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Catégories : CE QUE J'AIME/QUI M'INTERESSE, Des poèmes

Dans un omnibus au Londres (Ezra Pound, 1915 ou 1916)

Dans un omnibus au Londres (Ezra Pound, 1915 ou 1916)

Les yeux d’une morte
M’ont salué,
Enchassés dans un visage stupide

Dont tous les autres traits étaient banals,
Ils m’ont salué
Et alors je vis bien des choses
Au dedans de ma mémoire
Remuer,
S’éveiller.

Je vis des canards sur le bord d’un lac minuscule,
Auprès d’un petit enfant gai, bossu.
Je vis les colonnes anciennes en « toc »
Du Pare Monceau,
Et deux petites filles graciles,
Des patriciennes, aux toisons couleur de lin,
Et des pigeonnes
Grasses comme des poulardes.
Je vis le pare,
Et tous les gazons divers
Ou nous avions loué des chaises
Pour quatre sous.

Je vis les cygnes noirs,
Japonais,
Leurs ailes

Teintées de couleur sang-de-dragon,
Et toutes les fleurs
D’Armenonville.
Les yeux d’une morte
M’ont salué.

Ezra Pound a basé ce poème de quelques lignes qu’il a écrit dans une lettre qui mentionne son amie, Margaret Cravens, qui s’est suicidée juste après. Il y a un lien fort avec Proust, qui a publié la première volume de A la recherche du temps perdu trois ans avant. Le livre est connu pour l’épisode célèbre de la madeleine, quand le goût d’une madeleine amollie dans le thé remonte à la surface un souvenir d’enfance. Ce souvenir est un exemple de la mémoire involontaire, qu’on accède d’une manière inconsciente, pas intentionnellement.

Dans ce poème, les yeux d’une Londonienne étrangère rapellent au narrateur son amie morte et il est transporté aux souvenirs de Paris, en particulière du parc Monceau, qui évoque la joie et la tranquilité du temps quand il y était avec son amie.

http://sites.duke.edu/french119_parcmonceau/poesie/

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