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Dans ma lecture de ”Mes 66 plus belles poésies”

Mes_66_bellespoesies-a7071.jpg
La terre est bleue comme une orange
Jamais une erreur les mots ne mentent pas
Ils ne vous donnent plus à chanter
Au tour des baisers de s'entendre
Les fous et les amours
Elle sa bouche d'alliance
Tous les secrets tous les sourires
Et quels vêtements d'indulgence
À la croire toute nue.
Les guêpes fleurissent vert
L'aube se passe autour du cou
Un collier de fenêtres
Des ailes couvrent les feuilles
Tu as toutes les joies solaires
Tout le soleil sur la terre
Sur les chemins de ta beauté.

 Paul Eluard,"L'amour la poésie"

Cf. ma note:

http://www.lauravanel-coytte.com/archive/2008/06/18/je-su

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vendredi, 11 juillet 2008 | Lien permanent | Commentaires (4)

Paul Eluard, ”Poésie ininterrompue”

poésie ininterrompue.jpgp.9:

"Gueuse rieuse ensorceleuse

Etincelante ressemblante

Sourde secrète souterraine

Aveugle rude désastreuse"

Pour voir le sens de "gueuse":

http://fr.wiktionary.org/wiki/gueuse

Pour voir ce livre dans ma bibliothèque Babelio:

http://www.babelio.com/livres/Eluard-Poesie-ininterrompue...

Pour voir d'autres notes sur Eluard:

http://www.lauravanel-coytte.com/search/paul%20éluard

Parce que cette note n'est pas une citation hors contexte mais une note de lecture qui s'inscrit dans la partie "ce(ux) que j'aime"

Pour ceux qui viennent pour "ce que j'écris", il faut aller à la première note de ce jour... ou attendre demain matin.

 

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mardi, 03 février 2009 | Lien permanent | Commentaires (8)

Poésie:Je viens de (re) lire: André Frénaud, ”Il n'y a pas de paradis.” Préface de Bernard Pingaud. Poésie/Gallimard, 19

 p.139 de mon recueil, dans le poème "Où est mon pays", dans la section "Où est mon pays"

7580f289f4fb793f636281db6c85aee1.jpgOù est mon pays ? C'est dans le poème.
Il n'est pas d'autre lieu où je veux reposer.

 

 

 

 

 Telle est l'inscription qui figure sur la tombe d'André Frénaud dans le petit cimetière de Bussy-le-Grand en Bourgogne. C'est dire l'importance de la poésie pour cet homme né en 1907 à Montceau-les-Mines, en Saône-et-Loire.
À 23 ans, il est lecteur de français en Pologne puis il intègre l'administration en 1937. Lors de la déclaration de guerre, il est mobilisé et fait prisonnier. Deux ans après, il est libéré et, de retour en France, il entre en résistance et publie des poèmes aux éditions clandestines organisées par Paul Éluard.
Il collabore avec de nombreux artistes qui ont illustré ses poèmes.
En 1971, il épouse Monique Mathieu qui exerce le métier de relieur. Tous deux s'installent à Bussy-le-Grand.
Il reçoit en 1985 le Grand Prix national de Poésie.

André Frénaud s'éteint pendant l'été 1993. Temps des moissons.

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Savoir ou ne pas savoir ...

André Frénaud, la négation exigeante - Actes du Colloque de Cerisy tenu en l'an 2000 sous la direction de Marie-Claire Bancquart (2004).
André Frénaud, dix ans après - La Polygraphe 30-31 (Ed. Comp’Act - 2003)
La grand'soif d'André Frénaud - Pascal Commère - Le Temps qu'il Fait (2001)

Éloge d'André Frénaud - Alain Freixe - Revue "Sans papier" de l'académie de Nice.
André Frénaud, poète métaphysique - Alain Freixe sur La poésie et ses entours.

Découvrez André Frénaud présenté par Florence Trocmé sur Poezibao.

La présentation des ouvrages d'André Frénaud parus chez Gallimard sur Bleu de paille.

À lire, l'article concernant André Frénaud sur l'encyclopédie Wikipedia.

 

 

 

Quelques pistes que j'ai tirées de: http://boudully.perso.cegetel.net/frenaud.htm

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vendredi, 25 mai 2007 | Lien permanent | Commentaires (2)

L'art au risque du blasphème

 

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Par Valérie Duponchelle
19/04/2011 | Mise à jour : 15:46
Un employé de la Collection Lambert devant Piss Christ, l'œuvre en partie détruite d'Andres Serrano.
Un employé de la Collection Lambert devant Piss Christ, l'œuvre en partie détruite d'Andres Serrano. Crédits photo : JEAN-PAUL PELISSIER/REUTERS

Alors que le directeur de la Collection Lambert, à Avignon, est menacé de mort s'il continue à exposer Piss Christ d'Andres Serrano, la polémique dérape.

L'art et le sacré ne font plus bon ménage en la Cité des papes. La destruction manu militari de deux œuvres anciennes d'Andres Serrano dans la Collection Lambert, en plein dimanche des Rameaux, à l'heure de la messe, soulève des réactions aussi vives que leur nature même en avait soulevé les semaines précédentes. Loin de clore le débat lancé par les cercles catholiques militants via les pétitions, les blogs et la manifestation musclée samedi devant le musée (dont l'Institut Civitas , proche de Saint-Nicolas-du Chardonnet, qui se présente comme «une œuvre de reconquête politique et sociale visant à rechristianiser la France , et l'Agrif, soit l'Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l'identité française), cette affaire d'Avignon replace brutalement l'art contemporain sur la sellette.

Elle oppose la liberté d'expression au respect des croyances et des fidèles, confronte l'individu au collectif, l'avant-garde qui provoque à la norme qui se défend, la société à son histoire la plus fondatrice. L'art peut-il tout dire, tout montrer? Après Grünewald, Antonin Artaud, Salvator Dali, Max Ernst, Bunuel et plus récemment La Dernière Tentation du Christ, de Martin Scorsese, La Passion du Christ, de Mel Gibson, la série INRI, de Bettina Rheims ou la Nona Ora et son pape écrasé par un météore, de Maurizio Cattelan, après les caricatures de Mahomet parues en 2005 dans le quotidien danois Jyllands Posten, ce vieux débat de l'histoire de l'art est de nouveau brûlant.

De la Suède à l'Australie

La Collection Lambert hésite à rouvrir l'exposition intitulée «Je crois aux miracles», mardi matin, après avoir reçu des menaces de mort, toutes les 15 minutes ­depuis dimanche. Les responsables voulaient exposer «les deux œuvres détruites montrées telles quelles afin que le public puisse apprécier lui-même la violence des actes de barbarie perpétrés». Pour beaucoup, ce sera l'heure de la découverte d'Andres Serrano, 60 ans, artiste américain d'origine hondurienne et afro-cubaine, élévé dans une stricte éducation catholique et «chrétien revendiqué». Sa photographie de 1987, Immersion: Piss Christ, plonge un crucifix «dans un bain révélateur d'urine et de sang, reprenant la tradition mystique et médiévale des humeurs», ont souligné, dès dimanche soir, Éric Mézil, directeur de la Collection Lambert, et son avocate, Agnès Tricoire. L'œuvre souleva, dès son apparition publique, la colère des chrétiens fondamentalistes américains, puis, en 1997, suscita un acte de vandalisme en Suède et un autre en Australie qui occasionna la fermeture de sa rétrospective. Pas à Paris, où elle fut montrée à Beaubourg à l'été 2008. «Quand Serrano plonge le Christ dans les humeurs, il ne cherche pas l'offense mais s'interroge sur la question de Dieu fait homme», estime Jean de Loisy, commissaire de ladite exposition «Traces du sacré» (270.000 visiteurs). L'historien de l'art avait accroché Serrano dans la salle «Blasphème», aux côtés de La Vierge corrigeant l'Enfant Jésus devant trois témoins: André Breton, Paul Éluard et le peintre, huile de Max Ernst en 1926, et de Parfois je crache par plaisir sur le portrait de ma mère, dessin de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre par Dali, en 1929, qui créa un clash familial et la légende de Port Lligat.

L'affiche avec le Piss Christ de Serrano, «exposée comme une pub en pleine rue», est perçue unanimement pour le moins comme une maladresse. Peut-on comparer Avignon avec Pour en finir avec le jugement de Dieu, d'Antonin Artaud, censuré par France Culture en 1947 et rediffusé pour la première fois en 1973? Avec Le Christ crucifié au masque à gaz dessiné avec la violence dada par George Grosz, œuvre anticléricale qui reprochait à l'Église d'avoir soutenu l'enrôlement pour la Première Guerre mondiale? Guerre, mort, maladie, l'art est rarement inoffensif.

LIRE AUSSI :

» EN IMAGES - Les œuvres d'art qui ont créé la polémique

 

Par Valérie Duponchelle
Grand reporter service Culture, Le Figaro Nouveaux Médias
 
 

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jeudi, 21 avril 2011 | Lien permanent

À hauteur de ville, d’arbres et d’enfants…

poésie ville.jpgImages et littérature vont parfaitement de pair. De la Ville lumière aux branches des arbres, en passant par le regard et le sourire des enfants, les auteurs contemporains, gourmands de la vie et à la curiosité inattendue, captent toutes les pulsations de la vie jusqu’aux angles les moins familiers, les moins soupçonnables.
En devanture des librairies, trois ouvrages, en langue française, magnifiant le quotidien de Paris, la beauté des arbres, l’innocence de l’enfance. Pour soutenir et souligner des images captées sur le vif par l’œil de la caméra, les mots des poètes, des philosophes, des penseurs. Une randonnée particulière où, à travers les pages abondamment illustrées et commentées des livres, qui n’ont rien à voir avec les éditions de poche usuelles, se répand une lumière nourrissant à profusion l’esprit, le regard et un certain sens de l’esthétique…
« Paris poète » de Catherine Aygaline
La Ville lumière
au fil des jours…

Une ville mythique où la poésie a fleuri abondamment…Une ville incomparable dans sa légendaire beauté. Bien sûr, il s’agit de Paris, ville de tous les rêves, de tous les fantasmes, de tous les raffinements, de toutes les modernités, mais aussi de toutes les surprises. En hommage à la Ville lumière, ce volumineux ouvrage de Catherine Aygaline, intitulé tout simplement Paris poète (480 pages, Bibliothèque Hazan).Titre explicite qui en dit long sur son énoncé et son contenu.
Ensemble conjugué de photos des artistes des XIXe et XXe siècles, et des extraits de poètes et d’écrivains amoureux d’une cité calfeutrée aux bords de la Seine. Promenade impromptue et nonchalante à travers une ville changeante, mobile, multiple où les mots des « taquineurs » de muse accompagnent, en toute finesse, malice ou lyrisme, des images amoureusement fixées par l’œil des caméras.
Les cafés animés, une forêt de toits aux gouttières en zinc, les joyeux quais de la Seine, le pic de la tour Eiffel narguant les nuages, le dôme du Sacré-Cœur, Paris sous la neige, sous la pluie, avec un soleil radieux, Paris des bistrots où l’on se restaure sur le pouce, Paris des amoureux de Peynet, Paris nocturne, Paris au fil de l’eau, Paris entre les dédales des ruelles, Paris des kiosques et des tours, voilà une flânerie riche en découverte d’une capitale au charme insondable…
Des textes soigneusement choisis servent de guide à des images captivantes, originales et pittoresques. Des textes signés Baudelaire, Verlaine, Apollinaire, Prévert, Éluard, Nerval, Queneau, Aragon, Breton, Soupault, Zola, Maupassant, Mauriac, Camus, Perec, Supervielle, Julien Green, Léo Ferré et bien d’autres…
Pour saisir Paris dans sa singularité, son essence et son âme, une véritable traque à l’image. Des prises de vues inédites (depuis 1850) où la photographie a l’art de fixer à jamais la fragilité et l’éphémère du moment. Pour cela, le regard, la technicité et le talent de Nadar, Atget, Brassaï, Wols, Doisneau, Cartier-Bresson.
Plus un subtil livre d’art qu’un ordinaire livre qu’on jette négligemment au chevet d’un lit…
« À hauteur d’enfants » d’Olivier Föllmi, éditions de La Martinière
Entre regards et sourires, des portraits saisissants…
Une collection de plus qui consacre l’heureuse combinaison des images et de la littérature. Aux éditions de La Martinière, soigneusement présentées, Olivier Föllmi a saisi des centaines de portraits d’enfants. Au cours de ses voyages, le photographe a posé un regard tendre et ému sur le visage et le sourire des enfants. Du Tadjikistan à l’Inde, du Mexique à l’Argentine, de l’Éthiopie à la Namibie, ils sont là ces charmants galopins, espiègles, mutins, boudeurs, enjoués, surpris ou même mélancoliques… Pour accompagner cette farandole de portraits enfantins, des textes de poètes (Jacques Prévert, Pablo Neruda), d’écrivains (La Bruyère, Peter Handke, Julien Green, Saint-Exupéry), de philosophes (Gaston Bachelard...) ou de psychanalystes (Françoise Dolto...).
Un monde où le « vert paradis » a les couleurs d’une certaine insouciance, toutes les promesses du bonheur mais aussi, parfois, comme une lueur fugace, l’inquiétude de la vie… Juste une citation (d’André Bazin) tirée de cet ouvrage : « L’enfant est le plus mystérieux, le plus passionnant, le plus troublant des phénomènes naturels. Une sorte d’animal privilégié que nous devinons habité des dieux. »
« À hauteur d’arbres » de Frank Horvat, éditions de La Martinière
Arbre, mon ami…
L’esprit de Minou Drouet, elle qui a publiquement et poétiquement déclaré son amitié aux arbres, flotte sur ces pages vibrantes de la vie des feuillages et du rythme des saisons. Avec bien sûr des textes d’écrivains (Jules Renard, Jean Giono, Beckett, Paul Valéry, Paul Claudel, Julien Gracq) et philosophes (Gaston Bachelard, Mircea Eliade, Francis Ponge) qui ont scruté et magnifié la nature.
Toujours aux éditions de La Martinière, Frank Horvat capte les poses majestueuses, sereines ou tourmentées des arbres, ces grands solitaires aux bords des routes, dans des parcs immenses ou en lisière des forêts….
Érables, conifères ou bouleaux du Vermont, oliviers d’Italie, platanes de Provence, sapins de l’Ariège, chênes de Normandie, hêtres ou pommiers de la Suisse, frênes de la Lozère, tilleul de l’Île-de-France, mélèzes du Val d’Aoste, autant de photos (70 en tout) pour jeter la lumière sur la multiplicité et les variétés des arbres des villes, des forêts et des campagnes…
Échevelé, dénudé, squelettique, ébouriffé, lisse dans son feuillage dense et ramassé, épanoui, ratatiné, agressif, pacifique, menaçant, ombrageux ou protecteur, l’arbre se décline ici sur tous les tons et toutes les dimensions. Des photos aux couleurs vives ou estompées où les arbres, inondés de soleil, battus par le vent ou saupoudrés de neige, n’ont rien à envier aux tableaux impressionnistes ou réalistes. Un livre à (s’)offrir en guise d’une promenade fleurant le rêve, l’évasion, la détente et surtout le murmure des feuilles au gré de toutes les saisons…

Edgar DAVIDIAN

* Livres disponibles à la librairie al-Borj.

http://www.lorient-lejour.com.lb/page.aspx?page=article&a...

Cette note a été selectionnée par Lartino:

http://www.lartino.fr/hauteur-ville-arbres-enfants-pn1137...

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vendredi, 12 septembre 2008 | Lien permanent | Commentaires (2)

Le panthéon littéraire de George Steiner

Thierry Clermont Publiéle 03/05/2012 à 15:32

«Le propre des classiques, les inépuisables classiques, est d'être relus constamment: ils ne sont en rien <i>anciens,</i> mais au contraire, <i>à venir</i>…»,confie George Steiner.
«Le propre des classiques, les inépuisables classiques, est d'être relus constamment: ils ne sont en rien anciens, mais au contraire, à venir…»,confie George Steiner. Crédits photo : SAEZ PASCAL/SIPA/SAEZ PASCAL/SIPA

À l'occasion de la sortie de son nouveau livre, le penseur de renommée internationale a reçu « Le Figaro littéraire » chez lui, à Cambridge. Éminent essayiste, longtemps professeur à Cambridge, Princeton et Genève, il a consacré toute sa vie à la littérature. Il affirme pourtant que c'est à la musique qu'il doit ses plus fortes émotions artistiques.

Le Figaro Littéraire. - Vous présentez votre dernier ouvrage, Fragments (un peu roussis), comme votre testament spirituel. N'avez-vous plus rien à dire? Plus rien à nous transmettre, vous le nautonier des lettres classiques et modernes?

George Steiner. - Depuis un demi-siècle, j'ai écrit plus d'une trentaine d'ouvrages, revenant inlassablement sur les mêmes thèmes, que j'estime toujours aussi cardinaux et cruciaux, et même davantage aujourd'hui. Le centre, le nœud de ce travail de pédagogue, de penseur et de passeur, a été la lecture. Le fragment aphoristique sous forme également de précepte, inspiré de la morale d'Epicharne d'Agra, qui a dû vivre à la fin du IIe siècle avant J.-C., m'a semblé la forme idéale pour revenir sur ces problématiques: la portée de la philosophie grecque, l'empire du mal, la mort en ce qu'elle a de plus universel, la folie despotique de l'argent, l'intraduisible musique, la ténèbre comme absence de lumière… À quatre-vingt-trois ans, je ne regrette rien, comme dit votre chanson ; rien de ce que j'ai écrit… Je ne regrette non plus aucune de mes lectures. Mais il est vrai, j'ai négligé, peut-être à tort, le cinéma, qui a renouvelé la sémantique.

De façon plus inattendue, vous revenez également sur l'amitié, cette force vitale, indéfectible, contra mundum, qui est à vos yeux une des plus grandes vertus. Cet éloge est plutôt tardif?

C'est une préoccupation, une obsession que j'avais déjà évoquée ici ou là, mais elle revient aujourd'hui avec force ; elle s'impose. Au-delà de l'amitié virile entre Achille et Patrocle. Peut-être parce qu'elle nous manque. L'amitié est cette valeur transcendante qui nous permet de dire tout simplement, en écho à Montaigne: «Je suis parce que tu es.» Mieux: elle peut nous dispenser des impératifs anarchiques de la sensualité. Je rêve d'un roman où un couple d'amoureux, une fois passé l'étape du sexe dans tout ce qu'il a d'absurde, devient profondément ami, au-delà de l'éros. Mais les grands amants ont bien du mal à être de grands amis. Plus tard, dans la vie, on peut devenir l'ami de son conjoint, cela forme une espèce de modulation. George Eliot ou Colette auraient pu écrire ce roman ; elles ne l'ont pas fait. Je l'attends… Vous savez, en général, l'amitié pardonne à la sexualité, elle a cette capacité précieuse ; alors, je peux dire: l'amitié «tueuse d'Éros». J'ai nourri une forte amitié affective pour un écrivain honni chez vous, Pierre Boutang, l'auteur d'Ontologie du secret, malgré ses idées monarchistes que je ne partageais pas, vous vous en doutez*. C'était un condottiere de la pensée ; il ne connaissait pas la peur, alors que moi, je suis un poltron… D'ailleurs, je crois que si j'étais soumis à la torture, je parlerais, surtout si l'on ose toucher à mon chien…

Vous n'avez pas pu devenir musicien, le regrettez-vous?

Oui, énormément: c'est un des tourments de mon âme… Mes parents étaient viennois de naissance ou d'adoption, mon père d'ailleurs fréquentait Sigmund Freud, dans les années 1920, années marquées par la trinité atonale de Schoenberg, Berg et du miniaturiste Webern ; j'étais donc destiné au piano ou au violon, et finalement je ne suis devenu qu'un auditeur, un amant de la musique. Elle a toujours été au centre de ma vie. Comme je l'ai développé dans Errata, je la vois comme l'expression extraordinaire, exorbitante, des plus hauts états de la conscience humaine. Leibniz, même si je lui préfère Spinoza, tenait la musique pour l'algèbre de Dieu: j'approuve! Écoutez le merveilleux Socrate d'Erik Satie, que j'adore, c'en est l'évidente illustration! Et la grammaire est une musique de la pensée… Et puis, je me pose souvent la question suivante: «la musique peut-elle mentir?», en pensant notamment à Richard Wagner et à son mystère redoutable, le mysterium tremendum. De même, comment peut-on lire Shakespeare, écouter Cosi fan tutte de Mozart, aimer Schubert, et se livrer aux pires tortures? Ce qui est une façon de dire, et je l'ose, que Wagner était dans un sens coupable, ou complice des atrocités nazies, a posteriori.

Votre amour de la poésie, que vous associez souvent à la philosophie, a-t-il été déterminant dans votre formation, votre sensibilité?

Mon père m'avait offert un volume des Trophées de José Maria de Heredia, un symboliste un peu pompeux: dès lors j'ai compris, et j'étais jeune, que la poésie était une lutte contre la parole, une porte ouverte sur d'autres mondes, comme le sont les langues étrangères. Je vis en poésie et en philosophie. Aristote avait raison: la poésie est plus véridique que l'histoire. Chaque jour, je lis Héraclite et des poètes modernes comme Paul Celan, devenu avec le temps un pan entier de mon âme et de sa respiration, René Char, Yves Bonnefoy, dont je possède les œuvres complètes. Et chaque jour, j'ai ce titre allitératif d'Éluard en tête: «Le dur désir de durer»… Mais la poésie reste soumise à une «lecture bien faite», comme le disait Charles Péguy (que les Français ont un peu trop oublié, il me semble), et cette lecture présuppose le silence absolu, lequel a pratiquement disparu, ou c'est un luxe. Aujourd'hui, nous sommes submergés par les anthologies, les commentaires, les digests, les florilèges prémâchés, au détriment des originaux. Qui lit intégralement aujourd'hui la Commedia de Dante ou Paradise Lost de Milton? Mes pérégrinations littéraires entre les langues et les siècles m'amènent à constater que nous sommes dans une après-culture, où, comme dans l'Inferno, les pleurs empêchent même de pleurer… Constat annonçant la notion d'inconsolable de Kafka, ce «neveu de Dieu». Alors que le propre des classiques, les inépuisables classiques, est d'être relus constamment: ils ne sont en rien anciens, mais au contraire, à venir…

Quel message, quel témoignage, aimeriez-vous laisser?

J'aimerais que le souvenir que l'on garde de moi soit celui d'un maître à lire, de quelqu'un qui a passé sa vie à lire avec les autres. Un lecteur, un auditeur, qui se sent avant tout européen, et qui s'est posé de plus en plus de questions. Celle-ci par exemple: «L'espérance serait-elle une erreur?» À méditer. J'aimerais également laisser ce message aux jeunes lecteurs: «Ne jamais négocier vos passions!» Mais pour terminer sur une note moins sombre, je vais vous confier, en parodiant Samuel Beckett, que j'appelle «le virtuose de Babel», ce qui est mon bonheur, aujourd'hui ; il est simple: être seul, m'asseoir et lire des commentaires sur Platon… C'est très British, n'est-ce pas?

*Voir «Dialogues: sur le mythe d'Antigone, sur le sacrifice d'Abraham», de George Steiner et Pierre Boutang (JC Lattès, épuisé).

«Fragments (un peu roussis)», de George Steiner,traduit de l'anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat, Éditions Pierre-Guillaume de Roux, 92 p., 13,90 €.

LIRE AUSSI:

»George Steiner, maître à lire

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mardi, 15 mai 2012 | Lien permanent

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