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Catégories : A lire, CE QUE J'AIME/QUI M'INTERESSE, Les polars

« Les Cow-Boys », de Marcus Malte, illustré par André Julliard

 

LE MONDE | 26.06.2014 à 13h59 • Mis à jour le 26.06.2014 à 15h43 | Par Yann Plougastel

 

« Les Cow-Boys », de Marcus Malte, illustré par André Julliard.

« Les Cow-Boys », de Marcus Malte, illustré par André Julliard. | LE MONDE

 

Le lézard et les cow-boys

 

La vie dans le Mississippi n'a rien d'un long fleuve tranquille. Y être shérif vous ouvre de sacrées perspectives sur les tréfonds de l'âme humaine. Prenez Daniel Bundren. Pas vraiment un poète. Lorsqu'il lit, les bottes calées contre le tiroir de son bureau, les aventures de « Daredevil » et de son super-héros, Matt Murdock, mieux vaut ne pas le déranger.

Derrière le représentant de la loi, bourru comme un moine cistercien, se cache, en effet, un amateur de BD prêt à utiliser ses super- pouvoirs pour terrasser le Mal…

Lorsque Rose Temple lui téléphone parce qu'elle a vu sortir d'un van Dodge noir, avec des bandes rouges sur le côté, un lézard d'un mètre tenu en laisse, notre shérif a comme un moment d'agacement. Faut voir à voir. Donc, il va voir. Et, saperlipopette, tout se compliqua méchamment lorsque Vernon Beauchamp fut accusé par sa voisine de relation contre-nature avec son lama. Heureusement, ce n'était qu'une fausse piste.

ECRITURE ET MUSIQUE

Illustration d'André Juilliard pour "Les Cow-boys".Illustration d'André Juilliard pour "Les Cow-boys". | LE MONDE

 

En revanche, le lézard, lui, existait vraiment et il y eut comme un malaise lorsque notre ami shérif découvrit ce qui se cachait derrière l'appellation estampillée Ku Klux Klan « Grand dragon vert »…

Marcus Malte, auteur du septième volume de la troisième saison des « Petits Polars » édités par Le Monde en partenariat avec la SNCF, nous raconte cette histoire terrifiante avec la componction d'un révérend ayant abusé d'eau de feu le jour du Seigneur.

 

C'est un taiseux, ce garçon. Cet homme du Sud, qui rêvait d'être footballeur et se retrouva projectionniste dans un cinéma de La Seyne-sur-Mer, tâta d'abord de la musique avant de se lancer dans l'écriture. Il en reste quelque chose. Un staccato très particulier. Avec plein de silences. Le Doigt d'Horace (1996), Le Lac des singes (1997), Carnage (1998) témoignent de ce sens du swing.

Le flic alcoolique et lettré de Garden of Love (2007) lui permit ensuite d'entrer dans la cour des grands. Les Harmoniques (2011), éblouissante variation autour de la guerre en ex-Yougoslavie et dans le tempo des standards du jazz, confirma haut la main cette impression de styliste hors pair.

Depuis, Marcus Malte promène sa silhouette massive de flegmatique pilier de rugby de littérature de jeunesse en scénario de bandes dessinées.

Spécialiste de la nouvelle qui harponne le lecteur et ne lui laisse aucune marge de manoeuvre, il donne à cette histoire de cow-boys, mise en images par André Julliard, le goût âcre de la chanson de Billie Holiday Strange Fruit.


Marcus Malte et André Julliard vus par André JulliardMarcus Malte et André Julliard vus par André Julliard | LE MONDE

 

L'auteur :  Marcus Malte

Né en 1967 à La Seyne-sur-Mer où il continue de vivre en famille, Marcus Malte rêve d'abord d'être footballeur, mais un accident l'oblige à changer d'orientation. Dès lors, ce passionné de cinéma devient projectionniste, s'oriente également vers les musiques, rock, jazz et variétés. Il joue essentiellement des claviers. A la fin des années 1990, il commence à écrire des livres pour enfants (Cent jours avec Antoine et Toine), des nouvelles dans des collectifs, des romans comme Le Doigt d'Horace, en 1996, Le Lac des singes, en 1997, ou Carnage, constellation, en 1998, tous les trois au « Fleuve noir », réédités en « Folio ». C'est aux éditions Zulma qu'il se fait connaître avec La Part des chiens (prix Polar dans la ville, en 2004) et surtout Garden of Love, son neuvième roman, qui obtient une brassée de récompenses comme le Grand Prix Paul Féval de la SGDL en 2007 ou celui des lectrices de Elle en 2008. Ce roman très noir met en scène un flic alcoolique qui reçoit dans sa boîte aux lettres un manuscrit étrange relatant sa propre vie.

A partir de cette idée manipulatrice, Marcus Malte crée une fiction vertigineuse et diabolique. Son goût pour les personnages ambigus, son écriture poétique et musicale se retrouvent en 2011, quand paraissent Les Harmoniques dans la « Série noire ». Cette fois, il accompagne le destin de deux personnages fétiches : un pianiste de jazz, Mister, et un chauffeur de taxi, Bob. Entre eux, surgit la mort violente d'une jeune Yougoslave qui vient écouter Mister dans le club de jazz où il se produit. L'écrivain joue une nouvelle fois des codes du polar : le rythme de la ville, la nuit, la dérive, mais aussi la guerre en ex-Yougoslavie et le tempo d'une écriture qui épouse les standards du jazz.

Marcus Malte écrit également des nouvelles noires, comme le recueil Intérieur Nord ou Toute la nuit devant vous, parus chez Zulma en 2005 et 2008 ou des novelas, telles Mortes saisons au Bec en l'air et Cannisses aux éditions In8, parus tous deux en 2012. Il continue également d'écrire pour la jeunesse, comme Mon vaisseau te mènera jeudi sur un nuage, chez Syros, ou Sous ma couverture vit une souris, chez Sarbacane, en 2014. En 2014, il a publié une bande dessinée avec Vincent Gravé : Il est mort le poète, aux Enfants rouges, sur fond de politique et d'élections. Il s'agit de l'adaptation d'une pièce radiophonique diffusée sur France Culture.

Christine Ferniot

L'illustrateur :  André Juillard

Né en 1948 à Paris, André Juillard comprend qu'il se consacrera à l'illustration et à la bande dessinée lorsqu'il suit les cours de Jean- Claude Mezières et Jean Giraud, à Vincennes. Il publie son premier dessin dans Formule 1, chez Fleurus, en 1974, puis, l'année suivante, un western, La Longue Piste de Loup-Gris avec le scénariste Claude Verrien. Ensemble, ils signeront bientôt une bande dessinée historique, Bohémond de Saint-Gilles. C'est en passant chez Pif Gadget, qu'il se fait remarquer pour ses séries d'aventures historiques comme Masquerouge avec Patrick Cothias. En 1982, il publie Cheminot (Temps actuels) avec Isidore Roland, véritable épopée du rail. Le succès s'impose dans les années 1980 lorsqu'il démarre la série des 7 vies de l'épervier, avec Patrick Cothias, entre 1982 et 1991. Des histoires pour adultes qui se déroulent sous Henri IV et qu'il publie directement en album . Avec Cothias toujours, il éditera Plume aux vents, série dans l'esprit des 7 vies de l'épervier. Quatre albums paraissent chez Dargaud entre 1995 et 2002.

André Juillard travaille également comme illustrateur et publie chez Alain Beaulet, Christian Desbois ou les éditions du Pythagore des portfolios et monographies. A noter aussi le très beau livre, Entracte, à la galerie Daniel Maghen. Les fictions historiques ne sont pas ses seuls centres d'intérêt et il s'engage dans une autre fiction contemporaine d'un esthétisme très pur avec Le Cahier bleu, dont il signe, en 1994, les dessins et le scénario. Même principe avec Le Long Voyage de Léna, qui aborde aussi des thèmes actuels, sur un scénario de Pierre Christin (Dargaud).

En 1996 il reçoit le Grand Prix de la ville d'Angoulême. Une autre forme d'aventure s'annonce avec la reprise de Blake et Mortimer. Après Jean Van Hamme et Ted Benoît, voici Yves Sente et André Juillard qui se glissent dans la peau de ces deux personnages so British. Cinq albums paraîtront entre 2000 et 2012. Actuellement, Juillard et Sente travaillent à une nouvelle aventure du duo de choc : une histoire d'espionnage située en 1944.

Belle surprise en 2014, André Juillard et Patrick Cothias font renaître la série des 7 vies de l'épervier (chez Dargaud) trente ans après le premier tome. Un grand retour du personnage d'Ariane de Troïl, revenue du Canada quinze ans après et sans une ride, en quête de sa fille, Ninon.

Chr. F.

 

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