 1983, Renaud en fait une adaptation, sous le titre Déserteur.

    Paul Faber, conseiller municipal de la Seine, avait été choqué du passage à la radio de cette chanson, et avait demandé à ce qu'elle soit censurée. En guise de réponse, Boris Vian écrit une lettre mémorable qu'il diffuse partout sous forme de lettre ouverte, sous le nom de Lettre ouverte à Monsieur Paul Faber.

    Initialement, le dernier couplet disait :

    Si vous me poursuivez
    Prévenez vos gendarmes
    Que je serai en armes
    Et que je sais tirer

    Il est devenu :

    Si vous me poursuivez
    Prévenez vos gendarmes
    Que je n'aurai pas d'arme
    Et qu'ils pourront tirer.

    C'est Marcel Mouloudji qui a conseillé à Boris Vian cette modification pour conserver le côté pacifiste de la chanson.

    Lien externe

    Le Déserteur en 44 langues, avec l'histoire complète de la chanson en français, italien et anglais, d'après le site Chansons Contre la Guerre (CCG/AWS)

    Source:http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_D%C3%A9serteur_(chanson)

  • Catégories : La poésie

    Poésie:Je viens de (re) lire: André Frénaud, "Il n'y a pas de paradis." Préface de Bernard Pingaud. Poésie/Gallimard, 1967.

     p.139 de mon recueil, dans le poème "Où est mon pays", dans la section "Où est mon pays"

    7580f289f4fb793f636281db6c85aee1.jpgOù est mon pays ? C'est dans le poème.
    Il n'est pas d'autre lieu où je veux reposer.

     

     

     

     

     Telle est l'inscription qui figure sur la tombe d'André Frénaud dans le petit cimetière de Bussy-le-Grand en Bourgogne. C'est dire l'importance de la poésie pour cet homme né en 1907 à Montceau-les-Mines, en Saône-et-Loire.
    À 23 ans, il est lecteur de français en Pologne puis il intègre l'administration en 1937. Lors de la déclaration de guerre, il est mobilisé et fait prisonnier. Deux ans après, il est libéré et, de retour en France, il entre en résistance et publie des poèmes aux éditions clandestines organisées par Paul Éluard.
    Il collabore avec de nombreux artistes qui ont illustré ses poèmes.
    En 1971, il épouse Monique Mathieu qui exerce le métier de relieur. Tous deux s'installent à Bussy-le-Grand.
    Il reçoit en 1985 le Grand Prix national de Poésie.

    André Frénaud s'éteint pendant l'été 1993. Temps des moissons.

    1500142663090e4818a93d961140c32f.jpg

     

     

     

    Savoir ou ne pas savoir ...

    André Frénaud, la négation exigeante - Actes du Colloque de Cerisy tenu en l'an 2000 sous la direction de Marie-Claire Bancquart (2004).
    André Frénaud, dix ans après - La Polygraphe 30-31 (Ed. Comp’Act - 2003)
    La grand'soif d'André Frénaud - Pascal Commère - Le Temps qu'il Fait (2001)

    Éloge d'André Frénaud - Alain Freixe - Revue "Sans papier" de l'académie de Nice.
    André Frénaud, poète métaphysique - Alain Freixe sur La poésie et ses entours.

    Découvrez André Frénaud présenté par Florence Trocmé sur Poezibao.

    La présentation des ouvrages d'André Frénaud parus chez Gallimard sur Bleu de paille.

    À lire, l'article concernant André Frénaud sur l'encyclopédie Wikipedia.

     

     

     

    Quelques pistes que j'ai tirées de: http://boudully.perso.cegetel.net/frenaud.htm

  • Catégories : Char René

    Je viens de lire

    b2ae8d6d46024f9d060d8847500636d3.jpg(SOURCE DE L'IMAGE:http://www.info-presse.fr/revue/telerama-hors-serie_M2096H.htm)

    « René Char. Le géant magnétique », hors-série de Télérama, pour revenir longuement sur l’itinéraire personnel et poétique de celui qui inscrivait ses pas dans ceux de Rimbaud et écrivait : « Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver. » 100 p., 7,80 €.

    Quand l’obscur éclaire

    Il n’est pas utile d’être clair pour changer le monde : ce credo, Char le défendit toute sa vie. Cent ans après sa naissance, le poète résistant est célébré dans une exposition à Paris.

    René Char passe pour un poète « difficile », « obscur ». Pourtant, l’écrivain de L’Isle-sur-la-Sorgue, dont on fête le centenaire ce 14 juin, est aussi, dans un concert littéraire où la poésie s’est faite discrète, l’un des auteurs français contemporains les plus cités et les plus lus. Comme si, les textes se mêlant à la vie, il incarnait la figure du poète dont nous éprouvons tant le besoin aujourd’hui...

    Les poètes ne parlent pas comme tout le monde, ils utilisent des modes­ particuliers du langage. Autrefois, ce langage particulier était mis en évidence et comme justifié par les contraintes multiples auxquelles devait se soumettre le poème – rimes, métrique, rythmique, composition – et par les licences, les exceptions à la règle langagière courante qu’on lui accordait. Puis les contraintes tombèrent, mais le poème demeura. C’étaient les mêmes mots, la même grammaire souvent, mais, à la différence des prosateurs, les poètes n’administraient pas la langue, ils ne la géraient pas pour la rendre plus efficace : au contraire, ils ne l’employaient que pour mieux en affaiblir les pouvoirs et les maléfices, et mieux atteindre le réel.

    Du coup, la question de l’« obscurité » de la poésie prit un tour nouveau. Mallarmé en fit une sorte de dogme, afin de séparer radicalement le poème de « l’éternel journalisme » et de ses fausses clartés. Puis survint le surréalisme, désireux de surprendre, provoquer, déstabiliser, rompre avec la société et avec les logiques qui la soutenaient. La clarté­ rationnelle et le raisonnement articulé ne faisaient pas partie de son arsenal. Pas plus que le désir de « faire de la littérature » ou de toucher un vaste public. René Char se sentit immédiatement à son aise, dès la fin des années 20, avec le groupe formé autour d’André Breton, d’Aragon et surtout de Paul Eluard, son ami. Et le groupe surréaliste adopta sans hésitation ce poète de 22 ans, aussi épris de révolte que de beauté. Tous désirent que la poésie agisse, qu’elle ne soit pas un ornement du langage, mais une manière de «changer la vie», comme disait Rimbaud.

    Lorsque Char, à la fin de 1934, s’éloigne d’un groupe déchiqueté par les querelles internes et par les passions politiques, c’est sur la pointe des pieds et sans la moindre polémique. Même s’il ne pardonnera pas à Aragon d’avoir assujetti la poésie aux intérêts d’un parti. Car Char, lui, refuse la confusion des langages et celle des actions. Et lorsque survient l’occupation nazie, il cesse, sinon d’écrire, du moins de publier. L’action poétique est devenue impossible sous le règne de la barbarie, et faire croire le contraire reviendrait à leurrer les lecteurs sur la nature de ce qu’ils vivent, à les tromper sur le réel.

    Dès 1941, réfugié en Provence après sa démobilisation, Char prend contact avec des petits groupes de résistants. En 1942, le capitaine Alexandre devient le chef du secteur­ Durance-sud de l’Armée secrète. En 1944, il est expédié à Alger pour y collaborer au débarquement allié. L’ancien poète a abandonné sa plume pour suivre cette petite cohorte d’hommes disparates réunis par un refus de « l’innommable » : « Ce conglomérat fut sur le point de devenir, entre les mains d’hommes intelligents et clairvoyants, un extraordinaire verger comme la France n’en avait connu que quatre ou cinq fois au cours de son existence et sur son sol. Mais quelque chose qui était hostile, ou simplement étranger à cette espérance, survint alors et la rejeta dans le néant. »

    Comme nombre de ses camarades de combat, Char est en effet désespéré par la désillusion de la Libération. Il attendait l’aurore de temps nouveaux, il assista à l’affrontement des communistes qu’il n’aimait pas, face aux gaullistes qu’il n’appréciait pas davantage. Les Feuillets d’Hypnos­, qui paraissent en volume en 1946, rassemblant 237 fragments écrits entre 1943 et 1944, ne sont pas seulement un témoignage sur la Résistance écrit dans une langue magnifique, c’est aussi une réitération, dans une perspective plus vaste­ et plus concrète, de la profession de foi du jeune surréaliste dans le pouvoir de la poésie, infiniment plus efficace que le pouvoir de la politique et de ses bavardages.

    C’est le paradoxe de ces années 60, où s’affirme et s’affermit la figure majeure de Char dans la littérature française. Pour l’essentiel, sa gloire se construit sur sa stature de combattant exemplaire dont la parole, puissante et grave, se dresse face aux énigmes du mal, de la violence, de la domination et de la laideur. Mais, en même temps, le poèterésistant que l’on célèbre, que l’on cite sans arrêt – et sans toujours bien comprendre – dans les discours cultivés, que l’on apprend dans les écoles et que l’on récite sur les plateaux des théâtres, est celui qui, dans le silence du retrait et de la méditation, élabore une poésie qui ne demande rien qu’à elle-même et ignore superbement l’actualité.

    D’où la séparation, plutôt brutale, qui divise les poètes d’aujourd’hui, à propos de Char. Séparation, une fois encore, qui est plus affaire de « figure » que de textes ; comme si la légende, déjà, avait pris le pas sur la réalité. Certains d’entre ces poètes, et pas parmi les plus médiocres, avouent ne pas supporter, sauf en parodie, ce culte poétique dont Char s’était fait le grand prêtre. Ils moquent les extases et les illuminations du prophète. D’autres, pas forcément plus âgés, pas toujours moins savants ou moins sensibles, publient au contraire leur admiration pour cette parole capable d’atteindre le cœur des choses et des êtres. Char n’a évidemment pas de disciple, mais sa radicalité sert d’exemple.

    Quant au public, il a, semble-t-il, tranché : René Char, poète réputé hermétique, est un succès de librairie. Jean-Pierre Siméon, le directeur du Printemps des poètes, qui a mené une enquête, souligne qu’il s’est déjà vendu plus de 62 000 exemplaires des Œuvres complètes de Char dans la bibliothèque de la Pléiade, que Fureur et Mystère a atteint 200 000 exemplaires en édition de poche. Dans l’atelier du poète, l’antho­logie illustrée, réalisée par Marie-Claude Char pour Quarto-Gallimard, vient d’être rééditée. Quant à Lettera amorosa, le grand poème accompagné de dessins de Braque et de Jean Arp, son édition de poche parue à l’occasion du centenaire (1) connaît un très grand succès. A croire que les Français, s’ils délaissent la poésie, aiment encore les poètes. .
     

     
    A LIRE

    Pays de René Char.
    Un bel ouvrage, richement illustré, sur les visages et les paysages de sa vie. Les nombreux documents inédits – photos, dessins, peintures, lettres, manuscrits – dialoguent avec un texte sobre. De Marie-Claude Char, éd. Flammarion, 260 p., 45 €.
     
    A VOIR
    Exposition « René Char » à la BnF
    La Bibliothèque nationale de France organise une grande exposition qui, se veut une mise en perspective de l’homme et de l’œuvre, à travers témoignages, correspondances, documents photographiques, manuscrits enluminés… Jusqu’au 29 juillet, site François-Mitterrand, hall Est, Paris 13e. Tél. : 01-53-79-59-59.

    211b485e658ef9d950109164bb7e3876.jpg

     1) Ed. Gallimard, coll. Poésie, 70 p., 15,30 €.

    Télérama n° 2991 - 12 Mai 2007

     

     

     

     

     

     

    SOURCE DE L'ARTICLE:http://www.telerama.fr/livres/M0705071111027.html

  • Catégories : La poésie

    La scène poétique: la revue Verso

    medium_829_20070221163014_revueverso.jpg
    Avec ses trente ans d'existence, la revue Verso est l'une des plus anciennes revues de poésie française, fondée à l'origine par Claude Seyve et Alain Wexler. Mais c'est aussi l'une des plus ouvertes. Pas de filiation. Pas d'esprit d'école. Juste le plaisir de lire et d'écrire, et d'échanger, et de se rencontrer, et de se cotoyer, se confronter, dans toute la diversité des écritures contemporaines. Verso fut aussi un tremplin d'essai pour bon nombre d'auteurs aujourd'hui reconnus, et cela perdure avec des poètes nouveaux, parfois très jeunes, à découvrir dans chaque numéro.
    Mais Verso c'est encore, et depuis toujours, de nombreuses chroniques sur la vie poétique française (revues, recueils, anthologies…), permettant une circulation d'information là où les médias n'opèrent plus, là où la poésie vivante se trouve condamnée à ne plus agir qu'à portée de voix ou d'oreille.
    Seize poètes récemment publiés dans la revue, habitant Lyon ou ses alentours, interviendront lors de cette soirée, lisant chacun dix minutes, pour briser le silence et ouvrir le printemps en poésie, dans toute leur diversité et leur richesse, avec ici et là - pour tout savoir de l'homme et ses bonheurs ? - quelques pauses dinatoires.

    18h - Présentation de la soirée
    18h10 - Myriam Chéreau
    18h20 - Claude Andruetan
    18h30 - Ménaché
    18h40 - Mohammed El Amraoui
    Pause
    19h10 - Valérie Canat de Chizy
    19h20 - Isabelle Rolin
    19h30 - Barbara Savournin
    19h40 - Yvan Watelle
    Pause
    20h20 - Anne-Lise Blanchard
    20h30 - Marie Vallon
    20h40 - Christian Degoutte
    20h50 - Armelle Chitrit
    Pause
    21h20 - Stéphane Roux
    21h30 - Roland Dauxois
    21h40 - Olivier Deschizeaux
    21h50 - Muriel Carrupt

    Dates (cliquez sur un lieu pour obtenir plus d'information)
     
    Le 19 avril 2007 de 18:00 à 22:30  
    Entrée libre  

    Adultes 

    http://php.bm-lyon.fr/phpmyagenda/infoevent3.php3?id=829

  • Catégories : Baudelaire Charles

    150 e anniversaire de la première édition des "Fleurs du Mal" de Charles Baudelaire

    medium_les_fleurs_du_mal.jpgQui ne connaît pas 'Les Fleurs du mal' ne peut prétendre comprendre la littérature française du XIXe siècle. Les éditions Diane de Selliers proposent une édition illustrée du célèbre recueil, édition enrichie de tableaux de la peinture symboliste et décadente. L'ouvrage, publié à l'occasion du 150e anniversaire de la première édition de l'oeuvre, comporte l'intégralité des 'Fleurs du mal' (éd. 1861) , augmenté des 'Epaves' (1866) et de l'édition posthume (1868) soit 164 poèmes. 185 reproductions de peintures pleine page de 86 artistes essentiellement de la seconde moitié du XIXe siècle accompagnent l'oeuvre de Baudelaire, parmi lesquels, Félicien Rops, Léon Spilliaert, James Ensor, Jean Delville, Alfred Kubin, Edvard Munch, Odilon Redon et Gustave Moreau, Carlos, Schwabe, Max Klinger, etc.

    Source:Evene.fr

    A cette occasion, Daniel Mesguich(comédien et professeur de théâtre)lira des extraits des "Fleurs du Mal" et des "Petits poèmes en Prose", le 12 avril à 20h30 au théâtre 121 de l'Institut Français de Casablanca(Maroc).

  • Catégories : Baudelaire Charles

    Charles Baudelaire,"L'albatros" dans "Les Fleurs du Mal" (clin d'oeil à Elisabeth)

    Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
    Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
    Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
    Le navire glissant sur les gouffres amers.

    A peine les ont-ils déposés sur les planches,
    Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
    Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
    Comme des avirons traîner à côté d'eux.

    Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
    Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
    L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
    L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !

    Le Poète est semblable au prince des nuées
    Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
    Exilé sur le sol au milieu des huées,
    Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

    http://poesie.webnet.fr/poemes/France/baudelai/5.html




    A RAPPROCHER DU "POETE MOURANT" DE LAMARTINE(SUR CE BLOG)
  • Catégories : Lamartine Alphonse de

    Alphonse de Lamartine, "Le poète mourant"(Nouvelles méditations poétiques)



    La coupe de mes jours s'est brisée encor pleine ;
    Ma vie hors de mon sein s'enfuit à chaque haleine ;
    Ni baisers ni soupirs ne peuvent l'arrêter ;
    Et l'aile de la mort, sur l'airain qui me pleure,
    En sons entrecoupés frappe ma dernière heure ;
    Faut-il gémir ? faut-il chanter ?...

    Chantons, puisque mes doigts sont encor sur la lyre ;
    Chantons, puisque la mort, comme au cygne, m'inspire
    Aux bords d'un autre monde un cri mélodieux.
    C'est un présage heureux donné par mon génie,
    Si notre âme n'est rien qu'amour et qu'harmonie,
    Qu'un chant divin soit ses adieux !

    La lyre en se brisant jette un son plus sublime ;
    La lampe qui s'éteint tout à coup se ranime,
    Et d'un éclat plus pur brille avant d'expirer ;
    Le cygne voit le ciel à son heure dernière,
    L'homme seul, reportant ses regards en arrière,
    Compte ses jours pour les pleurer.

    Qu'est-ce donc que des jours pour valoir qu'on les pleure ?
    Un soleil, un soleil ; une heure, et puis une heure ;
    Celle qui vient ressemble à celle qui s'enfuit ;
    Ce qu'une nous apporte, une autre nous l'enlève :
    Travail, repos, douleur, et quelquefois un rêve,
    Voilà le jour, puis vient la nuit.

    Ah ! qu'il pleure, celui dont les mains acharnées
    S'attachant comme un lierre aux débris des années,
    Voit avec l'avenir s'écrouler son espoir !
    Pour moi, qui n'ai point pris racine sur la terre,
    Je m'en vais sans effort, comme l'herbe légère
    Qu'enlève le souffle du soir.

    Le poète est semblable aux oiseaux de passage
    Qui ne bâtissent point leurs nids sur le rivage,
    Qui ne se posent point sur les rameaux des bois ;
    Nonchalamment bercés sur le courant de l'onde,
    Ils passent en chantant loin des bords ; et le monde
    Ne connaît rien d'eux, que leur voix.


    Jamais aucune main sur la corde sonore
    Ne guida dans ses jeux ma main novice encore.
    L'homme n'enseigne pas ce qu'inspire le ciel ;
    Le ruisseau n'apprend pas à couler dans sa pente,
    L'aigle à fendre les airs d'une aile indépendante,
    L'abeille à composer son miel.

    L'airain retentissant dans sa haute demeure,
    Sous le marteau sacré tour à tour chante et pleure,
    Pour célébrer l'hymen, la naissance ou la mort ;
    J'étais comme ce bronze épuré par la flamme,
    Et chaque passion, en frappant sur mon âme,
    En tirait un sublime accord.

    Telle durant la nuit la harpe éolienne,
    Mêlant aux bruits des eaux sa plainte aérienne,
    Résonne d'elle-même au souffle des zéphyrs.
    Le voyageur s'arrête, étonné de l'entendre,
    Il écoute, il admire et ne saurait comprendre
    D'où partent ces divins soupirs.

    Ma harpe fut souvent de larmes arrosée,
    Mais les pleurs sont pour nous la céleste rosée ;
    Sous un ciel toujours pur le coeur ne mûrit pas :
    Dans la coupe écrasé le jus du pampre coule,
    Et le baume flétri sous le pied qui le foule
    Répand ses parfums sur nos pas.

    Dieu d'un souffle brûlant avait formé mon âme ;
    Tout ce qu'elle approchait s'embrasait de sa flamme :
    Don fatal ! et je meurs pour avoir trop aimé !
    Tout ce que j'ai touché s'est réduit en poussière :
    Ainsi le feu du ciel tombé sur la bruyère
    S'éteint quand tout est consumé.

    Mais le temps ? - Il n'est plus. - Mais la gloire ? - Eh ! qu'importe
    Cet écho d'un vain son, qu'un siècle à l'autre apporte ?
    Ce nom, brillant jouet de la postérité ?
    Vous qui de l'avenir lui promettez l'empire,
    Écoutez cet accord que va rendre ma lyre !...
    ...............................................
    Les vents déjà l'ont emporté !

    Ah ! donnez à la mort un espoir moins frivole.
    Eh quoi ! le souvenir de ce son qui s'envole
    Autour d'un vain tombeau retentirait toujours ?
    Ce souffle d'un mourant, quoi! c'est là de la gloire ?
    Mais vous qui promettez les temps à sa mémoire,
    Mortels, possédez-vous deux jours ?

    J'en atteste les dieux ! depuis que je respire,
    Mes lèvres n'ont jamais prononcé sans sourire
    Ce grand nom inventé par le délire humain ;
    Plus j'ai pressé ce mot, plus je l'ai trouvé vide,
    Et je l'ai rejeté, comme une écorce aride
    Que nos lèvres pressent en vain.

    Dans le stérile espoir d'une gloire incertaine,
    L'homme livre, en passant, au courant qui l'entraîne
    Un nom de jour en jour dans sa course affaibli ;
    De ce brillant débris le flot du temps se joue ;
    De siècle en siècle, il flotte, il avance, il échoue
    Dans les abîmes de l'oubli.

    Je jette un nom de plus à ces flots sans rivage ;
    Au gré des vents, du ciel, qu'il s'abîme ou surnage,
    En serai-je plus grand ? Pourquoi ? ce n'est qu'un nom.
    Le cygne qui s'envole aux voûtes éternelles,
    Amis ! s'informe-t-il si l'ombre de ses ailes
    Flotte encor sur un vil gazon ?

    Mais pourquoi chantais-tu ? - Demande à Philomèle
    Pourquoi, durant les nuits, sa douce voix se mêle
    Au doux bruit des ruisseaux sous l'ombrage roulant !
    Je chantais, mes amis, comme l'homme respire,
    Comme l'oiseau gémit, comme le vent soupire,
    Comme l'eau murmure en coulant.

    Aimer, prier, chanter, voilà toute ma vie.
    Mortels ! de tous ces biens qu'ici-bas l'homme envie,
    À l'heure des adieux je ne regrette rien ;
    Rien que l'ardent soupir qui vers le ciel s'élance,
    L'extase de la lyre, ou l'amoureux silence
    D'un coeur pressé contre le mien.

    Aux pieds de la beauté sentir frémir sa lyre,
    Voir d'accord en accord l'harmonieux délire
    Couler avec le son et passer dans son sein,
    Faire pleuvoir les pleurs de ces yeux qu'on adore,
    Comme au souffle des vents les larmes de l'aurore
    Tombent d'un calice trop plein ;

    Voir le regard plaintif de la vierge modeste
    Se tourner tristement vers la voûte céleste,
    Comme pour s'envoler avec le son qui fuit,
    Puis retombant sur vous plein d'une chaste flamme,
    Sous ses cils abaissés laisser briller son âme,
    Comme un feu tremblant dans la nuit ;

    Voir passer sur son front l'ombre de sa pensée,
    La parole manquer à sa bouche oppressée,
    Et de ce long silence entendre enfin sortir
    Ce mot qui retentit jusque dans le ciel même,
    Ce mot, le mot des dieux, et des hommes : ... Je t'aime !
    Voilà ce qui vaut un soupir.

    Un soupir ! un regret ! inutile parole !
    Sur l'aile de la mort, mon âme au ciel s'envole ;
    Je vais où leur instinct emporte nos désirs ;
    Je vais où le regard voit briller l'espérance ;
    Je vais où va le son qui de mon luth s'élance ;
    Où sont allés tous mes soupirs !

    Comme l'oiseau qui voit dans les ombres funèbres,
    La foi, cet oeil de l'âme, a percé mes ténèbres ;
    Son prophétique instinct m'a révélé mon sort.
    Aux champs de l'avenir combien de fois mon âme,
    S'élançant jusqu'au ciel sur des ailes de flamme,
    A-t-elle devancé la mort ?

    N'inscrivez point de nom sur ma demeure sombre.
    Du poids d'un monument ne chargez pas mon ombre :
    D'un peu de sable, hélas ! je ne suis point jaloux.
    Laissez-moi seulement à peine assez d'espace
    Pour que le malheureux qui sur ma tombe passe
    Puisse y poser ses deux genoux.

    Souvent dans le secret de l'ombre et du silence,
    Du gazon d'un cercueil la prière s'élance
    Et trouve l'espérance à côté de la mort.
    Le pied sur une tombe on tient moins à la terre ;
    L'horizon est plus vaste, et l'âme, plus légère,
    Monte au ciel avec moins d'effort.

    Brisez, livrez aux vents, aux ondes, à la flamme,
    Ce luth qui n'a qu'un son pour répondre à mon âme !
    Le luth des Séraphins va frémir sous mes doigts.
    Bientôt, vivant comme eux d'un immortel délire,
    Je vais guider, peut-être, aux accords de ma lyre,
    Des cieux suspendus à ma voix.

    Bientôt ! ... Mais de la mort la main lourde et muette
    Vient de toucher la corde : elle se brise, et jette
    Un son plaintif et sourd dans le vague des airs.
    Mon luth glacé se tait ... Amis, prenez le vôtre ;
    Et que mon âme encor passe d'un monde à l'autre
    Au bruit de vos sacrés concerts !

    http://poesie.webnet.fr/poemes/France/lamartin/73.html

    A RAPPROCHER DE "L'ALBATROS"  de Charles Baudelaire (Les Fleurs du Mal)