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  • Catégories : La langue (française)/ les langues

    Les serments de Strasbourg

    Le 14 février 842, à Strasbourg, Louis le Germanique et Charles le Chauve, petits-fils de l'empereur Charlemagne, se prêtent serment d'assistance mutuelle.

    Tous les deux sont en guerre contre leur frère aîné Lothaire, qui a hérité du titre d'empereur de leur père Louis le Pieux, mort deux ans plus tôt.

    Louis le Germanique prononce son serment en langue romane (l'ancêtre du français) pour être compris des soldats de son rival et associé. Charles le Chauve fait de même en langue tudesque (l'ancêtre de l'allemand).

    Leur serment est repris par tous les soldats dans leur langue habituelle. C'est que les habitants de l'empire de Charlemagne ont oublié le latin et commencent à se distinguer par leurs idiomes, selon qu'ils vivent à l'ouest ou à l'est de la Meuse.

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  • Catégories : La poésie

    De l’Election de son sepulcre

    de Ronsard (1524–†1585)
     
     
    ANTRES, et vous fontaines
      De ces roches hautaines
      Qui tombez contre-bas
        D’un glissant pas:
    Et vous forests et ondes         5
      Par ces prez vagabondes,
      Et vous rives et bois,
        Oyez ma voix.
    Quand le ciel et mon heure
      Jugeront que je meure,         10
      Ravy du beau sejour
        Du commun jour,
    Je defens qu’on ne rompe
      Le marbre pour la pompe
      De vouloir mon tombeau         15
        Bastir plus beau:
    Mais bien je veux qu’un arbre
      M’ombrage en lieu d’un marbre,
      Arbre qui soit couvert
        Tousjours de vert.         20
    De moy puisse la terre
      Engendrer un lierre,
      M’embrassant en maint tour
        Tout à l’entour:
    Et la vigne tortisse         25
      Mon sepulcre embellisse,
      Faisant de toutes pars
        Un ombre espars.
    Là viendront chaque année
      A ma feste ordonnée         30
      Avecques leurs troupeaux
        Les pastoureaux:
    Puis ayant fait l’office
      De leur beau sacrifice,
      Parlans à l’isle ainsi         35
        Diront ceci:
    Que tu es renommée
      D’estre tombeau nommée
      D’un, de qui l’univers
        Chante les vers!         40
    Et qui onq en sa vie
      Ne fut bruslé d’envie,
      Mendiant les honneurs
        Des grands Seigneurs!
    Ny ne r’apprist l’usage         45
      De l’amoureux breuvage
      Ny l’art des anciens
        Magiciens!
    Mais bien à noz campagnes
      Fist voir les Sœurs campagnes         50
      Foulantes l’herbe aux sons
        De ses chansons.
    Car il fist à sa lyre
      Si bons accords eslire
      Qu’il orna de ses chants         55
        Nous et noz champs.
    La douce manne tombe
      A jamais sur sa tumbe,
      Et l’humeur que produit
        En May la nuit.         60
    Tout à l’entour l’emmure
      L’herbe et l’eau qui murmure,
      L’un tousjours verdoyant,
        L’autre ondoyant.
    Et nous ayans memoire         65
      Du renom de sa gloire
      Luy ferons comme à Pan
        Honneur chaque an.
    Ainsi dira la troupe,
      Versant de mainte coupe         70
      Le sang d’un agnelet
        Avec du laict
    Desur moy, qui à l’heure
      Seray par la demeure
      Où les heureux espris         75
        Ont leur pourpris.
    La gresle ne la neige
      N’ont tels lieux pour leur siège,
      Ne la foudre oncque là
        Ne devala:         80
    Mais bien constante y dure
      L’immortelle verdure,
      Et constant en tout temps
        Le beau Printemps.
    Le soin qui sollicite         85
      Les Rois, ne les incite
      Le monde ruiner
        Pour dominer:
    Ains comme freres vivent,
      Et morts encore suivent         90
      Les mestiers qu’ils avoient
        Quand ils vivoient.
    Là là j’oiray d’Alcée
      La lyre courroucée,
        ET Sapphon qui sur tous         95
        Sonne plus dous.
    Combien ceux qui entendent
      Les chansons qu’ils respandent
      Se doivent resjouir
        De les ouir!         100
    Quand la peine receuë
      Du rocher est deceuë,
      Et quand le vieil Tantal
        N’endure mal!
    La seule lyre douce         105
      L’ennuy des cœurs repousse.
      Et va l’esprit flatant
        De l’escoutant.