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Depuis quatre ans, la guerre entre l’Ukraine et la Russie nous accompagne. Tous les jours, nous lisons, nous entendons, nous voyons et nous écrivons des analyses, des reportages sur ce conflit majeur. Mais nous n’avions encore jamais raconté cette guerre en longeant toute la ligne de front, soit 1 300 km, de Soumy à Kherson. C’est ce que j’ai voulu faire, pour nous, qui regardons ce conflit de loin, pour les Ukrainiens, qui en paient le prix le plus lourd. Je vous entraîne donc avec moi, vous y verrez les lieux de cette guerre, les villes, les villages, les champs de bataille à travers mon regard, mes questions, les mots que je pose sur ce que nous entendons, voyons et vivons tout le long du front. Vous y rencontrerez les civils que nous avons croisés, les enfants et les vieillards, les femmes et les hommes, et même les animaux – en particulier les chats. Vous verrez ce qu’ils subissent, comment ils s’adaptent, l’endurance dont ils font preuve, et c’est dur, et c’est triste, et c’est admirable. Je vous conduis aussi auprès des soldats, ceux qui se reposent, ceux qui combattent dans la « killing zone », là où ils s’enterrent, où ils tuent, sont blessés et tués. Tout au long du front, il y a aussi de l’innocence, si fragile, si vulnérable et pourtant si magnifique et bouleversante. Je le savais avant, je le sais encore plus aujourd’hui, dans le chaos, là où l’esprit de destruction règne, l’innocence se manifeste aussi et sauve du désespoir et de l’anéantissement intérieur. J’ai fait cette route avec deux personnes. Un Ukrainien, Rostislav Tsyre, notre « fixeur », qui avait la lourde tâche de nous conduire, de s’occuper de la logistique et de nos relations avec les officiels. Et la photojournaliste belge Virginie Nguyen Hoang. En mémoire de sa consœur Camille Lepage, avec qui j’avais travaillé en Centrafrique en 2013 avant qu’elle y soit tuée le 12 mai 2014, j’avais proposé au service photo de La Croix L’Hebdo de faire signe à une photographe de sa génération. Leur choix s’est porté sur Virginie. Ce reportage est aussi le sien.
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