lundi, 25 juin 2007

Littérature: Malraux et moi

Où Alix tombe amoureuse du grand écrivain et devient l'amie de coeur de sa fille, Florence Malraux

 

Il y en a qui carburent au pastis, se shootent à la colle ou au sushi, il y a des accros au poker, des groupies d'Amélie Nothomb ou de Kate Moss. Tout cela est banal. Alix de Saint-André se distingue, qui snife du Malraux et se défonce à « l'Espoir ». Rien qu'à entendre la voix époumonée du ministre accueillant Jean Moulin, son poil se hérisse et sa gorge se noue. C'est sa drogue dure, son musée imaginaire, son conquérant, sa voie royale, son chêne que rien n'abat et son étoile du Berger - nom du héros dans la Résistance. Chez la fille pieuse de l'écuyer en chef du Cadre Noir, cette surprenante addiction remonte à l'enfance saumuroise. A l'âge des scoubidous, elle sort pompette de « la Condition humaine », et l'apparition tiqueuse de Malraux, à la télévision, la met en transe. ( Il est vrai que le conteur de « la Légende du siècle » tenait du chaman en lévitation et du rocker sous hallucinogène. ) Dès lors, Alix entre en Malraucie comme on part pour Katmandou. A 50 ans, elle n'en est toujours pas revenue. Son culte du grand homme est d'autant plus ardent qu'il n'est guère tendance. Trop ministre gaulliste pour la jeunesse post-68, trop républicain espagnol et tête brûlée pour les lecteurs du « Figaro Magazine », période Pauwels. Qu'importe, l'admiratrice s'obstine et rédige une maîtrise pour démontrer que « les Antimémoires » sont « Une anti-Recherche du temps perdu ». Devenue journaliste, accessoirement royaliste légitimiste et biographe des anges, elle persiste dans sa dépendance, accumule un petit tas de secrets ( l'idole aimait le chocolat, les hamsters, Tintin et Lucky Luke ), rencontre sa dernière compagne, Sophie de Vilmorin, voyage dans le temps littéraire ( convoquant Rousseau, Chateaubriand et Proust ), et traverse l'Atlantique afin de télévangéliser, à New York, son tempétueux héros. Mais, surtout, la fille spirituelle rencontre la fille réelle de Malraux, la mystérieuse, attendrissante, érudite, généreuse et silencieuse Florence - qu'elle avait appelée Nina dans son roman « Papa est au Panthéon ». Elle met en lumière celle qui a toujours fui les projecteurs et refusé les interviews. De la fille déchirée d'André et de Clara, qui fut l'épouse d'Alain Resnais, la presque soeur de Françoise Sagan et de Bernard Frank, elle recueille, pour la première fois, les souvenirs. Dans ce livre volontiers bavard et joliment vagabond, les pages consacrées à Florence Malraux sont les plus belles, les plus fortes. Portrait, au burin, d'une fille au caractère trempé qui se brouille un temps avec son père pour avoir signé, pendant la guerre d'Algérie, le Manifeste des 121, et qui n'en finit pas de résister au poids de la légende avec une légèreté d'elfe. A Florence, Alix offre, pour la protéger, une médaille de saint Jean ; à Alix, Florence donne, pour lui signifier qu'elle est de la famille, une carte de visite de Malraux. Entre les pages, on les entend rire comme des enfants, on dirait qu'elles ont le même âge. Et le même père adoré. Après le transfert des cendres, celui des filles.

« Il n'y a pas de grandes personnes », par Alix de Saint-André , Gallimard, 412 p ., 20 euros.

Source:

http://livres.nouvelobs.com/p2221/a345948.html

09:52 Écrit par laura dans Ma liste de livres à lire | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : livre, malraux et moi | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook |