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Catégories : Voyage

Venise va plancher sur un projet d'île artificielle pour éloigner les paquebots

Croisières et Voyages

10/10/2014

Actualité

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Accueillir les paquebots sur une île artificielle au large de Venise tout en permettant aux passagers de conserver l’entrée par le canal de la Giudecca et la magie de la vue qu’elle offre, c’est le projet ambitieux qui va être étudié à Venise.

 

Un navire de Seabourn dans le canal de la Giudecca (© SEABOURN)

Le MSC Musica dans le canal de la Giudecca à Venise (© KEVIN IZORCE)

 

Entre la croisière et Venise, c’est depuis quelques années « Je t’aime...moi non plus ». Depuis que la Sérénissime s’est décidée à écarter les paquebots géants de son coeur tout en voulant conserver la manne financière qu’ils représentent, les navires sont loin d’être les seuls à faire des remous. Chaque projet qui est présenté trouve ses partisans et ses détracteurs.

La semaine dernière, une manifestation réunissant plus de 150 embarcations de toutes sortes (remorqueurs, bateaux-taxis, plaisanciers et autres gondoles...) faisait entendre les Vénitiens qui soutiennent la croisière et son développement dans la Cité des Doges. Commerçants et habitants voulaient attirer l’attention médiatique une énième fois pour signaler l’urgence de mettre en œuvre une voie alternative d’accès au port pour les paquebots. Ils veulent absolument conserver les retombées économiques que l’activité génère puisque plusieurs compagnies proposent ce port comme tête de ligne pour les croisières sur la Méditerranée orientale et l’Adriatique. Avec des embarquements et débarquements de passagers, hôtels, restaurants et commerces profitent des touristes qui restent une ou plusieurs nuits avant ou après leur croisière.

http://www.meretmarine.com/fr/content/venise-va-plancher-sur-un-projet-dile-artificielle-pour-eloigner-les-paquebots

Cette manifestation répondait à une autre organisée le 21 septembre par les opposants qui, eux, ne veulent plus voir ces géants d’acier traverser la ville et surplomber ses clochers. Ils dénoncent les remous provoqués par le passage des paquebots qui, selon eux, fragilisent les fondations de la cité et accélèrent leur érosion. De même, ils brandissent le risque de voir un jour un accident se produire contre l’une des berges. Associations de protection de l’environnement et du patrimoine s’associent donc depuis des années pour dénoncer le développement actuel de la croisière dans leur ville.

Au final, partisans et opposants se rejoignent au moins sur un point : les conditions d’accès des grands paquebots au terminal de croisière doivent être envisagées autrement.

 

Le Costa Serena quitte Venise par le canal de la Giudecca (© KEVIN IZORCE)

Le Legend of the Seas quitte Venise par le canal de la Giudecca (© KEVIN IZORCE)

Le Legend of the Seas quitte Venise par le canal de la Giudecca (© KEVIN IZORCE)

 

Dans l’émotion qui a suivi le naufrage du Costa Concordia, dès le mois de mars 2012 le décret Clini-Passera (deux anciens ministres du gouvernement Monti) est voté afin de réduire le transit des paquebots dans Venise. A l’époque, le gouvernement souhaite les écarter du canal au plus vite. 

Depuis, plusieurs projets ont été envisagés. Au total, sept ont été pris plus ou moins au sérieux (nouveaux quais à l’extérieur, port flottant, élargissement d’un canal existant...) mais un en particulier retient l’attention : le creusement d’un canal afin de créer une route alternative pour les grands navires qui rejoindraient le port actuel. Cependant, ce qui paraît simple sur le papier est autrement plus complexe dans les faits. Cinq kilomètres de canal d’une largeur de 100 à 250 mètres, une profondeur de 10 mètres, des parois à couler sur une partie du canal pour bloquer les sédiments... On parle d’un coût initial de 150 millions d’euros, mais la facture pourrait être bien plus salée. 

Entretemps, le décret de 2012 qui était annoncé comme applicable en deux temps, en janvier 2014 et novembre de la même année, n’a finalement pas été appliqué. Le statu quo a été acté au printemps par le Tribunal Administratif de Venise en l’absence de solution alternative immédiate. Les décisions tardent à arriver, sans cesse reportées, et les pressions s’exercent de toutes parts pour des enjeux financiers et politiques importants. Surtout que les associations environnementales, qui s’opposent au transit actuel, ne voient pas pour autant d’un bon œil ce projet alternatif de creusement d’un nouveau canal. Le déplacement de millions de mètres cubes de sédiments même non pollués (on avance le chiffre de 6,4M) détruirait selon eux la lagune et son écosystème.

Dans ce contexte effroyablement compliqué, le quotidien italien La Stampa divulgue aujourd’hui un projet alternatif baptisé « Venis Cruise 2.0 ». Présenté la semaine dernière à Venise, il est porté par une figure politique locale, Cesare De Piccoli (ex-adjoint au maire et député, ancien secrétaire d’Etat à l’Industrie et ex-secrétaire d’Etat au Transports), qui s’est adjoint les compétences de l’homme d’affaires Antonio Gozzi, patron du groupe sidérurgique Duferco. 

Ensemble, ils proposent aujourd’hui la création d’un nouveau terminal croisière, composé de quais flottants et d’une île artificielle. Cette île serait installée à quelques encablures du grand projet Moïse (permettant d’éviter l’inondation de Venise lors du phénomène de l’Acqua Alta) et à quelques dizaines de mètres de Cavallino-Treporti, à l’entrée de la lagune. Un quai de 940 mètres de long et de 34 mètres de large accueillerait jusqu’à cinq grands paquebots ainsi qu’une flottille de catamarans de 800 places. Selon le principe des parkings relais qui équipent désormais les grandes métropoles, les passagers débarqueraient sur ce quai extérieur à la vieille ville et embarqueraient sur les catamarans qui, grâce à leur faible tirant d’eau, seraient autorisés à rejoindre le terminal croisière actuel par le Canal de la Giudecca. La durée du transfert serait d'une petite heure. Ainsi, les croisiéristes conserveraient la magie de l’arrivée, offrant la plus belle vue sur Venise, tout en respectant la législation. Embarquements et débarquements des paquebots en tête de lignes se feraient de la même manière. Point positif, selon Antonio Gozzi, le projet aurait déjà reçu l’aval de la fondation nationale environnementale italienne FAI et d’associations écologistes. Ce projet avait déjà été proposé il y a quelques années par le président du Port, Paolo Costa, qui envisageait d’y installer un terminal conteneurs. De nombreuses questions se posent déjà et le projet va être étudié par le gouvernement. La société Duferco espère une réponse avant Noël.

D’un coût estimé à 128 millions d’euros, il faudrait, d’après les porteurs du projet, deux ans pour faire sortir de mer cette alternative. En attendant, la dernière décision en date reste le statu quo.

Venise aura-t-elle la décision qu’elle attend impatiemment avant la fin de l’année ? Si on regarde légèrement en arrière, rien n’est moins sûr. Alors que l’interdiction des paquebots de plus de 96.000 GT de jauge devait initialement être en place pour le 1er novembre, elle a désormais une autre proposition sur laquelle plancher. 

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