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  • Paris romantique - La capitale des enfants du siècle (Gibert Paris)

    Ils s'appellent Hugo, Delacroix, Berlioz, Musset, Chopin, Sand, Liszt, Gautier... Cette génération « ardente, pâle et nerveuse » méprise les conventions d'un siècle trop étroit, leur préfère les plus vastes horizons qu'offrent le rêve, les tourments de l'âme, les rivages exotiques et ceux, plus lointains encore, de l'Histoire. Être romantique, c'est un style - se distinguer par son gilet rouge et ses cheveux longs comme Gautier, aller vêtue en homme comme George Sand -, c'est fréquenter les mêmes théâtres, les mêmes cafés, les mêmes salons, habiter les mêmes quartiers.

    Parmi ceux-ci, les abords de la rue Notre-Dame-des-Champs, les ruines du Doyenné ou la Nouvelle-Athènes. Au-delà de ces enclaves, les romantiques donnent le ton à toute la ville, y impriment leur marque, l'animent de leurs débats, de leurs fêtes et de leurs extravagances. Leur sensibilité triomphe alors qu'un Paris neuf sort des limbes et s'affirme en capitale des arts. Souffle un vent de liberté qui n'a pas fini d'inspirer d'autres enfants, d'autres siècles.

    http://www.boutiquesdemusees.fr/fr/beaux-livres/paris-romantique-la-capitale-des-enfants-du-siecle/9734.html

  • J'ai fini hier soir:Paris romantique - La capitale des enfants du siècle

    Résultat de recherche d'images pour "Cazaux ThierryParis romantique La capitale des enfants du siècle"

    Ils s'appellent Hugo, Delacroix, Berlioz, Musset, Chopin, Sand, Liszt, Gautier... Cette génération " ardente, pâle et nerveuse " méprise les conventions d'un siècle trop étroit, leur préfère les plus vastes horizons qu'offrent le rêve, les tourments de l'âme, les rivages exotiques et ceux, plus lointains encore, de l'histoire. Etre romantique, c'est un style - se distinguer par son gilet rouge et ses cheveux longs comme Gautier, aller vêtue en homme comme George Sand - , c'est fréquenter les mêmes théâtres, les mêmes cafés, les mêmes salons, habiter les mêmes quartiers.
    Parmi ceux-ci, les abords de la rue Notre-Dame-des-Champs, les ruines du Doyenné ou la Nouvelle-Athènes. Au-delà de ces enclaves, les romantiques donnent le ton il toute la ville, y impriment leur marque, l'animent de leurs débats, de leurs fêtes et de leurs extravagances. Leur sensibilité triomphe alors qu'un Paris neuf sort des limbes et s'affirme en capitale des arts. Souffle un vent de liberté qui n'a pas fini d'inspirer d'autres enfants, d'autres siècles.

    https://www.decitre.fr/livres/paris-romantique-9782840965794.html

    Paris romantique sur ce blog

    voyage-ete-2019/

  • Gérard de Nerval:biographie

    1808

    Naissance à Paris, le 22 mai, de Gérard Labrunie, fils d'Étienne Labrunie, médecin, et de Marie Laurent. de Nerval n'est donc qu'un pseudonyme.

    1810

    Le 29 novembre, mort de la mère de Gérard. L'enfance de Nerval se passe dès lors à Mortefontaine, chez son grand-oncle. Cette enfance sera évoquée dans de nombreuses œuvre, notamment dans Sylvie, dans Fantaisie et dans les Chansons et légendes du Valois. C'est aussi à Mortefontaine que Gérard aperçoit Sophie Dawes, jeune aristocrate anglaise qui lui apparaît telle une vision.

    1820

    Nerval entre au collège Charlemagne où il fait la connaissance de Théophile Gautier.

    1826

    Nerval commence à traduire le Faust de Goethe. Cet ouvrage le rend célèbre, Goethe lui-même reconnaissant la beauté de la version française de sa pièce.

    1828

    Nerval entre en relation avec les membres du cénacle romantique, notamment Victor Hugo.

    1830

    Nerval participe, le 25 février, à la bataille d'Hernani.

    1833

    Voyage en Belgique.

    1834

    Après qu'il ait reçu un héritage de 30 000 francs de son grand-père, Nerval part pour l'Italie. A la fin de l'année, Nerval aperçoit pour la première fois Jenny Colon, comédienne aux Variétés.

    1835

    Nerval fonde le Monde dramatique, revue qu'il voue à la gloire de Jenny Colon. Dès l'année suivante, la revue fait faillite.

    1836

    Voyage en Belgique avec Théophile Gautier.

    1837

    Nerval avoue son amour à Jenny Colon, mais celle-ci se mariera l'année suivante au flûtiste Louis-Gabriel Leplus.

    1838

    Nerval travaille à un drame, Léo Buckhardt. Voyage en Allemagne.

    1839

    Voyage en Suisse et en Autriche. A Vienne, Nerval fait la connaissance de Marie Pleyel, dont il tombe amoureux, et de Franz Liszt.

    1840

    Traduction du second Faust. Voyage en Belgique. Mort de Sophie Dawes.

    1841

    Suite à des soucis matériels et au surmenage, Nerval fait une première crise de folie.

    1842

    Mort de Jenny Colon. En décembre, Nerval part pour l'Orient (Malte, Égypte, Syrie, Chypre, Constantinople) où il passera presque toute l'année suivante.

    1844

    En septembre, Nerval voyage en Belgique et en Hollande.

    1846

    Nerval travaille à la Damnation de Faust que Berlioz met en musique.

    1848

    En juillet et en septembre, dans La Revue des Deux Mondes, Nerval publie des traductions de poèmes de Heine.

    1849

    Nouvelle crise de folie.

    1850

    Voyage en Allemagne.

    1851

    Publication du Voyage en Orient.

    1852

    En mai, voyage en Hollande puis, en août, dans le Valois. Publication des Illuminés.

    1853

    Publication des Petits Châteaux de Bohême dont font partie les Odelettes. Nouvelle crise le 25 août. La même année, le 10 décembre, Nerval fait paraître El Desdichado.

    1854

    Nouveaux problèmes de santé. Voyage en Allemagne. Publication des Filles du feu et des Chimères. Nerval vit alors dans une pauvreté extrême.

    1855

    Le 26 janvier, Gérard de Nerval se pend, rue de la Vieille-Lanterne.

    medium_bio_nerval.jpghttp://poetes.com/nerval/biograph.htm

  • Lever de rideau sur la rentrée

    François Bouchon/ Le Figaro.3e2d6b9400b5cb9a027ef7c7384031c8.jpgPublié le 04 septembre 2007
    Actualisé le 04 septembre 2007 : 10h14

    Théâtre, comédie musicale, chanson, rock, classique, lyrique : tous les feux de la saison à Paris et en province.

    PARMI les nombreux spectacles de la rentrée, West Side Story, la légendaire comédie musicale créée, il y a cinquante ans, par Leonard Bernstein et Jerome Robbins, revient au Châtelet dans une version revisitée par le chorégraphe Joey McKneely. Autres temps forts : Le Roi Lion au Théâtre Mogador, spectacle à succès de Broadway. Sur les planches, quoi de neuf ? Sacha Guitry est tête d'affiche à Paris (Édouard-VII et Pépinière Opéra) et à Nice, à l'occasion du cinquantième anniversaire de sa mort. Sans oublier Shakespeare avec un Roi Lear plébiscité à Avignon et accueilli à Nanterre avant une tournée en France. En danse, la chorégraphe allemande Sasha Waltz est invitée à l'Opéra de Paris pour un Roméo et Juliette inspiré de Berlioz. Pour le lyrique, Jérôme Deschamps inaugure sa première saison à l'Opéra-Comique avec L'Étoile, de Chabrier. Côté musique classique, de nombreux chefs et orchestres internationaux, comme ceux d'Israël, Boston, Chicago, Dresde et Munich, seront de passage à Paris, entre Pleyel et le Théâtre des Champs-Élysées. Enfin, Charles Aznavour qui avait annoncé ses adieux à la scène, revient en octobre pour une série de vingt concerts parisiens. 

    LYRIQUE - L'opéra- comique prend un nouveau départ 
    CLASSIQUE - Les grands orchestres s'imposent sur le devant de la scène 
    COMÉDIE MUSICALE - Broadway et Paris font leur comédie 
    DANSE - Les chorégraphes adaptent les grands mythes 
    THÉÂTRE - Les têtes d'affiche montent en première ligne 
    CHANSON - Les artistes en tournée générale 
    CRÉATIONS - Le Moyen-Orient s'invite au Festival d'automne 
    Réservations sur www.lefigaro.fr/spectacles
  • Masques. De Carpeaux à Picasso

    masque.jpgAdrien Goetz
    27/10/2008 | Mise à jour : 10:53 | .
     
    Il y a les masques japonais, parés des mystères du théâtre nô. Il y a les masques d'Afrique qui fascinaient les cubistes. Il y a les masques de la côte Nord-Ouest de l'Amérique qui inspirèrent La Voie des masques à Claude Lévi-Strauss. Tout cela est bien connu, archiétudié. Mais qui savait que l'Europe, au XIXe siècle, avait cultivé une culture des masques très originale, qui inspira Rodin, Bourdelle ou Picasso ? Ces masques, porteurs eux aussi de vertus magiques, scéniques, symboliques, n'ont rien à envier à ceux des cultures lointaines. C'est ce que révèle cette magistrale exposition conçue par Édouard Papet, conservateur au Musée d'Orsay, spécialiste de sculpture : ces masques français, italiens, allemands ne sont pas anecdotiques, ils forment un univers complexe, d'une richesse égale à celle dont témoignent les masques du Japon, de l'Afrique, ou de l'île de Vancouver. Ils ont eu, eux aussi, leurs usages rituels. Une Atlantide de masques inquiétants, grotesques ou sublimes, oubliés par les historiens de l'art renaît ici d'un coup. On comprend aussi, par rebond, pourquoi l'Occident fut si réceptif aux visages venus du Japon vers 1875 et aux sculptures africaines après 1900 : l'imaginaire européen parlait déjà le langage des masques.

     

    Dès la première salle d'Orsay, les masques mortuaires côtoient ceux du carnaval. La problématique est posée. Apparaissent tour à tour le visage pétrifiant de cette Méduse sculptée par Böcklin après 1887 et la grimace inspirée de l'antique de ce masque de papier mâché modelé, en 1900, par Sarah Bernhardt elle-même. Comme dans un cabinet de curiosités, l'exposition fait surgir de la pénombre des pièces inouïes et des chefs-d'œuvre. Un incroyable bronze de Gabrielle Dumontet de 1906 montre une tête terrifiée, coiffée de serpents qui s'allument quand on actionne un interrupteur : Méduse électrisée. Le sculpteur Geoffroy-Dechaume moule sur le vif un homme qui masque ses yeux avec ses mains. Les têtes étranges d'Edward Gordon Craig (vers 1910) dialoguent avec l'ironique Arlequin sculpté en 1880 par René de Saint-Marceaux. Le Marchand de masques de Zacharie Astruc (1883), vend aux promeneurs du jardin du Luxembourg les « masques » de Balzac, Berlioz, Baudelaire ou Gounod, c'est le jeu de massacre de la postérité. La Nouvelle Salomé de Max Klinger, prêtée par le musée de Dresde, ouvre la danse des symboles. Pierrot jaloux, le tableau d'Ensor, qui vient de la collection d'Yves Saint Laurent et de Pierre Bergé, est, dans la dernière salle, avec le Masque de picador au nez cassé de Picasso, une bouleversante révélation.

    « Masques, de Carpeaux à Picasso », jusqu'au 1er février 2009 au Musée d'Orsay. Catalogue, avec une préfacede Jean-Luc Nancy, Hazan-Musée d'Orsay, 274 p., 49 €.

         http://www.lefigaro.fr/culture/2008/10/27/03004-20081027ARTFIG00340-l-autre-voie-des-masques-.php

  • Nous avons aimé le week-end dernier à Montpellier:Esplanade Charles-de-Gaulle

    Image illustrative de l’article Esplanade Charles-de-Gaulle (Montpellier)

    L'histoire de l'esplanade est liée aux remparts de la ville. C'est après le siège de la ville, en 1622, où Louis XIII a ordonné au duc de Montmorency de canonner la rébellion protestante1, qu'une première partie de la commune clôture ou des remparts est détruite afin de pouvoir tenir la ville sous le feu des pièces d'artilleries situées sur la citadelle2.

    Encore partiellement visible de nos jours, la géographie des lieux de l'époque est composée par un bastion nord, dit « bastion du Roy », installé à proximité du Corum actuel, était relié par un mur à la Porte du Pila Saint Gély et le bastion sud, dit « bastion de la Reyne », situé à proximité du « monument aux morts de toutes les guerres », était relié par un fossé large et profond à la Porte de Lattes2, située a proximité de la station de tramway de la place de la Comédie actuelle. Les murs de la commune clôture ont été abattus et le fossé comblé, en 1679, donnant naissance à un chemin carrossable2. Ce dernier est utilisé comme terrain militaire qui servait pour les manœuvres des soldats basés dans la place forte voisine, la citadelle, devenue l'actuel lycée Joffre.

    En 17233 et l'année suivante, le duc de Roquelaure, lieutenant du roi en Languedoc, fait nettoyer le terrain sauvage et y fait aménager une promenade4,5. Cette dernière s'étend entre la citadelle et la ville3. Les travaux sont conduits par l'ingénieur Dominique de Sénès6. Elle est baptisée la Roquelaure en honneur de son créateur4,5. Elle est complétée par le « Champ de Mars » en 17933. Une colonne de la Liberté est érigée de 1791 à 1814.

    En 1844 avec l'émergence des chemins de fer de l'Hérault reliant Montpellier à Nîmes, le creusement d'une tranchée est réalisé au pied des bastions ouest de la citadelle et le « Champ de Mars »3.

    Le jardin du Champ-de-Mars est vendu par l'armée à la Ville et transformé en esplanade en 1900. On y a aménagé des bassins, de nombreuses statues et un monument aux morts qui, à l'origine, était situé près de l'actuel Corum, opéra Berlioz et palais des congrès.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Esplanade_Charles-de-Gaulle_(Montpellier)

    Montpellier - le kiosque Bosc labélisé Patrimoine du XXe siècle - juin 2016. / © Mairie de Montpellier - Ludovic SeveracLe kiosque Bosc : En 1926, le compositeur Auguste Bosc décide de faire construire un kiosque à musique sur l'esplanade de la Comédie9. Une façon de remercier sa ville natale de lui avoir offert une bourse pour étudier la musique au Conservatoire de musique de Paris. L'édifice est inauguré le à l'occasion d'un concert dirigé par le compositeur lui-même9. Il s'agit du premier ouvrage en béton armé à Montpellier réalisé par l'architecte Élie-Marcel Bernard10,11. Il est labellisé « Patrimoine du XXe siècle », le 9 ;

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Esplanade_Charles-de-Gaulle_(Montpellier)

    Une situation idéale en coeur de villehttp://www.montpellier-events.com/Le-Corum/Presentation

  • Pierre-Jean Remy, l'homme pressé

    Par Dominique Guiou
    29/04/2010 | Mise à jour : 17:04

    En dépit de ses fonctions de diplomate, Pierre-Jean Remy est parvenu à écrire un à deux livres par an.
    En dépit de ses fonctions de diplomate, Pierre-Jean Remy est parvenu à écrire un à deux livres par an. Crédits photo : John FOLEY/Opale

    Auteur de près de soixante-dix livres, membre de l'Académie française, il a mené une double carrière de diplomate et d'écrivain.

    L'écrivain et diplomate Pierre-Jean Remy, qui vient de mourir à l'âge de 73 ans, était le plus stendhalien des énarques et le moins académique des membres de l'Institut. Savait-il lui-même le nombre de livres qu'il avait écrits? Auteur infatigable, Pierre-Jean Remy, de son vrai nom Jean-Pierre Angremy, avait abordé tous les genres, le roman bien sûr, mais aussi l'essai et la biographie. Au total, il aura publié près de soixante-dix ouvrages . La plupart de ses livres ont pour décor les pays dans lesquels il a séjourné en tant que diplomate: la Chine, l'Italie, l'Angleterre. Le romancier aimait mêler le réel et la fiction dans des intrigues touffues, pleines de person­nages et de rebondissements. Les expériences de la vie réelle y sont sans cesse réinventées par une imagination débordante.

     


     

    L'important, pour Pierre-Jean Remy, était d'aller vite, et de captiver le lecteur. L'opéra, dont il était un passionné, le monde de la peinture et des artistes lui ont inspiré quelques-uns de ses livres. Il a touché aussi à la littérature de genre, s'essayant au roman policier sous le pseudonyme de Raymond Marlot, ou encore au récit éro­tique. On doit enfin à Pierre-Jean Remy de nombreux essais et biographies, notamment celles de Maria Callas et de Berlioz. Ce passionné d'art, de théâtre et de littérature écrivit aussi des centaines d'articles et de chroniques, notamment pour «Le Figaro littéraire». Ses romans ont touché le grand public, qui trouvait son compte dans des pages virevoltantes où le romantisme le dispute à la nostalgie. Le Sac du palais d'été fut couronné en 1971 par le prix Renaudot. Vingt ans plus tard, en 1991, l'auteur renouait avec l'empire du Milieu en publiant Chine, un roman de plus de 700 pages sur ce pays. Entre-temps, il avait connu un grand succès public avec Orient-Express, dans lequel les lecteurs retrouvaient avec plaisir le luxe de ce train si beau et légendaire.

     

    Un parcours exemplaire

     

    Par le nombre impressionnant de ses livres autant que par leur taille, Pierre-Jean Remy a incarné la démesure dans ce qu'elle a de plus noble. Ses romans ne manquent pas de charme ni d'élégance. Stendhal était son gourou, Paul Morand son modèle. Aux esprits chagrins qui lui reprochaient d'écrire trop vite, Remy lançait dans un éclat de rire: «J'ai la chance d'avoir un stylo qui écrit tout seul.»

    Dans la vie aussi, Pierre-Jean Remy était un homme pressé. Dès le plus jeune âge, il avait compris que le temps était compté. Il n'était donc pas question de le perdre. Quand on est fils de petits-bourgeois auvergnats et qu'on n'a pas de relations, il ne faut compter que sur soi-même pour s'assurer un avenir. Est-ce lui, ce jeune homme ambitieux, doué et affamé, héros d'un roman titré sans complexe L'Autre Éducation sentimentale? Il y a sans doute de l'autoportrait dans ces pages qui ont valeur de témoignage sur cette génération qui a eu 20 ans dans les années cinquante… En tout cas, le parcours du jeune Jean-Pierre est exemplaire (après Sciences Po, il intègre l'École nationale d'administration et publie son premier roman pendant sa scolarité dans la prestigieuse école). Ce qui lui permet d'entrer tout naturellement dans la Carrière. Diplomate, il collectionne les ambassades et se retrouve en poste à Londres, Hongkong et Pékin. D'avril 1990 à février 1994, il est ambassadeur, délégué permanent de la France auprès de l'Unesco. Puis il prend la direction de la Villa Médicis, de 1994 à 1997. La Ville éternelle lui inspire un de ses romans les plus personnels, Aria di Roma.

    En janvier 1997, Jean-Pierre Angremy, qui siège à l'Académie française, au fauteuil de Georges Dumézil, depuis 1988 sous le nom de Pierre-Jean Remy, est nommé président de la BNF. D'Angoulême à la rue des Saint-Pères, de l'ENA au Quai de Conti, de la Villa Médicis à la bibliothèque Mitterrand, Angremy et Remy ont, l'un et l'autre, bien rempli leur vie.

    http://www.lefigaro.fr/livres/2010/04/28/03005-20100428ARTFIG00754-pierre-jean-remy-l-homme-presse-.php

  • le premier des romantiques

    C'est là, dans ce lieu de mémoire riche de souvenirs et d'émotions, qu'est actuellement exposée une collection qui sera une révélation pour le public français qui verra ces œuvres pour la première fois : celle de Karen B. Cohen, riche collectionneuse américaine, fascinée par Delacroix au point de réunir depuis plus de trente ans tableaux, esquisses et dessins qui racontent le parcours artistique du maître. Durant quelques semaines, ce bel ensemble retrouve ainsi les lieux où il a été créé. Toute la carrière de Delacroix est ici évoquée : un demi-siècle de peinture, durant une période étrangement bousculée. Delacroix naît dans les toutes dernières années du XVIIIe siècle, alors que Fragonard qui a connu la « douceur de vivre » de ce temps vit toujours. Il meurt alors que Monet, Renoir et Cézanne se sont déjà rencontrés à Paris. Bientôt, on parlera des impressionnistes. Dans l'intervalle, Delacroix a joué son rôle sans que l'on sache très bien où il convient de le situer dans ce siècle traversé de courants contradictoires. Le mystère de sa naissance n'a jamais été percé : il serait le fils de Talleyrand, amant de sa mère et avec lequel des contemporains lui trouvent une ressemblance assez frappante. Voilà en tout cas qui expliquerait que, jeune artiste débutant, Eugène reçoive déjà des commandes prestigieuses de l'Etat. Il semblait qu'un protecteur occulte veillait sur lui. Ses premières années se passent à Bordeaux où l'organiste de la cathédrale, qui avait été l'ami de Mozart, remarque ses dons. Comme Ingres, Delacroix jouait du violon et, sa vie durant, la musique l'accompagnera : il aimait entendre de l'orgue quand il travaillait à Saint-Sulpice, il fut l'ami fidèle de Chopin et de Berlioz. Mais c'est finalement la peinture qui va l'emporter : il fréquente l'atelier de Pierre Guérin, où il fait la connaissance de Géricault, dandy rétif à l'art officiel qui fascine Delacroix, qui posera pour lui pour Le Radeau de la Méduse. L'atelier de Géricault était alors une sorte de morgue où s'entassaient des cadavres, des pieds et des bras coupés qu'étudiait le peintre pour réaliser sa grande saga des suppliciés du naufrage. Exposé au Salon de 1819, le tableau fait grand bruit et donne à Delacroix l'envie de frapper lui aussi un grand coup : en 1821, il travaille à une toile dont il prédit lui-même qu'elle sera considérable. Exposée au Salon de 1822, La Barque de Dante est en effet un coup d'éclat. La critique est en état de choc et si certains parlent de «vraie tartouillade», d'autres comparent au contraire Delacroix à Michel-Ange et à Rubens. Après Dante, Delacroix interrogera Byron, Shakespeare, le Tasse, Goethe, Walter Scott, avec la même complaisance pour le thème de la solitude du génie à l'écart des hommes.

    Delacroix n'en néglige pas pour autant ses relations mondaines. En mars 1833, il est invité au grandiose bal costumé que donne Alexandre Dumas et auquel est conviée toute la fine fleur du romantisme. Rossini est déguisé en Figaro, le sculpteur Barye en tigre du Bengale et Delacroix en Dante. Il fait, ce soir-là, la connaissance d'Elisa Boulanger, qui devient sa maîtresse. Les femmes occupent d'ailleurs une grande place dans sa vie : Alberte de Rubempré, qui a aussi une liaison avec Stendhal, Joséphine de Forget, avec laquelle il entretiendra une complicité de plus de trente ans, George Sand, enfin, pour qui il éprouvera toute sa vie une amitié amoureuse. Il séjournera plusieurs fois chez elle, à Nohant, dans le Berry, avant de passer ses dernières années dans une retraite quasi ascétique place de Furstenberg, au cœur de Saint-Germain-des-Prés, dorloté par sa vieille servante, Jenny Le Guillou. Son existence sera de plus en plus vouée au travail. Visité par de rares amis, parmi lesquels Andrieu et Baudelaire, dont l'œuvre critique est presque tout entière une glorification de Delacroix, il se tiendra à l'écart des luttes de la peinture vivante. Dans son testament, Delacroix demandait que la totalité des œuvres qui se trouvaient dans son atelier soit dispersée aux enchères. La vente eut lieu en février 1864 et dura plus d'une semaine. Ce fut un énorme succès : tout ce que Paris comptait d'amateurs, de marchands, de gens du monde était là. On découvrit alors l'étendue de ses hardiesses, mais dans un dessin pur. On comprit la profondeur de ses connaissances qui n'entravait pas la spontanéité de son génie. Un peintre à la fois classique et moderne.

    http://www.lefigaro.fr/lefigaromagazine/2010/01/02/01006-20100102ARTFIG00082--le-premier-des-romantiques-.php

  • Gounod, fasciné par Faust, composa son Ave Maria par amour

    Alain Duault Publié le 06/08/2011 à 16:38

    Entre Dieu et Diable, la chair et la religion, l'opéra et les cantiques, le compositeur de Faust et de la célébrissime ode à la Vierge, oeuvres qui firent le tour du monde, riait peu de se voir si double en ce miroir.

    Regardez-le, ce Charles Gounod en majesté, sa barbe parfaitement taillée encadrant son visage inspiré: c'est un compositeur révéré, dont le Faust sera longtemps un des opéras les plus joués au monde. Pourtant, derrière cette image, la véritable personnalité de Gounod est pleine d'ambiguïtés qu'un de ses amis d'enfance résume bien: «Un jour, il grimpait aux arbres et chantait tous azimuts; un autre, il entrait en transe religieuse. Un jour, il embrassait le mari; le lendemain, il courtisait la femme.» Moine ou voyou? Mystique ou érotomane? La double personnalité de Gounod a de quoi surprendre !

    Né à Paris le 18 juin 1818, Charles Gounod est le fils d'un peintre et d'une pianiste. Elève au lycée Saint-Louis, il y découvre le Don Juan de Mozart qui le bouleverse et l'incite à se vouer à la musique: conservatoire, concours de Rome, il arrive en 1839 à la villa Médicis où, accueilli par Ingres, ami de son père (qui fait de lui un joli portrait), il découvre d'abord à la Sixtine la musique de Palestrina : c'est un choc esthétique autant qu'éthique, sa conception de la musique religieuse trouvant à s'enraciner dans ce grand style sévère. Jusque-là, en effet, il a rejeté toute la musique sacrée de son temps: «Elle n'était même pas nulle, elle était exécrable.» Mais, à côté de cet intérêt pour l'expression de la foi en musique, Gounod aime la vie sous toutes ses formes et profite largement des délices de la dolce vita romaine... Il y fait entre autres la rencontre de Fanny Hensel, la sœur de Mendelssohn, qui le juge «passionné et romantique à l'excès», mais se dérobe à ses avances. Il rencontre aussi Pauline Viardot, la sœur de la Malibran, déjà grande cantatrice, qui, outre les voluptés qu'elle partage avec lui, lui fait découvrir le théâtre: c'est un autre choc. Toute sa vie, il sera déchiré entre ces deux aspirations, ces deux désirs, la foi et le théâtre. Et s'il assiste aux sermons de Lacordaire, qui font grand bruit à Rome, c'est peut-être qu'ils nouent ces deux faces. A l'issue de son séjour romain, il voyage en Autriche et en Allemagne jusqu'à Berlin où il retrouve Fanny Hensel qui l'envoie chez son frère à Leipzig : «Ah! C'est vous le fou dont ma sœur m'a parlé», lui lance Mendelssohn en l'accueillant... Mais si Gounod manifeste alors un inté rêt fasciné pour l'opéra, il ne compose que de la musique religieuse. D'ailleurs, à son retour à Paris en 1843, sa mère lui écrit: «Je ne sais de quel côté tu désires te loger: près des Missions ou près de l'Opéra?» Tout est dit. Finalement, il s'installe chez sa mère, vit en compagnie d'ecclésiastiques, devient maître de chapelle des Missions étrangères, compose deux messes au style très dépouillé et, en 1846, fait dire qu'il est «entré dans les ordres». C'est faux, mais il est en revanche vrai que, d'octobre 1847 à février 1848, il porte l'habit des Dominicains, se fait appeler «l'abbé Gounod » et obtient une lettre de l'archevêque de Paris l'autorisant à demeurer chez les Carmes.

    «La Nonne sanglante» ne traîne pas longtemps sa blessure

    Pour autant, sa sensualité le travaille et l'amène parfois à mêler le profane au sacré: appelé un jour à servir la messe, il est tellement extasié par la beauté du texte de l'Evangile qu'il murmure au prêtre «encore, encore»,comme un bis au théâtre !

    Toujours est-il que, pendant une dizaine d'années, le jeune Gounod ne fait absolument pas parler de lui jusqu'à ce que, en 1851, on annonce la création de son premier opéra. C'est Pauline Viardot, retrouvée à Paris, et avec laquelle il renoue une liaison harassante, qui l'a convaincu de lui écrire cette Sapho, créée le 16 avril dans une indifférence générale : sept représentations et rideau. En 1854, son deuxième opéra, La Nonne sanglante, «n'y traîne pas longtemps sa blessure», selon la formule de Berlioz: onze représentations. Les débuts de Gounod dans l'univers lyrique s'avèrent difficiles.

    En revanche, sa musique religieuse atteint son apogée à cette époque avec la belle Messe de sainte Cécile, créée à Saint-Eustache en 1855. C'est de cette époque que date sa Méditation sur le premier prélude de piano de J.-S.Bach, pour violon et piano, qui va lui valoir un succès durable alors qu'en fait, il n'en est pas vraiment l'auteur: en effet, un jour que, dans le salon d'attente de ses futurs beaux-parents, il improvise nonchalamment une mélodie sur le piano à partir du premier prélude du Clavier bien tempéré de Bach, son beau-père, qui est violoniste, note la mélodie que Gounod a répétée deux fois, il la transpose à la quinte et, quand le jeune homme revient quelques jours plus tard, la lui joue au violon en lui demandant de l'accompagner au piano. Gounod, ravi, le remercie d'autant que le futur beau-père va plus loin: il vend la mélodie à un éditeur et donne bientôt à Gounod les 200 francs qu'il en a retirés ! Mais l'histoire ne s'arrête pas là : quelque temps après, Gounod est séduit par la voix et par les courbes d'une de ses jeunes élèves, une certaine Rosalie Jousset. Pour pousser son avantage, il colle à la tendre mélodie des vers de Lamartine qui disent clairement à la jeune fille ce qu'il ressent. La jeune fille rougit, son sein se soulève à un rythme soutenu, sa respiration s'affole... Mais la mère de Rosalie s'émeut du tour pressant des leçons de Gounod et, découvrant le manuscrit de cette mélodie que le professeur a remis à sa fille, entreprend pieusement d'en remplacer les paroles par celles, latines, de l'Ave Maria... Gounod s'en amuse et décide d'adopter cette version: c'est ainsi qu'une mélodie sentimentale de circonstance, née d'une simple improvisation, devient un tube, ce fameux Ave Maria de Gounod, qui fera le tour du monde !

    Mais l'ambivalence de Gounod va déboucher sur une première parenthèse brève mais tragique: en 1857, il doit être interné à Passy, chez le Dr Blanche (un aliéniste célèbre, qui soignera aussi Nerval ou Maupassant). Après quelques semaines, il peut sortir, se remettre au travail et trouver enfin l'oreille du public avec ce Faust créé le 19 mars 1859 sous le feu d'une critique sévère (à l'exception de Berlioz, fort élogieux), mais que le public apprécie sans doute à cause de son aspect très Second Empire, son côté Pierrefonds, qui en fait une nourriture idéalement «digeste». Pour autant, ce succès public ne fait pas de Gounod un compositeur à succès dans le domaine lyrique: La Reine de Saba, d'après Nerval, créée à l'Opéra devant Napoléon III le 28 janvier 1862, est un échec total. Même Mireille, d'après Frédéric Mistral, ne rencontre pas le succès escompté. En 1865, à Saint-Raphaël, il se lance dans un Roméo et Juliette, mais les crises d'angoisse le reprennent et il doit faire appel à nouveau au Dr Blanche, qui descend, le soigne sur place, puis le ramène à Saint-Cloud... où il termine son Roméo, créé au Théâtre Lyrique Impérial avec, enfin, un «feu d'artifice de succès» !

    Mais toujours l'ambivalence. Gounod repart en 1868 pour Rome, où il traverse une nouvelle crise mystique, se lance dans l'écriture, ou du moins les esquisses de plusieurs œuvres religieuses et d'un «opéra chrétien», Polyeucte. Il se calme quelques mois... avant de replonger début 1870 dans une crise plus grave qui le conduit au bord de la psychose maniaco-dépressive : «Je me débats contre le vide... Ma tête se perd et se désole, je ne sais où j'en suis... Je ne vois plus clair: je ne sais plus où je vais... Vingt fois la tristesse me prend, je pleure, je me désespère et j'ai envie de m'en aller... Rien! La tête vide! Oh! Mon Dieu, que faire de mieux que d'accepter cette désolation du néant?»

    La guerre et la chute du Second Empire arrivant sur ces entrefaites, il quitte la France et se réfugie à Londres: son style onctueux convient à la gentry anglaise et Faust est l'opéra favori de la reine Victoria. Mais à Londres, l'autre face de Gounod, sa sensualité faunesque, va trouver à s'exercer. Il y fait en effet la rencontre de Mrs Georgina Weldon, cantatrice amateur, executive woman avant la lettre et femme ardente, semble-t-il: c'est une liaison torride. Elle a 34 ans, il en a 53, elle est hystérique, il est exalté. Elle racontera leur première rencontre dans ses Mémoires: «Il commença à chanter et je n'écoutais que ses paroles qui m'allaient droit au cœur, qui remuaient les fibres de mon émotion. Je ne savais plus de quel côté regarder. Mes larmes qui avaient commencé à couler dès la première ligne étaient devenues un ruisseau, le ruisseau, un fleuve, le fleuve, un torrent, le torrent, des sanglots, les sanglots, une attaque de nerfs!»

    À Londres, auprès de la blonde Mrs Weldon, il écrit «Polyeucte», son opéra chrétien

     


    Crédits photo : Bridgeman Art Library/©Jean Bernard/Leemage

     

    La femme de Gounod, lasse depuis longtemps des infidélités multiples de son mari, regagne la France; le mari de Mrs Weldon en revanche ne semble pas s'offusquer de cette aventure scandaleuse qui s'étale au vu et au su de tous. Décrivant Tavistock House, où vit le trio, un journaliste écrit: «C'est un temple de la musique dont Gounod est le dieu, MrsWeldon l'ardente prêtresse et MrWeldon l'apôtre convaincu.» Pourtant, les trois années qu'il va passer là vont être mouvementées pour Gounod: il compose beaucoup, termine son opéra chrétien, Polyeucte, entre deux séances fort peu chrétiennes avec Mrs Weldon. Elle se voit déjà le créer, écrivant: «J'ai la voix la plus extraordinaire qu'il ait jamais entendue, une voix des deux sexes. Il dit avoir trouvé en moi sa Pauline, l'héroïne de son nouvel opéra.» Mais il est souvent malade, épuisé peut-être par le fort tempérament de la blonde Mrs Weldon, il est même plusieurs fois atteint d'errance mentale... Plus le temps passe et plus il se sent séquestré, au bord de perdre complètement la raison ! Il est finalement littéralement enlevé par des amis qui le ramènent en France. Mais Mrs Weldon se venge en gardant le manuscrit de Polyeucte; ce qui déclenche une série de procès qui dureront des années. Plus tard, unissant dans une phrase ses deux penchants, Gounod se souviendra de Mrs Weldon en écrivant avec comme une nostalgie gourmande: «Priez pour cette femme qui m'a si bien persécuté.»

    A cette crise anglaise à l'érotisme débridé succédera un nouvel élan de mysticisme exacerbé. Il n'écrira pas moins de douze messes entre son retour de Londres et sa mort, mais aussi, ambivalence jusqu'au bout, une étude sur le DonJuan de Mozart, renouant avec la découverte initiatique de sa jeunesse. Quant à Polyeucte, l'opéra chrétien engendré dans les circonstances que l'on connaît, sa création sera un échec complet...

    Les indispensables de Gounod

    On peut se passer de Polyeucte, on connait mille et une versions de l'Ave Maria (celle de Maurice André, à la trompette, avec un simple accompagnement d'orgue, est peut-être une des plus émouvantes; EMI), mais on ne doit pas manquer Faust, le chef-d'oeuvre lyrique de Gounod, dont la version de référence parmi beaucoup d'excellentes demeure celle dirigée par le grand Georges Prêtre avec Placido Domingo, Mirella Freni, Nicolaï Ghiaurov (EMI).

    http://www.lefigaro.fr/musique/2011/08/06/03006-20110806ARTFIG00002-gounod-fascine-par-faust-composa-son-ave-maria-par-amour.php

     

  • George Sand et ”L'orgue du Titan”

    Aurore Dupin est née à Paris en 1804 mais a passé toute son enfance dans le Berry, à Nohant. Son éducation s’achève dans un couvent parisien. En 1822, elle épouse le baron Dudevant avec lequel elle a deux enfants mais elle se détache vite de son mari. C’est à Jules Sandeau(1811-1883) qu’elle doit son pseudonyme. Ils écrivent ensemble un roman. Sur Jules Sandeau, cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_Sandeau En 1832,  « Indiana » est le premier  des romans romanesques et romantiques de George Sand. Elle y exprime aussi ses révoltes politiques et ses revendications féministes. Après ses rencontres avec Lamennais et Pierre Leroux, elle publie des romans d’inspiration socialiste comme « Le Compagnon du Tour de France » (1841) ou mystiques comme « Consuelo » (1842). Sur Lamennais, cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%A9licit%C3%A9_Robert_de_Lamennais Sur Pierre Leroux, cf. http://www.educreuse23.ac-limoges.fr/sand/leroux.htm En 1838, elle s’est installée à Nohant et sa sensibilité socialiste s’oriente vers les paysans du Berry qui la vénère comme « la bonne dame de Nohant » mais jusqu’à sa mort en 1876, son activité intellectuelle reste intense comme l’atteste sa correspondance et l’intérêt qu’elle témoigne aux écrivains de la nouvelle génération comme Flaubert, About(« L’homme à l’oreille cassée » que j’ai lu quand j’étais enfant) et Fromentin(dont je parle comme peintre surtout dans mon mémoire de maîtrise). A Nohant, elle écrit les romans champêtres  ou régionalistes comme « La mare au diable » (1846) ou « Les Maîtres Sonneurs »(1853), un chef d’œuvre.

    Après avoir publié ses souvenirs (« Histoire de ma vie », 1854), elle revient sous le second Empire au roman romanesque  avec entre autres « Le Marquis de Villemer »(1860).

    Dans ses romans champêtres ou régionalistes notamment, George Sand trouve dans la peinture de paysages et d’êtres chers la meilleure expression de son talent. Elle a le don de traduire avec naturel la poésie des paysages familiers et des cœurs purs. Défendant contre Flaubert les « droits du cœur » en littérature, elle n’a jamais connu la tentation de l’art pour l’art, ni celle du réalisme cru ou pessimiste. Par tempérament et par principe, elle a tendance à embellir la réalité et à idéaliser ses personnages. On trouve dans « L ‘orgue du titan » ce qui charme encore aujourd’hui dans les récits de George Sand : une intrigue attachante et bien conduite, la note pittoresque et gracieuse des mœurs et traditions rustiques, la description des paysages. La description du paysage (des roches basaltiques) n’efface pas la méditation idéaliste devant la beauté, la poésie et la grandeur du spectacle. Cette partie descriptive m’a particulièrement frappé et intéressé bien sûr. Ce conte ressemble sans doute un peu à ceux qu’on racontait lors des veillées dans le Berry de George Sand (ou d’ailleurs). Rappelons que la région évoquée dans « L’orgue du titan » n’est pas si éloignée du Berry. « L’orgue du titan » m’a fait pensé aux « Maîtres sonneurs » à cause de la place centrale que tient dans le conte et dans le roman(où Sand a tenté de reproduire par son style la manière des conteurs du Berry), la musique.   « Les maîtres sonneurs »   Tiennet, la jolie Brulette sa cousine et Joset sont amis depuis l’enfance. Mais Joset n’est pas un garçon comme les autres : distrait et renfermé, il paraît un peu simple ; il rêve de musique mais il n’a pas de voix. Brulette devine qu’il a un secret et révèle à Tiennet la vérité de la chose : « c’est que Joset prétend inventer lui-même sa musique, et qu’il l’invente, de vrai. »   Ca fait évidemment penser au jeune Angelin qui joue un morceau inconnu de son maître et du vicaire mélomane.   « Il a réussi à faire une flûte de roseau, et il chante là-dessus. » Un mois plus tard, Joset consent à leur faire entendre sa musique. Quand il s’arrête de jouer, Tiennet s’écrie : « Où diantre prends-tu tout ça ! à quoi ça peut servir, et qu’est-ce que tu veux signifier par là ? » Joset interroge Brulette.   George Sand célèbre ici « le merveilleux pouvoir de la musique » qui ouvre les portes magiques du souvenir et du rêve, et permet à l’auditeur de communier  avec l’artiste, lui-même transfiguré par l’inspiration créatrice.    La magie de la musique   est un point commun entre le roman et le conte qui  tiennent  tous deux du roman d’apprentissage. Sur l’importance de la musique dans l’œuvre de George Sand, on est obligé de penser aux musiciens qu’elle a connus : Chopin, Liszt, Gounot, Berlioz etc. Sur son amour de la musique et des musiciens, cf.  http://www.georgesand.culture.fr/fr/ar/ar01.htm5(il  y aussi sur ce site, des pages sur ses amours) George Sand est très liée également à Pauline Viardot, célèbre cantatrice contralto qui connaît un succès international. Elle sert de modèle pour « Consuelo », roman qui raconte l’itinéraire d’une artiste qui trouve sa voie en vouant son existence à la musique. Mais ce qui différencie le jeune Angelin de Joset c’est que le premier est déjà initié à la musique  alors que le second est une « âme simple » et c’est l’effet de l’art sur les « âmes simples », les paysans qui intéresse George Sand dans « Les maîtres sonneurs. » (qui sont lisibles en poche, Folio, je crois et dans la bibliothèque numérique, Gallica).   La scène du curé bon vivant dans « L’orgue du titan », qui a les charmes de la comédie, introduit le rapprochement avec le roman picaresque. Sur le « picaresque », cf. Wikipedia à ce mot   La comparaison du début et de la fin de la nouvelle conduisent à mettre en évidence le procédé du retour en arrière ou flash-back que l’on retrouve dans « Mauprat. »   La découverte d’une vocation musicale par un récit fantastique met en évidence la notion de romantisme et la place accordée à l’artiste, l’explication du génie romantique. La figure du Titan (symbolisant le génie romantique) est essentiel.   Sur le titan, cf. wikipedia à ce mot    

    Je me suis aussi aidée de mon bon vieux Lagarde et Michard

    TEXTE PUBLIE CHEZ  AMBROISE DANS LE CADRE D 'UN VOYAGE DANS LE FANTASTIQUE:

    http://ambroise.hautetfort.com/archive/2007/05/30/voyage-dans-le-fantastique.html

  • Faim(s) de littérature. L'art de se nourrir au XIXe siècle

    Appel à contribution

    Information publiée le lundi 18 octobre 2010 par Natalie Maroun (source : Bertrand Marquer)

    Date limite : 31 mars 2011

    « Je crois que la nourriture a une grande action sur la production littéraire », note Edmond de Goncourt le 24 août 1893, avant d'envisager de « faire avec deux alimentations diverses, un de ces jours, […] une nouvelle ou un acte, avec une nourriture restreinte et lavée de beaucoup de thé, et un autre acte ou nouvelle, avec une nourriture très puissante et beaucoup de café ». « Avez-vous songé parfois à l'influence fatale de la cuisine sur le génie de l'homme ? », fait dire Léon Cladel à Baudelaire (Bonshommes, 1879), tandis que Jules Claretie affirme que « [l']esprit vient en mangeant, comme la faim », pour en déduire que « Voltaire à jeun devait être insupportable » (L'Homme aux mains de cire, 1907).

    Rythme de la nutrition et rythme de la création sont ainsi souvent mis en relation chez des écrivains ayant vu naître la gastronomie et se développer un discours médical sur les effets liés aux aliments. Du Traité des excitants modernes de Balzac au Journal des Goncourt, en passant par le Dictionnaire de cuisine de Dumas, l'écrivain joint à l'analyse esthète de la nutrition une réflexion théorique sur ses effets proprement esthétiques.

    La première ambition de ce colloque sera donc de réfléchir aux représentations entourant la nutrition littéraire, qu'elle soit envisagée de la manière la plus concrète (quelle nourriture pour quelle oeuvre ?) ou volontairement métaphorique (la littérature comme aliment essentiel, prolongement du parallèle biblique entre pain et parole divine). Dans ce cadre, l'analyse des implications du couple nutrition/innutrition ne saurait se limiter à une approche génétique ou poétique : le discours fictionnel sur la nourriture croise également les représentations sociales et politiques de l'artiste. Dans le prolongement des réflexions de Tissot (De la santé des gens de lettres, 1768) aussi bien que de l'aphorisme de Brillat-Savarin (« Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es »), le discours médical se plaît en effet à associer innutrition et malnutrition, l'artiste rejoignant, de ce point de vue, la cohorte des marginaux exclus de ce que Jean-Paul Aron nommait la « folie bourgeoise » (Le Mangeur du XIXe siècle). Si l'apoplexie est la maladie du bourgeois bon mangeur, la neurasthénie guette l'homme de lettres, comme le constate avec nostalgie Maurice de Fleury, auteur, en 1897, d'une Introduction à la médecine de l'esprit : « c'en est fait du beau temps de 1830, où nos poètes, taillés en hercules, se surmenaient sans en souffrir, ne causaient qu'à voix de stentor, pouvaient se passer de sommeil, digéraient des repas de reîtres, vidaient d'un trait des flacons d'eau-de-vie et ne se sentaient jamais plus dispos au travail que quand ils étaient un peu gris ». Faisant fi de ses poètes faméliques, cette reconstruction a posteriori du romantisme comme mouvement de la pléthore (et des pléthoriques) dessine ainsi en creux le portrait orienté d'une modernité caractérisée par l'inappétence (le « Ah ! tout est bu, tout est mangé : Plus rien à dire ! » de Verlaine).

    Ce colloque aura donc également pour but d'explorer et d'exposer l'axiologie sous-tendant le rapport littéraire à la satiété, satiété bien souvent présentée comme l'apanage d'un monde honni, celui de bourgeois au « ventre caressé par une digestion heureuse » (Mirbeau, Le Jardin des supplices). La faim en/de littérature peut ainsi relayer des valeurs esthétiques, éthiques ou politiques, qu'il s'agisse d'un Barbey d'Aurevilly fustigeant la « littérature qui mange » à la table des puissants (Les Ridicules du Temps), d'un Knut Hamsun (La Faim) ou d'un Jacob Poritzky (Mes enfers, 1906) faisant de la faim le moteur d'une écriture du rejet, ou d'un Jules Vallès dédiant son Bachelier à « tous ceux, qui nourris de grec et de latin, sont morts de faim ! ». « [Peindre] les exigences de la Gueule » (Balzac, Le Cousin Pons) revient en effet à proposer une lecture du corps social. Le cycle des Rougon-Macquart interprète, de manière exemplaire, le second Empire comme une « montée des appétits » opposant les Maigres et les Gras : la faim y constitue une optique sur la société, et le moyen de figurer le moteur secret de toutes ses actions, à une époque où le darwinisme social impose son axiome carnassier. Mais si l'émergence d'une littérature du ventre et de ses appétits est étroitement liée au développement de l'esthétique réaliste, un personnage comme Des Esseintes, « pour qui "manger pour vivre" devient la plus complexe des opérations » (Françoise Grauby, Le Corps de l'artiste), témoigne également des soubassements idéologiques d'un art de la nutrition intimement lié à la norme bourgeoise : en cherchant à s'inscrire à rebours de son siècle glouton, le personnage de Huysmans fait acte de résistance aristocratique, en postulant que l'on peut se nourrir que de livres.

    Pour autant, si le refus de la satiété est souvent associé à une condition ontologique du bien écrire (écrire pour - ou plutôt que - manger), ou à une prise de position idéologique (refuser le modèle bourgeois), la faim concrète ou réelle constitue également le moteur d'une littérature y puisant son propre combustible. Le XIXe siècle marque en effet l'avènement d'une littérature industrielle soumettant l'aspirant écrivain à un impératif alimentaire. Dans une perspective plus sociologique, il pourra être intéressant de s'interroger sur les répercussions que cet impératif a pu avoir sur la manière d'écrire, et sur le rapport que l'écrivain peut entretenir avec cette littérature « alimentaire » - parfois la sienne propre. Littérature alimentaire nourrissant par ailleurs un discours critique calqué sur la gastronomie, devenue manière d'apprécier les oeuvres : les Goncourt se moquent ainsi de ces « gens qui aiment à digérer en lisant une prose claire comme un journal » (10 Mai 1856), tandis que Huysmans, dix ans avant la préface d'A rebours, compare le Journal de ces mêmes Goncourt à un « of meat singulièrement nourrissant pour nos estomacs si débilités par les insipides mucilages de la littérature de cet affreux temps » (lettre à Edmond, 1892).

     

    En explorant les parentés entre processus de création et processus d'alimentation, ce colloque, qui se tiendra à Strasbourg les 13, 14 et 15 octobre 2011, tentera ainsi d'analyser leurs traductions littéraires, à la confluence de la poétique, de l'histoire des mentalités et de l'histoire sociale.

     

    Les propositions de communication (titre et résumé d'une vingtaine de lignes) sont à adresser avant le 31 mars 2011 à l'un des membres du comité scientifique du colloque :

    Bertrand Marquer (bertrand.marquer@yahoo.fr)

    Eléonore Reverzy (ereverzy@free.fr)



    Responsable : Bertrand Marquer, Eléonore Reverzy

     

    Adresse : 1 rue Berlioz67000 Strasbourg


    http://www.fabula.org/actualites/article40336.php

  • A quoi sert la Villa Médicis ?

     

    LE MONDE CULTURE ET IDEES | 16.01.2014 à 15h18 • Mis à jour le 16.01.2014 à 16h42 | Par Philippe Ridet (Rome, correspondant)

     

    La Villa Médicis, sur la colline du Pincio, siège de l'Académie de France à Rome. Budget annuel : 8,5 millions d'euros.

    La Villa Médicis, sur la colline du Pincio, siège de l'Académie de France à Rome. Budget annuel : 8,5 millions d'euros.

     

    Elle se love à la manière d’un chat dans un fauteuil dont le jaune passé s’éclaire sous le soleil d’hiver. Au fond du bar de la Villa Médicis, à Rome, une serveuse range les soucoupes. Par la haute fenêtre, la ville entre à flots : des toits, toujours des toits, encore des toits. Ici ou là, l’éclat du marbre d’une statue, la masse verte d’un parc, la coupole d’une église.

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    Jakuta Alikavazovic, romancière, 35 ans, Prix Goncourt du premier roman pour Corps volatils (L’Olivier, 2007), rêvait plutôt de Venise : « Il faut, dit-elle, avoir les épaules solides pour se dire qu’on a quelque chose à faire dans cette ville. » Un peu plus tôt, l’architecte Simon de Dreuille nous avait confié : « A Rome, on ne sait pas ce qu’on va faire. C’est une énorme usine à fantasmes, un endroit où l’on ne fait aucune promesse. »

    POLÉMIQUES BRUTALES

    Comme eux, ils sont une vingtaine de pensionnaires à se confronter à la Ville éternelle et sa Grande Bellezza (« grande beauté ») - du nom du film de Paolo Sorrentino sorti en mai 2013. Dans la première scène, on voit un touriste asiatique tomber raide mort, comme foudroyé par la beauté qu’il découvre du haut de la colline du Janicule. En face, du sommet de la colline du Pincio où la Villa Médicis se dresse, l’effet peut être le même.

     

    Ce gros gâteau blanc hérissé de deux tours, où Napoléon a installé l’Académie de France en 1803, fait toujours rêver. Et pas seulement les futurs pensionnaires. On se bat aussi pour en devenir le directeur, quitte à plonger dans des polémiques brutales. En 2008, le journaliste Georges-Marc Benamou choisi par Nicolas Sarkozy pour en prendre les rênes doit céder la place à Frédéric Mitterrand après les protestations d’artistes de tout poil. Un an plus tard, ce dernier, promu ministre de la culture, est remplacé par un quasi inconnu, Eric de Chassey.

    Et voilà qu’à son tour celui-ci est pris dans la tourmente pour avoir proposé à l’actrice et productrice Julie Gayet, l’amie supposée de François Hollande, de faire partie du jury de sélection des futurs pensionnaires. Dans une conférence de presse réunie en urgence, mercredi 15 janvier, M. de Chassey a indiqué que la comédienne ne ferait finalement pas partie de ce jury. Les remous créés par cette affaire montrent cependant bien à quel point l’institution romaine reste un lieu de pouvoir symbolique.

    400 CANDIDATS EN 2013

    Malgré ces tempêtes, près de 400 candidats (écrivains, plasticiens, historiens, architectes, scénaristes, musiciens, photographes, etc.) ont tenté, en 2013, de forcer la lourde porte d’entrée située viale Trinita dei Monti. Ils seront sûrement autant à tenter leur chance cette année, pourvu qu’ils aient entre 20 ans et 45 ans et parlent le français. Les sélectionnés auront droit à un logement pour une durée de douze à dix-huit mois dans les dépendances du palais et à 3 200 euros de salaire brut. Après, le plus dur commence : créer une œuvre qui marquera leur passage et contiendra, peut-être, un peu de ce que Rome a laissé en eux.

    Simon de Dreuille travaille sur un projet de cartographie de cette « ville ultralégère » en fonction de la végétation et des indices climatiques. Jakuta Alikavazovic écrit un « récit intime », intitulé L’Institut central. « Comment vivre dans la langue que l’on n’écrit pas ? », se demande-t-elle.

    A leur manière, ces deux pensionnaires répondent à la question qui se pose comme un leitmotiv : à quoi sert l’Académie de France à Rome, institution créée en 1666 par Colbert et dotée d’un budget annuel de 8,5 millions d’euros ? Est-il bien raisonnable, en ces temps de crise budgétaire, d’entretenir des artistes dans un confort enviable, et de les loger dans un palais Renaissance au sein d’une ville qui n’est plus, depuis longtemps, le phare de la création ?

    CITÉ PROVINCIALE

    « C’est Rodez ! », s’écriait Frédéric Mitterrand, directeur de la Villa de 2008 à 2009, quand on le croisait dans les rues de cette cité si provinciale. « Une année à Rome ? Une bonne planque ! Et pourquoi pas trois mois à New York, Londres ou Berlin, autrement plus attractives et excitantes pour l’imagination ? » entend-on régulièrement de la part des détracteurs d’une institution jugée désuète, voire inutile. Dans ces conditions, pourquoi réformer de nouveau cette vieille maison, comme s’apprête à le faire Eric de Chassey ?

    « L’important, explique Laurent Durupt, musicien, c’est de changer son territoire. On en espère une révélation. La peinture et la sculpture m’ont toujours nourri, et Rome en déborde. La ville est une œuvre en elle-même, et cela m’intéressait de voir quelle résonance cela produirait sur mon travail. » Il poursuit : « Ici, je ressens également une grande absence. La densité de Paris me manque… »

    L’exil et le regret, ces deux puissants moteurs de la création artistique, sont au rendez-vous de la Villa, même si le premier est consenti et le second, provisoire. Pourtant, Boucher, Ingres, Fragonard, Debussy, Carpeaux, Baltard, Garnier, Berlioz, Gounod, Charpentier, Debussy, qui furent pensionnaires, semblent avoir laissé moins de souvenirs que les réflexions amères d’Hervé Guibert dans L’Incognito (Gallimard, 1989) : « J’étais venu écrire l’histoire de ma vie. Je tombais de haut : des murs avec des taches jaunes d’infiltration, le Frigidaire qui puait, une misérable armoire en contreplaqué qui ne fermait plus, une chaise défoncée avec le rotin arraché, du sous-Ikea exténué sur lequel auraient craché les chiffonniers d’Emmaüs. » Et que dire des premières impressions de Renaud Camus ? « J’éprouve donc le sentiment contradictoire de jouir d’avantages inouïs et de faire l’objet de négligences, voire de grossièretés presque inimaginables », écrit-il dans son Journal romain (POL, 1987).

    RÉFORMATEUR

    Enfants gâtés ? Témoignages d’un passé qui n’est plus ? « Les plaintes des pensionnaires sont un genre littéraire en soi », s’amuse Eric de Chassey. Spécialiste de la peinture contemporaine américaine, ce professeur d’histoire de l’art à l’Ecole normale supérieure de Lyon poursuit son deuxième mandat à la tête de l’Académie de France. « Le directeur de la Villa Médicis est heureux quand les pensionnaires arrivent à bien travailler », explique celui dont une des premières décisions fut de nommer un responsable administratif et artistique afin de faciliter l’installation des pensionnaires et des résidents. « Cela n’a l’air de rien, explique-t-il, mais pour un artiste arrivant à Rome il n’est pas facile de trouver un vendeur de châssis ou un laboratoire photo. »

    Si chaque responsable successif de la Villa a cherché à marquer son passage, Eric de Chassey se verrait bien dans le rôle d’un réformateur zélé. En novembre 2013, il a remis à la ministre de la culture, Aurélie Filippetti, un rapport sur la « Réforme des résidences à l’Académie de France à Rome ». Réaffirmant le caractère spécifique et exceptionnel de l’institution, le rapport propose de mieux l’adapter aux besoins et aux attentes des pensionnaires et des résidents, dont le séjour devra être mieux valorisé et diffusé. Bref, toujours la même tentative de concilier la mission qui lui fut assignée par Colbert (favoriser la création) et celle qui lui fut confiée par André Malraux (s’ouvrir au monde).

    « La Villa ne doit pas perdre son rôle de lieu de formation, même si cela ne passe plus par la copie des Antiques, explique le directeur. C’est pourquoi je souhaite qu’elle s’ouvre encore davantage. » A la quinzaine de pensionnaires sélectionnés par concours viendront désormais s’adjoindre des résidents de passage pour une courte période (de un à quelques mois) - des lauréats issus d’établissements d’enseignement supérieur, des artistes, professeurs et chercheurs invités.

    « Le séjour à Rome d’artistes et de chercheurs continue de trouver sa raison d’être dans la possibilité d’un rapport vivant à une histoire longue et complexe, égrène le communiqué de presse présentant la réforme. Il faut l’adapter au fait que Rome n’est plus seulement la ville centrale de l’Antiquité et de la Renaissance, mais aussi celle du traité de Rome. La Villa Médicis doit plus que jamais être un établissement d’exception à la fois français et européen, multiconnecté avec le reste du monde. »

    « MADE IN VILLA MÉDICIS »

    Derrière ces formules un peu creuses se cache un souci : assurer à la Villa Médicis un rôle et une visibilité qui perdurent, au-delà des polémiques ou des louanges qui signalent une exposition réussie. C’est ainsi que le rapport Chassey propose que les artistes s’engagent à mentionner « leur qualité de résidents ou d’anciens résidents sur tout document public pendant une durée contractuelle (…) afin d’assurer le retour à la nation des efforts consentis ».

    Un « made in Villa Médicis » pour clouer le bec de ceux qui pensent que, sous les pins parasols du parc, on se la coule douce ? Eric de Chassey s’en défend. « Il est impossible de quantifier l’utilité d’une institution. Il n’y a pas ici d’obligation de résultat, la création est intéressante quand elle est le plus libre possible. J’essaie de concilier deux objectifs : celui de la formation et celui de la retraite hors du monde. Le premier oblige à l’ouverture, le second à une forme de réclusion. Ce n’est pas si difficile que cela en a l’air, nous avons un modèle juste en face », dit-il en désignant la coupole de la basilique Saint-Pierre qui miroite sous le ciel bleu.

    Une différence, pourtant : à la Villa Médicis, l’éternité se compte en jours ou en années, pas davantage. Le directeur comme les pensionnaires devront un jour quitter ce lieu. « Certains d’entre nous ont anticipé leur retour, raconte Laurent Durupt. Moi-même, je reviens assez souvent en France pour éviter de trouver normales les conditions de travail qui me sont offertes. Beaucoup d’entre nous disent : “On ne s’y habituera jamais.” Mais c’est faux, on s’habitue. »

    « Le retour à la vie civile est assez dur pour certains », révèle Eric de Chassey. « Dans la nuit, le retour vers Paris est un arrachement », écrit Frédéric Mitterrand dans La Récréation (Robert Laffont, 2013), alors qu’il s’apprête à prendre ses fonctions Rue de Valois. Son livre regorge de remarques acerbes sur l’action de son successeur, comme des accès de jalousie mêlée de regret.

    LE DANDY ET LES ROLLING STONES

    Fin juin 2013, les pensionnaires de la Villa ont partagé, une semaine durant, leur ordinaire avec un dandy masquant son regard fatigué sous des lunettes noires. Le chanteur Christophe est venu sur la colline du Pincio