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Solstice rimes
Saison aux soirées évocatrices Orgiaques et tentatrices Lovées dans les bras d’Adonis Susurrant des phrases provocatrices Temps ralenti et propice Imperceptiblement à l’intime complice Caresses et baisers s’immiscent En des replis de coulisses 17/12/2007
mardi, 25 décembre 2007 | Lien permanent | Commentaires (2)
Lu dans la presse aujourd'hui:”Le Regard d'Orphée”, d'Adonis
Ce grand poète arabe s'en explique dans un livre d'entretiens passionnant avec Houria Abdelouahed, maître de conférences à l'université Paris-VII : une interlocutrice de choix, qui a le double avantage d'avoir traduit son dernier recueil, Le Livre Al Kîtab (Seuil, 2007), et d'être psychanalyste. On quitte vite le registre de l'interview pour atteindre un dialogue d'une rare qualité, sur la poésie bien sûr, mais aussi sur l'exil, la sensualité, l'islam et la misère intellectuelle dans laquelle le monde arabe semble s'enliser.
Adonis - de son vrai nom Ali Ahmad Esber - voit le jour en janvier 1930 dans un village de Syrie, près d'Ougarit. Etonnamment lettré pour un paysan, son père l'initie très jeune à la langue arabe et à la poésie. Mais l'école coranique lui "fait haïr la lecture et l'écriture". Il en sort grâce au... président de la République d'alors, Chokri Al-Kouatli, en visite dans la région. Le jeune garçon fait des pieds et des mains pour lire devant le chef de l'Etat un poème de sa composition, et il y réussit : "Vous êtes l'épée et nous sommes le fourreau..." En guise de récompense, on l'envoie à l'école laïque française de Tartous, où il troque sa robe paysanne pour un vêtement citadin. C'est là qu'il déchiffrera Les Fleurs du mal de Baudelaire, mot à mot, à l'aide d'un dictionnaire bilingue...
Licence de philosophie. Engagement politique. Onze mois effroyables dans les geôles syriennes. En 1956, jeune marié, Ali Ahmad Esber décide de quitter son pays et de s'installer au Liban, dont il prendra la nationalité. Avec un ami, il crée la revue Shi'r ("poésie"), visant, ni plus ni moins, à "fonder une autre langue poétique". Sa thèse de doctorat est consacrée à l'influence négative de la religion sur la créativité, un thème qu'il ne cessera d'approfondir par la suite. Et, pour couronner la transgression, Ali Ahmad Esber, musulman arabe, emprunte son nom de plume à un dieu païen de la mythologie grecque.
Adonis fait un premier séjour à Paris en 1960-1961, où il rencontre Henri Michaux, Jacques Prévert, Pierre Jean Jouve, Alain Bosquet... Un choc, et une seconde naissance poétique. C'est là qu'il écrit la plus grande partie de ses fameux Chants de Mihyar le Damascène (Poésie/Gallimard, 2002). Il reviendra en France un quart de siècle plus tard, cette fois pour s'y établir.
Le poème en prose s'installe avec la revue Shi'r. Adonis est l'un des premiers à briser le moule de la versification et de la métrique arabes classiques. Voulant "en finir avec la structure linéaire" de la poésie, il y introduit des dialogues et divers éléments architecturaux ou musicaux : il faut que la forme s'adapte à une pluralité de thèmes, puisés aussi bien dans les légendes de l'Arabie païenne que dans la culture islamique traditionnelle, la mythologie grecque et romaine, les grands mystiques arabes ou les poètes occidentaux modernes. On l'accuse de détruire l'héritage, mais il n'en a cure, persuadé au contraire de renouer avec une créativité perdue depuis des siècles.
Le poète, dit-il, "doit mettre de la distance entre lui et la langue commune, sinon il n'est pas poète". A lui d'inventer "une langue à l'intérieur de la langue". Mais pour qu'on puisse vraiment le comprendre, il faudrait le lire dans sa langue maternelle, disait Adonis à sa fille, Ninar Esber, dans un précédent livre d'entretiens (Conversations avec Adonis, Seuil, 2006). Cela ne l'empêche pas d'être remarquablement traduit en français, notamment par Anne Wade Minkowski, et d'avoir lui-même traduit en arabe des poètes comme Saint-John Perse ou Yves Bonnefoy. Des spécialistes lui ont sévèrement reproché de prendre des libertés avec le texte initial. "La traduction, réplique-t-il, est une autre création. Lorsque je traduis, je ne choisis pas le mot que me désigne le dictionnaire, mais celui qui s'harmonise avec la phrase arabe d'un point de vue poétique et musical." Houria Abdelouahed précise joliment pour sa part : "Quand je traduis, je me remplis la bouche avec le mot. C'est une expérience extrêmement sensuelle, jouissive, érotique, et en même temps angoissante. Il y a l'angoisse du saut et du vide. (...) Habiter les deux langues et, à un certain moment, aucune. On va de l'une à l'autre et on aime les deux. Mais par moments on flotte ou on reste suspendu."
La langue d'Adonis est à la fois très littéraire et très inventive. Un poème traduit par François Xavier, et paru dans le quotidien libanais L'Orient-Le Jour du 12 mars 1998, commence ainsi :
"J'ai écrit mon identité
A la face du vent
Et j'ai oublié d'écrire mon nom.
Le temps ne s'arrête pas sur l'écriture
Mais il signe avec les doigts de l'eau
Les arbres de mon village sont poètes
Ils trempent leur pied
Dans les encriers du ciel"
Pour Adonis, qui a été influencé aussi bien par Nietzsche que par la philosophie soufie, la religion doit être distincte de la société, mais la poésie, elle, ne peut être séparée de la pensée : c'est comme le lien "que tisse le parfum avec la fleur". Aujourd'hui, remarque-t-il, "la poésie arabe est très loin de la pensée". Ce n'est qu'une "sorte de chant", dans le vide, parce que privé de confrontations avec la langue, la religion et les grandes questions existentielles. D'une manière générale, le débat intellectuel est interdit. "On est considéré comme mécréant dès qu'on ose poser une question. Toute interrogation devient blasphématoire." Il ne cesse pour sa part de "blasphémer", comme peu d'intellectuels arabes osent le faire...
"JE SUIS NÉ EXILÉ"
Avec l'avènement de l'islam, affirme Adonis, la poésie a été réduite en un instrument au service de la religion. Ce n'est que sous les Omeyyades qu'elle a repris son souffle et sa liberté, pour atteindre son apogée au temps des Abbassides. Puis, on est revenu en arrière. "La culture arabe, affirme-t-il, est fondée sur deux choses essentielles : la religion et la poésie. Deux choses antinomiques, voire ennemies." Le public crie "Allah !" pour saluer une belle rime. "Comment un être qui ne voit et ne pense que par la religion peut-il, en même temps, s'ouvrir sur ce lieu de transgression et d'égarement qu'est la poésie ?, se demande-t-il. Quel est le secret ? Comme si ce plaisir était une vengeance inconsciente du musulman contre la religion."
Un poète, selon lui, est un immigré, indépendamment de son origine. "Je suis né exilé", affirme Adonis, pour qui "l'exil est la véritable patrie du créateur". Etre poète, c'est avoir une existence en perpétuel mouvement, vivre à la fois une naissance et une négation permanentes. "Le poète n'écrit pas ce qu'il connaît. L'écriture embrasse l'inconnu. Sinon elle n'est pas l'écriture."
LE REGARD D'ORPHÉE d'Adonis. Entretiens avec Houria Abdelouahed. Fayard, "Témoignages pour l'Histoire", 342 p., 22 €.
http://www.lemonde.fr/livres/article/2009/06/04/le-regard...
Autres notes sur Adonis:
http://www.lauravanel-coytte.com/search/adonis
Cette note est répertoriée sur Lartino:
http://www.lartino.fr/lu-presse-regard-orphee-adonis-pn76...
vendredi, 05 juin 2009 | Lien permanent
Le salon du livre de Casablanca (Maroc) est fini: ce que j'ai raté.
Sur Adonis, cf. note 13.
le 15 février 2007
Table ronde : « La poésie au Maroc et dialogue du monde »
Avec Benaïssa Bouhmala, Mahdi Akhrif, Khaled Belkacem
Organisé par la Maison de poésie au Maroc.
L'idée de création de l'association La maison de la Poésie au Maroc a été proclamée le 8 Avril 1996 par les poètes Mohammed Bentalha, Mohammed Bennis, Salah Boussrif, Hassan Najmi. Le premier comité de l'association s'est constitué le 21 Décembre 1997.
Aprés renouvellment, le nouveau comité constitué le 8 Avril 2001 est composé de:
Mohammed Bennis, Président et porte-parole de La maison de la Poésie au Maroc.
Wafaa Lamrani, Vice president.
Hassan El Ouazzani, secrétaire général.
Abdelaziz Boumashouli, secrétaire général-adjoint.
Khalid Belkacem, Trésorier.
Abderrahmane Tenkoul, chargé de secteurs régionaux, et relations avec les associations.
Benaissa Bouhmala, chargé de la revue et des publications.
Mahdi Akhrif, chargé du festival.
Noureddine Zouitni, chargé des traductions et de l'internet.
Mostafa Nissabouri, conseiller.
Malika Assimi, conseiller.
La maison de la Poésie au Maroc regroupe des poètes de diverses langues d'expression: arabe, français, amazigh, anglais. Elle est appuyée et conseillée dans ses activités par deux comités internationaux: un Comité d'honneur et un Comité des amis de La Maison de la poésie au Maroc.
La maison de la poésie au Maroc édite une revue trimestrielle ayant pour titre Al Bayt, publication dirigér par Mohammed Bennis avec Benaissa Bouhmala comme rédacteur en chef. L'association dispose d'un site Internet conçu par Noureddine Zouitni.
La proclamation d'une journée mondiale de la poésie le 21 Mars de chaque année est un acquis historique pour l'associattion puisque cette journée s'est concrétisée suite à l'appel lancé auprès de M. fedeerico Mayor, ancien directeur général de l'Unesco, par La Maison de la Poésie au Maroc le 21 Juin 1998.
La Maison de la Poésie au Maroc est ouverte au dialogue avec tous.
Source :http://www.albayt.org.ma/bayt_francais/contact.asp
lundi, 19 février 2007 | Lien permanent | Commentaires (1)
Hier soir, à l'IFC, présentation de la revue Zon'art
Parution du deuxième numéro de Zon'Art Casablanca - Le deuxième numéro de Zon'Art, le nouveau magazine de l'art contemporain et du patrimoine visuel, vient de paraître avec au menu de beaux articles, consistants, agréables à lire et richement illustrés. Ce numéro de Zon'Art offre au lecteur une visite dans l'atelier de Saad Hassani qui évoque son expérience avec les ateliers et livre sans détours ses émotions de créateur. Sur le registre de la critique d'art, le chercheur et critique libanais Charbel Dagher analyse la situation de l'art contemporain dans le monde arabe en rapport avec les pressions des marchés de l'art et les contraintes de la mondialisation. Dans "l'Art actuel", l'artiste française Edith Taioni Clos a préparé pour Zon'Art dans un style clair et une démarche pédagogique, une étude sur "L'art contemporain : Est-il mis a mal par le concept ?''. Une deuxième partie de cette étude sera publiée dans le numéro prochain. Zon'Art poursuit dans la rubrique "Artiste à suivre" ses explorations et ouvre ses pages au jeune talentueux artiste-peintre M'Barek Bouchichi. Les galeristes ne sont pas en reste puisque Leila Faraoui, Directrice de la galerie Nadar, raconte son parcours et son combat pour contribuer à une éducation du goût et au développement du sens culturel auprès d'un public encore hésitant. Zon'Art a choisi des critiques d'art et écrivains de renom pour faire découvrir au lecteur "l'art et ses lieux : Les événements du moment qui marquent la scène de l'art contemporain au Maroc". Moulim El Aaroussi y revient sur l'exposition qui a accueilli les oeuvres de Picasso à Tanger. Le grand poète Adonis et Asaad Aarabi, critique d'art syrien, lève le voile sur le peintre célèbre Adam Sabhan qui vient d'être célébré à Paris dans quatre galeries en même temps. Talal Moualla nous dévoile les succès que rencontre l'artiste marocain Ghazali au Pays du Golfe tandis que Abderrahmane Tenkoul s'interroge sur les derniers travaux du photographe Khalid Achaari. Une belle fenêtre est ouverte sur le patrimoine visuel pour laisser défiler de belles pages sur Ikhwan Assafa ou le grand mystique Ibnou Arabi ou tout simplement sur la féerie des couleurs et la magie des compositions du tapis marocain dont Ali Amahan est l'auteur du texte. Fidèle à sa vocation multi-linguiste, le magazine Zon'Art traite ses articles et thèmes tantôt en Anglais, tantôt en Français ou encore en Espagnol et en Arabe, à l'humeur du rédacteur et à la mesure de la sensibilité du sujet à débattre. Avec cette nouvelle sortie, Zon'Art confirme son positionnement de militant en faveur de la cause culturelle et artistique et revient avec encore plus de verve pour défendre la belle peinture et promouvoir l'art actuel. MAP Lundi 29 Octobre 2007 http://www.limage.info/Parution-du-deuxieme-numero-de-Zon...
jeudi, 15 novembre 2007 | Lien permanent | Commentaires (3)
Le bleu du ciel
Rire immobile immobile échauffourée
peuple d'instants aux voiles disparues
poitrine soudaine ce jardin d'écume
Bernard Manciet
En 1990, Didier Vergnaud décide de créer une revue de poésie capable de trouver son lecteur de manière efficace.
Il fonde « L'Affiche, revue murale de poésie », exposée dans les bibliothèques, les universités, les écoles, les centres d'arts, et dans la rue. Ceci pour affirmer un accès direct à la lecture, et restituer la création dans l'espace public.
Une page unique va réunir deux entités – un texte littéraire, une proposition plastique – pour former une œuvre nouvelle. « L'Affiche » s'inscrit dans l'histoire des échanges entre l'art et les mots. Elle constitue son propre espace poétique, à la manière d'un tressage, par le croisement de deux versants : le premier qui renvoie à ce qui est donné à voir, l'autre qui signale ce qui est écrit.
Grâce au réseau créé autour de cette expérience éditoriale, d'autres activités se sont développées : édition, production de manifestations, échanges culturels. Le lien entre toutes ces actions se résume dans ce principe : inscrire la diffusion au cœur même de la réflexion qui préside à l'œuvre.
Pour fêter les 80 ans de Michel DeguyGrand Huit : pour fêter les quatre-vingts ans du poète qu’il cherche à être. | |||||||||||||||||||||||
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Le Grand Huit, | |||||||||||||||||||||||
Avec la participation de : | |||||||||||||||||||||||
| Valerio Adami | Yves Charnet | Hédi Kaddour | Catherine Perret | ||||||||||||||||||||
lundi, 26 juillet 2010 | Lien permanent
Lu dans la presse:L'offensive culturelle du Qatar
Par Lena Lutaud
20/12/2010 | Mise à jour : 18:50

L'extérieur du Mathaf. (Mathaf: Arab Museum of Modern Art)
L'émirat, qui développe une ambitieuse politique de musées à Doha, fait de la France son partenaire privilégié.
Lundi soir, des dizaines d'invités se pressaient place de l'Étoile, à l'hôtel Landolfo Carcano, siège de l'ambassade du Qatar. Dans les salons en lambris dorés avec mosaïques au sol et fresques de nymphes alanguies, Son Excellence Mohamed al-Kuwari a décoré le dessinateur Jean Plantu et Amirouche Laïdi, président du club Averroes, du prix «Doha capitale culturelle arabe». Ce soir, l'ambassadeur décorera les poètes André Miquel, Bernard Noël et Adonis. De Jack Lang à Jean Daniel, en passant par Dominique Baudis, Edmonde Charles-Roux, Renaud Donnedieu de Vabres et Anne Roumanoff, un total de 66 personnalités françaises de la culture auront été décorées par le Qatar en 2010. Toutes sont reparties avec un chèque de 10.000 €.
Commande à Jean Nouvel pour un nouveau musée national à Doha, projet d'une chaîne satellitaire al-Jazira en français, rachat du catalogue Miramax (700 films dont Pulp Fiction et No Country for Old Men), ouverture d'une galerie d'art et d'une librairie au Royal Monceau… Jamais le Qatar n'a lancé un programme culturel aussi intense en dehors du monde arabe qu'en 2010. Doha veut «se distinguer des autres pays arabophones par une politique de la culture ouverte à la modernité», estimait Mohammed Arkoun, professeur émérite d'islamologie appliquée à la Sorbonne, récemment disparu.
Si la plupart des initiatives ont eu lieu en France à grand renfort de réceptions données à l'ambassade, au Pavillon Dauphine et chez Maxim's, c'est que «la France est le chef de file de la culture occidentale et, pour nous, Paris est la capitale de la culture européenne», explique le ministre de la Culture du Qatar, le docteur Hamad Bin Abdulaziz al-Kuwari. Ce week-end, l'émirat a lancé Oryx FM, une radio émettant en français 24 heures sur 24. Cet automne, la famille royale a aussi financé l'exposition Murakami.

Génération, 2010, de Khaled Takreti.(Khaled Takreti and the Ayyam Gallery/Mathaf)
«Il y a un an, un intermédiaire m'a fait savoir que la fille du cheikh, la princesse al-Mayassa bint Hamad bin Khalifa al-Thani, qui préside l'équivalent de la Réunion des musées nationaux (RMN), le Qatar Museum Authority, était intéressée par un mécénat, confie Jean-Jacques Aillagon, président du Domaine national de Versailles. La cheikha voulait financer un événement universel et avait été impressionnée par la visibilité de l'exposition Jeff Koons.» La collaboration s'est si bien passée que Jean-Jacques Aillagon se rendra à Doha en janvier 2011. «Mécénats, partenariats, accueil de jeunes Qatariens pour les former aux métiers d'art à Versailles… les Idées de collaborations ne manquent pas», explique-t-il. Nul doute que Dominique de Villepin, grand ami du couple royal et administrateur du Qatar Museum Authority, pourra apporter son aide.
Cette intense accélération de la diplomatie culturelle vient compléter les excellentes relations que le Qatar entretient avec la France, au niveau diplomatique, militaire, judiciaire, sportif et économique. Premier dirigeant arabe à être reçu par l'Élysée dès mai 2007, le cheikh est l'interlocuteur privilégié de la France au Moyen-Orient. Outre l'arrivée de HEC et d'une antenne de Saint-Cyr à Doha, les contrats en cours sont nombreux. Après l'ouverture du Royal Monceau cet automne, avec une luxueuse salle de cinéma de cent places, une galerie et une librairie d'art pointue, le Qatar, déjà propriétaire du Majestic et du Gray Albion à Cannes, inaugurera un quatrième palace, le Peninsula, à Paris en 2012.
D'ici là, on s'attend à trouver des capitaux qatariens pour financer la transformation de l'Hôtel de la Marine en hôtel, avec galeries d'art et salles de vente. Après le prix de l'Arc de Triomphe, le Qatar pourrait aussi racheter le club de foot de la capitale, le PSG, avant d'organiser la Coupe du monde de football en 2022. Cette politique s'explique aussi par la francophilie de l'élite qatarienne. Dans une région dominée par les Britanniques, c'est un point essentiel. «Plusieurs personnalités, dont Son Altesse le cheikh Jouan ben Hamad al-Thani, ont fait des études en France», souligne Monique Papon, présidente du groupe d'Amitié France-Qatar au Sénat. L'exemple vient de très haut. Le cheikh et la cheikha Mozah possèdent le splendide hôtel d'Évreux, place Vendôme, et une propriété au-dessus de Cannes.
jeudi, 23 décembre 2010 | Lien permanent
J'ai aimé lire:Tomas Tranströmer dans l'anthologie des ”Cinq poètes du Grand Nord”
À lire sur Tranströmer : une page sur le site du printemps des poètes, un article de Marc Blanchet dans le Matricule des anges, et un extrait sur Poezibao.
Ce texte est repris par Laurent Margantin sur son site Œuvres ouvertes - à découvrir au passage.
Tranströmer vient de recevoir le prix Nobel de littérature 2011.
« Un langage situé au-delà du langage »
La parution dans la collection Poésie / Gallimard des œuvres poétiques complètes du Suédois Tomas Tranströmer nous permet de découvrir une figure essentielle de la poésie contemporaine, figure reconnue internationalement mais encore mal connue en France. Il faut rendre hommage aux éditions Le Castor astral qui ont publié Baltiques traduit par Jacques Outin en 1996.
La notice bio-bibliographique du volume nous dit que Tranströmer est né à Stockholm en 1931 et qu’il est psychologue de formation. Qu’il est considéré dès les années 50 comme l’un des poètes marquants du siècle et a reçu de nombreux prix à travers le monde, qu’il a été traduit en cinquante-cinq langues. Dans La Quinzaine littéraire, Gérard Noiret nous apprend que « s’ il figure aujourd’ hui aux côtés d’un Mario Luzi, d’ un Adonis, ou d’ un Edouard Glissant, parmi les poètes nobellisables, il ne le doit ni à une vaste production, ni à des démarches. Ses œuvres complètes (1954-2004) tiennent en 300 pages et ont d’autant moins été défendues par leur auteur que celui-ci, frappé en 1990 par une hémiplégie, a vu la maladie accentuer son penchant pour la discrétion et son immersion - elle est un fil conducteur aussi évident que les paysages de Suède - dans la musique. Lors de la soirée qui lui fut consacrée en octobre 2004 au Centre culturel suédois, il ne put que jouer du piano d’une main et remercier la salle d’ une phrase brève ».
La présence au monde de Tranströmer - présence que semble exprimer pleinement sa poésie - est très étrange : musicale en même temps que visuelle, à la fois onirique et très attentive au détail de la vie réelle. Comme l’écrit son traducteur dans sa préface, il « dispose de la faculté de regarder au fond du poème comme on regarde au fond d’un puits, pour en retirer des visions, des images et des objets qui semblent arrachés au néant. Il répond ainsi à une nécessité qui le pousse à dégager tous les signes d’un langage situé au-delà du langage : les hiéroglyphes de l’aboiement d’un chien, les cursives des aiguilles d’un sapin, les traces laissées par un cerf dans la neige ».
Jacques Outin encore, cette fois dans sa postface au seul livre autobiographique de Tranströmer, Les souvenirs m’observent (Le Castor astral), nous présente le parcours singulier de Tranströmer :
« Le poète a avoué à plusieurs reprises n’avoir été que peu sensible à la littérature et à la poésie jusqu’à l’âge de seize ans. Considéré par ses proches comme étant un garçon quelque peu excentrique, dont on disait qu’il vivait "dans son monde à lui", il s’intéressa tout d’abord aux sciences naturelles, à l’histoire et à la géographie, au point de vouloir devenir un jour entomologiste ou explorateur. Pourtant, au moment de la puberté, il se laissa fasciner par les arts, la peinture et surtout la musique. »
Juste après la guerre, il fit la découverte du surréalisme à travers une anthologie de poèmes surréalistes réalisée par Ekelöf, et celle de la poésie contemporaine française grâce à l’anthologie 19 poètes modernes français d’Erik Lindegren et Ilmar Laaban. Ses premiers poèmes se firent remarquer par l’usage original de la métaphore, tout en étant très ouverts au milieu naturel. C’est cette conjonction d’une écriture volontiers onirique et d’une attention accordée aux choses les plus simples qui surprend à la lecture de sa poésie. Comme le remarque lui-même Tranströmer : « En fait, je n’invente jamais rien. Et je ne mens jamais à propos de l’environnement du poème. »
C’est un fait que chaque poème de Tranströmer est fortement situé. Ce qui n’empêche pas le sentiment que peut avoir le lecteur d’être toujours dans un espace inédit, parfois imaginé. Le fait que les lieux soient parfois nombreux (le poète a beaucoup voyagé) donne l’impression que les différents espaces et temps se télescopent ou se répondent.
Il faut aussi citer un passage de la brillante étude de Renaud Ego dans le volume poésie / Gallimard, étude intitulée « Le parti pris des situations de Tomas Tranströmer » :
« En 1926, Werner Heisenberg a défini sous le titre de "Principe d’incertitude" un théorème majeur de la physique quantique : en substance, il expliquait qu’on ne peut connaître simultanément la position et la trajectoire d’une particule ; en effet, pour mesurer la position d’une particule, il faut l’éclairer, et ce faisant, l’énergie même infime dégagée par les photons lumineux modifie sa trajectoire. La portée de ce théorème est immense, car il démontre que l’observation crée la réalité. [...] Ce "flou quantique" - que l’on nommerait mieux, appliqué à la réalité macroscopique, "incertitude mentale" -, Tomas Tranströmer en a l’intuition lorsqu’il se décrit lui-même en 1989, soit à cinquante-huit ans, comme "Un espace de temps / de quelques minutes de long / de cinquante-huit ans de large". [...] Mais il tire aussi les conséquences de cette incertitude : si le réel surgit seulement dans le miroir d’une subjectivité qui se métamorphose elle-même, alors le monde objectif cesse. Seules demeurent possibles des situations transitoires, celles où la rencontre instantanée de l’être avec le monde redéfinit toujours les conditions de leur dialogue. »
Il se produit ainsi sans cesse une « métamorphose dont le poème est la forme », chaque poème exprimant des circonstances précises, forcément instables, dans lesquelles, à un moment donné, une rencontre entre l’homme et son environnement a lieu.
extrait : Thomas Tranströmer / Baltiques, I
C’était avant le temps des poteaux télégraphiques.
Mon grand-père était jeune pilote côtier. Il inscrivait dans son carnet les bateaux qu’il pilotait — noms, destinations, tirants d’eau. Quelques exemples de 1884 : Vap. Tiger Capit. Rowan 16 pieds Hull Gefle Furusund Brick Ocean Capit. Andersen 8 pieds Sandefjord Hernösand Furusund Vap. St Pettersburg Capit. Libenberg 11 pieds StettinLibau Sandhamm
Il les amenait jusque dans la Baltique, à travers cet extraordinaire dédale d’îles et d’eau. Et ceux qui se rencontraient à bord et se laissaient porter, quelques heures ou quelques jours, par la même carcasse, à quel point faisaient-ils connaissance ? Dialogues en anglais mal orthographié, entente et mésentente mais si peu de mensonges conscients.
À quel point faisaient-ils connaissance ?
Quand la brume était épaisse : visibilité réduite, vitesse limitée. D’une enjambée, la presqu’île sortait de l’invisible et se tenait à proximité.
Un beuglement toutes les deux minutes. Les yeux lisaient droits dans l’invisible.
(Avait-il le dédale en tête ?)
Les minutes passaient.
Les fonds et les îlots remémorés comme des psaumes.
Et cette sensation d’être « là et nulle part ailleurs » qu’il fallait conserver, comme lorsqu’on porte un vase rempli jusqu’à ras bord et qu’on ne doit rien renverser.
Un regard jeté dans la salle des machines.
La machine compound, aussi robuste que le cœur humain, travaillait avec des gestes délicatement élastiques, acrobates d’acier, et des parfums montaient comme d’une cuisine.
samedi, 03 mars 2012 | Lien permanent
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