vendredi, 09 octobre 2009
Langue de bois
L'auteur, disait encore cet éditeur, est un « vrai écrivain ». Non pas un bon écrivain, ou un écrivain génial, un vrai.
Il nous revient encore que ce « vrai écrivain », aux dires de l'éditeur, avait effectué un remarquable « travail sur la langue », ce qui le différenciait de l'« écriture blanche » de quelques-uns de ses confrères. En langue de bois, l'« écriture blanche » est une expression commode pour dissimuler la platitude du style et le « travail sur la langue », une formule passe-partout qui habille d'un trait avantageux le moindre récit amphigourique.
Nos défenses cédèrent quand notre interlocuteur, pour justifier un livre habité par quelque drame intense, se fit rassurant : «C'est raconté “sans pathos” » : s'il maniait le grec, ma sœur, on pouvait lui faire confiance…
Quelques semaines plus tard, on s'enquit poliment du sort de son «vrai écrivain» dont il ne nous avait pas semblé que son « texte exigeant » avait bénéficié de l'attention générale. On s'entendit alors répondre d'un ton docte : «Il n'a pas trouvé son public.»
Et l'on retourna, songeur, à la lecture de Molière et d'Orwell.
http://www.lefigaro.fr/livres/2009/10/08/03005-20091008AR...
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jeudi, 26 février 2009
Lu dans la presse aujourd'hui:Chez les Grecs
Claude Duneton
26/02/2009 | Mise à jour : 10:36 |
Platon, ce grand fou, s'occupait passionnément de la chose publique - res publica. Dans son étude des modes de gouvernement, il distinguait la timocratie, belle chose d'après timès, «marque d'honneur» et kratos, le «pouvoir». Cette timocratie est le «nom du régime où commandent ceuxqui cherchent avant tout les honneurs», explique Jacqueline de Romilly, de l'Académie française, l'auteur d'un excellent Petites Leçons sur le grec ancien (Stock) . Mais n'est-ce pas ce que nous vivons dans notre monde moderne, la timocratie ? Connaît-on un personnage en vue qui rechigne à se montrer à la télévision pour haranguer de virtuelles foules ? Il faut adopter d'urgence ce mot grec ! J'attendrai cette réplique dans un débat : «Monsieur le ministre, vous êtes un timocrate !» Et pan !
18:21 Ecrit par laura dans La langue française | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
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dimanche, 22 février 2009
Lu dans la presse le 19 février 2009:Allons voir les roses
Claude Duneton
19/02/2009 | Mise à jour : 11:28
Les gens sont formidables, ils veulent faire le bonheur de l'humanité. J'emploie «formidable» à la fois au sens édulcoré d'« épatant », et dans son sens fort d'origine, « effrayant », celui que l'on entend dans « un orage formidable » - qui fait peur. Oyez plutôt : il existe un organisme plus ou moins officiel, sans doute greffé sur les droits de l'homme, qui a pris la longue dénomination de « Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité », siglé par commodité la Halde. Ce mot bizarre entre vaguement en résonance avec « Halte » et avec « Halle », « Halte aux abus », et « La halle aux bons sentiments »… C'est tellement généreux de prôner l'égalité - très à la mode aussi - que l'on éprouve un mouvement instinctif de sympathie pour cet acronyme. La Halde doit être composée d'hommes et de femmes sensibles et droits, humanitaires comme on les aime, tellement qu'il est dommage qu'ils restent anonymes.
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jeudi, 19 juin 2008
L'art des contraires
Claude Duneton
18/06/2008
Lorsqu'on dit : « Il fait noir comme dans un four », on fait une comparaison simple, à la portée de tous, le four ayant toujours figuré un lieu privé de tout éclairage ; mais lorsqu'on dit : « Ce monsieur est aimable comme une porte de prison », on fait une comparaison négative, chargée d'ironie, qui dit l'inverse de ce qu'elle est censée signifier : la personne n'est pas aimable du tout. Il s'agit d'une manière de s'exprimer par le contraire, une surenchère de l'antiphrase ; elle suppose un esprit moqueur et exige de l'interlocuteur une rectification, un léger décodage. D'ailleurs, on emploie spontanément ces antiphrases renversées pour exercer la sagacité des petits enfants.
Il y a là la permanence d'un humour ancien : dire le contraire pour provoquer une réaction, un rire naïf. « Il est fin comme du gros sel », se dit de quelqu'un de lourdaud, obtus, ou bien maladroit dans ses propos quelqu'un de pas subtil du tout. Ces comparaisons renversées étaient particulièrement fréquentes dans le langage populaire d'autrefois ; elles se retrouvent en abondance dans les langues minoritaires de France en voie de disparition. Feuilletant un petit livre consacré aux expressions limousines collectées par un excellent occitaniste, Yves Lavalade, je suis frappé de voir combien cet art des contraires était en honneur dans la langue du Limousin, issue de celle des poètes troubadours. Nos gens disaient d'un trait mal tiré, d'un alignement raté « C'est droit comme la jambe d'un chien » : drech coma la jamba d'un chen, ce qui me faisait rire, car la jambe des chiens est irrémédiablement tordue, coudée… L'allitération ajoutait du cocasse car jamba se prononce tsàmba, et chen fait tsi. Reste que c'est le « renversement » qui séduit, car si l'on disait : « Tordu comme la jambe d'un chien », cela tomberait à plat l'évidence n'est pas drôle. On disait aussi drech coma mon cobde quand me moche, « droit comme mon coude quand je me mouche », mais ce n'était pas aussi riant que le chien, aux pattes toujours en mouvement.
Pour quelqu'un de squelettique, on disait gras coma un peisel, « gras comme un piquet de vigne » (ce serait en français classique « sec comme un cotret ») ; le peisel évoquait à la fois la minceur, l'élancement, et la sécheresse de l'individu. Pour un impotent on pouvait dire jusqu'à l'absurde : leste coma una roda de molin, « leste comme une roue de moulin », ou encore mieux, pour la légèreté, avec un redoublement de malice qui plaisait aux enfants : legier coma l'ausel qu'appellen lo buèo, « léger comme l'oiseau qui s'appelle bœuf ».
Ah ! on en disait des choses au bord des chemins de terre creusés d'ornières de charrettes nervos coma una goga, « vif comme un boudin noir », et dans ce même esprit des images en creux, Se rit quand se burla, « il rit quand il se brûle », pour évoquer un être rébarbatif, austère et déplaisant. Pour la maigreur d'un personnage osseux il en existait beaucoup à ces époques de rationnement forcé : qu'es pas la graisa que l'entraupa, « ce n'est pas graisse qui le fera trébucher ».
Yves Lavalade commente un peu cavalièrement ces formulations des vieux âges : « Il faut avoir l'esprit bizarrement tourné pour dire le contraire de ce qu'on veut signifier. » Non, je ne trouve pas. Il faut avoir l'esprit mutin, sans doute, assez taquin ; nos anciens prenaient leurs images au plus près de la vie ils disaient : « Je suis souple comme un verre de lampe » à une époque pas si reculée où le long verre de la lampe à pétrole se montrait d'une fragilité redoutable. Il s'agit d'un temps où les couteaux mal aiguisés coupaient « comme mon genou ».
Cela étant, M. Lavalade nous en livre des joliment rigolotes de nos vieux terroirs ; « il pleuvait à queue de vache » ; on tenait à une chose « comme à ses deux yeux » et à ce sujet oculaire une expression bien avisée préfigurait malicieusement l'idée du clonage : sembla sa mair coma si li avià sautat per un uelh : « il ressemble à sa mère comme s'il lui était sorti par un œil »… C'est tout de même plus fort que la goutte d'eau !
Trésor des expressions limousines, de Yves Lavalade. Éd. Lucien Souny, 80 p., 10 €.
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mercredi, 14 mai 2008
Un mot redécouvert en lisant les "Poèmes et légendes" d'Henri Heine(cf.note)
Tudesque
Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
L'adjectif tudesque est un mot d'ancien français utilisé pour désigner tout ce qui est d'origine germanique (apparenté à l'allemand Deutsch), ou, en français, tout ce qui est d'origine germanique au Haut Moyen Âge.
On pense notamment au texte écrit en tudesca lingua, opposée à la romana lingua, des Serments de Strasbourg (en 842).
Etymologie comparée [modifier]
Le radical de l'adjectif deutsch provient du vieil allemand « theudisko-z », qu’on peut définir par relatif au peuple, à la nation, dérivé de theudo, « peuple, nation ». Le mot était utilisé en anglais et en allemand pour désigner la langue du peuple différente du latin ou des langues romanes ; on les qualifiait de « barbares »[1].
L'adjectif dutch du vieil anglais en est dérivé, et, après avoir eu le sens d'« allemand », a dérivé pour signifier « néerlandais ». Le nom Dutchman veut encore dire Néerlandais en bon anglais. Aux États-Unis, cet adjectif est aussi utilisé pour désigner les Amish vivant dans les Appalaches, appelés les « Pennsilfaanisch » (Pennsylvaniens), originaires du Nord de l’Allemagne. En revanche, l'adjectif duits, qui en néerlandais correspond à l'anglais dutch, a le sens d'« allemand ». En danois « tysk » (le y se prononce [y]) signifie « allemand ».
- Le radical theuda a été conservé jusqu’au moyen anglais sous le nom de theude, mais a été remplacé par l’équivalent romain de people et de nation.
- L’italien utilise le dérivé tedesco. De nos jours, la forme italienne tedesco traduit l'adjectif allemand dans ses principales acceptions françaises actuelles. Tedesco, masculin singulier, devient tedesca au féminin singulier et tedeschi/tedesche au pluriel masculin/féminin respectivement.
- Le français utilise les dérivés variés qui recouvrent des réalités distinctes : adjectif thiois ; adjectif tudesque.
D'autres indications linguistiques permettent d'apparenter tudesque et teuton ; voir à ce sujet l'introduction de l'article Teuton.
Au cours du Moyen Âge, une étymologie populaire tendait à conférer à la racine theuda une origine noble en la rattachant au grec theos, Dieu.
Notes [modifier]
- ↑ Souvent le mot barbare fait penser à des hommes primitifs, mais il désigne seulement les peuples ne sachant pas parler le latin. La racine du mot « barbare » se retrouve dans le mot dérivé du grec « borborygmes » [borbor-], gargouillements du tube digestif, devenu au figuré synonyme de propos incompréhensibles, avec une connotation péjorative.
Voir à ce sujet l'article Barbare
10:38 Ecrit par laura dans La langue française | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
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lundi, 31 mars 2008
Un mot découvert en lisant la revue poésie 1:"Jaculatoires"
Jaculatoire
Nature : adj.
Prononciation : ja-ku-la-toi-r'
Etymologie : Lat. jaculatorius, de jaculari (voy. ).
Voir les citations du mot Jaculatoire
Terme d'hydraulique. Fontaine jaculatoire, fontaine qui lance un jet d'eau à une grande hauteur et par la force d'une pression.
Fig. Terme de dévotion. Oraison jaculatoire, prière courte qu'on adresse au ciel avec un vif mouvement de coeur.
http://www.dicocitations.com/definition_littre/15325/Jacu...
.http://www.lauravanel-coytte.com/archive/2008/03/27/je-vi...
et du 29/03/2008
http://www.lauravanel-coytte.com/archive/2008/03/29/suite...)
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jeudi, 06 mars 2008
Semaine de la langue française du 14 au 24 mars 2008
PROGRAMME EN FRANCE ET A L'ETRANGER:http://www.semainelf.culture.fr/programme/gdRDV-France.php#
Dis-moi 10 mots:
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jeudi, 18 octobre 2007
Le plaisir des mots
L’amour, toujours
10:37 Ecrit par laura dans La langue française | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
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vendredi, 31 août 2007
« Blogueur » et « géolocalisation » font leur entrée dans le dictionnaire
Les nouvelles éditions du Petit Larousse et du Petit Robert intègrent, cette année, beaucoup de nouveaux mots liés aux nouvelles technologies.Hélène Puel , 01net., le 30/08/2007 à 17h15
« Mais non, je n'ai pas transféré les podcasts de ton blog sur mon iPod ! » Cette phrase est-elle bien française ? La réponse est oui, et vous pourrez l'employer sans faire rougir un agrégé de lettres. Le terme podcast, « de Ipod et de l'anglais broadcast, émission », figure dans la dernière édition du Petit Larousse illustré. Quant à blog, il avait déjà fait son apparition dans Le Petit Robert l'année dernière.
Comme tous les ans, les équipes des dictionnaires ont sélectionné des dizaines de nouveaux mots ou locutions dont la présence a été jugée nécessaire dans leurs pages. Une centaine d'entre eux font ainsi leur apparition dans le millésime 2008 du Petit Larousse. Quelques-uns concernent les nouvelles technologies, comme blogueur, rétroéclairage ou encore géolocalisation.
Quant à la nouvelle édition du Petit Robert, elle accueille 472 nouveaux mots ou nuances de sens, et n'est pas en reste dans le domaine de l'informatique. Pêle-mêle s'y trouvent : antipiratage, infobulle, podcaster, joystick ou encore mobinaute pour « un internaute qui utilise des terminaux mobiles pour accéder à Internet ».
Nouvelles définitions adaptées à la high-tech
Certains mots usuels des dictionnaires s'enrichissent, eux, d'une définition high-tech. C'est le cas de format, qui peut aussi aujourd'hui se comprendre comme une « structure de la couche magnétique d'un support de données permettant le stockage et l'organisation des informations. Définir le format d'une disquette ». Idem pour bannière, un « espace publicitaire sur une page Web renvoyant vers le site de l'annonceur ».
« Un mot entre dans le dictionnaire quand il correspond à une réalité sociale nouvelle ou appartient au langage courant, explique un porte-parole des dictionnaires Le Robert. Notre service documentation épluche les médias, Internet et transmet les néologismes ou nouveaux sens à nos lexicographes. Réunis en comité, ce sont eux qui définissent, parmi les 60 000 mots étudiés chaque année, ceux qui entreront dans le dictionnaire. »
Petit test : selon vous, quel mot correspond à la définition « effectuer des opérations de traitement, d'échange et de stockage d'informations sans recours au support papier, ces opérations conservant toute leur valeur juridique » ? Dématérialiser, selon Le Petit Larousse illustré 2008.
http://www.01net.com/editorial/357394/-blogueur-et-geoloc...
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mardi, 12 juin 2007
Livre à lire:"La Révolte des accents" par Erik Orsenna(clin d'oeil à Monette)
Le sauveur de saveurspar Delphine Peras
L'académicien publie La Révolte des accents, troisième volet de sa croisade contre ceux qui s'acharnent à nous ôter le goût de la langue française. Rencontre avec un touche-à-tout passionné.
Surprise: Erik Orsenna a rasé sa moustache! Il la portait «depuis toujours», assure- t-il. Alors? Cupidon est passé par là... A 60 ans tout ronds, l'académicien, élu en 1998, est amoureux comme un jouvenceau. Un vrai coup de foudre pour une femme médecin, il y a quelques mois. L'écrivain n'en dira pas plus. Mais le lien est tout trouvé avec son nouveau livre, La Révolte des accents, aujourd'hui en librairie, dont le message peut se résumer ainsi: aimer, c'est accentuer sa vie.
Ce joli conte plein de fantaisie et de poésie imagine en effet à quel point l'existence devient morne le jour où les accents, mais aussi les épices, prennent la poudre d'escampette. «En partie à cause d'Internet et de l'influence de l'anglais, on n'utilise plus les accents et ça me rend furieux», tempête Erik Arnoult (pour l'état civil) - il a emprunté Orsenna à Julien Gracq dans Le Rivage des Syrtes. «Or les accents sont révélateurs de l'esprit français. Même s'ils ont été inventés il n'y a pas si longtemps, dans les années 1550, notamment par un certain Jacques Dubois, ancien prof de lettres qui passait ses journées à disséquer les cadavres!»
Voilà le genre d'anecdotes qui ravit cet esprit curieux de tout, tout le temps. D'où un curriculum qui donne le vertige, de son titre de docteur en économie, spécialiste des matières premières, à ses postes de conseiller en tout genre, aussi bien à l'Elysée auprès de Mitterrand qu'aux Affaires étrangères avec Roland Dumas. Sans oublier l'Ecole nationale supérieure du paysage, à Versailles, ou encore le Centre de la mer à la Corderie royale de Rochefort, qu'il préside. Actuellement en disponibilité du Conseil d'Etat, où il a été nommé en 1985, ce voyageur impénitent, géographe de surcroît, est aussi l'auteur de moult essais, dont le célèbre Voyage au pays du coton (Orsenna prépare un deuxième tome sur l'eau), récits, romans, parmi lesquels L'Exposition coloniale, qui lui valut le prix Goncourt en 1988.
La Révolte des accents est le troisième volet de sa promenade dans la langue française entamée en 2001 avec La grammaire est une chanson douce, un best-seller inattendu: 500 000 exemplaires vendus, toutes éditions confondues. Ce succès, qui l'a «totalement surpris», Erik Orsenna l'explique par un sentiment partagé: «Comme moi, les parents ne comprenaient pas pourquoi ils ne saisissaient pas les questions qu'on posait à leurs enfants en classe de français. Il y avait là une dérive jargonneuse très étrange.»
Une dérive incarnée par le personnage de Mme Jargonos, l'enseignante trop savante que l'on retrouve dans Les Chevaliers du subjonctif, publié en 2004, puis dans cette suite sur les accents. Tout comme on y retrouve la jeune Jeanne et son frère Thomas, porte-parole candides de leur créateur, qui planche maintenant sur un dernier épisode, consacré à la ponctuation. «Je me sens avant tout pédagogue, passeur. Je ressens une espèce d'ivresse à apprendre et à transmettre», explique Orsenna. Message reçu par ses innombrables lecteurs, qui l'accompagnent avec ferveur dans cette croisade linguistique. «J'ai reçu un immense courrier après la sortie de La grammaire est une chanson douce. Les gens se sont littéralement approprié le livre, les écoliers l'ont prolongé par des spectacles, des comédies musicales.»
Rebelote avec Les Chevaliers du subjonctif: 150 000 exemplaires vendus. «La preuve qu'il existe une vraie curiosité pour la langue française.» Intarissable sur le sujet, Erik Orsenna ne craint pas de mettre les pieds dans le plat: «La langue est le lien social et républicain par excellence. Ce qui implique le devoir de parler français, mais aussi le droit de l'apprendre, notamment pour les communautés d'origine immigrée, où les femmes sont souvent maintenues par leur mari en état de dépendance linguistique, c'est-à-dire de dépendance totale. J'ai toujours défendu cette articulation droits-devoirs, ce qui a fait grogner dans mon camp.»
Comprendre: le clan socialiste, auquel il appartient de longue date. «En cette époque de ralliements, je préfère être en colère dans mon groupe plutôt que dans l'autre. C'est ce que j'ai dit à Sarkozy il y a quatre mois, quand il m'a gentiment proposé de travailler avec lui.» Co-rédiger un rapport sur la grammaire demandé par Gilles de Robien, ou diriger l'Observatoire national de la lecture sur la proposition de François Fillon, oui. Intégrer un gouvernement de droite et être solidaire de son action, non. Autant dire que l'homme est moins versatile qu'il n'y paraît: «Je suis d'accord avec Sarkozy quand il dit des choses de bon sens. Mais quand il se plaint de voir figurer La Princesse de Clèves au programme du concours d'attaché d'administration, je suis triste de le savoir président de la France. Ce chef-d'œuvre de la littérature française devrait même être lu dans les quartiers difficiles. Car la plupart des jeunes qui y vivent n'ont qu'une seule patrie, la langue.»
L'Académie française est un tantinet à la traîne... «Elle est un peu sage, en effet», regrette l'occupant du fauteuil n° 17, qui fut celui de l'éminent Littré et du commandant Cousteau. Très assidu aux séances du dictionnaire, le jeudi, leur successeur s'y amuse beaucoup: «Nous en étions récemment au mot "repu". Il y avait un exemple: "repu d'honneurs". Je demande la parole pour dire que ma fréquentation de l'espèce humaine ne m'a jamais fait rencontrer une seule personne repue d'honneurs.» A ce moment-là, Valéry Giscard d'Estaing lève la main et déclare: «Ma propre fréquentation de l'espèce humaine me fait confirmer la remarque judicieuse d'Erik Orsenna.» Lequel s'empresse d'ajouter: «Je suis l'exception qui confirme cette règle. Moi, je suis repu d'honneurs et je n'en veux plus.» Il ne veut rien que du bonheur...
La Révolte des accents
Erik Orsenna
éd. STOCK
136 pages
13,5 €
88,55 FF
Source:http://livres.lexpress.fr/portrait.asp/idC=12794/idR=5/id...
02:15 Ecrit par laura dans La langue française | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
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