Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Le XIX e siècle

  • Exposition Dessiner en plein air Variations du dessin sur nature dans la première moitié du 19e siècle du 18 Octobre 2017 au 29 Janvier 2018

    François Marius Granet, Vue de la fenêtre de Granet

    © RMN-GP Musée du Louvre / T. Le Mage

    Lire la suite

  • Italie, le Grand Tour : dans le miroir de la photographie au XIXe siècle par Giovanni Fanelli et Barbara Mazza

    Publié le par Aurore Mosnier

     

    Aimez-vous les vieilles pierres, et les lieux chargés d’Histoire ? Avez-vous déjà eu la chance de visiter l’Italie ? Vous êtes-vous déjà imaginé déambuler dans les rues de Rome il y a un siècle ? Si vous avez répondu par l’affirmative à l’une de ces questions, la présentation de l’ouvrage qui va suivre va sans doute vous intéresser.

    J’ai récemment eu la chance d’être invitée à l’Institut culturel italien afin de découvrir Italie, le Grand Tour par deux auteurs italiens : Giovanni Fanelli (professeur d’histoire de l’architecture à l’Université de Florence, directeur de collections) et Barbara Mazza (docteur en histoire de l’architecture et de l’urbanisme, directrice photo).

    Couverture Italie, le Grand Tour

    Couverture Italie, le Grand Tour

    Lire la suite

  • Le Paris d'Haussmann

     

    TDC N°1075 - 1er mai 2014

    Le Paris d'Haussmann - TDC N°1075  - 1er mai 2014

    Entre 1853 et 1870, des travaux gigantesques dirigés par le préfet Haussmann ont totalement remodelé Paris. Beaucoup critiqué, Haussmann a pourtant aéré et assaini la capitale, et lui a donné l'essentiel de son aspect actuel.

    Commander ce numéro  |  S'abonner

    Éditorial (pdf - 69ko)

    Sommaire (pdf - 139ko)

    Lire la suite

  • Marville dans les mues de Paris

     

    La rue Constantine (IVe arrondissement de Paris), en 1866, devenue aujourd'hui la rue de Lutèce.La rue Constantine (IVe arrondissement de Paris), en 1866, devenue aujourd'hui la rue de Lutèce. (Photo Charles Marville. The Metropolitan Museum of Art New York.)

    PHOTO

    Le Met de New York expose jusqu’en mai les clichés de l’artiste français du XIXe siècle, qui immortalisa les travaux haussmanniens de la capitale.

    Lire la suite

  • Nous avons aimé Eclectiques XIXe le 1 er mars 2014 au Musée des Beaux arts de DOLE

    Éclectique XIXe

    Les Beaux-Arts à Dole 1820-1880

     
    Télécharger le dossier complet de l'exposition (PDF, 1,1 Mo)
    Pierre-Auguste BELIN, La reine des abeilles

    Musée des Beaux-Arts de Dole
    du 15 février au 18 mai 2014


    Le musée des Beaux-Arts de Dole a été fondé en 1821 par Séraphin-Désiré Besson (1795-1864), peintre et sculpteur dolois, qui fut aussi le rénovateur de l’école municipale des Beaux-Arts de la ville en 1822.

    L’exposition Éclectique XIXe vise ainsi à mettre en relation ces deux fondations concomitantes qui furent le ferment d’une séquence particulièrement cohérente des arts à Dole. La présentation collective des œuvres des élèves de Besson et d’individualités proches de son cercle, rappelle que Dole fut un foyer propice pour les peintres et sculpteurs au XIXe siècle, soutenus et encouragés par une société mécène, de même que par le contexte favorable du renouveau religieux du milieu du XIXe siècle, qui suscita de nombreux chantiers décoratifs.

    L’exposition propose un parcours thématique selon les genres traités, du portrait au paysage, en passant par les thèmes sacrés, décoratifs, en rapport avec le champ social, un espace étant aussi dédié à un cabinet de dessins.

    Pierre-Auguste Belin, La reine des abeilles, 1881
    © Musée des Beaux-Arts de Dole (cl. Henri Bertand)

    Lire la suite

  • Catégories : Le XIX e siècle

    K. Becker, Le Dandysme littéraire en France au XIXe siècle

    Parution livre

    Information publiée le mardi 27 avril 2010 par Matthieu Vernet (source : Olivier Leplatre)

     

    _blank

    Karin Becker: Le dandysme littéraire en France au XIXe siècle

    Paris : Editions Paradigme,coll. "Références, 2010.

    Prix 19 euros

    196 p.

    EAN 978286878286

    Présentation de l'éditeur :

    « Culte de soi-même » selon Baudelaire, « culte de la différence dans le siècle de l'uniforme » selon Kempf, le dandysme apparaît dans les mondanités parisiennes dès 1815. Jeunes messieurs dépensiers et provocateurs, affichant des tenues coûteuses et excentriques, les dandys recherchent la distinction dans l'esthétisation du quotidien.

    Lire la suite

  • Catégories : Le XIX e siècle

    H. Juin, Lectures du XIXe siècle, t. 2

    38482.gif

    Parution livre

    Parution : juin 2010.

    Information publiée le jeudi 10 juin 2010 par Arnauld Welfringer

     

    Hubert Juin, Lectures du XIXe siècle, tome 2

    Paris, Christian Bourgois, coll. "Titres", 2010.

    358 pages

    8 €

    ISBN : 978-2-267-02099-1


    Il n'est de lecture véritable que grâce à une succession indéfinie de relectures, de reprises, voire - pour employer le langage des peintres - de repentirs. Et plus se fait ce creusement, cet engloutissement dans la bibliothèque du XIXe siècle, plus ce siècle apparaît comme trouble, mais aussi comme incomparable producteur de sens. Ce volume propose des études et nouvelles approches des oeuvres de Charles Nodier, Stendhal, Victor Hugo, George Sand, Gérard de Nerval, Gustave Flaubert, Charles Baudelaire, Jules Vallès, Louise Michel et Henry Bauer.
    Les deux tomes des lectures du XIXe siècle doivent se prendre conjointement, doivent fonctionner ensemble. Le lecteur est invité à faire « jouer » l'un avec l'autre, et l'un à travers l'autre, ces deux volumes. Au terme, c'est peut-être le phantasme inavoué de l'auteur qui apparaît.

    Lire la suite

  • Catégories : Le XIX e siècle

    ÉCRIVAINS FIN-DE-SIÈCLE

    01061388852.gif

    FOLIO CLASSIQUE 384 pages - 7,10 €
     
    Ce livre propose des extraits de romans ou de « proses » qui ont eu du succès et de l’influence durant la période qui va des années 1880 au début du XXe siècle. De Remy de Gourmont au Sâr Péladan, de Jean Lorrain à Marcel Schwob, les écrivains réunis ici partagent tous le besoin d’un « ailleurs ». Le mysticisme du temps en est la manifestation la plus évidente. Mais les « ailleurs » ne sont pas nécessairement à chercher dans l’interprétation ésotérique du monde : ne sont-ils pas aussi bien en nous, dans les innombrables possibilités de notre organisme nerveux et de notre imagination ? Sur des chemins parfois déviants, où la névrose et l’art coexistent souvent, se crée une étonnante littérature du fantastique intérieur.
    Cette littérature fin-de-siècle joue un rôle de précurseur, lance des recherches et des interrogations, innove dans les techniques romanesques, de la mise en abyme au monologue intérieur. Elle n’est nullement la littérature expirante et passée de mode que l’on imagine parfois, mais au contraire une littérature de sursaut : elle inaugure le siècle nouveau.
     
    ÉCRIVAINS FIN-DE-SIÈCLE [2010]. Édition de Marie-Claire Bancquart, 384 pages sous couv. ill., 108 x 178 mm. Collection Folio classique (No 5032), Gallimard -anth. ISBN 9782070348404.
    Parution : 25-05-2010

     

    http://www.gallimard.fr/Vient_de_paraitre/accueil.go?cgi=/gallimard-cgi/appliv1/ind_ouvrage?ouvrage=0010061388006058504320000

  • Catégories : Le XIX e siècle

    Lu sur le net:Le rire moderne

    Appel à contribution
    Information publiée le vendredi 28 novembre 2008 par Alexandre Gefen (source : Alain Vaillant)
    Date limite : 15 janvier 2009


    Appel à communications


    LE RIRE MODERNE

    Paris X – Nanterre, 15-17 octobre 2009

     

    Colloque organisé par l'équipe PHisTeM (Poétique historique des textes modernes ; resp. : Alain Vaillant et Roselyne de Villeneuve) du Centre des sciences de la littérature française de l'université Paris X – Nanterre.


    La singularité du XIXe siècle français, venant après la chute de l'Ancien Régime et la Révolution française, peut être caractérisée de bien des manières. Politiquement, par le lent, difficile et contrarié apprentissage du parlementarisme et de la vie démocratique ; économiquement, par l'entrée dans l'ère du capitalisme industriel et par la constitution d'un marché massifié des biens de consommation ; socialement, par l'irrésistible ascension de la bourgeoisie et des classes moyennes, ainsi que par l'émergence d'un prolétariat urbain ; plus généralement, par un bouleversement profond et irréversible de tous les aspects de la vie quotidienne. Mais, du point de vue culturel, l'innovation la plus spectaculaire, la plus indiscutable et, cependant, peut-être la moins considérée est la consécration du rire, au point que cette présence obsédante et multiforme du rire paraisse à bon droit comme la marque distinctive de la modernité.

    baudelaire.jpg

    Lire la suite

  • Bassin loufoque.Là où Alphonse allait...

    Une lignée de pharmaciens lascars, des peintres de plein air et un pataphysicien du nom d'Alphonse Allais: Honfleur n'est pas un port aussi tranquille qu'il y paraît. Le vent du large souffle aussi sous les crânes.

     

    «Hiour môdeu iz il, aille tinnk?» (Votre mère est malade, je pense?). «Houair âr Robeut ann Pol? Dé âr inn de gâdenne» (Où sont Robert et Paul? Ils sont dans le jardin). L'auteur de la méthode la plus rapide du monde pour apprendre à parler anglais avec un pur accent tout en restant chez soi, M. Démarais, chimiste de 1re classe, directeur du «Journal des écrasés de la nation», était décidément un bien curieux paroissien. Mais les Honfleurais ont depuis belle lurette l'habitude des têtes folles. Friand de décorations, Paul Démarais revêtait sans se faire prier le grand cordon de l'ordre du Mérite humain, combattait l'oisiveté volontaire et faisait acte de candidature à la présidence de la République en 1939. L'illustre Popaul, défenseur des ouvriers et des petits commerçants, poujadiste avant la lettre, haranguait la foule honfleuraise de son balcon, place Hamelin. On raconte qu'il attirait le chaland en distribuant des sucreries aux enfants, des sandwiches aux nécessiteux et des billets de 5 francs aux électeurs potentiels: un ancêtre de Papv Dassault. Dans les années 1930 et 1940, la popularité du pharmacien était immense autour du Vieux Bassin. Comme nombre de politiciens actuels, il avait une idée sur toute chose et en toutes circonstances. Pour la suppression du chômage, il prônait la diminution du nombre d'heures de travail pour occuper plus de monde et faire fondre d'autant le chiffre des chômeurs. Un pionnier de la semaine de 35 heures. Quant à la natalité galopante, ce brave homme n'était pas si éloigné de la «Modeste proposition» de Jonathan Swift: les enfants ne sont jamais meilleurs que mitonnes à la marinière... Paul Démarais était une boîte à idées ambulante: non seulement il connaissait la parade contre les comédons et les couperoses, mais il n'avait pas son pareil pour éclaircir la voix des ténors, empêcher les cheveux de blanchir et écouter pousser ses ongles. Sa théorie sur la formation de la rosée matinale faisait autorité. Bref, le sieur Démarais passait pour un homme providentiel. C'est tout juste si on ne lui imputait point la richesse picturale et littéraire d'Honfleur.



    Il est vrai que toute la vie artistique du Vieux Bassin se refléta dans les bocaux multicolores de bonbons pour la toux. Chaque rimailleur, chaque aquarelliste du dimanche passa au moins une fois tirer le cordon nocturne de la pharmacie du Passocéan, 6, place Hamelin. Les habitués de la Croix Verte sont légions. Qui pour un herpès fessier, qui pour un début de phlébite, qui pour des migraines persistantes. Pharmacien en Normandie, une vocation, presque un sacerdoce, comment ne pas penser à cet autre potard illustre immortalisé par Flaubert et dont le nom rime avec Allais, justement?

    «MERVEILLEUX NUAGES»
    Les jeux de lumière de l'estuaire, le fantasque firmament normand fixèrent nombre de peintres célèbres aux colombages d'Honneur, comme des phalènes sur les pare-brise des premières limousines. Corot et Isabev furent les premiers à y séjourner. C'était le début de la peinture «de plein air», ce furent aussi les prémisses du tourisme. Puis défilèrent, leurs inséparables albums de croquis sous le bras, Daubigny, Bazille, Sisley.Whistier.Vallotton, Marquet et tant d'autres. Ils parcouraient la Seine, toute en entourloupes, jusqu'à la mer. Honneur était au bout, c'était le meilleur gîte, c'était la meilleure table. Le séraphique Eugène Boudin initia Monet au chevalet et créa au mitan du XIXe siècle le berceau du mouvement impressionniste chez la mèreToutain, aujourd'hui Ferme Saint-Siméon. Lui seul savait peindre les cieux rapides du littoral, ces «merveilleux nuages» que sut capter plus tard le regard désenchanté de Françoise Sagan, une habituée de la Côte de Grâce. En son temps, Charles Baudelaire, grand admirateur de la facture de Boudin, fut le meilleur prosélyte de la cité: «Mon installation à Honfleur a toujours été le plus cher de mes rêves», clamait-il aux terrasses fleuries. Il séjourna dans le pavillon de sa génitrice, la générale Aupick, au-dessus de la rue de l'Homme-de-Bois. Souvent, il passait à la pharmacie quémander un chouïa d'opium. L'apothicaire restait inflexible. Plus tard, les poètes Henri de Régnier et Lucie Delarue-Mardrus louèrent à leur tour le charme unique de ce doux talisman niché dans un écrin de verdure qui hésita et hésite encore entre le bocage et la mer. Honfleur: son vieux bassin, ses colombages, son microclimat. «En été, il y fait rudement chaud pour une si petite ville.» L'échoppe de la pharmacie du Passocéan était ouverte jour et nuit. Sur la vitrine, ce carton: «Malgré qu'elle soit fermée à 2 heures, il faut sonner sans crainte de déranger, si le cas présente un caractère de quelque urgence.»


    A ses patients qui voulaient se rendre en Angleterre, M. Démarais proposait le Passocéan, un remède radical contre le mal de mer. M. Démarais avait réponse à tout. Au siècle précédent, enfin celui de la vapeur, la famille Allais fut la reine de l'herboristerie. Dans cette même officine, elle avait succédé à M. Lemercier, lui-même héritier de M. Hamelin, fondateur de la pharmacie. La maison avait excellente réputation, le négoce était prospère, les ordonnances amoureusement concoctées.

    Alphonse Allais est né là, le 20 octobre 1854, en même temps que Rimbaud et que l'éclairage au gaz. Il faillit bien suivre la carrière paternelle. Il y commença même distraitement une formation de préparateur avant de «monter» à Paris où, par bonheur pour la famille des humoristes, il préféra narrer les mésaventures de l'abbé Charnel ou de l'ingénieur Elie Coïdal, pour devenir bientôt la plus grande force de frappe comique hexagonale de la fin du XIXe siècle. Pendant ses tendres années, c'est un long rêveur blond filasse, un éphèbe aux yeux bleus souvent pleins d'une extase effarée. S'il n'avait écouté que ses sentiments, c'était dans l'azur infini qu'il aurait passé le plus clair de son temps, mais une famille inexorable - la sienne, précisément - avait exigé qu'il vécût dans un milieu moins vague, et il était écrit qu'il devait devenir pharmacien... «La vérité, c'est que je considère la vie comme beaucoup trop provisoire pour être jamais prise au sérieux, et pas assez facétieuse pour inspirer de rires allégresses. Alors, quoi!» Au pied du robuste clocher Sainte-Catherine en bardeaux de châtaignier, Alphi ne se souciait pas du grand large et de ses steamers, il préférait de beaucoup les étangs d'absinthe et les lagons d'eau-de-vie. Ses décoctions préférées se nommaient à-peu-près, vers holorimes et sentences détergentes. «La mer aussi a l'fond salé...» Naquirent donc aussi à Honfleur Lucie Delarue-Mardrus, dont le mari traduisit le premier «les Mille et Une Nuits», et Henri de Régnier, dont la femme fut, entre autres, célèbre pour sa liaison avec Pierre Louÿs.

    On raconte qu'une sirène particulièrement gironde a pris pension à l'entrée du Vieux Bassin.

    La pharmacie du Passocéan est riveraine de la Lieutenance, ancienne porte de Caen, cible préférée de tous les rapins de Haute- et Basse-Normandie, et du Vieux Bassin avec ses pignons écaillés et ses porches à pans de bois d'où sont partis caravelles, frégates, goélettes, terre-neuvas, grands capitaines, corsaires et pêcheurs. C'est d'ici que Samuel Champlain s'embarqua en 1608 pour fonder le Québec. C'est là qu'en 1832, face aux greniers à sel, Frédéric Sauvage fit ses premiers essais de bateau à hélice. On rapporte aussi, selon messire François Rabelais, que c'est dans le Bassin «d'Honnefleur» que Pantagruel fit trempette avant de mettre le cap vers le royaume d'Utopie. Autant de doux dingues sur leurs engins bizarres.

    PHARMACIE BURLESQUE
    Les marins d'Honfleur, c'est bien connu, ne se soignent jamais. Ou alors quand ils ont déjà un pied dans le gouffre. Quand la vase est reposée, ils ne rendent visite à l'officine que pour faire vérifier la trousse médicale légale de leur bateau. Ils se nomment Gigot d'Bouf, le Sioux, le Sueur, Sans Bite, Ti Tonneau, etc. Ils sont spécialisés dans la crevette grise ou les coquilles Saint-Jacques, ils luttent pour que leur port d'attache ne devienne jamais un gros bourg touristique aux volets clos. Reste l'hypocondrie des Parisiens sur le retour, des «cheveux bleus», vieux fonds de commerce de tous les bobologues de la planète et de ceux d'Honfleur particulièrement.
    Aujourd'hui, Daniel et Pierre Barré, père et fiston, perpétuent la loufoquerie de cette longue saga de pharmaciens. En vitrine de leur pimpante échoppe, chaque ler avril, entre élixirs, suspensoirs, sirops, sinapismes, liniments, ils proposent à leurs chers valétudinaires des préservatifs en dentelle, un crâne d'Alphonse Allais à 16 ans, un sirop purgatif du Captain Cap, des tasses pour gauchers atteints de la maladie de Parkinson, des boîtes de vingt doses d'eau bénite de Lourdes. Toute la magie de ce vieux monde tient dans un mouchoir de poche, baignée par les fragrances de camphre et les reflets irisés des vieux gréements.

    Ici, la vie est ineffablement bonne et douée. Tout y concourt. L'huître, la poésie, le goéland et la pomme. Dans les cailloutis, la limite du flot se ponctue par le liseré noir du varech. Les chalutiers dorment de guingois. Au large de la grève, une flottille de périssoires joue les funambules. Les derniers pêcheurs s'habillent en messieurs de la ville, avec longues redingotes et chapeaux ronds. Les citadins, eux, s'affublent en forbans emmaillotés de goémon. Tout cela se coudoie avec le minimum de tolérance. On vocalise, on gazouille, on solfie, c'est merveille, le soir à la fraîche, d'entendre les trilles des cantatrices débutantes faire la nique aux rossignols et se répondre de pergolas en charmille.

    A l'ombre des jeunes filles d'Honneur, dans les ourlets de la Manche, quand les mouettes crient comme des cabestans, les pèlerins du non-sens ne cessent d'affluer. Connaissez-vous leur dernière élucubration? Pour ne pas être en reste sur les vaticinateurs phocéens et leur légendaire «Sardine» qui boucha le Vieux Port, il se colporte à l'envi qu'une sirène à la voix de rogomme, particulièrement gironde (bien que ce ne soit pas son département d'origine), a pris pension à l'entrée du Vieux Bassin et fait commerce nuitamment de ses charmes dodus avec les plaisanciers qui n'ont pas eu le temps de lire Homère. Allaisluia!

     

    Patrice Delbourg
    Le Nouvel Observateur

    http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/supplement/p2228_2/articles/a350712-là_où_alphonse_allait.html

  • Charles Baudelaire."Le voyage".

    A Maxime Du Camp

     

    Au printemps 1859, le poète Charles Baudelaire séjourne à Honfleur, chez sa mère, dans la «maison joujou». Deux ans après la mort de son beau-père abhorré, le général Aupick, il se réconcilie avec sa génitrice. Il écrit à Sainte-Beuve: «Nouvelles fleurs faites, et passablement singulières. Ici, dans le repos, la faconde m'est revenue.» Baudelaire vient de composer le plus long poème des Fleurs du Mal, «Le voyage», qui clôturera l'édition de 1861.


    I
    Pour l'enfant, amoureux de cartes et d'estampes,
    L'univers est égal à son vaste appétit.
    Ah! que le monde est grand à la clarté des lampes!
    Aux yeux du souvenir que le monde est petit!

    Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
    Le coeur gros de rancune et de désirs amers,
    Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
    Berçant notre infini sur le fini des mers:

    Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme;
    D'autres, l'horreur de leurs berceaux, et quelques-uns,
    Astrologues noyés dans les yeux d'une femme,
    La Circé tyrannique aux dangereux parfums.

    Pour n'être pas changés en bêtes, ils s'enivrent
    D'espace et de lumière et de cieux embrasés;
    La glace qui les mord, les soleils qui les cuivrent,
    Effacent lentement la marque des baisers.

    Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
    Pour partir; coeurs légers, semblables aux ballons,


    De leur fatalité jamais ils ne s'écartent,
    Et sans savoir pourquoi, disent toujours: Allons!

    Ceux-là, dont les désirs ont la forme des nues,
    Et qui rêvent, ainsi qu'un conscrit le canon,
    De vastes voluptés, changeantes, inconnues,
    Et dont l'esprit humain n'a jamais su le nom!

    II
    Nous imitons, horreur! la toupie et la boule
    Dans leur valse et leurs bonds; même dans nos sommeils
    La Curiosité nous tourmente et nous roule,
    Comme un Ange cruel qui fouette des soleils.

    Singulière fortune où le but se déplace,
    Et, n'étant nulle part, peut être n'importe où!
    Où l'Homme, dont jamais l'espérance n'est lasse,
    Pour trouver le repos court toujours comme un fou!

    Notre âme est un trois-mâts cherchant son Icarie;
    Une voix retentit sur le pont: «Ouvre l'oeil!»
    Une voix de la hune, ardente et folle, crie:
    «Amour... gloire... bonheur!» Enfer! c'est un écueil!

    Chaque îlot signalé par l'homme de vigie
    Est un Eldorado promis par le Destin;
    L'Imagination qui dresse son orgie
    Ne trouve qu'un récif aux clartés du matin.

    O le pauvre amoureux des pays chimériques!
    Faut-il le mettre aux fers, le jeter à la mer,
    Ce matelot ivrogne, inventeur d'Amériques
    Dont le mirage rend le gouffre plus amer?

    Tel le vieux vagabond, piétinant dans la boue,
    Rêve, le nez en l'air, de brillants paradis;

    Son oeil ensorcelé découvre une Capoue
    Partout où la chandelle illumine un taudis.

    III
    Etonnants voyageurs! quelles nobles histoires
    Nous lisons dans vos yeux profonds comme les mers!
    Montrez-nous les écrins de vos riches mémoires,
    Ces bijoux merveilleux, faits d'astres et d'éthers.

    Nous voulons voyager sans vapeur et sans voile!
    Faites, pour égayer l'ennui de nos prisons,
    Passer sur nos esprits, tendus comme une toile,
    Vos souvenirs avec leurs cadres d'horizons.

    Dites, qu'avez-vous vu?

    IV
    «Nous avons vu des astres

    Et des flots; nous avons vu des sables aussi;
    Et, malgré bien des chocs et d'imprévus désastres,
    Nous nous sommes souvent ennuyés, comme ici.

    La gloire du soleil sur la mer violette,
    La gloire des cités dans le soleil couchant,
    Allumaient dans nos coeurs une ardeur inquiète
    De plonger dans un ciel au reflet alléchant.

    Les plus riches cités, les plus beaux paysages,
    Jamais ne contenaient l'attrait mystérieux
    De ceux que le hasard fait avec les nuages.
    Et toujours le désir nous rendait soucieux!

    La jouissance ajoute au désir de la force.
    Désir, vieil arbre à qui le plaisir sert d'engrais,
    Cependant que grossit et durcit ton écorce,
    Tes branches veulent voir le soleil de plus près!

    Grandiras-tu toujours, grand arbre plus vivace
    Que le cyprès? - Pourtant nous avons, avec soin,
    Cueilli quelques croquis pour votre album vorace,
    Frères qui trouvez beau tout ce qui vient de loin!

    Nous avons salué des idoles à trompe;
    Des trônes constellés de joyaux lumineux;
    Des palais ouvragés dont la féerique pompe
    Serait pour vos banquiers un rêve ruineux;

    Des costumes qui sont pour les yeux une ivresse;
    Des femmes dont les dents et les ongles sont teints,
    Et des jongleurs savants que le serpent caresse.»

    V
    Et puis, et puis encore?

    VI
    «O cerveaux enfantins!

    Pour ne pas oublier la chose capitale,
    Nous avons vu partout, et sans l'avoir cherché,
    Du haut jusques en bas de l'échelle fatale,
    Le spectacle ennuyeux de l'immortel péché:

    La femme, esclave vile, orgueilleuse et stupide,
    Sans rire s'adorant et s'aimant sans dégoût;
    L'homme, tyran goulu, paillard, dur et cupide,
    Esclave de l'esclave et ruisseau dans l'égout;

    Le bourreau qui jouit, le martyr qui sanglote;
    La fête qu'assaisonne et parfume le sang;
    Le poison du pouvoir énervant le despote,
    Et le peuple amoureux du fouet abrutissant;

    Plusieurs religions semblables à la nôtre,
    Toutes escaladant le ciel; la Sainteté,
    Comme en un lit de plume un délicat se vautre,
    Dans les clous et le crin cherchant la volupté;

    L'Humanité bavarde, ivre de son génie,
    Et, folle maintenant comme elle était jadis,
    Criant à Dieu, dans sa furibonde agonie:
    «O mon semblable, ô mon maître, je le maudis!»

    Et les moins sots, hardis amants de la Démence,
    Fuyant le grand troupeau parqué par le Destin,
    Et se réfugiant dans l'opium immense!
    Tel est du globe entier l'éternel bulletin.»

    VII
    Amer savoir, celui qu'on tire du voyage!
    Le monde, monotone et petit, aujourd'hui,
    Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image:
    Une oasis d'horreur dans un désert d'ennui!

    Faut-il partir? rester?
    Si tu peux rester, reste;
    Pars, s'il le faut. L'un court, et l'autre se tapit
    Pour tromper l'ennemi vigilant et funeste,
    Le Temps! Il est, hélas! des coureurs sans répit,

    Comme le Juif errant et comme les apôtres,
    A qui rien ne suffit, ni wagon ni vaisseau,
    Pour fuir ce rétiaire infâme: il en est d'autres
    Qui savent le tuer sans quitter leur berceau.

    Lorsque enfin il mettra le pied sur notre échine,
    Nous pourrons espérer et crier: En avant!
    De même qu'autrefois nous partions pour la Chine,
    Les yeux fixés au large et les cheveux au vent,

    Nous nous embarquerons sur la mer des Ténèbres
    Avec le coeur joyeux d'un jeune passager.
    Entendez-vous ces voix, charmantes et funèbres,
    Qui chantent: «Par ici! vous qui voulez manger

    Le Lotus parfumé! c'est ici qu'on vendange
    Les fruits miraculeux dont votre coeur a faim;
    Venez vous enivrer de la douceur étrange
    De cette après-midi qui n'a jamais de fin!»

    A l'accent familier nous devinons le spectre;
    Nos Pylades là-bas tendent leurs bras vers nous.
    «Pour rafraîchir ton coeur nage vers ton Electre!»
    Dit celle dont jadis nous baisions les genoux.

    VIII
    O Mort, vieux capitaine, il est temps! levons l'ancre!
    Ce pays nous ennuie, ô Mort! Appareillons!
    Si le ciel et la mer sont noirs comme de l'encre,
    Nos coeurs que tu connais sont remplis de rayons!

    Verse-nous ton poison pour qu'il nous réconforte!
    Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,
    Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe?
    Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau!

     


    Le Nouvel Observateur

    Source:http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/supplement/p2228_2/articles/a350715-le_voyage.html

    Parmi l'abondante littérature consultée pour établir ce texte, voici les livres disponibles facilement que nous conseillons vivement: «Balade en Calvados, sur les pas des écrivains» aux éditions Alexandrines (21,60 euros); «Voyage en Normandie», une anthologie des récits de tous les écrivains ayant fait le voyage dans cette région au XIXe siècle (deux tomes, 17 euros chacun, éditions Pimientos); et l'excellent «Au vrai chic balnéaire» de Ginette Poulet (éditions Charles Corlet, 19,50 euros). L'auteur, responsable au château-musée de Dieppe, est une spécialiste de l'invention des bains de mer et de l'histoire des plages normandes, qu'elle raconte avec autant d'esprit que d'érudition. Un bonheur!

     


    Le Nouvel Observateur

    Source:http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/supplement/p2228_2/articles/a350739-ne_bronzons_plus_idiot.html



     

  • De Cabourg à Honfleur. Les écrivains les pieds dans l'eau

    La Côte fleurie et les bains de mer ont quelque chose à voir avec la littérature. Les plus grands écrivains y ont pris du bon temps et trouvé l'inspiration. Des natifs - Flaubert, Alphonse Allais - aux hôtes de marque - Dumas, Proust, Zola, Duras -, voici pourquoi et comment ils ont aimé ces cieux et ce rivage.

     

    Vous êtes en vacances sur les plages de la Côte fleurie, vous voulez épater vos amis avec le souvenir du passage de people vraiment haut de gamme? Nous avons une recette très simple. Vous les emmenez sur la plage de Trouville; vous poussez une marche sur un petit kilomètre en direction de Villerville et vous désignez le premier espace herbeux que vous apercevez, sur la falaise, en disant: «Arrêtons-nous un instant, c'est ici que venait Flaubert.»«Flaubert?» s'esbaudissent vos amis (qui sont bon public), « et comment le sais-tu?» Et vous, d'une voix sobre et élégante: «L'après-midi, on s'en allait avec l'âne, au-delà des Roches Noires, du côté d'Hennequeville (...). Presque toujours on se reposait dans un pré, ayant Deauville à gauche, Le Havre à droite et en face la pleine mer. Elle était brillante de soleil, lisse comme un miroir, tellement douée qu'on entendait à peine son murmure, des moineaux cachés pépiaient, et la mute immense du ciel recouvrait tout cela.»Le texte est tiré d'«Un coeur simple», le plus émouvant des «Trois contes», la belle histoire de Félicité, la pauvre servante de Pont-L'Evêque. Il fut écrit il y a près d'un siècle et demi, et vos amis le constateront avec vous: sinon les ânes, qui se font rares, rien n'a changé ici. Vous avez compris l'idée. Tous les ans à pareille époque, les magazines se ruent sur les bords de mer pour y traquer les starlettes du moment. Nous avons décidé, à l'«Observateur», de relever d'un cran cette habitude paresseuse. Les célébrités dont nous allons vous parler n'ont gagné aucun télécrochet sur M6, elles n'ont pas épousé de footballeurs et ne peuplent que rarement les pages de «Voici» ou de «Gala». Celles du Lagarde et Michard leur suffisent: ce sont nos grands écrivains. Y songe-t-on assez? On les imagine toujours trempant leur plume d'oie dans le sombre encrier de leur génie. On oublie trop qu'eux aussi, comme vous et moi (les jours de courage), ont trempé leurs pieds émus dans les eaux vivifiantes de la Manche.

     

    Soyons fair-play. Nous parlons ici d'écrivains en villégiature au pays d'Auge. Nombre d'entre eux n'ont pas eu à y venir, puisqu'ils y sont nés ou qu'ils y avaient de solides attaches familiales. Il serait indélicat de ne pas les mentionner au passage. Pont-l'Evêque a donné au monde Robert de Fiers dont le nom ne vous dit peut-être rien, et c'est bien dommage: avec son compère Gaston de Caillavet, ce boulevardier a donné vers le début du XXe siècle quelques comédies à hurler de rire. Gide, avant d'acheter son cher Cuverville, sa propriété sise non loin de Fécamp, venait au domaine de famille de La Roque-Baignard, petit village près de Cambremer, dont il fut même le maire, peu avant 1900. Et comment oublier Honfleur, qui mériterait le label d'«Athènes de l'estuaire» tant les gloires des arts et des lettres y pullulent? Boudin le peintre, Satie le musicien, bien sûr, mais tant d'autres. Dans quelques pages, Patrice Delbourg nous dit tout d'un fils de pharmacien nommé Allais. N'oublions pas le délicat Henri de Régnier (1864-1936), poète symboliste, ou Lucie Delarue-Mardrus (1874-1945) dont on ne lit plus guère les poèmes et les romans, mais dont on honorera au moins un vers, qui n'est pas si mal: «L'odeur de mon pays était dans une pomme...» Et que dire des Honfleurais d'adoption - même brève? Baudelaire passe plusieurs mois, en 1859, à la «maison joujou», la propriété achetée par le général Aupick, beau-père détesté, heureusement mort depuis deux ans. Il cherche à s'éloigner des démons qui le tourmentent, l'alcool, les mauvais plaisirs, pour se concentrer sur ce qui deviendra l'édition définitive des «Fleurs du mal».

     

    Stendhal, lui, y passe à peine, dans les années 1830, et sans le vouloir vraiment. Il espérait attraper le bateau du Havre, qui vient d'appareiller. Il trouve la petite ville très laide - il faut dire que le port, si brillant un ou deux siècles avant, n'en finit plus de décliner -, mais, charmé par sa longue promenade dans les environs, il lance un pari sur l'avenir: avec les progrès des chemins de fer, Paris n'est plus qu'à dix heures! Bientôt les riches se presseront ici. Son intuition n'est vraie qu'à moitié. Contrairement à ce qu'il pressentait, le beau monde ne fera pas construire dans les coteaux ombreux qui bordent l'estuaire mais sur la côte. Il viendra y chercher un agrément incroyable, une nouveauté décoiffante, un plaisir auquel nul n'avait encore pensé: la mer.

    LA FOLIE DES BAINS DE MER
    Le point nous paraît incroyable. C'est ainsi: jusqu'au XXe siècle, l'Océan, c'est le danger, les vents mauvais, les pirates, la menace d'invasion: n'oublions pas que l'Anglais est en face. Il existe des ports, bien sûr, mais on y construit le plus souvent dos au rivage. Et sur ces vastes étendues sableuses battues par les vagues que l'on nomme toujours «la grève», aucun Parisien ne s'aventure jamais, sinon quelques intrépides, comme Charles Mozin, un joli petit peintre de 19 ans. Nous sommes en 1825, il est lui aussi en voyage à Honneur, il cherche des points de vue originaux, il aime marcher. Il longe la côte, passe Villerville et ses pêcheuses de moules et, ébloui, pose un beau jour son chevalet devant quelques pauvres masures groupées à l'embouchure de la Touques. Le lieu lui semble d'un pittoresque accompli.

    Trouville est, écrit Alexandre Dumas, «à peu près aussi ignoré que l'île de Robinson Crusoé».

    Vous l'avez compris, nous voilà à Trouville. Son goût est sûr, le lieu va plaire. D'abord, il convoque ses amis rapins, Corot, Huet. Rapidement la réputation s'étend. Un beau jour de l'été 1832 débarque un autre Parisien d'envergure, Alexandre Dumas. «Débarque» est à prendre au sens littéral. Depuis Honneur, les chemins sont si boueux qu'en carriole, il faut cinq heures. Sa compagne et lui ont donc opté pour le seul autre moyen possible, un canot conduit par «quatre vigoureux rameurs» qui ont donné loisir aux passagers d'être ébloui par le paysage: à droite «océan infini», à gauche des falaises «gigantesques». Ce sont celles de Villerville; ceux qui les connaissent goûteront le sens de l'exagération du père des «Trois Mousquetaires». L'endroit, écrira-t-il, est «à peu près aussi ignoré que l'île de Robinson Crnsoé», et les indigènes qui y demeurent parlent un patois si étrange qu'il faut communiquer par signes. Le séjour est néanmoins enchanteur. Chez la Mère Ozeraie, on sert à chaque repas les délices du cru, crevettes, côtelettes de pré-salé, sole, et l'homme profite du séjour pour faire une folie: aller se baigner. Voilà bien l'invention nouvelle qui va révolutionner ce que l'on n'appelle pas encore les vacances. Le bain de mer! Celui de Dumas est un mauvais exemple. Il y est allé à l'antique, nu comme une statue de Praxitèle. Les temps sont puritains, ce plaisir qui nous semble si naturel n'entre dans les moeurs que par des voies plus détournées. Ce sont les médecins anglais qui, à la fin du XVIIIe siècle, ont réussi à convaincre la haute société que cette pratique était souveraine pour soigner les «maladies des glandes», terme commode, il recouvrait n'importe quoi. De retour d'émigration, les aristocrates français vont rapporter cette curieuse coutume sur cette rive de la Manche. La mode en sera définitivement lancée à Dieppe en 1824, quand la duchesse de Berry elle-même, belle-fille de Charles X, mère de l'héritier du trône, coiffée d'une toque, vêtue d'une robe, chaussée de bottines, accompagnée de son médecin, soutenue par deux «maîtres baigneurs» et lorgnée par la foule massée sur le rivage, fait quelques mouvements dans l'eau, «à la lame», c'est-à-dire à marée montante, la seule qui, dit-on, soit vraiment curative. Une nouvelle folie est née. Elle n'est pas simple à pratiquer, on l'a compris, mais c'est à elle que la côte normande devra sa fortune, et la littérature quelques-uns de ses grands chocs.

    N'est-ce pas pour une baigneuse que le petit Flaubert, âgé de 15 ans, en 1836, en vacances avec ses parents dans un Trouville presque sauvage encore (on n'y trouve que deux auberges), ressentira son premier grand frisson? Elle se nomme Elsa Schlesinger, elle est mariée mais distraite: de retour du bain, elle oublie sa cape sur la rive. Le jeune Gustave la rend au mari et ne se remettra jamais de son amour fou pour la femme. Trouville si, qui d'année en année se métamorphose. On construit des bains, un casino, des hôtels, les planches. L'île de Robinson devient la station en vogue. Toute la capitale s'y presse bientôt. On y chantera: «Sur la plage, allons prendre l'air / Contemplons l'océan tranquille / Ah! si Paris avait la mer / Ce serait, un petit Trouville.» Evidemment, les anciens dépriment: «Comme je vous remercie de détester le Tronville moderne. Pauvre Tronville!» Bien des gens pensent cela aujourd'hui. Ils en ont bien le droit, on leur rappellera simplement que c'est ce qu'écrivait Flaubert en 1875. Mais les autres adorent. Michelet trouve que l'air est plus doux et meilleur pour la poitrine qu'à Dieppe ou au Havre. Les Goncourt, en 1867, y trouvent matière à leur mauvaise humeur: les enfants sont trop bruyants, les cloches de l'église font trop de bruit («elles sont pires qu'à Rome»), ils doivent faire table d'hôte avec des «femmes à barbe» et il faut changer le matelas, parce que l'un des frères s'est transformé «en saint Sébastien des puces». Mais quoi de meilleur, pour ces mauvais coucheurs de légende, que de pouvoir râler? Du coup, ils reviennent l'année suivante. Un peu plus tard, dans les années 1890, Proust y vient, une fois au Frémont - cette vieille maison hélas! presque en ruine aujourd'hui, sur les hauteurs de la ville -, ensuite aux Roches noires. Mais, finalement, il met le cap au sud, comme le fait pour nous Fabrice Pliskin, parti sur ses traces à Cabourg.

    L'INVENTION DU BRONZAGE
    Il est vrai que, sur la côte, le vieux peut paradis de Mozin et Dumas a des rivales. Zola, en 1875, a cherché des bains de mer pour tenter de redonner un peu de santé à sa pauvre épouse. Il va à Saint-Aubin et est médusé, si l'on ose écrire, par la mer: «C'est tout autre chose que la Méditerranée, c'est à la fois très laid et très grand.» En revanche, sa femme va vite mieux, et la pêche aux crevettes les enchante, surtout les crevettes rouges, incroyables, que l'on prend aux grandes marées. Et Deauville n'en finit pas de monter. Morny, le demi-frère de Napoléon III, l'a lancée. Son grand galop de chic, de courses, de roulette, de vrais princes et de fausses gloires, de Bottin mondain et de demi-mondaines n'en finit plus.

    Lancé par le duc de Morny, demi-frère de Napoléon III, Deauville n'en finit pas de monter.

    Dans les années 1910, une styliste encore peu connue, Gabrielle Chanel, a installé une boutique à côté du casino. Bientôt elle lancera une coutume qui paraît aussi incongrue que la baignade cent ans plus tôt: le bronzage. La saison compte tellement, maintenant, à l'ombre du Normandy, que «Comoedia», le journal culturel du moment, envoie pour la couvrir quelques talents prometteurs de la littérature. Par un bel été, accompagné du peintre André Rouveyre, chargé des croquis d'illustration, voici un pigiste nommé Apollinaire. Il est ravi. Leur hôtel pullule de jolies filles. Il va déjeuner à Villerville chez Alfred Savoir, un auteur dramatique «judéo polono français» qu'il trouve «sot pour un Juif, superficiel comme beaucoup de Polonais, mais gentil», mais il sent qu'il ne déplaît pas à sa «petite femme», polonaise également, tout comme il l'est lui-même, ne l'oublions pas. Ensuite, un verre chez Tristan Bernard, «laid et exquis». Tout est au mieux cette année-là, sinon le millésime: nous sommes en 1914. Le devoir les appelle, il faut rentrer fissa à Paris pour voir ce qui s'y passe. D'autres, ce même mois d'août, préfèrent le chemin inverse. Prudent, Guitry arrive au Normandy mais - juré, craché - c'est uniquement pour des raisons médicales: son médecin lui a conseillé le calme. L'hôtel bruit d'une faune pittoresque: une femme porte un jour de la zibeline, un autre du chinchilla, mais elle a tous les jours «une gueule de putois». Et le richissime comte Greffulhe arrive avec trois Rolls Royce, une pour lui, une pour ses malles et son valet de chambre, et une pour son «entremettier et son cuisinier» - cet homme n'aime pas voyager sans son confort. Le reste de la guerre sera moins drôle, tous les hôtels sont transformés en hôpitaux. Mais les années 1920 y seront aussi folles qu'ailleurs. Le peintre Foujita peint des robes à même la peau des femmes, et se fait tatouer une montre-bracelet sur le poignet, qui, à n'en pas douter, est juste deux fois par jour. Mistinguett débarque en auto de Villerville où elle a sa villa. La sublime Suzy Solidor traîne son chic altier sur les planches. Il faut attendre 1958, toutefois, pour croiser un nouvel événement littéraire essentiel et très simplement codé: par un fameux peut matin du 8 août, à huit heures, avec les 80 000 francs gagnés dans la nuit grâce au même chiffre magique évidemment, Sagan achète son fameux «manoir du Breuil», sa belle maison d'Equemauville. Il avait abrité d'autres plumes avant elle, c'est là que Guitry épousa une de ses femmes, mais la magie du huit ne devait pas fonctionner encore, comme chacun sait, il ne se maria que cinq fois. En 1963, encore un placement immobilier appelé à la postérité: Marguerite Duras achète son appartement dans un hôtel vendu en petit morceau, les Roches noires, et bientôt Didier Jacob nous en dira tout (p. X).

    Et pour nous, cette promenade écrite sur la Côte des lettres s'achève. Est-ce à dire que les écrivains d'aujourd'hui n'y viennent plus? Allons! De Jérôme Garcin à Patrick Rambaud, de François Bott à Christine Orban, pour ne citer qu'eux, il faudrait plutôt dire qu'ils y viennent tous. Mais pourquoi, lecteurs, devrions-nous faire le travail à votre place? Vous voilà ici, comme eux, pour l'été. Vous aussi, vous les croiserez un jour ou l'autre devant la lieutenance de Honneur, sur le marché de Trouville, les planches de Deauville, les chemins du pays d'Auge ou dans les salons de thé de Cabourg. Demandez-leur de vous raconter leur Normandie. Ils le feront de bon coeur. Même les écrivains, parfois, prennent des congés, et quoi de plus agréable, quand on est en vacances, que de bavarder entre vacanciers?

     

     

    François Reynaert
    Le Nouvel Observateur

    Source:http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/supplement/p2228_2/articles/a350711.html

  • Baudelaire et les femmes 4. Le corps-paysage de Jeanne Duval

     5df903515018f2ff38d402232a161fd6.jpgDans mon mémoire de maîtrise,  

    « Le paysage dans les œuvres poétiques de Baudelaire et Nerval »  

    (en vente sur TBE:http://www.thebookedition.com/laura-vanel-coytte-des-paysages-de-baudelaire-et-nerval-p-8154.html)  

    Dans la 1 ère partie consacrée à la poétique du paysage,  

            La symbolisation du paysage  

                  La sexualisation du paysage dans « Les Fleurs du Mal »       

                             Le corps tout entier.

     

    Pour métamorphoser le corps féminin en paysage, Baudelaire utilise d'abord la synesthésie(sur ce mot, cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Synesth%C3%A9sie).  

    Ainsi, dans Parfum exotique, la correspondance s'établit entre l'odorat et la vision pour composer à partir du corps de Jeanne Duval un paysage marin paradisiaque :          

        Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,
        Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,
        Je vois se dérouler des rivages heureux
        Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone ; (v.1-4)

     

      Dans Le Balcon, après une  invocation à la femme aimée, les analogies s'enchaînent les unes aux autres et suggèrent un paysage enveloppé de tièdes désirs  :  


       Que les soleils sont beaux dans les chaudes soirées !
        Que l'espace est profond ! Que le cœur est puissant !
        En me penchant vers toi, reine des adorées,
        Je croyais respirer le parfum de ton sang.
        Que les soleils sont beaux dans les chaudes soirées ! (v.11-15)

     

        Ce poème respire l'harmonie, non seulement dans le paysage, mais aussi entre l'homme et la femme. Cependant, on sait que les amours du poète ont rarement été heureux. En idéalisant la femme, il prend une revanche imaginaire sur elle.   Dans Le Beau Navire,  « Baudelaire épèle le monde grâce au corps de Jeanne (Duval ; citation de Michel Deguy, « Le corps de Jeanne » in « Poétique numéro 3,1970, p.335) » :

     

        Quand tu vas balayant l'air de ta jupe large,
        Tu fais l'effet d'un beau vaisseau qui prend le large,
        Chargé de toile, et va roulant
        Suivant un rythme doux, et paresseux, et lent.

     

     
       Ta gorge triomphante est une belle armoire

     

        Tes nobles jambes sous les volants qu'elles chassent
        Tourmentent les désirs obscurs et les agacent,

     

        Sur ton cou large et rond, sur tes épaules grasses,
        Ta tête se pavane avec d'étranges grâces ;
        D'un air placide et triomphant
        Tu passes ton chemin, majestueuse enfant.
    (v.5-8, 18,29-30 et 37-40)    

     

    Source de l’image : http://baudelaire.litteratura.com/?rub=vie&srub=per&id=5  (et une bio de Jeanne Duval)

  • Catégories : Baudelaire Charles, La littérature, Le XIX e siècle, Nerval Gérard de

    Sainte-Beuve (Pour Elisabeth)

    58794afd730486b526f043b4d794191d.jpg

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    A la suite de ses notes :

     
    http://boulevarddesresistants.hautetfort.com/archive/2007/07/04/charles-sainte-beuve-1804-1869-premier-amour.html

     

     

    http://depoesiesenpoesies.hautetfort.com/archive/2007/06/01/la-rime.html#comments

    http://boulevarddesresistants.hautetfort.com/archive/2007/07/04/sainte-beuve-la-rime.html

     

    http://depoesiesenpoesies.hautetfort.com/archive/2007/06/02/premier-amour.html#comments
     

    Le poème « Premier amour » est tiré des « Vie, poésies et pensées de Joseph Delorme »(1829).

    La citation sur la rime est aussi tiré de ce livre. Il publiera d’autres recueils mais sans succès.

    Je parle de Sainte-Beuve dans mon mémoire de maîtrise (« Le paysage dans les œuvres poétiques de Baudelaire et Nerval » en vente chez Lulu :

    http://stores.lulu.com/store.php?fAcctID=617288) à propos de « Baudelaire et l’illuminisme » (2 e partie,  Le paysage entre visible et invisible ; 1.Les correspondances ; 1.1. Les références occultistes ; 1.1.2.L’illuminisme, 1.1.2.2.).

     

    En ce qui concerne, l’illuminisme, Baudelaire a été influencé (entre autres) par ses admirations littéraires, Sainte –Beuve (et Balzac) dont les œuvres sont imprégnées de martinisme(mon mémoire, 1.1.2.3.4. Saint-Martin). Sainte-Beuve connaît l’illuminisme et le martinisme par Lamennais(mon mémoire toujours à propos de Saint-Martin)  qui le reçut dans sa propriété de la Chesnaie, près de Dinan.

     

    C’est dans « Volupté », son unique roman(1834) que l’on sent l’influence de Lamennais. C’est « l’histoire d’une âme, de ses inquiétudes et de ses doutes, un adieu à la jeunesse et au romantisme. Le héros du roman, Amaury, se fait prêtre : Sainte-Beuve, lui aussi, choisit une voie austère où il pourra donner sa mesure : la critique littéraire. (Lagarde et Michard, 19 e siècle) »  

    Sainte-Beuve a notamment critiqué l’art de Baudelaire (qui l’admirait tant)  dans  un article du   Constitutionnel du 22 janvier 1862.

     M. Baudelaire a trouvé moyen de se bâtir, à l'extrémité d'une langue de terre réputée inhabitable et par delà les confins du romantisme connu un kiosque bizarre, fort orné, fort tourmenté, mais coquet et mystérieux, où on lit de l'Edgar Poe, où l'on récite des sonnets exquis, où l'on s'enivre avec le haschich pour en raisonner après, où l'on prend de l'opium et mille drogues abominables dans des tasses d'une porcelaine achevée. Ce singulier kiosque, fait en marqueterie, d'une originalité concertée et composite, qui, depuis quelque temps, attire les regards depuis l'extrême pointe du Kamtchatka littéraire romantique, j'appelle cela la folie Baudelaire.   Sur Sainte-Beuve : http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Augustin_Sainte-Beuve

     

      Sur Sainte-Beuve et Baudelaire, lire l’extrait du « Contre Sainte-Beuve » de Proust :http://agora.qc.ca/reftext.nsf/Documents/Charles-Pierre_Baudelaire--Sainte-Beuve_et_Baudelaire_par_Marcel_Proust

     

      Sur le « Contre Sainte-Beuve » de Proust : http://fr.wikipedia.org/wiki/Contre_Sainte-Beuve   Sur l’illuminisme et le martinisme : cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Illuminisme

     

      Sur Lamennais, cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%A9licit%C3%A9_Robert_de_Lamennais

     

        Si Baudelaire a admiré Sainte-Beuve, a été influencé par lui, ce dernier lui a bien mal rendu, on l’a vu. Proust dans son « Contre Sainte-Beuve », constate que le critique littéraire a encensé des artistes maintenant tombés dans l’oubli alors qu’il a méprisé Baudelaire et…. Nerval.     Sur Nerval dans le « Contre Sainte-Beuve » de Proust : http://agora.qc.ca/reftext.nsf/Documents/Gerard_de_Nerval--Gerard_de_Nerval_par_Marcel_Proust

     

      Source de l’image : http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Augustin_Sainte-Beuve      
  • "Les bohémiens" d'Albert GLATIGNY (1839-1873) dans "Les vignes folles"

     Gustave de Coutouly.

    Vous dont les rêves sont les miens,
    Vers quelle terre plus clémente,
    Par la pluie et par la tourmente,
    Marchez-vous, doux Bohémiens ?

    Hélas ! dans vos froides prunelles
    Où donc le rayon de soleil ?
    Qui vous chantera le réveil
    Des espérances éternelles ?

    Lire la suite