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Décès de Bert Stern, le photographe qui a mis Marilyn à nu

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Bert Stern à la Milk Gallery en novembre 2011.

Bert Stern à la Milk Gallery en novembre 2011.

Le photographe américain qui a fait poser Marilyn comme Salomé derrière ses voiles, juste avant sa mort le 5 août 1962, est décédé mardi 26 juin à Manhattan à l'âge de 83 ans

«Ce que je veux, c'est Marilyn à l'état pur. Je ne vois pas ce que les vêtements viendraient faire dans l'histoire. Seulement, la déshabiller, c'est aussi simple que d'aller en Égypte pour renverser une pyramide dans un verre de Martini», résuma d'une belle formule Bert Stern, faisant référence à son cliché fameux de 1955 pour une publicité Smirnoff Vodka, dans son livre The Last Sitting (1982). Ce photographe au chic décalé disputait le titre de «dernier photographe de Marilyn» à son compatriote Larry Schiller qui l'a suivie lui sur le tournage de Something's Got to Give, dernier film interrompu par la mort de la star, le 5 août 1962. L'été dernier bruissait des multiples hommages rendus à la blonde des blondes, 50 ans après sa disparition troublante. Moins d'un an plus tard, le New York Times a annoncé dans ses colonnes la mort, mardi 26 juin à son domicile de Manhattan, de Bert Stern, son portraitiste-gentleman cambrioleur, figure un rien narquoise venue de la photo de mode et de publicité qui sut faire fondre la glace de l'idole.

Pour l'éternité donc, Bert Stern (1929-2013) est celui qui a fait sourire Marilyn nue, chair tendre à peine distanciée par le voile de Salomé, offrant à l'objectif la cicatrice laissée par sa récente opération de la vésicule biliaire, la maturité de sa poitrine, sa taille fine retrouvée, son sourire presque trop grand comme les enfants punis, comme si la vie n'avait plus rien à cacher. The Last Sitting, c'est Marilyn ronde et rose derrière le foulard pop et scintillant qui, d'instinct, fait valoir son corps bien porté comme celui d'une danseuse. C'est Marilyn déguisée cruellement en Jackie Kennedy, sa brune rivale en amour présidentiel. C'est la beauté apprêtée au platine extra-terrestre, qui s'abrite derrière un collier baroque. C'est la naïade qui souligne la cambrure de ses reins par une pose tonique. C'est l'aguicheuse qui cache ses seins par deux fleurs de soie et fait un clin d'œil entendu au regard voyeur. C'est aussi les clichés frontaux, presque naturistes, que la star a barrés d'une croix rouge. Un signe fort symbolique si près de la mort de son adorable sujet, et qui signifiait son veto définitif à toute image jugée non glamour.

Le parfum du scandale

Bert Stern, 1962 (Crédits: Irving Penn / Taschen)

Bert Stern, 1962 (Crédits: Irving Penn / Taschen)

Le 21 juin 1962, Bert Stern a rendez-vous avec Marilyn à Los Angeles pour le Vogue de septembre (un numéro posthume retentissant). Il revient de Rome et du tournage de Cléopâtre avec Liz Taylor, grande rivale en renommée et surtout en cachets faramineux de Norma Jeane Baker, comme en témoigneront les portraits respectifs, lunaire pour Liz, solaire pour Marilyn, de Warhol. «Quand on évoque Marilyn Monroe, on repense à la photo célébrissime de Tom Kelley en 1949, pour laquelle elle avait posé sur un fond en velours rouge, ou à sa robe blanche s'envolant autour d'elle dans la fameuse scène de The Seven Year Itch (Sept ans de réflexion). Moi, le passé ne m'intéressait pas: je devais découvrir quelque chose d'elle qui n'avait pas encore été capté par les autres photographes», écrit-il dans l'ouvrage Norman Mailer- Marilyn Monroe- Bert Stern de Taschen (édition grand public 49,99 €, édition limitée collector 750€).

Pendant le vol transtlantique, ce photographe stratège qui a survécu glorieusement à Liz Taylor, organise déjà dans sa tête la séance de pose de Marilyn, décide de la faire au «Bel-Air, l'hôtel le plus calme de Los Angeles, dessiné et décoré avec goût, où les arbres et les fleurs abondaient. Un petit pont à l'entrée, des cygnes dans l'étang qu'il surplombait: un cadre de conte de fées. Chaque chambre avait une cheminée et était conçue pour préserver au maximum l'intimité des pensionnaires». Sur le trajet, il s'arrête à New York, fouille avec préméditation «dans l'immense collection d'accessoires de mode au siège de Vogue», ce qu'il allait utiliser pour «sa» Marilyn. Les stylistes du magazine écument pour lui les boutiques de Dior, Chanel et Pucci. Résultats chatoyants et scandaleux sur pellicule. La première série de nus fut bannie de Vogue, et publiée plus tard dans le magazine Eros.

«Elle était à moi»

Marilyn Monroe, <i>Black and White Roses, </i>1962(Crédits: Bert Stern / Taschen)

Marilyn Monroe, Black and White Roses, 1962(Crédits: Bert Stern / Taschen)

La chambre d'hôtel est sur son ordre vidée de tout ameublement et décoration pour devenir studio de lumière. Et soudain, Marilyn est là. «La surprise a été totale. Elle avait perdu beaucoup de poids et en était toute transformée. Elle était mieux que l'actrice bien en chair, aux rondeurs presque excessives, que j'avais vue dans les films. En pantalon de toile vert pâle et pull en cachemire, elle était svelte et fine, avec juste ce qu'il fallait de courbes aux bons endroits. Un foulard sur les cheveux. Elle n'était pas maquillée - rien du tout! - et elle était… sublime. La beauté avec une majuscule. J'en suis resté sans voix», raconte-t-il fort bien dans son livre de mémoires chez Taschen (2011). «Bon, alors combien de temps vous avez?», demande aussitôt Bert Stern qui se définit lui-même par son franc «toupet». «Tout le temps qu'on veut!», lui répond celle que l'on dit si fantasque, voire capricieuse. «C'est là que j'ai compris qu'elle n'avait rien d'autre à faire. Elle n'allait nulle part, après. Elle était à moi», résume-t-il en chasseur d'images.

Marilyn remarque les foulards, comprend tout de suite leur fonction. «Elle a pris les foulards un par un, les a examinés, caressés, et puis elle en a levé un dans la lumière. Je pouvais la voir à travers le tissu léger. Ses yeux ont viré au bleu pur. Elle a rabaissé le foulard, m'a regardé bien en face.: ‘C'est des nus que vous voulez faire?'. Elle avait tout percé à jour». Le reste est une légende photographique qui n'a cessé d'alimenter récits, livres, films, expositions en galerie et vente aux enchères. Dans le documentaire Bert Stern: Original Madman (2010), le photographe souligna que «tenir en son pouvoir Marilyn Monroe dans une chambre d'hôtel est une expérience unique dans la vie». «Au cours de ce week-end et du suivant, j'ai pris plus de deux mille cinq cents photos de Marilyn dans plus de vingt tenues différentes… enfin, si l'on compte un foulard comme une tenue (...) Elle ne se doutait certainement pas que mon existence serait toute entière déterminée par les photos que j'ai prises d'elle.», confia-t-il en 2011 cet enfant de Brooklyn, fils d'un père photographe et portraitiste d'enfants.

Dans sa très longue carrière, ce styliste de l'image a photographié une multitude de stars, d'Audrey Hepburn à Truman Capote, de Gary Cooper à Twiggy. Mais il garda un faible pour les mannequins, sujet parfait du photographe comme le souligne Blow-Up d'Antonioni (1966). «Ce qui fait un grand modèle, c'est son besoin, son désir. Et c'est excitant de photographier le désir».

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