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  • Catégories : La littérature

    La mort de Julien Gracq dans "L'express" (cf. article du Figaro dans ma note du 24)

    Propos recueillis par François Dufay

    Julien Gracq, auteur du Rivage des Syrtes, est mort à 97 ans. L'un de ses amis proches, Dominique Rabourdin, écrivain et réalisateur, se souvient de lui.

     

    Vous fréquentiez Julien Gracq depuis de longues années. Quand l’avez-vous vu pour la dernière fois ?
    Je lui ai rendu visite au mois septembre, et je lui ai parlé au téléphone la semaine dernière. Il m’avait paru en pleine forme. D’après ce qu’on m’a dit, il a été emporté par un malaise dû une gastrite, alors qu’il était hospitalisé à Angers. A 97 ans, tout incident bénin peut devenir fatal.

    Quel souvenir gardez-vous de lui ?

    Je tiens d’abord à rectifier quelque chose: depuis sa disparition, j’entends parler dans les hommages de l’"ermite" de Saint-Florent-le-Vieil, d’un personnage hautain, distant, misanthrope. Or c’était quelqu’un d’extrêmement ouvert, accueillant, attentif, que je voyais quatre ou cinq fois par an depuis 1968. Il recevait beaucoup de chercheurs, de gens qui aimaient ses livres, il entretenait une abondante correspondance, répondait très scrupuleusement aux envois d’ouvrages. C’était quelqu’un d’extraordinairement fidèle en amitié: songez qu’après la mort d’André Breton, il a pendant des années téléphoné chaque semaine une heure à sa veuve Elisa.

    Mais il avait un côté prof, vieux garçon, non ?
    Vous savez, ce n’était pas seulement un professeur agrégé, c’était aussi un homme de la campagne! Simple, gentil, malicieux, convivial et prévenant avec ses voisins. Il existe des photos où on le voit jouer au boomerang avec des gens du coin! Il adorait le football, il avait suivi la dernière coupe du monde de rugby, et trouvait que le XV de France n’avait eu que ce qu’il méritait à cause de son jeu fermé. Ses autres distractions étaient les DVD: opéras de Wagner, films tirés de ses livres ou œuvres de Robert Bresson.

    Un peu "coincé" quand même ?
    Pas vraiment : pensez au Beau ténébreux, aux pages érotiques du Balcon en forêt: ce sont des livres violents, romantiques. Pour ne pas parler de son pamphlet La littérature à l’estomac. il avait eu plusieurs liaisons féminines, notamment avec Nora Mitrani. Simplement, il avait fixé une règle, qu’il m’a répétée lors de nos entretiens: "Il n’y a pas de vie privée". Il y avait un domaine réservé, une limite infranchissable, celle de l’intimité. C’était quelqu’un de formidablement têtu, en bon Vendéen qu’il était.

    Dans les derniers temps, souffrait-il de son grand âge ?
    Depuis la mort de sa sœur, décédée à peu près au même âge que lui il y a une dizaine d’années, il vivait seul dans sa grande maison de Saint-Florent-le-Vieil. Il était devenu très frileux, il vous recevait en robe de chambre, avec écharpe et béret, même au mois de juin. Il sortait peu quand le temps était mauvais, de peur de se casser le col du fémur.

    Pour parler de la seule chose qui importait avec lui, l’écriture, il disait "décliner". A cause de l’arthrose, il avait du mal à tenir un stylo, lui qui ne s’était jamais servi d’une machine à écrire ou d’un ordinateur. Surtout, il prétendait avoir de plus en plus de problèmes à trouver le mot juste, en raison des troubles de la mémoire. Alors, disait-il, il valait mieux cesser d’écrire, ou ne plus le faire que par hygiène. Mais jamais je ne l’ai entendu se plaindre, de cela ou d’autre chose. Il avait un côté stoïcien.

    Au cours d’une de vos dernières rencontres, il vous a confié être un "écrivain mort"!
    Il disait cela parce que, à part un recueil d’entretiens en 2002, il n’avait rien publié depuis les Carnets du grand chemin en 1992. Et son dernier roman, Un balcon en forêt, date de 1958! C’est en ce sens qu’il se disait "mort".

    En était-il attristé ?
    Non, chez lui, il n’y avait pas de nostalgie, de tristesse, il était au contraire serein, détaché, avec même un petit côté pince-sans-rire. Il était conscient d’être un écrivain d’un autre temps: à vingt ans, il savait par cœur La Chartreuse de Parme, ce qui n’est certes plus le cas de la génération internet. De nos jours, constatait-il, la littérature tendait à devenir "horizontale", avec la multiplication des titres et des auteurs à l’échelle planétaire, alors que le lien "vertical" avec les anciens s’estompait. Il était conscient que la littérature telle qu’on l’avait connue n’existerait plus dans les prochaines décennies. La disparition du livre lui paraissait inéluctable.

    Il parlait de la vieillesse et de la mort avec le même calme étonnant. "La perspective de ma disparition ne me scandalise pas, m’avait-il confié à la fin de l’entretien publié dans Le magazine littéraire en juin dernier, la mort étant partout inséparable de la vie". C’était un homme libre, un individualiste, un personnage énigmatique, d’une grande dignité.

     

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    Cf. aussi article du monde dans ma note d'aujourd'hui.

    http://www.lexpress.fr/info/quotidien/actu.asp?id=463201

  • Catégories : La littérature

    La mort de Julien Gracq dans "Le monde" (cf. article du Figaro dans ma note du 24)

    Auteur notamment du Rivage des Syrtes et de Eaux Etroites, l'écrivain Julien Gracq est mort, samedi 23 décembre, à l'âge de 97 ans, a-t-on appris dimanche de sources concordantes dans son entourage. Il avait été hospitalisé au CHU d'Angers en début de semaine après avoir eu un malaise à son domicile de Saint-Florent-le-Vieil (Maine-et-Loire), où il vivait retiré depuis de nombreuses années, ont précisé les mêmes sources.

     

    Né le 27 juillet 1910 dans ce même village d'Anjou, en bord de Loire, Julien Gracq, de son vrai nom Louis Poirier, figurait parmi les très grands écrivains francais. Il a signé 19 ouvrages (poésie, théâtre, essais et romans). Jamais édité en poche, il est resté fidèle à des tirages limités qui ne l'ont pas empêché de jouir d'un grand prestige dans le monde des lettres. Pourquoi avoir choisi le nom de Gracq ? Pour des "raisons de rythme et de sonorité", avait-il expliqué.

    Homme secret et rétif aux honneurs - il menait une vie "très éloignée des cercles littéraires et des parades mondaines", peut-on lire sur le site de son éditeur, José Corti -, Julien Gracq avait refusé le prix Goncourt en 1951 pour son chef d'oeuvre Le rivage des Syrtes, l'histoire d'un suicide collectif sur fond de pays imaginaires. Il avait cependant accepté d'entrer en 1989 dans la prestigieuse collection de Gallimard, la Pléiade et avait ainsi été l'un des rares contemporains à être publié de son vivant dans cette collection.

    Agrégé d'histoire et de géographie, il écrit tout en enseignant dans des lycées de Quimper, Nantes, Amiens et Paris.  En 1938, il présente en vain le manuscrit de Au château d'Argol à la NRF (Gallimard). Il s'adresse alors à l'éditeur et libraire José Corti, à qui il restera fidèle durant toute sa vie.

    UNE PERFECTION DE STYLE

    En 1939, après avoir rencontré André Breton, chef de file du surréalisme, il devient un compagnon de route du mouvement dont il s'éloigne cependant assez vite.

    Avec une perfection de style frisant parfois la préciosité, il était pamphlétaire dans La littérature à l'estomac (1950), où il stigmatisait les moeurs littéraires, poète dans Liberté grande (1947), critique dans Préférences (1967), nouvelliste dans La presqu'île (1970) et, bien sûr, romancier dans Un beau ténébreux (1945) ou Un balcon en forêt (1958). Il était aussi l'auteur de En lisant, en écrivant (1981) ou La forme d'une ville (Nantes) (1985).

     

    Un balcon en forêt, Le roi Cophetua - une des trois nouvelles composant La presqu'île - et Un beau ténébreux ont été adaptés au cinéma respectivement par Michel Mitrani, André Delvaux et Jean-Christophe Averty.

    De très nombreux ouvrages savants sont parus sur son oeuvre, traduite en plusieurs langues.

    http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3382,36-992794,0.html