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Catégories : CE QUE J'AIME/QUI M'INTERESSE, La politique

NKM, la brindille de fer

 

Meilleur espoir féminin. Une victoire à Paris de l'ancienne ministre de l'Environnement de Nicolas Sarkozy rendrait cette femme de 40 ans incontournable dans le paysage politique français.

Meilleur espoir féminin. Une victoire à Paris de l'ancienne ministre de l'Environnement de Nicolas Sarkozy rendrait cette femme de 40 ans incontournable dans le paysage politique français. Crédits photo : RomainBoe/ABACA

PORTRAIT - À une semaine d'un premier tour crucial, Nathalie Kosciusko-Morizet veut encore croire, contre vents et marées, en ses chances de victoire à Paris.

À l'un de ses conseillers qui lui prédisait, il y a un an, que Paris échapperait probablement à la vague bleue qui toucherait l'ensemble de la France, NKM a fait cette réponse: «J'ai désormais deux objectifs: gagner et te faire mentir.» Aujourd'hui encore, alors que les sondages se succèdent et ne laissent que peu d'espoir à son camp, Nathalie Kosciusko-Morizet continue d'y croire. Et de se battre. «Les sondages? Je méprise les hauts et je reprise les bas», disait d'eux Jacques Chirac. La candidate pourrait reprendre à son compte la formule de son premier mentor. En meeting à la Bellevilloise, dans le XXe arrondissement de Paris, elle a évoqué «une grande surprise» à venir. En privé, jurent ses amis, «Nathalie ne tient pas d'autres discours.» Elle interdit à ceux qui l'entourent d'évoquer la perspective d'une défaite et cherche le regard de ceux qui croient encore en elle. Jusqu'à la toute fin de la campagne, elle tirera ses cartouches. Jusqu'au bout, elle continuera de croire à l'inversion de la courbe des sondages.

Seule contre tous, contre certaines évidences sociologiques et politiques, dans une ville qui a voté François Hollande à près de 56%, Nathalie Kosciusko-Morizet croit en son destin. En sa «destinée», analyse Jean-Luc Mano, l'un de ses conseillers en communication. Chez cette brindille au caractère de fer, confie une de ses proches, «ce n'est pas seulement de l'ordre de la politique, mais de la mystique». Plusieurs fois déjà au cours de sa carrière, «elle a été sauvée des eaux», poursuit cette amie de longue date. La dernière fois, c'était en juin 2012 aux légis­latives dans la IVe circonscription de l'Essonne. L'ancienne porte-parole de Nicolas Sarkozy était parvenue à se faire réélire de justesse en dépit de la «fatwa» du FN lancée contre elle à Long­jumeau. De cette mésaventure, Nathalie Kosciusko-Morizet a tiré un argument contre tous ceux qui aiment à la présenter comme une éternelle héritière. Elle n'a pas dû son salut à toutes les bonnes fées politiques qui s'étaient penchées sur elle dès le berceau, mais à son tempérament trempé dans l'acier des campagnes incertaines. A cette bonne étoile qui la protège. Si bien qu'elle est parvenue à se défaire de cette image qui collait à ses talonshauts pour apparaître comme une miraculée, une rescapée, un soldat revenu victorieux du camp des morts.

«Si les choses avaient dû être faciles, cela n'aurait pas été moi»

Aujourd'hui encore, NKM veut en faire à Paris la démonstration. Elle savait avant même le début de la campagne que son aventure parisienne allait être âpre, rugueuse, difficile. C'est d'ailleurs pour cette unique raison qu'elle a pu tirer son épingle du jeu et s'imposer comme la candidate parisienne de la droite et du centre. Lucide, elle confie dans une rame de la ligne 8 du métro, entre deux rendez-vous d'une campagne menée au pas de charge, que «si les choses avaient dû être faciles, cela n'aurait pas été moi». Elle songeait alors, sans les nommer, à François Fillon et à Jean-Louis Borloo, à qui Paris tendait pourtant les bras. «Ils se seraient tous battus pour devenir maire de Paris, si les chances de victoires avaient été supérieures à la probabilité d'une défaite.» Une manière de souligner qu'elle n'a pas peur de descendre dans l'arène et de risquer sa peau. Et de pointer, surtout, qu'il n'est pas nécessaire d'être un homme pour avoir du courage.

Mieux, comme le rapporte Soazig Quéméner, dans la biographie qu'elle a consacrée à la candidate, «Nathalie est devenue un homme politique.» Le compliment est signé de François Kosciusko-Morizet, son père, quelques jours avant d'être victime d'un AVC.

«Nathalie est devenue un homme politique.»

François Kosciusko-Morizet

Plus que jamais, toute de noire vêtue, NKM ressemble à cette héroïne du Bonheur est dans le crime, une nouvelle des Diaboliques. Mme de Savigny souffletait de son gant une panthère du Jardin des Plantes. Barbey parlait de cette femme comme de l'incarnation de «la beauté virile».Il y a beaucoup de cela chez NKM, confie l'une de ses connaissances. «On la croit fragile, évanescente, vaporeuse. Mais Nathalie est une dame de fer. C'est une lame qui ne tremble pas.»

C'est d'ailleurs ce côté «bretteuse, frondeuse, pleine de panache» qui a séduit l'écrivain Denis Tillinac. Lui qui, dans son dernier ouvrage, avoue sans crainte son «bonheur d'être réac» reconnaît presque paradoxalement s'être entiché de cette jeune femme volontiers bobo. Elle a cette «gestuelle mousquetaire», dit-il encore. Pendant toute la campagne, il s'est évertué dans l'ombre à faire rencontrer des personnalités à Nathalie Kosciusko-Morizet. Ce catholique a essayé de faire en sorte qu'elle se réconcilie avec ceux qui avaient été tentés de lui faire payer ses positions sur le mariage pour tous. Pour lui, il ne fait pas de doute que NKM a conduit sa campagne comme elle devait la mener. «Elle est de droite, elle est moderne, davantage que je ne le suis. Je n'allais pas lui demander de revenir sur ses prises de positions. Du reste, Jacques Chirac n'a pas gagné la Corrèze en évoquant le gaullisme, mais en invoquant ses racines rad-soc. Mais après tout, les élections sont faites pour être gagnées», juge l'écrivain, pour qui «il ne sert à rien d'avoir raison contre tous si c'est pour perdre».

Exaspérée par Hidalgo «qui ne mène pas campagne»

Anne Hidalgo, la candidate du Parti socialiste, a parfaitement compris la menace que représentait pour elle la venue de NKM sur ses terres. C'est pourquoi l'adjointe de Bertrand Delanoë a préféré fuir le combat frontal plutôt que de risquer la comparaison. Elle a choisi une stratégie de l'édredon, sans prise de risque inutile, ajustant ses propositions à celles de NKM pour l'empêcher de cliver et de prendre le large. Cette manière de faire, qui ne laisse que peu de prises à l'affrontement, a insupporté Nathalie Kosciusko-Morizet, qui rêvait de débats, de confrontations pour faire étalage de son intelligence et de sa supériorité. L'ancienne ministre est sûre de sa force. Trop peut-être. C'est le propre de cette polytechnicienne. Une véritable bête à concours qui a l'habitude de trouver des solutions aux équations les plus complexes.

Dimanche soir dernier, un rien désabusée, lasse de mouliner dans le vide, elle a lâché au Grand Jury sur RTL: «On a une candidate qui ne mène pas campagne mais qui hiberne. Et je voudrais le dire ce soir: c'est le Printemps aujourd'hui! Et je crois que l'exigence démocratique, ça va être qu'elle sorte de sa tanière de l'hôtel de Ville.»

Il faut dire qu'à l'inverse, l'ancienne porte-parole de Nicolas Sarkozy pendant la dernière présidentielle n'est pas avare de son temps et de son énergie. À son QG de campagne, rue de la Lune, ils sont nombreux à se demander comment la candidate parvient à tenir le rythme. Son agenda? «Bourré de rendez-vous jusqu'à la gueule, confesse un proche. On voudrait l'alléger qu'elle nous demande de le remplir davantage.» Porte-à-porte, réunions publiques, dîners d'appartement, réunions de campagne, télés, radios… Elle finit ses nuits collée à son téléphone. Difficile d'en faire davantage.

«Une certaine timidité»

Et pourtant, médiatiquement, sa campagne ressemble de plus en plus à un chemin de croix. «La couronne d'épine s'enfonce chaque jour davantage sur la tête de Nathalie», compatissait même un candidat il y a quelques jours. Les médias continuent de moquer cette grande bourgeoise et ses «instants de grâce» dans le métro parisien. Qu'elle s'arrête dans la rue pour fumer une cigarette avec des clochards polonais et voilà que la blogosphère raille le plan com' de la candidate. NKM, elle, ne comprend pas. Si c'était à refaire, elle ne changerait rien à sa manière d'être et conduirait la même campagne. Elle ne se reconnaît pas dans les caricatures qui sont faites d'elle. Il est vrai qu'en privé, elle est infiniment plus vivante. En public, cette intelligence supérieure crée malgré elle de la distance. «La faute à une certaine timidité», admet Tillinac. Une réserve qui tombe lorsqu'elle est au milieu des siens. «Il faudrait qu'ils puissent me voir comme je suis dans les dîners», a-t-elle confié récemment à l'un de ses porte-parole. Mais la vie n'est pas un Truman Show. Pour beaucoup, NKM «fout la trouille», trop belle, trop brillante, trop ci, trop ça. Pas assez commune. Tout le contraire d'une Anne Hidalgo, qui est parvenue à faire infuser l'idée qu'elle était maternante, rassurante. Un profil d'assistante sociale, si loin de l'image sectaire que l'élue PS traîne auprès des conseillers de Paris de l'UMP.

Des coups de poignard

Reste que si la campagne de Nathalie Kosciusko-Morizet patine, elle le doit moins à une image brouillée qu'aux querelles qui secouent la droite parisienne, et aux dissidences qui ont pourri sa campagne. La faute en incombe aussi à nombre de barons de l'UMP parisienne qui, après lui avoir déroulé le tapis rouge pour l'accueillir, s'empressent désormais de lui donner des coups de poignard dans le dos. «Et pas que dans le dos», relève la candidate, qui tient le compte des fourberies qui lui ont été faites. Jean-François Lamour, Philippe Goujon, Claude Goasguen… leur prise de distance n'a pas échappé à l'entourage de la candidate. «Ils pensaient peut-être pouvoir en faire leur chose, avant de s'apercevoir un peu tard de son caractère d'acier et de son intransigeance», détaille l'un de ses adversaires pendant les primaires. NKM n'est pas du genre accommodant.

«Si elle l'emporte, elle ne devra sa victoire qu'à elle-même. Si elle perd, la liste des coupables est innombrable. »

Denis Tillinac, écrivain

Il faut dire que la droite parisienne, «c'est un peu l'équipe de France de football dans ses pires moments. Beaucoup ne sont jamais descendus du bus pendant cette campagne», remarque un membre de son staff. En cause la guerre larvée entre François Fillon et Jean-François Copé, qui a pourri jusqu'au dernier moment la constitution des listes. Dernier psychodrame en date: la trahison d'Hélène Delsol, la candidate que Nathalie Kosciusko-Morizet avait désignée comme tête de liste dans le IIe arrondissement de Paris. Elle a été contrainte de l'éjecter pour n'avoir pas respecté l'accord conclu avec l'UDI. Nathalie Kosciusko-Morizet ne pouvait se permettre d'ouvrir un nouveau front avec le parti de Jean-Louis Borloo.

Son alliance avec l'UDI et le MoDem, c'est l'une de ses principales chances de pouvoir l'emporter. Si elle est en tête au soir du premier tour, elle peut relancer une campagne que beaucoup s'évertuent à vouloir perdre et espérer «un électrochoc», rêve tout-haut Pierre-Yves Bournazel, qui s'est rangé derrière elle après l'avoir affronté pendant les primaires et se montre désormais l'un de ses soutiens les plus inflexibles. C'est bien là l'une des leçons de cette campagne pour NKM. «Elle n'avait pas de vision angélique de la politique, juge un membre de son entourage, mais elle a appris la dureté infinie d'une campagne.»

À une semaine du premier tour, NKM ne baisse pas la garde. Elle est couverte de cicatrices, présente un visage d'albâtre, mais ne laisse percevoir aucun de ses états d'âme. Elle fera les comptes après la bataille. «Si elle l'emporte, confie l'écrivain Denis Tillinac, elle ne devra sa victoire qu'à elle-même. Si elle perd, la liste des coupables est innombrable.» L'intéressée veut y croire : il suffirait que droite et centre se mobilisent face à la possibilité d'une victoire, que l'abstention change de camp, que les électeurs de gauche restent chez eux pour punir les «2 H, Hollande et Hidalgo». C'est le pari de NKM, reprenant une formule que lui avait soufflée Guillaume Peltier il y a quelques semaines. Cette chance ne se présentera pas de sitôt.

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