Rechercher : daumier
Daumier, du charivari dans l'art
04/03/2008 | Mise à jour : 14:25 |
Le site Tolbiac de la BnF et la bibliothèque Richelieu rendent hommage au caricaturiste, à l'occasion du bicentenaire de sa naissance.
Quel est l'artiste le plus scandaleux de l'histoire de France ? Sade ? Le divin marquis peut se prévaloir d'une douzaine années de captivité à Vincennes, la Bastille et Charenton, mais c'était surtout à cause de ses débauches sexuelles. Restif de La Bretonne ? Sa condamnation s'explique aussi par le libertinage. Marot qui, lui, séjourna au Châtelet, à la Conciergerie et dans les geôles de Chartres ? Il fut moins puni pour ses écrits que parce qu'il avait mangé du lard durant carême et bousculé la maréchaussée. De même, Courbet alla au cachot non pour ses nus mais parce qu'on lui imputait la destruction de la colonne Vendôme. En fait, si l'on regarde bien, en tête du palmarès des condamnés pour avoir été artiste et rien qu'artiste - palmarès honteux pour la patrie de droits de l'homme -, on trouve Daumier.
Honoré-Victorien Daumier (1808-1879): six mois à Sainte-Pélagie sur décision de cour d'assises pour avoir représenté Louis-Philippe en Gargantua. À l'époque, on ne badinait pas avec la caricature. L'exposition qui s'ouvre aujourd'hui à l'occasion du bicentenaire de sa naissance, dans la galerie Mazarine du site Richelieu de la Bibliothèque nationale de France, dépositaire de la totalité de l'énorme oeuvre imprimé (4 000 lithographies et 1 000 bois), le rappelle. Elle suit scrupuleusement et légitimement l'histoire des éruptions de la censure et des coups de boutoir de la République naissante, de la monarchie de Juillet à la chute du Second Empire.
Le fil conducteur de sa carrière
Mais l'accrochage va bien au-delà du combat conjoncturel contre toutes les hypocrisies et pour la liberté. Elle souligne constamment à quel point Daumier est un immense artiste. Un peintre qui n'avait besoin que du noir et du blanc pour exprimer toute la palette, comme le comprirent Baudelaire le premier puis Corot, Degas, bien des réalistes après avoir vu son évocation d'une sobriété éloquente du massacre de La Rue Transnonain, les impressionnistes vingt ans après ses fulgurances, les expressionnistes et jusqu'aux surréalistes. «Même s'il fut excellent dessinateur, peintre et sculpteur, c'est la lithographie qui est son mode d'expression privilégié. L'estampe de presse est non seulement le fil conducteur de toute sa carrière, mais c'est elle qui exprime le plus vivement l'immense variété de son talent», affirme la commissaire Valérie Sueur-Hermel, conservateur au département des estampes et de la photographie de la BnF. Il est en effet facile, au grès des 220 pièces, des premiers tirages conservés au dépôt légal, parfaitement exposés sur des cimaises bordeaux, sous le décor classique du plafond dont seules les grisailles sont éclairées - un joli clin d'oeil du scénographe Massimo Quendolo - de repérer le génie plastique.
De la pure caricature politique à celle des gens et des moeurs, à travers des personnages comme Robert Macaire ou Ratapoil, notons la concision, l'efficacité et la vigueur du trait. Relevons l'expressivité de la ligne tracée dans l'instant tout comme le rendu d'un mouvement, la puissance d'un contraste d'ombre et de lumière, la vérité d'une bougie ou d'une ondée. Voici un lissé jusqu'au blanc pour un clair-obscur virtuose. Voici des noirs épais ou moirés, plus ou moins gras, parfois rehaussé d'encre à la plume ou au pinceau pour les costumes. Et là quels dégradés de gris sur les paletots bourgeois ou les robes des gens de justice ! Hachures croisées, traces savamment estompées pour les velours des Parisiennes. Attardons-nous aussi sur les cadrages, franchement inédits, des scènes de spectacle à l'affiche sous le Second Empire. Daumier est sur scène, derrière le ténor qui guigne la veuve riche. Ou bien dans une loge de première, exprimant l'ennui d'une tragédie italienne en se concentrant sur un franc roupillon. Ou encore fixant carrément de face un public béat, oublieux de son siècle. Or, le plus souvent, Daumier se jetait directement sur la pierre calcaire, travaillait dans l'urgence du bouclage, laissait aux rédacteurs le soin de trouver la légende qui allait accompagner la prochaine et tant attendue pleine page, chaque fois événement du nouveau numéro de La Caricature ou du Charivari.
Inventée à la toute fin du XVIIIe siècle, comme le détaille également l'exposition, la lithographie avait déjà été utilisée par des maîtres tels Géricault ou Delacroix mais jamais de manière aussi audacieuse. En fait, elle libéra Daumier qui, avec elle et son goût pour les portraits charges, tant de parlementaires que de héros antiques (Narcisse, Pénélope), ouvrit plus largement le champ du grand art. Après lui, la peinture ne serait plus jamais la même.
Jusqu'au 8 juin: «Daumier. L'écriture du lithographe», BnF, 58, rue Richelieu, Paris 75002. Jusqu'au 4 mai: «Les héritiers de Daumier» , site François-Mitterrand, Paris 75013 et www.bnf.fr
http://www.lefigaro.fr/culture/2008/03/04/03004-20080304A...
mercredi, 05 mars 2008 | Lien permanent
La bête noire du roi Poire
François Taillandier
04/12/2008 | Mise à jour : 11:05 |
Républicain farouche, le caricaturiste Daumier ne cessa de moquer le bedonnant Louis-Philippe. Mais il fut aussi un visionnaire de son siècle,à l'égal de Balzac.
Fêtons pour son bicentenaire Honoré Daumier (1808-1879), qui trône en son siècle comme un roi. Roi, il le devint en défiant l'autre roi, le médiocre Louis-Philippe, qu'il représenta en poire, puis en Gargantua mangeur d'impôts, déféquant des prébendes et nominations pour sa clientèle politique. L'esprit de Rabelais se réincarnait ainsi dans ce républicain farouche. Les quelques mois de prison qu'il subit à cette occasion furent son sacre.
En 1835, le roi Poire interdit la caricature politique. Pour Daumier, dessinateur vedette du Charivari et autres feuilles contestataires, cet oukase fut une chance. Ne pouvant plus taper directement sur le monarque et ses ministres, il entreprit de dessiner les Français tels qu'ils étaient, bourgeois, artistes, hommes de loi, ouvriers… Il devint ainsi l'autre Honoré, le Balzac de la lithographie. Il contribua d'ailleurs à illustrer la grande édition de La Comédie humaine. Il multiplia les séries consacrées aux divers types sociaux. Ainsi disposons-nous pour la France du XIXe siècle de ce que les Bruegel nous donnèrent pour la Flandre du XVIe. Il est bien sûr le grand-père de tous les caricaturistes de presse. Pourtant, son œuvre ne se réduit pas à cela. Daumier est un visionnaire. Il y a chez lui la malice des chapiteaux médiévaux, la violence d'un Jacques Callot, la maestria souveraine des esquisses d'un Rembrandt ou d'un Rubens et toute la tradition de l'estampe populaire (très vivace sous la Révolution). Son art de la caricature emprunte aux grandes sources classiques. Avant de faire ses portraits charges, il réalise ces extraordinaires petits bustes polychromes qu'on peut voir au Musée d'Orsay. Il tord les formes, dramatise le mouvement.
Il y a en lui un sculpteur, un statuaire nerveux et puissant comme son compatriote Puget. Lorsque l'histoire s'en mêle, il atteint à la grandeur épique : l'homme mort du massacre de la rue Transnonain (1834) est un cri d'horreur à la Goya devant la répression. Mais ce moderne pourra aussi, en des satires amicales, figurer Nadar en ballon « élevant la photographie à la hauteur d'un art », ou Victor Hugo « répondant par des pensées sombres à des questions graves ». Le sourire ne perd jamais ses droits.
Très en avance sur son temps
On peut regretter le texte parfois trop savant et parfois trop elliptique de ce livre ; l'essentiel est qu'on y trouve toutes les facettes de son art, et les pistes multiples de son inspiration et de son influence. Baudelaire voyait en lui « un des hommes les plus importants pas seulement de la caricature, mais de l'art moderne ». Son œuvre de peintre compte des toiles très en avance sur son temps, Le Fardeau, Les Lutteurs, La Partie de dames. Les grands novateurs, les Manet, les Degas, ont médité cette œuvre. Les dessinateurs du début du XXe, les Capiello et les Steinlen, les George Grosz et les Félicien Rops, lui doivent tous quelque chose. Et probablement Flaubert ou Zola n'eussent pas été ce qu'ils sont sans la vision de Daumier, qui avait commencé en tant que saute-ruisseau chez un notaire. Exactement comme l'autre Honoré.
Daumier et la caricature de Ségolène Le Men Citadelles & Mazenod, 240 p., 69 €.
http://www.lefigaro.fr/livres/2008/12/04/03005-20081204AR...
Image:
Tiens bon peuple !
1862
Gravure
10 x 15 cm
Musée d'Orsay Paris
http://www.honore-daumier.com/
Toutes mes notes sur Daumier:
http://www.lauravanel-coytte.com/search/daumier
vendredi, 02 janvier 2009 | Lien permanent | Commentaires (2)
L’exposition qui a bonne presse
Du 5 juin au 30 septembre, la Ville organise une grande exposition intitulée De Daumier à Toulouse-Lautrec : le dessin de presse à l'époque impressionniste. L’exposition figure au programme du festival Normandie impressionniste organisé dans toute la région.

Des trésors de papier. Gérard Gosselin les sort des cartons avec précaution. Ces exemplaires du Rire, du Charivari, du Journal illustré, de La Vie moderne, du Petit journal, du Mirliton… ont plus d’un siècle. Un âge vénérable.
À cette époque, la photographie est encore balbutiante, les journaux utilisent le dessin pour illustrer leurs pages : dessin satirique, illustration d’un événement, reportage… Peintre, passionné de l’histoire de la peinture, Gérard Gosselin les collectionne. De cet ensemble, la Ville lui a emprunté 150 pièces pour une exposition intitulée De Daumier à Toulouse-Lautrec, le dessin de presse à l’époque impressionniste, 1863/1908, qui présentée de juin à septembre, dans le cadre du festival Normandie impressionniste.
L’événement a d’ailleurs été labellisé et subventionné par le comité organisateur du festival. Il offre une triple plongée, dans l’histoire, dans la presse et dans la peinture. La période retenue, 1863/1908, va du scandale créé par la toile de Manet, Le Déjeuner sur l’herbe, jusqu’à la mort de Cézanne. "C’est-à-dire la vision nouvelle du cubisme et aussi la veille de la guerre de 1914", précise Gérard Gosselin. Dans cette fin du XIXe siècle, la peinture n’est pas seule à bousculer la société : la guerre de 1870, la fin de l’empire de Napoléon III, la Commune de Paris, la proclamation de la IIIe République, l’instauration de l’école laï̈que, obligatoire et républicaine, la séparation de l’Église et de l’État, l’apparition du chemin de fer mais aussi l’expansion coloniale en Afrique, l’affaire Dreyfus… "C’est également une période sociale forte, ajoute Martine Thomas, responsable du patrimoine en mairie et chargée de l’exposition, avec des conditions de travail très dures, une grande misère, des luttes durement réprimées, une banalisation de la prostitution, dont on retrouve trace dans les journaux."
Une plongée dans l'histoire, la presse et la peinture

La presse était en ce temps très dynamique, l’exposition présente une quarantaine de titres. "C’est la grande période des journaux, indique Gérard Gosselin, Napoléon III avait commencé à desserrer la censure et avec la République, la liberté d’opinion progresse. On y trouvait des dessins d’humour, des dessins d’actualité politique, des illustrations de textes, et des dessins qui seraient aujourd’hui des photos, des dessins de reportage. Vers 1900, ce sont parfois des photos qui sont reprises en dessin parce qu’on ne sait pas les reproduire."
Le peintre Gérard Gosselin s’intéresse surtout aux dessins de presse de… peintres. "Quand c’est un peintre, assure-t-il, il y a quelque chose en plus, et surtout il pense aussi à sa recherche, à sa peinture, et ça, c’est passionnant." Beaucoup dessinaient pour des raisons alimentaires, d’autres par conviction. Mais les visiteurs de la manifestation retrouveront presque tous les grands artistes de cette époque : Daumier, Monet, Renoir (ci-contre), Signac, Maximilien Luce, Charles Angrand, Félix Vallotton, Pierre Bonnard, Ibels, Van Dongen, Toulouse-Lautrec…
Informations pratiques
• De Daumier à Toulouse-Lautrec : le dessin de presse à l’époque impressionniste, 1863-1908 exposition du 5 juin au 30 septembre.
• Insa, avenue de l’Université | ouverte du lundi au samedi, de 10 heures à 18 heures. Visites guidées individuelles samedi et mardi à 11 h 30 et 14 h 15. Renseignements tél. : 02 32 95 83 83 | réservations par courriel : accueil mairie
http://www.saintetiennedurouvray.fr/pages/le_dessin_de_pr...
lundi, 27 septembre 2010 | Lien permanent
Un portrait d'Honoré Daumier
Je veux parler maintenant de l'un des hommes les plus importants, je ne dirai pas seulement de la caricature, mais encore de l'art moderne, d'un homme qui, tous les matins, divertit la population parisienne, qui, chaque jour, satisfait aux besoins de la gaieté publique et lui donne sa pâture. Le bourgeois, l'homme d'affaires, le gamin, la femme, rient et passent souvent, les ingrats ! sans regarder le nom. Jusqu'à présent les artistes seuls ont compris tout ce qu'il y a de sérieux là-dedans, et que c'est vraiment matière à une étude. On devine qu'il s'agit de Daumier.
clatants ; il dessina, parce qu'il avait besoin de dessiner, vocation inéluctable. Il mit d'abord quelques croquis dans un petit journal créé par William Duckett ; puis Achille Ricourt, qui faisait alors le commerce des estampes, lui en acheta quelques autres. La révolution de 1830 causa, comme toutes les révolutions, une fièvre caricaturale. Ce fut vraiment pour les caricaturistes une belle époque. Dans cette guerre acharnée contre le gouvernement, et particulièrement contre le roi, on était tout cœur, tout feu. C'est véritablement une œuvre curieuse à contempler aujourd'hui que cette vaste série de bouffonneries historiques qu'on appelait la Caricature, grandes archives comiques, où tous les artistes de quelque valeur apportèrent leur contingent. C'est un tohu-bohu, un capharnaüm, une prodigieuse comédie satanique, tantôt bouffonne, tantôt sanglante, où défilent, affublées de costumes variés et grotesques, toutes les honorabilités politiques. Parmi tous ces grands hommes de la monarchie naissante, que de noms déjà oubliés !


Tout à l'heure, je crois, j'ai dit : bouffonnerie sanglante. En effet, ces dessins sont souvent pleins de sang et de fureur. Massacres, emprisonnements, arrestations, perquisitions, procès, assommades de la police, tous ces épisodes des premiers temps du gouvernement de 1830 reparaissent à chaque instant ; qu'on en juge : La Liberté, jeune et belle, assoupie dans un dangereux sommeil, coiffée de son bonnet phrygien, ne pense guère au danger qui la menace. Un homme s'avance vers elle avec précaution, plein d'un mauvais dessein. Il a l'encolure épaisse des hommes de la halle ou des gros propriétaires. Sa tête piriforme est surmontée d'un toupet très proéminent et flanquée de larges favoris. Le monstre est vu de dos, et le plaisir de deviner son nom n'ajoutait pas peu de prix à l'estampe. Il s'avance vers la jeune personne. Il s'apprête à la violer.
— Avez-vous fait vos prières ce soir, Madame ? — C'est Othello-Philippe qui étouffe l'innocente Liberté, malgré ses cris et sa résistance.
Le long d'une maison plus que suspecte passe une toute jeune fille, coiffée de son petit bonnet phrygien ; elle le porte avec l'innocente coquetterie d'une grisette démocrate. MM. un tel et un tel (visages connus, — des ministres, à coup sûr, des plus honorables) font ici un singulier métier. Ils circonviennent la pauvre enfant, lui disent à l'oreille des câlineries ou des saletés, et la poussent doucement vers l'étroit corridor. Derrière une porte, l'Homme se devine. Son profil est perdu, mais c'est bien lui ! Voilà le toupet et les favoris. Il attend, il est impatient !
Voici la Liberté traînée devant une cour prévôtale ou tout autre tribunal gothique : grande galerie de portraits actuels avec costumes anciens.
Voici la Liberté amenée dans la chambre des tourmenteurs. On va lui broyer ses chevilles délicates, on va lui ballonner le ventre avec des torrents d'eau, ou accomplir sur elle toute autre abomination. Ces athlètes aux bras nus, aux formes robustes, affamés de tortures, sont faciles à reconnaître. C'est M. un tel, M. un tel et M. un tel, — les bêtes noires de l'opinion.
Je me rappelle encore un fort beau dessin qui appartient à la même classe : La Liberté de la Presse. Au milieu de ses instruments émancipateurs, de son matériel d'imprimerie, un ouvrier typographe, coiffé sur l'oreille du sacramentel bonnet de papier, les manches de chemise retroussées, carrément campé, établi solidement sur ses grands pieds, ferme les deux poings et fronce les sourcils. Tout cet homme est musclé et charpenté comme les figures des grands maîtres. Dans le fond, l'éternel Philippe et ses sergents de ville. Ils n'osent pas venir s'y frotter.


Un Dernier Bain, caricature sérieuse et lamentable. — Sur le parapet d'un quai, debout et déjà penché, faisant un angle aigu avec la base d'où il se détache comme une statue qui perd son équilibre, un homme se laisse tomber roide dans la rivière. Il faut qu'il soit bien décidé ; ses bras sont tranquillement croisés ; un fort gros pavé est attaché à son cou avec une corde. Il a bien juré de n'en pas réchapper. Ce n'est pas un suicide de poète qui veut être repêché et faire parler de lui. C'est la redingote chétive et grimaçante qu'il faut voir, sous laquelle tous les os font saillie ! Et la cravate maladive et tortillée comme un serpent, et la pomme d'Adam, osseuse et pointue ! Décidément, on n'a pas le courage d'en vouloir à ce pauvre diable d'aller fuir sous l'eau le spectacle de la civilisation. Dans le fond, de l'autre côté de la rivière, un bourgeois contemplatif, au ventre rondelet, se livre aux délices innocentes de la pêche.
Texte intégral sur Gallica
mercredi, 28 juillet 2010 | Lien permanent
Je viens de lire: Arts magazine de mars 2008
et au sommaire du numéro d'avril(je ne sais pas si je le trouverais ici):
La vie de l’art
6 Actu
Événements, débats, initiatives.
10 Biz’art
Tout ce qui nous a amusés ou énervés.
12 La chronique du néophyte
Un GPS pour Indiana Jones (notre reporter cobaye perdue au Louvre).
16 On en parle
Penck le primitif et Closky l’antipub.
18 Secrets de fabrication
George Rousse, explique comment il fait un rond avec une cabane de béton.
20 Enquête
L’armée de l’ombre de l’art contemporain.
24 Shopping
Stars du design, en version immaculée.
À voir
26 Barbier-Mueller
Les fleurons du plus grand collectionneur d’arts premiers, exposés à Paris.
36 Daumier
Le dessinateur satiriste fait face à ses héritiers grâce à deux expos parisiennes.
40 Odilon Redon
Avignon rend hommage à l’énigmatique et inclassable artiste.
42 Marie-Antoinette
La reine mécène et ses goûts.
44 Dans les galeries
Notre choix pour avril.
Dossier
48 Quand les artistes créent des jardins
Des délires de Niki de Saint Phalle aux lignes pures des paysagistes, le végétal se fait sculpture ou... tableau.
L’art dans la vie
64 Voyage
Nos suggestions pour un week-end en Ombrie, l’autre berceau de la Renaissance.
71 Métier d'art
Le canut de Saint-Georges, à Lyon.
74 Portfolio
Bijoux d’artistes. Quand Calder, César ou Picasso jouaient aux joailliers.
Comprendre
80 Histoires de l’art
Ça bouge, mais comment ? Un défi pour les artistes : donner l’illusion du mouvement.
88 La chronique de Christian Monjou
Le point de vue décalé de notre expert sur Francisco de Zurbarán.
90 Architecture
La tour vertigineuse de Malmö, en Suède. Un architecte, un style, un défi.
92 Le coin du collectionneur
Pourquoi s’inscrire à une artothèque ? Nos expertises gratuites
94 Livres
Les dernières sorties.
L’agenda
97 Le guide des meilleures expos du moment
Et aussi
4 De nous à vous… de vous à nous.
Édito, invitations, rencontre, débats, courriers...
114 Quiz
La science au secours de l’art. Enquêtez !
jeudi, 27 mars 2008 | Lien permanent | Commentaires (2)
Mois Nadar - Lapérouse - juin 2012
L
apérouse célèbre l’immense artiste que fût Gaspard-Félix Tournachon, dit Nadar, durant tout le mois de juin grâce à des événements, signatures et lectures au sein de l’établissement.
Exposant depuis toujours les portraits stupéfiants du célèbre Nadar, Lapérouse lui consacre un mois entier à l’occasion du centième anniversaire de sa mort.
Stéphanie de Saint Marc lui a consacré un livre, une biographie, édité chez Gallimard. L’auteur sera en juin dans les célèbres salons de Lapérouse pour rencontrer un public avisé.
Les événements
Fin mai, un cocktail d’inauguration du mois Nadar accueillera 300 invités dans les salons de Lapérouse. Julien Mairesse, le barman de l’établissement, proposera pour l’occasion le cocktail Nadar (à base de Vodka et de couleur rouge, la couleur préférée de Nadar) et le chef Christophe Guibert proposera le menu Nadar au restaurant.
Thibaud de Montalembert, ancien sociétaire de la Comédie Française, interprétera une lecture d’un extrait de la biographie de Nadar, le livre de Stéphanie de Saint Marc.
Chaque mercredi de juin, lectures, cocktails, échanges et musique autour de Nadar et ses contemporains, auront lieu entre 18h et 21h. Les invités pourront poursuivre l’expérience au restaurant.
Les lectures
Extraits de la biographie, lectures d’articles de Nadar, poèmes de Baudelaire et d’auteurs proches du photographe ponctueront les rendez-vous. Chaque fois interprétés par des comédiens professionnels.
Nadar
Il y a juste cent ans, dans les premiers mois de l’année 1910, mourrait Nadar. Né en 1820, il avait presque traversé le siècle et ses nombreux régimes. Celui dont on connaît aujourd’hui le nom grâce à la série de clichés magistraux qu’il a laissé des célébrités contemporaines a été l’ami de ses modèles ; artistes pour beaucoup, de Baudelaire à Théophile Gautier, de Daumier à Gustave Doré, de Hugo à Georges Sand, les sujets de ses images ont été aussi hommes de science et de pouvoir, représentants de l’opposition républicaine. Car Nadar, Félix Tournachon de son nom d’origine, a été pleinement dans son temps.
Outre la photographie et le regard nouveau qu’il portait sur le monde, il s’est épris de médecine et s’est aussi consacré sans mesure au rêve de la navigation aérienne, promise à devenir la moderne aviation. En homme de progrès, il a épousé les passions politiques de l’époque jusqu’à partir à pieds, en 1848, sauver la Pologne de la tyrannie!
C’est cet itinéraire étincelant, mais aujourd’hui trop méconnu, que retrace Stéphanie de Saint Marc. Ce livre révèle également un Nadar plus secret, personnalité complexe, souvent inattendue, dont le charme et l’exubérance masquent des fêlures intimes qui dessinent son portrait sous un jour nouveau.
A propos de Lapérouse
Cet ancien hôtel particulier du XVIIIème siècle devient un restaurant gastronomique dans la seconde moitié du XIXème siècle fréquenté par le Tout-Paris littéraire, politique et culturel. Nerval, Dumas, Baudelaire, Zola, Maupassant, Proust. Tous ont leurs habitudes et les petits salons particuliers en étage ont chacun leur histoire.
Le décor composé de marbres, de fresques peintes et de boiseries sculptées séduit également les grands noms de la politique et du pouvoir (l'Aga Khan et la Bégum, le duc de Windsor et Wallis Simpson, François Mitterrand...) ou plus proche, Orson Welles et Serge Gainsbourg.
Lapérouse
51, quai des Grands Augustins
75006 Paris
www.laperouse.fr
http://www.artistikrezo.com/201204189271/actualites/Art/m...
mercredi, 18 avril 2012 | Lien permanent
Baudelaire en solitaire dans le cercle des poètes disparus
Actualisé le 29 juin 2007 : 10h36
Sotheby's France a vendu sans fièvre, mercredi soir, la collection Pierre Leroy. LES CAMÉRAS de Public Sénat et de La Chaîne Parlementaire campaient en intruses au fond de la salle des ventes de Sotheby's, là où les bibliophiles, race discrète, aiment suivre les enchères d'un oeil faussement négligent. Dès 19 heures mercredi soir, la Galerie Charpentier a vu débarquer une foule de curieux alléchés par cette vente médiatique qui célébrait Baudelaire et les 150 ans de la publication de ses Fleurs du mal au lourd parfum littéraire (Le Figaro Patrimoine du 1er juin). Même Le Canard enchaîné avait parlé à sa façon moqueuse de la Collection Pierre Leroy, fustigeant au passage ce pilier du groupe Lagardère.« Un million de touristes, mais pas un million d'acheteurs ! », résumait férocement un expert parisien, « assez satisfait que le monde des livres reste fermé aux stricts amateurs, c'est-à-dire aux antipodes de l'art contemporain et de son marché de masse ». Quelques acteurs seulement ont donc mené la danse mercredi soir chez Sotheby's qui doit beaucoup de ses résultats aux libraires de toujours et à leurs clients fidèles (presque 5 Meur, au-delà de l'estimation, soit 90,9 % des 100 lots vendus et 98,7 % en valeur).
Réunion d'une vieille famille
Las, dirait le poëte du XIXe, l'ambiance n'était pas si festive dans cette vente qui ressemblait plus à la réunion d'une vieille famille, où les sentiments se disent à mots couverts, qu'au triomphe escompté pour ce grand anniversaire de la littérature française. Déployant sans compter son énergie, le libraire parisien Jean-Claude Vrain - qui faisait là office d'expert indépendant pour Sotheby's - a défendu chaque lot bec et ongles. Expliquant pourquoi la lettre du jeune Charles à son demi-frère Alphonse était précieuse (10 000 eur au marteau, à la table d'experts). Soulignant que le portrait du poète enfant par Legros d'après Courbet était le seul peint de son vivant (40 000 eur marteau, à la table d'experts). Emportant à 168 000 eur contre un téléphone Le Vin des Chiffonniers, poème des Fleurs du mal offert par Baudelaire à Honoré Daumier, pour « un des huit collectionneurs - six Français, un Anglais et un Suisse - qui lui avaient laissé des ordres ». Le succès de la vente Leroy doit beaucoup à la cascade d'enchères faites par son intermédiaire sous le même panneau 105.
Seuls les grands lots ont suscité une fièvre palpable, digne des ventes Jacques Guérin ou Jaime Ortiz-Patiño, le reste tombant vite dans l'atonie qui menace le cercle des poètes disparus (35 000 eur marteau pour les 18 lettres de Baudelaire à l'éditeur Eugène Crepet, toujours à la table d'experts). Ainsi, Les Fleurs du mal avec envoi du poète « en témoignage d'une éternelle admiration » à Delacroix, déjà vedette de la vente Guérin en 1985 à Drouot et de la vente Ortiz-Patiño en 1998 chez Sotheby's à Londres (140 000 £). « Un grand livre doit faire cher. Cet exemplaire aurait pu faire plus, doubler son estimation haute et dépasser les 700 000 eur», estimait hier un expert indépendant de la vente.
Dans ce petit comité d'amateurs que sont les bibliophiles, le marketing semble une arme vaine, comme le maquillage de studio pour une jeune fille. Seule compte la valeur soupesée d'un livre, d'un texte, d'un envoi, d'un exemplaire. Gardant tout son calme, un grand collectionneur genevois a emporté discrètement la lettre émouvante de Caroline Aupick prenant la défense des Jean-Claude Vrain et de son cher fils (48 000 eur marteau). La poésie est un plaisir solitaire.
Source de cet article:http://www.lefigaro.fr/culture/20070629.FIG000000194_baudelaire_en_solitaire_dans_le_cercle_des_poetes_disparus.html
samedi, 30 juin 2007 | Lien permanent | Commentaires (4)
Jean-Louis Forain, un Zorro du crayon au Petit Palais
Mots clés : impressionisme, peinture, Petit Palais, Jean-Louis Forain
Par Ariane Bavelier20/04/2011 | Mise à jour : 19:38 Réagir

Ritratto di Andrea Odoni portrait du marchand d'art de Lorenzo Lotto (1527). Crédits photo : Crédit en bas svp
Première rétrospective de ce peintre incisif qui fut également caricaturiste au Figaro au tournant du XXe siècle.
Jean-Louis Forain pousse le trait, pourfend l'injustice, sabre la bêtise satisfaite du plus fort. Il a l'humeur féroce et l'œil à l'affût. C'est une sorte de Zorro du crayon et du pinceau. S'il finit à l'Institut, un peu raide dans son habit vert, tandis que Picasso débutant s'entraîne à imiter le «f» bouclé de sa signature, ses débuts sentent le Gavroche. Fils de peintre en bâtiment, il copie les maîtres du Louvre, ambitionnant les beaux-arts plutôt que les enseignes.
Carpeaux le remarque et le prend comme apprenti. Son art de dessinateur, dans les nus, se souviendra des coups de ciseaux dans le marbre. Une sculpture est endommagée. Carpeaux, féroce dans la colère, promet la porte au coupable. Forain se dénonce pour sauver un camarade chargé de famille. Sur le pavé, il cherche la protection d'André Gil, rencontre Verlaine dont il illustre les poèmes et Rimbaud avec qui il partage une chambre «pleine de jours sales et de bruits d'araignée». Huysmans, son ami le plus proche, le décrit comme «le plus jeune et le plus incisif des impressionnistes».
Toulouse-Lautrec le tiendra pour son maître
Forain fuit les ciels, préfère l'artificiel et la lumière canaille des becs de gaz sur les bas rayés des filles des maisons, les cocottes au bar des Folies-Bergère, les abonnés chassant la petite danseuse à l'Opéra où Degas l'introduit. Il s'achète un habit pour paraître aux buffets mondains où sa faconde et son humour le font rechercher sans endormir sa verve: il mord d'un trait la ruée des messieurs en frac, courant sus aux petits fours. Il a le sens de la mise en page: duo de moustaches sans visage surplombant un décolleté (Au Skating Cafe); jeune beauté regardant si loin par-dessus bord que ne reste d'elle qu'une paire de fesses et deux pieds (Jeune femme sur un yacht). À cause de sa fascination d'oiseau de nuit pour les boulevards, Toulouse-Lautrec le tiendra pour son maître.
Trait rapide
Lorsqu'il cède à la tentation du plein air, Forain cherche les personnages. Un couple comme seul au monde flotte sur le gazon d'un champ de course. Le Pêcheur rêve au bout d'une longue planche, jambes ballantes dans un vide bleuté. S'il n'a pas d'ombre, son chien veille. Forain ne résiste pas au clin d'œil. Comme Daumier, il est peintre et caricaturiste. Déformation professionnelle? Il a le trait rapide, qui griffe et cingle. «À 300 francs pièce, vous pourriez au moins faire des hachures!», s'indigne devant la simplicité maximale de ses dessins, le directeur du Figaro pour qui il signera 2500 dessins entre 1893 et 1925. Leur puissance tient à cette volonté d'aller droit au but, d'un seul coup.
Au reste, si l'âge venant, il trouve l'apaisement dans des eaux-fortes à la Rembrandt sur des thèmes religieux, sa peinture souffre de trop de bonté. Un séjour qu'il fait dans les ateliers de camouflage de l'armée où il se porte engagé volontaire en pleine guerre de 14, à 62 ans, brouille sa palette d'excès de bruns et de gris. Rentré du front, il court derrière la mode des Années folles, coupe à la garçonne les cheveux des filles, peint des amours saphiques si longtemps après Baudelaire, et dans les cabarets, des scènes de tango, obscures et confuses. Dommage. Forain était né pour le french cancan.
Au Petit Palais, Paris VIIIe, jusqu'au 5 juin.
jeudi, 21 avril 2011 | Lien permanent
Je suis en train de lire:”La grande parade. Portrait de l'artiste en clown” de Jean Clair
http://www.amazon.fr/La-Grande-Parade-Portrait-lartiste/d...
11 mars 2004 – 31 mai 2004
Cette exposition est organisée par le Musée des beaux-arts du Canada. Elle est co-produite avec la Réunion des musées nationaux pour sa présentation à Paris. Elle sera présentée au Musée des beaux-arts du Canada du 25 juin au 19 septembre 2004.
En partenariat média avec Le Figaro, France Info et le Point.
Il convient de noter d’emblée que cette exposition n’est pas consacrée aux représentations du cirque dans les arts ni directement à l’histoire du cirque. Dans le même esprit que celui de l’ouvrage de Jean Starobinski paru en 1970, Portrait de l’artiste en saltimbanque(éditions Skira, collection « Les Sentiers de la création », réédition Gallimard en 2004), elle porte sur les représentations que les artistes ont données d’eux-mêmes, à partir d’une certaine époque, à travers la figure du clown – qui témoignent de l’évolution de leur statut au sein de la société.
Aux alentours de 1780 en effet, l’image que l’artiste se fait de lui-même – et que la société lui renvoie – change lentement mais irrésistiblement. Il cesse d’être considéré et de se croire l’égal des Grands de ce monde pour se percevoir et se projeter au contraire comme un marginal, un déclassé et par suite, métaphoriquement, comme un bouffon ou un pitre. D’où son intérêt nouveau pour le cirque qui, comme divertissement populaire, commence à se développer précisément à cette époque. Parallèlement, aux autoportraits d’apparat solennels de l’âge classique se substituent souvent des autoportraits « ironiques » où les artistes donnent de leurs traits une image grimaçante ou caricaturale.
L’exposition regroupe près de deux cents œuvres – peintures, sculptures, dessins, installations – couvrant plus de deux siècles, depuis Watteau et Chardin jusqu’à Boltanski et Cindy Sherman en passant par Tiepolo, Goya, Daumier, Courbet, Seurat, Ensor, Rouault, Léger, Klee, Chagall, Picasso, … Le parcours est ponctué par neuf installations audiovisuelles permettant aux visiteurs de voir des extraits de films anciens (Les Enfants du paradis de Marcel Carné, Freaks de Tod Browning…) et des vidéos d’artistes contemporains (Bruce Nauman, Pierrick Sorin…)
Neuf sections composent l’exposition :
- Il Mondo novo
Il Mondo novo, le monde nouveau, c’est celui de ces spectacles forains, dans l’Italie du nord à la fin du XVIIIesiècle, qui promenaient de ville en ville des boîtes d’optique dans lesquels on pouvait voir des fantasmagories – elles-mêmes accompagnées de parades de saltimbanques.
Au même moment l’intérêt des peintres pour la physiognomonie (Lavater), les expressions et les postures que décriront bientôt la psychiatrie et la neurologie (Charcot) renouvellent l’art du portrait.
- Parade
« Toute parade est parodie. Toute parade est paradis perdu. La parade qui met en scène, mais pour tenter de l’arrêter – ce que dit le mot parar en espagnol – le processus de décomposition de la société qu’elle met en scène, est une autoreprésentation, sur le mode dérisoire et bruyant, d’un monde qu’elle croit célébrer mais qui n’est déjà plus. »
- Ecce Homo
Du clown défiguré dès l’enfance dont Victor Hugo trace le portrait inoubliable dans L’Homme qui rit jusqu’au professeur Unrath déguisé en pantin pathétique dans L’Ange bleu, le film de Josef von Sternberg, la figure du clown tragique hante un grand nombre d’œuvres depuis le XIXesiècle. L’artiste qui s’y reconnaît devient un Christ moderne, un « descendant » du Christ de dérision que Ponce Pilate présente à la foule.
- « Portraitof the artist »
Si les artistes se sont parfois représentés, dès l’Antiquité, de façon dérisoire ou grotesque, ce n’est qu’à partir du XVIIIesiècle que cette veine autoparodique se développe. Elle va triompher avec le romantisme : désormais l’artiste se voit comme un marginal, outcast, sonderlinge, un asocial, un vagabond, un saltimbanque.
- « Fin de partie »
La marginalisation du statut de l’artiste suscite en lui un sentiment de déréliction. Incompris du public, parfois « maudit », il devient un être nomade, tenu à l’écart de la société, comme le cirque qui dresse son chapiteau dans les faubourgs et dans les terrains vagues. Cette section regroupe des images de gens de cirque, isolés, en famille ou en groupe.
- Chahut et chaos
La foire et le cirque deviennent des lieux fréquentés par les artistes – peintres, poètes, écrivains et musiciens – qui viennent y rêver et chercher une inspiration nouvelle, des motifs qui rompent avec l’esthétique et les conventions académiques.
- Monstres et merveilles
Univers clos et circulaire peuplé de créatures étranges et remarquables, le cirque est un bel exemple de la scala naturae, de la grande échelle des êtres, depuis les bas-fonds des cabinets de curiosité jusqu’aux cieux du « Paradis ». Les animaux participent de cette évolution des formes vivantes qui émerveille et terrifie.
- Corps célestes
Cette section évoque particulièrement les acrobates, jongleurs, trapézistes et autres danseuses et danseurs de corde, les dresseurs de fauves ou de singes, sous l’invocation d’un apologue de Nietzsche : « L’homme est une corde tendue entre la bête et le Surhumain – une corde au-dessus d’un abîme… » (Ainsi parlait Zarathoustra).
- Arlequin
A l’origine, Arlequin est un personnage démoniaque, passeur entre le royaume des morts et celui des vivants. Ce n’est qu’à partir de Moyen Age qu’il devient un joyeux drille, avant d’incarner l’une des figures principales de la commedia dell’arte.
L’exposition s’achève sur les mouvements du clown-automate de Jonathan Borofsky
http://www.rmn.fr/La-Grande-Parade
Sous-parties concernées:Des expositions, Je suis en train de lire, La représentation des bohémiens:art et littérature,
dans la partie "Ce que j'aime"
Paysages chez Lamartine, de bohémiens. Deux essais dans la partie "Ce que j'écris"
dimanche, 13 mai 2012 | Lien permanent
La galaxie des Rouart revient illuminer Paris
Par Eric Bietry-Rivierre Publié le 04/03/2012 à 18:07 Réactions (11)

Dans l'appartement de leur père musicien, Yvonne joue du piano assistée de sa cadette Christine. Peintes par Renoir, les sœurs Lerolle épouseront deux fils Rouart. Ce tableau, Yvonne et Christine Lerolle au piano (1898) est resté accroché dans le salon du peintre jusqu'à sa mort. Crédits photo : ©Photo Josse/Leemage
Plusieurs essais et deux expositions parisiennes majeures viennent rappeler ici combien, dans le Paris d'avant 1914, l'avant-garde fut d'abord une affaire de famille.
Maurice Denis estimait à une centaine les esthètes qui, en France à l'orée du XXe siècle, prônaient le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui de Mallarmé. Opposée aux machines mythologiques ou historiques de l'académie, cette avant-garde d'écrivains, d'artistes, de collectionneurs et de mécènes - ils furent souvent tout cela à la fois - entendait conjuguer le bonheur au présent. Dans une société corsetée de normes et de codes, elle luttait pour que le moi, l'individuel au plus intime, s'affirme en toute liberté.
Au cœur de ce mouvement, quasiment relié à chaque membre, on trouve les Rouart. À partir de 1901, la généalogie de ces grands bourgeois éclairés fusionne avec celle des Manet, des Morisot et des Lerolle, ce qui donne un arbre aussi complexe que brillant. Où figurent aussi bien Mallarmé que Valéry. Où l'on note dans le premier cercle aussi bien Renoir, Monet, Debussy que Gide. Dans un livre très clair Le Roman des Rouart, à paraître le 7 mars, David Haziot est le premier à décrire l'intégralité de ces ramifications et à évaluer leur importance respective dans l'histoire de la pensée et des arts.

Julie la ravissante, dite Bibi, est inlassablement peinte par sa mère, Berthe Morisot (Julie au violon , 1893). Son oncle est Édouard Manet, son tuteur légal, Mallarmé. Elle épousera Ernest, un des fils d'Henri Rouart. Son journal d'adolescente est une mine d'or. Crédits photo : Editions Paris Musées 2004
Saga de quatre générations
C'est une performance car même l'académicien Jean-Marie Rouart, le dernier en date à porter haut le flambeau ancestral, n'a détaillé si précisément cette saga d'excellence courant sur quatre générations. Du seul point de vue de la peinture, cette étude permet de comprendre comment, de portraits de famille seulement appréciés par un petit groupe privé, des dizaines d'œuvres sont devenues des icônes de musées internationaux.
Le récit, digne de celui des Médicis pour Florence, débute avec Henri Rouart (1833-1912). Cet homme, aussi grand de taille que réservé de caractère, a fait fructifier la fortune de son père acquise dans la confection de passementeries pour les uniformes en construisant des moteurs nécessaires à l'éclairage et à la réfrigération. Puis, non loin du Creusot (Saône-et-Loire), son usine s'est mise à produire tous les types de tubes de fer possibles. Dans le secteur, il n'était pas loin d'avoir le monopole.
À cinquante ans, Henri se retire pour, enfin, se consacrer pleinement à sa passion. Il est peintre, paysagiste, et plus encore collectionneur. Son goût s'est affiné aux côtés de Corot, de Millet, et aussi de son épouse descendante des meilleurs ébénistes que la France ait connus depuis l'époque de Louis XVI. Surtout, il a un ami cher, Edgar Degas, son cadet d'un an, condisciple au lycée Louis-le-Grand avec Caillebotte et aussi le futur librettiste de Bizet pour Carmen, Ludovic Halévy.
Dans ses propriétés de La Queue-en-Brie (Val-de-Marne), de Melun (Seine-et-Marne) et surtout dans son hôtel du 34, rue de Lisbonne à Paris, il accroche ses travaux. Certains ont été exposés dès 1864 au Salon officiel. En 1873, il y a été refusé, comme Renoir. Il lui a aussitôt acheté L'Allée cavalière au bois de Boulogne (aujourd'hui à Hambourg). Ce grand format suspendu au-dessus de dizaines de cadres de moindre taille sera l'un des fleurons de sa collection, l'une des plus importantes de son siècle avant d'être dispersée à sa mort ; événement qui consacrera le triomphe définitif de la peinture impressionniste en portant les prix à des hauteurs stratosphériques.
Forte de cinq cents peintures et presque autant de dessins, elle a comporté un Vélasquez, un Poussin, quatre Greco, des Fragonard, des Chardin, un Goya, mais aussi, à plus forte proportion, des créations modernes. Celles de ses maîtres (56 Corot, 61 dessins de Millet) et aussi celles de Courbet, Daumier, Delacroix (70 dessins), Manet, des impressionnistes, bien sûr, et même deux Gauguin…

En 1875, Degas représente son ami d'enfance Henri Rouart devant son usine de Montluçon (Allier). Elle est le symbole de sa fortune, quoique l'homme préfère regarder ailleurs. Le tableau restera dans la famille bien après la vente de la collection en 1912. C'est Clément, fils de Julie Manet et petit-fils d'Henri, qui le cédera à la Fondation Carnegie aux États-Unis où il est visible. Crédits photo : Carnegie Museum of Art
Une ribambelle de mariages
Henri avait un frère de six ans plus jeune que lui et moins brillant, mais qui se maria avec une fille de bronzier, cousine du peintre Henry Lerolle. Cet Alexis Rouart acheta aussi des Pissarro et des Degas dont Les Petites Modistes (aujourd'hui à Kansas City). Car Degas est également son ami. Au fil des années, ce dernier, éternel célibataire, s'imposera comme l'autre père, le parrain de la tribu. Il sera à l'origine d'une ribambelle de mariages.
Par son entremise, Julie, fille de Berthe Morisot et nièce de Manet, convolera avec son unique élève à savoir l'avant-dernier fils d'Henri, Ernest, lequel exposera avec le Douanier Rousseau, Rouault, Bonnard, Vuillard et Maurice Denis.
Les deux frères de celui-ci - Eugène l'ami le plus intime de Gide, cofondateur de la NRF, et Louis, cofondateur de la revue L'Occident, puis éditeur d'écrivains catholiques tels que Paul Claudel, Francis Jammes ou Jacques Maritain - s'unissant pour leur part avec les filles Lerolle.
Dans leur portrait double au piano, chef-d'œuvre exécuté vers 1897 par Renoir, aujourd'hui visible au Musée de l'Orangerie, on remarque ce qui apparaît désormais comme un clin d'œil à l'arrière-plan: deux toiles, l'une avec des ballerines, l'autre avec des chevaux de course. Plus tard, Paul Valéry épousa une des cousines de Julie Manet, et sa fille devint la femme d'un petit-fils d'Henri Rouart.
Degas avait un jour écrit à Henri: «Tu seras béni, homme juste, dans tes enfants et les enfants de tes enfants.» Malgré les excès, la maladie, les tromperies et quelques autres erreurs comme l'antisémitisme passager d'Ernest et de Louis lors de l'affaire Dreyfus, la prophétie s'est réalisée.
Jusqu'à Augustin, le père peintre inspiré par Van Gogh et Gauguin de Jean-Marie Rouart, tous ont cultivé la beauté. Tantôt, ils se représentaient les uns les autres, tantôt ils éditaient le meilleur des lettres ou de la musique française.
L'Institut Wildenstein
Tous furent conscients du caractère exceptionnel de leur bagage culturel. Denis Rouart réalisa avec Daniel Wildenstein le catalogue raisonné de l'œuvre de Manet. Il parraina et préfaça aussi avec Georges Wildenstein un premier catalogue de l'œuvre de Berthe Morisot. Yves Rouart et Alain Clairet, deux descendants d'Henri de la génération suivante, ont conçu le premier catalogue complet des huiles. Celui des dessins, aquarelles, pastels et œuvres sur papier est en cours.
Simultanément, Yves se bat pour retrouver des œuvres de sa tante. Il est persuadé qu'elles ont été détournées lors de la succession de celle-ci en 1993. Il espère que la mise en examen pour recel d'abus de confiance, le 6 juillet dernier, de Guy Wildenstein, fils du marchand d'art avec lequel Anne-Marie Rouart entretenait des relations de confiance, va permettre d'en savoir plus. Il y a un peu plus d'un an, en effet, la police qui perquisitionnait l'Institut Wildenstein à Paris découvrait dans les coffres Chaumière en Normandie de Berthe Morisot.

Ernest Rouard, l'élève de Degas, le futur mari de Julie Manet, peint son frère Eugène (L'homme au chien ), le futur mari d'Yvonne Lerolle. Gide trouvait cet élégant écrivain qui finit sénateur de la Haute-Garonne « délicieusement fou ». Son drame fut, contrairement à son ami, de n'avoir jamais assumé son homosexualité. Gide lui dédia Paludes et ne cessa dans ses écrits de s'inspirer de ce Janus. Crédits photo : Jean-Louis LosiParis/Editions Paris Musées 2004
dimanche, 11 mars 2012 | Lien permanent
Page : 1 2





















