mardi, 31 juillet 2007

MON TEXTE EN PROSE INEDIT SUR CE BLOG: Nerval et "Le monstre vert"

Nerval est né à Paris et même s'il a passé une partie de son enfance dans le Valois, (qu'il célébra aussi) il est profondément attaché à Paris.
"Le monstre vert" est avant tout un conte parisien, de ce Paris du XVIIe siècle dont Nerval aime se souvenir. Car en 1848-1850(le conte est publié pour la 1 ère fois en 1849), les travaux du baron Haussmann sont en train de changer le Paris que chérit Nerval.
Entre autres, le quartier du château de Vauvert (dans ce conte)et le quartier du Doyenné où vivait Nerval. Il sera expulsé et il a souvent évoqué ce quartier dans son oeuvre.

 

Le quartier  du château de Vauvert et de la barrière du Maine lors des « réunions joyeuses de la mère Saguet »(OC, III, « Petits châteaux de Bohême », p. 407)
Baudelaire, dans "Les Fleurs du Mal" et dans "Le Spleen de Paris", déplore aussi les changements hausmanniens et regrette son vieux Paris.
Par exemple, dans "Le cygne"

 

Pour lire ce poème des « Tableaux parisiens » :

 

http://www.philagora.net/lettres/le-cygne.htm

 


Le point du départ du récit est la tentative d'explication d'une locution ancienne (Au diable vauvert) par Nerval qui le fait dans d'autres contes (du "Voyage en Orient") pour d'autres expressions.
"Le monstre (qui était "diable" au départ) vert" est évoqué par Théophile Gautier dans sa préface à "Mademoiselle de Maupin".
Or, Gautier est un compagnon de Nerval du temps du doyenné et de la"Bohème galante"; souvenirs de jeunesse...
Enfin et là, je cite explicitement mon édition de ce conte, sauf les parties entre crochets: "ce "monstre vert" [est] issu d'un vaudeville de Merle et Antoni, représenté en 1826 à la porte Saint-Martin [et] avait été le héros de plusieurs parodies et avait donné lieu à un véritable phénomène de mode auquel Gautier[encore un clin d'oeil à son ami] semble avoir été particulièrement sensible, mentionnant à nouveau ce monstre dans "Les Jeunes-France" et surnommant ainsi sa fille Estelle[clin d'oeil à notre amie]."
"Oeuvres complètes" III de Nerval. La pléiade, p.1138

 "Le monstre vert", conte fantastique.
J'ai déjà évoqué la mode du "monstre vert" notamment chez Gautier, autre adepte du fantastique.
Aspect très lié à l'aspect parisien que j'ai déjà évoqué.
En effet, parmi les possibles origines de ce conte évoquées:
- une affaire de jets de pierre inexpliqués lors d'un percement de rue (travaux hausmanniens à Paris déjà évoqué) qu'on expliqua par des causes "parapsychologiques"
-une affaire de jets de bouteilles évoquée par Collin de Plancy dans son "Dictionnaire des sciences occultes" (ce livre est évoqué dans mon mémoire)
- beaucoup d'affaires de "magie", "magnétisme", relatées dans les journaux de l'époque
- un roman noir de 1812, "Le château de Vauvert", attribué à Madame de Méré avec un épisode ressemblant.
En conclusion, Nerval a combiné une légende parisienne sur une locution et la vogue du paranormal de l'époque.

Je me suis aidée encore de mon édition (volume 3) des oeuvres complètes de Nerval à la Pléiade.

 

 

http://fr.wikisource.org/wiki/Mademoiselle_de_Maupin:Pr%C3%A9faces

 

 

Ces journalistes ont été cause de Jocko, du Monstre Vert, des Lions de Mysore et de mille autres belles inventions.

 

 

Le roman est une sorte de manifeste du romantisme haut en couleur des débuts avec une succession d'aventures échevelées et de descriptions flamboyantes.

Le livre est aussi célèbre pour son extraordinaire préface où éclatent à chaque ligne l'intelligence, la verve et l'ironie irrévérencieuse de l'auteur.

Dans cette préface, il s'élève avec vigueur et drôlerie contre les interventions des moralistes dans le domaine littéraire et il proclame l'indépendance totale et définitive de l'art (c'est la théorie de l'art pour l'art ou le parnasse).

http://fr.wikipedia.org/wiki/Mademoiselle_de_Maupin_(roman)

 

 

 

 

 

 

 

 

http://www.lauravanel-coytte.com/archive/2007/06/01/gerard-de-nerval-et-la-pensee-hermetique-jean-pierre-bayard.html

 

 

 

 

 

 

Le fantastique parisien de Nerval ressemble au fantastique berlinois d’Hoffmann(sur cet auteur, cf. http: //www.lauravanel-coytte.com/archive/2006/08/28/e-t-a-hoffmann.html)  qui avait triomphé pendant les années de jeunesse de Nerval.

L’objet inanimé prenant vie est un motif fantastique traditionnel ; ainsi la cafetière du « Pot d’or » d’Hoffmann  et de Gautier.

 

 

Pour le « Pot d’or » d’Hoffmann, cf. la page citée ci-dessus

Pour lire « La cafetière » de Théophile Gautier : http://www.fabellia.com/wmview.php?ArtID=13

 

 

Le spectacle qui suit la destruction de l’objet rappelle la vision sanglante qui ouvrait –en 1849 encore – « Les Mille et un fantômes » de Dumas.

Pour lire une de ces quelques incursions de Dumas dans le fantastique :

 

 

http://www.dumaspere.com/pages/biblio/sommaire.php?lid=r29

 

 

Le motif central, « l’imprudente déclaration amoureuse à l’objet inanimé et châtiment qui s’ensuit(vengeance de la chose-femme) » était celui de « La Venus d’Ille » de Mérimée

 

 

Pour lire ce conte de Mérimée :

 

 

http://www.fabellia.com/wmview.php?ArtID=29

 

 

 

 

A l’ironie hoffmannienne, Nerval a ajouté une « dérision systématique » et la « médiocrité difficilement surpassable des « héros. »

 

 

Aux aspects topographique (Paris) et fantastique du conte, viennent se greffer des allusions  satiriques à l’actualité : les incessantes opérations policières de l’automne 1849.

Explication de cette répression : la menace d’un pouvoir personnel.

Dans cette veine satirique, Nerval a aussi publié « Le marquis de Fayolle » et  avec Méry, « La nuit blanche. »

 

 

Jacques Bony termine la notice sur « Le Monstre vert » (dans le tome 3 des « Œuvres complètes » de Nerval, p.1138-1140) par un point très important pour la connaissance de l’imaginaire nervalien : « Tout lecteur de Nerval a remarqué qu’on ne trouve nulle part dans son œuvre un couple de parents avec un enfant. Nulle part sauf ici : le militaire, la couturière et le petit monstre. »

 

 

 

 

 

 

Détails du « Monstre vert. »

 

 

Le titre du premier chapitre, « Le château du diable » rappelle   une phrase du « troisième château » de Bohême(OC, III, 438) qui évoque les épreuves de la folie (connue par Nerval  qui fut interné deux fois).

Le héros en triomphe pour épouser sa bien-aimée.

Une comédie héroïque de Loaisel de Tréogate (Gérard voulait adapter son « Dolbreuse »), représentée en 1792, portait ce titre.

Victor Hugo l’avait imitée.

L’intrigue est proche de celle d’ « Aurore ou la fille de l’enfer » que Nerval voulait aussi adapter.

L’épisode de l’orchestre (p.393) évoque les phénomènes d’hyperesthésie, souvent dépeints par Hoffmann.

 

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Hyperesth%C3%A9sie:

L'hyperesthésie est l'exagération physiologique ou pathologique de l'acuité visuelle et de la sensibilité des divers sens. Dans le cadre d'une stimulation douloureuse, celle-ci est anormalement ressentie par le patient comme excessivement intense.

En psychiatrie, on parle d'hyperesthésie relationnelle pour désigner la sensibilité et la susceptibilité exagérées dans les contacts sociaux telles qu'on peut les observer chez les sensitifs ou au cours du délire de relation des sensitifs décrits par Ernst Kretschmer.

Beaucoup d ‘écrivains, de Villon à Rabelais ont évoqué le « diable de Vauvert. »

Comme tous  les noctambules, Nerval déteste les portiers et les accuse de dégrader la langue.

Ici, déformation de « Vauvert » en « aux vers »

Les historiens aussi évoquent le château et ses fantômes mais seul Saint-Foix se risque à une description.

Pour lire l’histoire du « bal de la Chartreuse » évoqué par Nerval, cf.

http://www.agir19.free.fr/echo-du-siecle/1-2007-grands-bals-du-19eme-siecle.php

 

 

 

 

Des historiens mentionnent Jean de la Lune mais aucun n’évoque ses rapports avec le diable qui pourraient bien être l’invention de Nerval.

Il y a beaucoup de récits qui mettent en scène des bandits faisant beaucoup de bruit dans un château afin de faire croire à des fantômes et d’y vivre en toute tranquillité.

 

 

Références fantaisistes de Nerval pour « L’enfant vert avec une queue » ; il n’y en a pas parmi les monstres libyens d’Hérodote(livre IV), ni chez Pline le Jeune.

Sûrement un lapsus avec pour Pline l’Ancien, parmi les monstres du livre VII de « L’histoire naturelle » mais rien à voir avec un monstre vert.

En ce qui concerne Fourier, Gautier plaisante dans la préface de « Mademoiselle de Maupin » comme tous les journalistes et les caricaturistes :

«  Il affirme, sans hésiter, que les hommes ne tarderaient pas à avoir une queue de quinze pieds de long avec un œil au bout » mais ce perfectionnement décisif ne figure nulle part dans le monde harmonien de Fourier.

 

 

Dans mon mémoire de maîtrise, j’évoque le fantastique à travers les sciences occultes qui ont fasciné le 19 e s et notamment Nerval (et Baudelaire).

L’occultisme et l’alchimie ( S. Hutin) aux quels j’ai consacré  une sous –partie ( Deuxième partie, 1. 1, p. 61), sont en fait présents tout au long de mon étude, notamment à travers l’étude des paysages littérairement et culturellement construits ( Première partie, 1. 2, p. 9, par exemple Prométhée et l’alchimie, p. 17).  A ce niveau, la lecture de Jean Richer (Nerval, expérience et création) a été précieuse ainsi que (moins) celle d’Anne – Marie Amiot (Baudelaire et l’illuminisme).                                                                                                         F. Bonardel (L’hermétisme) établit le rapport entre les thèses dualistes du Poimandrès et le spleen qui ne peut se définir qu’en jouant sur les contraires (Spleen III, v. 1-2). La réunion des contraires (coincidentia oppositorum) se réalise dans les Correspondances, systématisées dans le célèbre sonnet de Baudelaire. Je n’ai trouvé qu’une seule voix pour nier l’influence de Swedenborg (B. Juden) dans l’élaboration de cette théorie. 

 

 

Nerval et Baudelaire se connaissaient. Nerval a traduit le « Faust » de Goethe qu’on peut rattacher à la littérature fantastique ; Baudelaire a traduit Poe (dont il sera question plus tard). Ils ont tous les 2 été influencés par le romantisme allemand et notamment le lugubre d’Hoffmann.

L’ « épanchement du songe dans la vie réelle » (Aurélia) qu’a connu Nerval (et que certains qualifiaient à tort, je pense, de « folie ») a du favoriser l’écriture de textes touchant au fantastique comme l’usage des « Paradis artificiels » chez Baudelaire.

PUBLIE CHEZ AMBROISE, DANS LE CADRE D 'UN VOYAGE DANS LE FANTASTIQUE,A LA SUITE DU RESUME D'ELISABETH:

http://ambroise.hautetfort.com/archive/2007/05/30/voyage-...

10:03 Écrit par laura dans Gérard de Nerval | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : nerval et le monstre vert | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook |