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Ma grand-mère et les dahlias(pour les Croqueurs de mots)

Pour les Jeudis  Poésie

 le 9 avril

* A la manière de Giuseppe Arcimboldo qui créa de nombreux portraits,

composés de Légumes, de fruits, de fleurs ;  je vous propose d’écrire un poème

( en vers  ou  en prose ) composé aussi de légumes, de fruits , de fleurs

à votre  convenance et selon votre envie.

Que j’appellerais bien d’un mot-valise un  » Arcimboème »

http://croqueursdemots.apln-blog.fr/improbable-dialogue/

Dahlia : fleur, plantation, culture et entretienCe matin, alors que j'allais rentrer au marché, le fleuriste m'a montré ses jolis dahlias sachant que quand il en avait je lui en prenais.

Même si je n'avais pas l'intention de prendre des fleurs, je lui ai dit que je repasserais après mes courses dans le marché.

Et c'est que j'ai fait et je me suis retrouvé avec un énorme bouquet non seulement de dahlias roses, rouges et blancs mais aussi des petites fleurs mauves dont je ne connais pas le nom, des tournesols (parce que j'adore l'idée de ces fleurs qui se tournent vers le soleil) et des roses rouges.

Je signale aux français qui sont je crois, majoritaires à venir me lire:

- qu'il y a peu de fleuristes- boutiques tels qu'on a en France. Le plus souvent, ils sont comme le mien, en plein air(climat oblige), à l'entrée des marchés souvent.

Ni le fleuriste, ni l'étal ne paient de mine.

Il y a même des jours où les fleurs font pitié car les fleurs ont souvent fait une longue route jusque là et qu'elles ont chaud.

- qu'il trouverait le prix de cet énorme bouquet ridiculement bas malgré l'aspect peu engageant du fleuriste et de son étal.

Mais je l'aime beaucoup ce fleuriste...  car même s'il ne comprend pas toujours ce que je lui ai dit, il sait que j'adore les dahlias..... entre autres choses.

Et j'aime ses bouquets  car s'ils ne sont pas joliment emballés (juste un film transparent) et ficelés (quelquefois une simple ficelle), ils sont diversifiés, colorés, abondants. Beaux.

Ce fleuriste et ses bouquets font partie de ces choses qui me font aimer le Maroc.

Je regarde les quatre (2 grands et 2 petits, 2 dans le salon, 1 dans mon bureau et 1 dans l'entrée) bouquets que j'ai constitués hier (cf. mon texte en prose d'hier) avec l'énorme bouquet de dahlias, de roses, de tournesols, de rose rouges et de petites fleurs violettes (dont je ne connais toujours pas le nom) que j'ai ramené du marché.

Après avoir placé les bouquets dans la maison, j'ai voulu les prendre en photo; l'appareil n'a voulu marcher que ce matin.

L'un des vases est marocain.

Ce matin, mon gentil fleuriste arrangeait les dahlias et autres fleurs de son étal.

J'admire cette volonté de faire le mieux possibles avec de pauvres moyens, de vous faire plaisir, vous le client roi(c'est si rare en France cet état d'esprit).

C'est le sens du commerce bien sûr mais aussi une gentillesse et un accueil qui est réel que vous preniez une tomate ou un panier complet.

Mon mari m'a fait remarquer qu'il ne lierait pas ce texte mais il a retenu que j'aimais les dahlias et il a vu mon sourire... Avec peu de mots, l'échange est réel.

Il va falloir que je change l'eau tous les jours si je veux les garder un peu et ne pas masquer le parfum des fleurs par l'odeur de l'eau croupie.

Les dahlias vieillissent particulièrement vite, alors il faut que je me dépêche d'expliquer pourquoi j'aime tant les dahlias.

Hier, mon sourire devant les dahlias était voilé de larmes car ils me font penser à ma grand-mère qui est morte le 21 juillet (cf. ma note du 23). Ses derniers mois, je ne pouvais pas lui parler mais il y avait entre nous des bonheurs partagés, des tristesses avouées et des...  dahlias.

En face de sa maison, de l'autre côté de la rue, elle avait un terrain où elle cultivait des fleurs, des légumes et des fleurs.

Quand elle ne pouvait plus le faire, ce sont ses voisins qui s'en occupait.

Le chemin pour accéder au jardin était raide et rempli d'orties et autres plantes piquantes et urticantes qui adoraient ma peau.

Dans le même genre, il y avait la cueillette des mûres (qui tachaient les mains et les vêtements) et les ronces dangereuses.

Parallèlement aux mûres dans le jardin de mes parents, j'aimais particulièrement cueillir les dahlias chez ma grand-mère. Il y en avait de toutes les sortes et de toutes les couleurs. Je ne connais toujours pas leurs noms...

Ce matin, parmi mes tâches ménagères (je n'ai pas pu résoudre à prendre une bonne ou même une femme de ménage comme il est d'usage ici), j'ai changé l'eau de mes fleurs. Elles tiennent le coup malgré la chaleur persistante. Ce sont les  dahlias (les blancs étaient déjà bien avancés quand je les ai achetés) qui souffrent le plus. En France, ce sont des fleurs d'automne mais comme souvent l'automne ressemble à un été indien (ici plus encore), ma grand-mère les mettait la nuit dans sa grange où il faisait frais pour qu'ils durent plus longtemps.

Je n'ai pas besoin de fermer les yeux pour que les images(et les mots) d'elle surgissent comme ça en flash.

Et les dahlias ont déclenché une avalanche d'images.

Elle vivait dans une petite maison de pierre qui donnait de l'humidité l'hiver et de la fraîcheur l'été.

Sa maison était accoudée à une colline qui accentuait l'humidité et l'été, parmi les pierres et les feuillages, se baladaient des vipères.

Celles-ci poussaient parfois jusqu'au petit jardinet devant la maison.

Un jour que je criais (comme la fille des villes que je suis à l'origine) en en voyant une, elle arriva avec sa canne (elle avait deux hanches artificielles depuis très longtemps) qu'elle abattit d'un coup sec et sans hésitation sur la bête rampante, la tuant net.

J'étais si étonnée de voir ma grand-mère si douce, si pacifique faire ça.

Mais même si elle était née à Montmartre (qui à l’époque ressemblait peut-être plus à un village), elle vivait, seule, à la campagne, depuis longtemps.

J’ai passé mes premières vacances chez elle alors que j’étais une jeune adolescente.

J’avais pris le train avec mon vélo pour pouvoir aller à la ville voisine à 6 km de là.

Je dormais dans l’ancienne chambre de mon oncle et c’est là, dans son armoire, que j’ai découverts des SAS et que j’en ai lus pour la première (et dernière) fois.

Je ne sais pas si beaucoup de jeunes filles ont lu des SAS…

J’ai gardé le goût des polars.

Au- dessus de moi, il y avait le faux grenier où les pas de différentes bêtes m’empêchaient de m’endormir.

Sans compter les bruits du dehors comme les cris des chouettes.

Le silence de la campagne est très déroutant pour une citadine…

Ma grand-mère n’avait ni eau chaude, ni douche ou baignoire jusqu’à très récemment.

Les WC étaient un trou dans la grange où les vipères se baladaient de temps en temps….

Il y a quelques années, elle s’est fait installer un chauffe-eau, un sanibroyeur et un dispositif de douche rudimentaire. Elle était si heureuse. Mais elle n’en a profité bien longtemps de cette douche car ça exigeait une gymnastique qu’elle ne pouvait plus faire.

Mais ne croyez pas que les gens qui n’ont pas de douche sont sales. Moi-même, j’ai vécu mes 20 premières années sans et je me lavais tous les matins de la tête au pied et au début même en chauffant l’eau dans une casserole.

Ma grand-mère elle sentait l’eau de toilette au chèvrefeuille, le même chèvrefeuille qu’elle avait dans son jardin, la même eau toilette que j’affectionne. C’est curieux comme cette eau de toilette fraîche garde le parfum enivrant de la fleur.

Il y avait aussi des lilas dans le jardin. On en coupait parfois pour ramener en ville mais ils dépérissent vite une fois coupés et ont un parfum si capiteux qu’ils s’accommodent mal avec les odeurs culinaires dans une salle à manger.

J’ai plus de souvenirs de parfums que de saveurs  car elle n’aimait pas faire à manger, se contentant de faire le strict minimum.

Les dernières années où elle était chez elle, quand nous venions la voir, nous achetions à manger sur la route et mon mari (il adore ça) à manger pendant que je racontais par le menu à ma grand-mère le départ de la maison, la route et toutes les dernières nouvelles depuis notre dernière conversation téléphonique.

 

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