vendredi, 16 avril 2010

Peintres et poètes sous les obus

Apollinaire, lui-même dessinateur et peintre à ses heures, fut l'ami, l'allié militant des artistes qui vont révolutionner l'art moderne à la veille de la Grande Guerre. Ses frères sont Derain, Picasso, Braque, Delaunay… Un bataillon de génies. Et c'est la correspondance que le poète entretient avec eux jusqu'à sa mort qui vient d'être éditée. Laurence Campa et Peter Read ont fourni un travail minutieux, nourri de notices biographiques et de commentaires éclairants qui restituent toute l'atmosphère et les enjeux esthétiques d'une époque.

Bien sûr, les lettres phares émergent d'une foule de billets de circonstance. Cela va de : « Chez Luce la botte de navets coûte 1 f 20 » jusqu'à des textes qui constituent de véritables manifestes cubistes, futuristes, simultanéistes. La grande ombre héroïque et macabre de la guerre plane sur cette poussière d'invitations à dîner, de calculs, de protestations d'amitié, de sollicitations, de commandes, de tractations. Le versant matériel double le versant spirituel. La vie d'artiste.

Les lettres du front que s'envoient Derain, Braque et Apollinaire sont bouleversantes. Apollinaire écrit : « Je vis complètement avec mes hommes, braves ouvriers des régions envahies », « j'attends le grog à la gnole qui nous réchauffe dans les tranchées », « l'ombre est douce sur la neige ». C'est, avec Rimbaud et Hugo, le plus grand poète français. Il est en première ligne sous les obus. Et Derain lui répond que ses amis meurent autour de lui. Apollinaire partage la même intimité terrible avec Braque. Quelques kilomètres de front les séparent. Tous deux viennent d'enterrer l'impressionnisme au profit du cubisme. Apollinaire a rédigé la préface du catalogue de la première exposition du peintre organisée par Kahnweiler. Le soldat Braque écrit au poète : « Mon cher ami, je vous serre fraternellement les mains dans les tranchées. Vive la France. » Quelle noblesse !

Dans un style plus familier, la correspondance avec le dessinateur André Rouveyre est une merveille d'amitié spontanée. Les deux hommes échangent lettres, dessins, foule de poèmes. Les chefs-d'œuvre croisent la trajectoire des balles. Autre longue missive magnifique des tranchées qu'Apollinaire adresse au peintre Alberto Magnelli. C'est un écho des sublimes lettres à Lou. Cette alchimie inouïe d'Éros et de tuerie.

Avant Lou et la guerre, il y a eu la passion pour Marie Laurencin. Il écrivait : «Je baise vos mains habiles.» Elle répondait : «Aime ta zozo, ta petite fille, ta môme.» C'étaient des galanteries de temps de paix… Bien sûr, des bisbilles éclatent entre le poète et ses peintres. Le Douanier Rousseau entreprend un double portrait de Marie et de Guillaume, mais il ne peut plus payer le marchand de couleurs. Apollinaire lui déclare que l'idée du tableau n'est pas venue de lui et qu'il n'a pas d'argent ! On n'est pas grandiose tout le temps ! Fernand Léger envoie à Apollinaire une requête pour figurer au niveau de Delaunay dans ses Méditations esthétiques, car le poète est aussi le critique d'art influent de L'Intransigeant. Les chapelles se chamaillent sur la pertinence des qualificatifs de « cubiste », de « futuriste » attribués à tel ou tel. Chirico, moins suscep­tible, écrit au poète une lettre très belle sur la nuit qui semble le résumé de ses tableaux magnétiques et surnaturels : « Et chaque nuit le rêve, à l'heure la plus profonde du repos, nous montre le passé égal au futur, le souvenir se mêlant à la prophétie en un hymen mystérieux. » Voilà la grande beauté retrouvée.

«CORRESPONDANCE AVEC LES ARTISTES (1903-1918)» de Guillaume Apollinaire, édition établie, présentée et annotée par Laurence Campa et Peter Read, Gallimard, 960 p., 35 €.

http://www.lefigaro.fr/livres/2009/12/10/03005-20091210AR...

jeudi, 19 novembre 2009

Guillaume Apollinaire, Correspondance avec les artistes

Apollinaire_Correspondance_avec_les_artistes.gifPar Olivier Plat

 

 

La foisonnante correspondance d’Apollinaire avec les artistes de son temps témoigne de l’extraordinaire effervescence créatrice qui règne dans le Paris cosmopolite de la Belle époque. Paris, capitale des arts, n’a peut-être jamais mieux porté son nom. Lettres, cartons, billets, télégrammes, cartes postales, affluent de toutes parts, traversant les rues, les fleuves et les mers vers Apollinaire, l’ami, le poète, le critique d’art, et le passeur.

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jeudi, 11 décembre 2008

"Les Dessins de Guillaume Apollinaire" : Apollinaire en couleurs

LE MONDE DES LIVRES | 11.12.08 | 12h43  •  Mis à jour le 11.12.08 | 12h43

apollinaire.jpgC'est en août 1914 qu'Apollinaire, influencé par le futurisme et le cubisme, lance une souscription pour faire paraître, à tirage limité, un ensemble d'"idéogrammes lyriques et coloriés" sous le titre Et moi aussi je suis peintre. Cette publication originale aurait dû inaugurer les activités éditoriales des Soirées de Paris, revue dont le poète avait pris la direction quelques mois plus tôt. La guerre empêchera ce projet de se réaliser. Mais, en même temps, elle donnera à celui-ci une autre ampleur et perspective. A l'issue des quatre années terribles, ce sera le fameux recueil des "Poèmes de la paix et de la guerre", Calligrammes, qui paraîtra en avril 1918, quelques mois avant la mort de Guillaume Apollinaire, le 9 novembre.

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jeudi, 06 novembre 2008

Extrait des "Lettres à Lou" de Guillaume Apollinaire

lettres à lou.gif1914. Mobilisation générale. La France est en guerre. Le Polonais Apollinaire fait sa demande de naturalisation pour s'engager auprès des soldats français. L'offensive allemande menace Paris et en attendant l'issue de ses démarches administratives, Apollinaire part pour Nice où résident plusieurs de ses amis. Là, il fait la connaissance d'une jeune femme qui, dès l'abord, le fascine. Elle s'appelle Louise de Coligny-Châtillon. Pour lui, elle sera Lou.
Dès lors, de Nice où ils se sont rencontrés, puis de Nîmes où il a rejoint le 38e régiment d'artillerie et enfin du front où il s'est porté volontaire, Apollinaire se lance dans une folle correspondance. Ces lettres témoignent de son amour pour Lou. Un amour passionné et fulgurant.

Gérard Desarthe donne vie à cette magnifique correspondance. Avec une force et une énergie captivantes, il retranscrit avec justesse et émotion le caractère entier d'Apollinaire, passant de la confiance et de l'enthousiasme à l'abattement total. Instants magiques et troublants.

Extrait à écouter ici:

http://www.ecoutezlire.gallimard.fr/detail.asp?id=48307

 

jeudi, 31 juillet 2008

Dans ma lecture de "Mes 66 plus belles poésies"

Mes_66_bellespoesies-a7071.jpg

La carpe


Dans vos viviers, dans vos étangs,
Carpes que vous vivez longtemps !
Est-ce que la mort vous oublie,
Poissons de la mélancolie.

Guillaume  Apollinaire,"Petit bestiaire"

00:03 Écrit par laura dans Guillaume Apollinaire | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : poésie, apollinaire | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

vendredi, 25 juillet 2008

Dans ma lecture de"Mes 66 plus belles poésies"

Mes_66_bellespoesies-a7071.jpg

La méduse


Méduses, malheureuses têtes
Aux chevelures violettes
Vous vous plaisez dans la tempête,
Et je m'y plais comme vous faites.

Guillaume Apollinaire,"Petit bestiaire"

17:31 Écrit par laura dans Guillaume Apollinaire | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : poésie, appolinaire | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

vendredi, 18 juillet 2008

Dans ma lecture de"Mes 66 plus belles poésies"

Mes_66_bellespoesies-a7071.jpg

L'écrevisse


Incertitude, ô mes délices
Vous et moi nous nous en allons
Comme s'en vont les écrevisses,
A reculons, à reculons.

Guillaume Apollinaire,"Petit bestiaire"

11:22 Écrit par laura dans Guillaume Apollinaire | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : poésie, apllinaire | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

dimanche, 10 décembre 2006

"La tzigane" de Guillaume Apollinaire

La Tzigane savait d'avance
Nos deux vies barrées par les nuits
Nous lui dîmes adieu et puis
De ce puits sortit l'Esperance
L'amour lourd comme un ours privé
Dansa debout quand nous voulûmes
Et l'oiseau bleu perdit ses plumes
Et les mendiants leurs Avé

On sait très bien que l'on se damne
Mais l'espoir d'aimer en chemin
Nous fait penser main dans la main
À ce qu'a prédit la tzigane

http://www.toutelapoesie.com/poemes/apollinaire/la_tzigan...

dimanche, 29 octobre 2006

"Salomé" de Guillaume Apollinaire

    Pour que sourie encore une fois Jean-Baptiste
    Sire je danserais mieux que les séraphins
    Ma mère dites-moi pourquoi vous êtes triste
    En robe de comtesse à côté du Dauphin

    Mon cœur battait battait très fort à sa parole
    Quand je dansais dans le fenouil en écoutant
    Et je brodais des lys sur une banderole
    Destinée à flotter au bout de son bâton

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vendredi, 20 octobre 2006

"Crépuscule" de Guillaume Apollinaire

Frôlée par les ombres des morts
Sur l'herbe où le jour s'exténue
L'arlequine s'est mise nue
Et dans l'étang mire son corps


Un charlatan crépusculaire
Vante les tours que l'on va faire
Le ciel sans teinte est constellé
D'astres pâles comme du lait


Sur les tréteaux l'arlequin blême
Salue d'abord les spectateurs
Des sorciers venus de Bohême
Quelques fées et les enchanteurs


Ayant décroché une étoile
Il la manie à bras tendu
Tandis que des pieds un pendu
Sonne en mesure les cymbales


L'aveugle berce un bel enfant
La biche passe avec ses faons
Le nain regarde d'un air triste
Grandir l'arlequin trismégiste

http://francais.agonia.net/index.php/poetry/69645/index.h...