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Michel Rolland : " Le millésime 2013 est celui de l'assembleur "

 

Publié le 03/04/2014 par
"Je n'ai jamais vu une détermination aussi forte pour faire de la qualité", confie Michel Rolland.
Photo : www.rollandcollection.com



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L'oenologue compte parmi les consultants les plus célèbres et influents. En pleine semaine des primeurs à Bordeaux, il donne ses impressions sur le vin issu des dernières vendanges, passablement compliqué.

Si Michel Rolland est à l'origine de belles réussites vinicoles aux quatre coins du monde, son premier terrain d'action reste le Bordelais, où les propriétaires font appel à lui depuis une quarantaine d'années. Il évoque l'évolution des techniques et des moyens dans le vignoble. Rencontre.

Le Figaro : Beaucoup de personnes ont donné leur avis sur le millésime 2013. Qu'en pensez-vous ?

Michel Rolland : C'est un millésime très délicat où le travail au vignoble, comme dans les chais, a été déterminant. Je pense que ce que nous réalisons aujourd'hui, avec les gens qui nous donnent leur confiance sur les assemblages, nous ne l'avons jamais fait auparavant. Je n'ai jamais vu une détermination aussi forte pour faire de la qualité. Pourtant, ce ne sont pas forcément des personnes qui ont des moyens extraordinaires. Cette année, tout le monde me dit : " Je veux que nous fassions le mieux possible. " Cela signifie souvent des sélections drastiques, donc des rendements plus faibles. Tout cela n'existait pas il y a trente ans, mais c'est bien réel aujourd'hui. Ce qui a été oublié dans les commentaires un peu rapides et prématurés sur le millésime 2013, c'est que nous avons changé de mentalité et que nous disposons d'autres moyens. Même en 1992, alors que le millésime était difficile, nous étions loin de faire ce que nous savons faire aujourd'hui. Entendons-nous bien, nous ne sommes pas sur un millésime du siècle. Mais nous allons tout de même trouver de très bons vins et nous pourrons être satisfaits, compte tenu des difficultés rencontrées. 2013 est certainement le millésime le plus compliqué des vingt dernières années.

Pour l'assemblage, il existe des vins qui possèdent 60 % de cabernet franc, du jamais-vu. Qu'en est-il des différents cépages du millésime 2013 ?

La qualité est très variable selon les propriétés. J'ai la chance de les voir aussi bien rive gauche que rive droite, et ailleurs. Partout, nous sommes capables de trouver de très bons lots de merlot, de cabernet-franc ou de cabernet sauvignon. Mais il faut bien se garder des généralités. Pour l'assemblage, ce n'est pas une année simple, mais c'est une année pour moi. J'adore cela et, depuis quarante ans, je fais ce métier. J'aime avoir en face de moi des personnes qui me demandent de trouver la meilleure formule. Le millésime 2013 est celui de l'assembleur. Les propriétaires étant décidés à choisir la meilleure formule, l'assembleur qui est en face d'eux n'a plus qu'à la trouver. Je ne dis pas que nous y parvenons à chaque fois, ce serait présomptueux de s'avancer ainsi, mais nous essayons.

Certains secteurs s'en sortent-ils mieux que d'autres ?

Effectivement, certains secteurs ont été plus touchés. Nos problématiques étaient simples. Un printemps relativement mauvais, donc une floraison assez moyenne et étalée, ce qui présage d'une maturité loin d'être homogène. Nous avons bénéficié grâce à Dieu d'un mois de juillet et d'un mois d'août exceptionnels. Nous nous retrouvons avec des maturités un peu bizarres. Et en plus de cela, nous avons eu une période un peu humide au mauvais moment. Ce qui a été assez curieux, c'est que le botrytis (la pourriture) ne s'est pas développé partout de la même manière. Certains secteurs ont été très affectés, très vite, d'autres propriétés ont été protégées. Je ne pense pas que cela ait à voir avec la grande qualité des terroirs ou des traitements. Il y a eu des microzones un peu privilégiées. C'est une année assez injuste, qui ne s'est pas déroulée de la même façon partout. Nous trouverons des vins de qualité. Mais plus nous allons descendre dans la hiérarchie, plus nous risquons d'avoir des difficultés à réaliser une sélection. Pour les crus qui travaillent bien, voire très bien, il y aura des vins d'excellente qualité.

Est-ce que le travail de l'oenologue a changé ces dernières années?

En 1984, j'étais déjà oenologue. Nous manquions de moyens techniques. Nous ne savions pas que la sélection des raisins ou la sélection des parcelles existait, que le ramassage par secteur dans une parcelle pouvait être effectué. Il y a trente ans, tout cela dépassait l'entendement. Quand j'étais en face des propriétaires, à l'époque, et qu'ils me disaient " vous enlevez la plus mauvaise cuve ", je faisais ce qu'on me demandait. Un oenologue est là pour faire ce qu'on lui demande, à la limite donner quelques conseils. Un oenologue, c'est un coach. Aujourd'hui, avec les connaissances acquises, nous sommes désormais plus performants, et les propriétaires sont devenus beaucoup plus décideurs. Là où notre rôle reste encore déterminant c'est dans ce fameux assemblage, parce que, quand on nous donne l'occasion de faire le meilleur vin possible, d'abord c'est un bonheur et puis cela donne les résultats que nous connaissons. D'ailleurs, ces dix dernières années, nous n'avons jamais bu aussi bon. La performance au niveau de la production n'a jamais été à ce niveau



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