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Catégories : Picasso Pablo

Faux prix pour un vrai Picasso

 

Par Béatrice De Rochebouet Publié le 07/02/2013 à 06:00 
Ce portrait de Marie-Thérèse Walter est une toile moins aboutie que celles qui ont atteint des sommets.
Ce portrait de Marie-Thérèse Walter est une toile moins aboutie que celles qui ont atteint des sommets. Crédits photo : SUZANNE PLUNKETT/REUTERS

L'enchère, mardi soir, chez Sotheby's à Londres, d'un portrait de la muse du peintre pose à nouveau la question des garanties de prix accordées par les maisons de ventes.

Mardi 5 février au soir, à Londres, ceux qui ont assisté à la vente d'art impressionniste et moderne de Sotheby's n'ont pas été dupes. Vrai ou faux spectacle? La salle a retenu son souffle quand le marteau est tombé à 25,5 millions de livres, 28,6 millions de livres avec les frais, pour le très attendu portrait de Marie-Thérèse Walter, peint par Picasso en 1932, année mythique de sa rétrospective chez Georges Petit (nos éditions du 25 janvier). C'est la deuxième plus haute enchère pour la muse de Picasso. Elle arrive derrière le Rêve, vendu 48,4 millions de dollars au propriétaire du Casino de Las Vegas, Steve Wynn, chez Christie's en 1997. Mais elle se place devant la Lecture adjugée 40,6 millions de dollars, chez Sotheby's à Londres, en 2011.

Nouveau test sur le marché en ce début 2013, Femme assise près d'une fenêtre était estimée 25 à 35 millions de livres (30 à 43 millions d'euros ou 40 à 56 millions de dollars). Elle est donc partie légèrement au-dessus de l'estimation basse, correspondant à la réserve, à savoir le prix minimum demandé par le vendeur. Mais y avait-il un acheteur autre que le garant, à savoir un tiers qui s'est engagé à acquérir la toile à un prix fixé d'avance? De fait, il n'y a pas eu d'enchère dans la salle. Le seul acheteur potentiel était au téléphone avec Patti Wong, président de Sotheby's Asie. Les supputations sont allées bon train à l'issue de la vente, notamment sur l'éventualité d'un acheteur asiatique. Mais le mystère demeure.

«Faute d'éléments concrets, il y a eu un emballement, observe Thomas Bompard de Sotheby's Paris. Notre rôle est de signer un contrat avec le vendeur. On peut estimer que celui-ci veuille une garantie pour la pièce qu'il nous confie. Notre devoir de confidentialité nous impose la plus grande discrétion.» Du côté de la concurrence, les langues se délient. Nombre de professionnels s'accordent à dire que «ce tableau s'est vendu à un très bon prix compte tenu de sa facture». Chez Sotheby's, on vantait «la poésie, le lyrisme, la tendresse émanant de ce portrait atypique». En réalité, cette toile était beaucoup moins aboutie que celles ayant atteint des sommets aux enchères. D'où une estimation jugée très forte par certains spécialistes. Poussées par la compétition, les maisons de ventes doivent rester dans la course grâce à des toiles signées de grands noms.

Un petit signe en forme de fer à cheval

Que vaut en réalité ce Picasso? «En vente de gré à gré, il se serait négocié sans doute beaucoup moins cher, observe un grand courtier indépendant. Sotheby's a très bien mené les opérations. La maison n'a pris aucun risque en trouvant un acheteur à hauteur de la garantie. Cela ressemble à une vente poussée à 20% au-dessus du marché. La réalité du prix, on ne la connaîtra pas. Il n'y avait pas un seul acheteur dans la salle ou au téléphone au-delà de la garantie.»

Difficile pour un néophyte de décrypter ces enchères artificiellement montées jusqu'à hauteur de la garantie. Dans le catalogue, ce portrait de Marie-Thérèse était accompagné d'un petit rond signifiant que Sotheby's supportait en totalité ou en partie la garantie accordée au vendeur. De même, un petit signe en forme de fer à cheval inversé, codifiant une «irrevocable bid», à savoir un achat sans possibilité de rétractation. Le jeu des enchères étant alors quelque peu faussé, les maisons ont l'obligation d'indiquer l'existence de cet accord d'achat passé pour un montant non dévoilé avec un acheteur. En revanche, chaque maison peut garder secret le montant.

S'il veut vraiment vendre un tableau, le propriétaire a tout intérêt à entrer dans ce système avantageux pour lui. Mais cette politique de garantie tend à gonfler les prix. En témoigne le produit atteint mardi soir à Londres par Sotheby's: c'est le deuxième plus haut montant total pour une vente impressionniste et moderne avec 121 millions de livres, soit 85,7 % de vendu en lot, 86,2 % en valeur. «Jusqu'à quand cette politique d'auto-dopage peut-elle fonctionner ? s'interroge Thomas Seydoux, ancien de Christie's et cofondateur d'un cabinet de courtage en art avec Stephan Connery, ancien de Sotheby's et Lionel Pissaro. Le marché est très sain. Personne ne veut plus acheter une œuvre de qualité moyenne surestimée.» Et le système de la garantie irrite les vrais connaisseurs.

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