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Catégories : Des spectacles

Fabrice Luchini, seul sur scène avec brio

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Dans ce spectacle, Fabrice Luchini s'aventure à l'extrême pointe de lui-même, exalté et étincelant.
Sébastien Soriano/Le Figaro.
 
MARION THÉBAUD.
 Publié le 08 février 2007
Actualisé le 08 février 2007 : 11h18
 

Valéry, Barthes, Molière et ses propres textes sont au programme de la Carte blanche que l'acteur propose au Paris-Villette avant de songer au Misanthrope.

IL EST l'un des plus fiers représentants d'un milieu où l'ascenseur social remplit son rôle. Preuve à l'appui, il fréquente le Ritz (voir photo en page précédente), à l'occasion, pour sa table. Fabrice Luchini, qui n'est pas né une cuillère d'argent dans la bouche mais au pied de la butte Montmartre, a joué les figaros avant d'incarner à l'écran l'auteur du Figaro. C'était pour Beaumarchais de Molinaro. Il ne s'en laisse pas conter. Les beaux esprits politiquement corrects l'agacent. « Pourquoi voulez-vous que je tourne le dos à une société qui m'a permis de trouver ma place ? Être de gauche est un gros projet parce qu'il condamne à l'exceptionnel. C'est très ambitieux, non ? Si l'arrogance de classe me répugne, la fausse fraternité mécanique m'agace tout autant. » La société participative n'est pas son fort. Il se moque de ses enfantillages et ne peut s'empêcher, dans son nouveau spectacle, de s'amuser de François Hollande, spectateur malchanceux, arrivant soixante minutes après le début de la représentation... « J'ai eu la tentation de baptiser mon spectacle En attendant François... » On reconnaît bien là l'ironie du comédien, sa malice et l'aisance avec laquelle il joue avec une salle.
Les bras chargés de livres, il prend possession de la scène du Paris-Villette où, pendant deux heures, il captive le public. Il attaque fort, un texte de Valéry tiré de Tel quel, Le pont de Londres - « Du haut de gamme ». Il s'enchante des vérités de Valéry qu'il dit et redit : « »La plupart des hommes ont une idée si vague de la poésie que ce vague même leur tient lieu de définition de la poésie.* Admirable, non ? Et cette autre phrase tout aussi remar­quable :»Il n'existe pas d'êtres capables d'aimer un être tel qu'il est. On demande des modifications.* De telles phrases m'ont donné l'envie de me plonger dans Valéry. Ce n'est pas du socioculturel. » Mais l'acteur a plus d'un tour dans son sac. Pour la première fois, il mêle l'homme qui maîtrise le style, triomphe des difficultés de la ­langue française, avec la faconde du bateleur, l'homme des exploits télévisuels qui transforme un banal journal télévisé en épopée. Il y a de l'aède chez ce comédien qui a de l'imagination à revendre et réussit en un seul passage télévisé à faire de Jean-Pierre Pernaut un personnage de la France éternelle. Ce sont ces deux tempéraments qui se fondent dans ce spectacle où l'on ne cesse de s'émerveiller avec Flaubert, Rimbaud, et un instant plus tard de rire aux éclats à l'évocation du tournage de Perceval le Gallois, d'Éric Rohmer, ou de sa ren­contre avec Roland Barthes, dont il lit des extraits de Fragments d'un discours amoureux. « Je fais de Barthes un tendre décodage », explique-t-il.
Un parcours singulier
Il a surtout eu la tentation d'écrire. Des centaines de pages noircies qu'il a refusé de publier, mais dont il tire aujourd'hui la substance d'un spectacle vif où, seul sur le plateau, la bride sur le cou, il laisse aller son tempérament, s'aventure à l'extrême pointe de lui-même, exalté, enivré, étincelant. À l'image de Philippe Caubère qu'il adore, il joue ici son propre texte. Comédien sans limites, il est au mieux de sa forme quand il raconte son entrevue avec Barthes à la suite d'un article de ce dernier sur Perceval le Gallois. C'est un morceau de bravoure. « Je suis un fou des textes et j'adore le one-man-show. J'ai voulu marier ces deux passions. » Mission réussie. On s'amuse vraiment à cette tranche de vie révélée par l'acteur. Et, dans le même temps, on écoute des extraits de Barthes que l'acteur dissèque avec un art consommé. À sa façon, il marche sur les traces de Caubère, mais invente un parcours singulier. À l'un, l'arène, petit taureau à la phénoménale énergie physique, faisant d'Ariane Mnouchkine une reine de théâtre. À l'autre, le fil du funambule, léger, dansant, mais avec du souffle et du jarret car il en faut pour tenir deux heures durant un public en haleine avec des textes de poète.
Il achève son aventure avec Molière. (On peut le voir à l'écran dans le Molière de Laurent Tirard.) Ici, il a choisi quelques répliques des Fâcheux, le début du Misanthrope, et on entend toute la virtuosité d'une écriture dont il parle avec flamme. « La langue de Molière est produite par l'oralité. Sa musique, sa fluidité sont admirables car elles semblent naturelles malgré toutes les contraintes. » À la rentrée, en octobre, il s'attaquera au Misanthrope. Un projet qu'il caresse depuis longtemps mais dont il n'a pas encore tiré les grandes lignes. « Je veux qu'il y ait des moyens. Je ne pense pas jouer dans un théâtre privé. » On avance le nom de Daniel Benoin, le responsable du centre drama­tique de Nice, qui pourrait mettre en scène l'aventure. Mais rien n'est fait. On en reparlera. Pour le moment, Fabrice Luchini attend le public avec Valéry, Barthes et Molière, une belle troïka pour une carte blanche dominée par le brio de l'acteur.
Théâtre Paris-Villette, du mardi au samedi, 20 heures. Rés. : 01 40 03 72 23.

Commentaires

  • je n'aime pas trop ce comedien

  • Il m'agace parfois mais il est très intelligent et cultivé et vu cet article et vu ce que j'ai entendu sur ce spectacle, ça a l'air intéressant.
    Paul Valéry et Roland Barthes(et d'autres), il faut le faire...

  • I a un timbre de voix que je n'aime pas , mais c'est sans aucun doute un bon comédien , oublier le personnage et entrer dans celui d'un autre personnage qui joue un rôle c'est le voir différemment ..

  • Il ne joue pas vraiment un rôle, là... et j'ai déjà répondu ci-dessus

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