Recueil de poèmes en hommage aux deux auteurs
Le Bon Semeur, la parabole dans laquelle a fleuri l’art chrétien
Finestre sull' Arte
Vincent van Gogh, Le semeur au coucher du soleil (Arles, v. 17-28 juin 1888 ; huile sur toile, 64,2 × 80,3 cm ; Ottrlo, Kröller-Müller Museum.
Rappelons d’emblée et brièvement cette célèbre parabole que livra Jésus… : Il s’agit de l’histoire d’un semeur qui lance ses semailles dans quatre directions distinctes : sur le bord d’un chemin, tout d’abord, où les graines seront immédiatement picorées par les oiseaux ; sur un sol pierreux, ensuite, avec peu de terre et sur lequel elles lèveront aussi vite qu’elles se dessécheront ; puis, encore, dans des ronces qui les étoufferont rapidement et enfin dans de la bonne terre où elles prospéreront en abondance…
Le pape Léon XIV, lors de sa toute première audience générale du 21 mai 2025, commenta cette parabole en l’illustrant d’une œuvre célèbre, celle du Semeur au coucher du soleil de Vincent Van Gogh : "… cette parabole de Jésus nous dit avant tout que Dieu sème la semence de sa parole sur toutes sortes de sols, c'est-à-dire dans n'importe laquelle de nos situations : parfois nous sommes plus superficiels et distraits, parfois nous nous laissons emporter par l'enthousiasme, parfois nous sommes accablés par les soucis de la vie, mais il y a aussi des moments où nous nous montrons disponibles et accueillants. Dieu est confiant et espère que tôt ou tard la graine fleurira". Le pape poursuivit sa catéchèse en soulignant combien le célèbre peintre néerlandais évoqua avec talent le dur labeur du paysan sous un soleil de plomb, le tableau insistant plus sur un message d’espérance symbolisé par le grain déjà mûr et la promesse d’une récolte abondante…
À l'écoute
Matthieu, dans son Évangile, nous précise également qu’à ses disciples qui s’étonnaient que Jésus parlât en paraboles à la foule, le Maître répondit : "À vous il est donné de connaître les mystères du royaume des Cieux, mais ce n’est pas donné à ceux-là. À celui qui a, on donnera, et il sera dans l’abondance ; à celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il a. Si je leur parle en paraboles, c’est parce qu’ils regardent sans regarder, et qu’ils écoutent sans écouter ni comprendre" (Mt 13, 11-13). Jésus insiste auprès de ses disciples sur le fait que le cœur des hommes s’était endurci au point de ne plus pouvoir accueillir la Parole, ainsi que le dénonçait déjà en son temps le prophète Isaïe que Jésus cita à cette occasion : "Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas" (Mt 13,14).
Dans ce même évangile, il est aussi souligné que Jésus a également invité son auditoire à méditer la parabole du Semeur en concluant : "Celui qui a des oreilles, qu’il entende !"
Une parabole inspirant les artistes
L’évocation par les arts de ce court récit biblique démontre combien cette parabole donnée par Jésus sut marquer les esprits, et ce très tôt dans l’histoire de l’art. Nombreux seront, en effet, les artistes à se saisir de cet épisode évocateur, dès l’art paléochrétien, mais surtout à partir du Moyen Âge où cet enseignement se prêtera plus particulièrement à l’enseignement oral à partir des images. Ainsi, la poétesse et abbesse Herrade de Landsberg représentera le Semeur dès le XIIe siècle dans une encyclopédie chrétienne manuscrite nommée "Le Jardin des délices" (Hortus deliciarum). Cette œuvre très réputée à l’époque avait entrepris de réaliser la synthèse des connaissances chrétiennes de son temps et avait notamment insisté sur ce passage biblique en l’illustrant d’un luxe de détails pour un public au fait des choses agraires. De même, les vitraux de la cathédrale de Chartres au XIIIe s. tout comme "Le semeur" de Pieter Bruegel l’Ancien au XVIe siècle ou encore le peintre français James Tissot au XIXe siècle sauront faire dialoguer cette parabole si riche en interprétations…