Recueil de poèmes en hommage aux deux auteurs
Rock and folkN°698 : Patti Smith, sexe, poésie & rock’n’roll

Rimbaud Warrior
Rock et littérature ont toujours fait bon ménage. Et New York, berceau de la poésie noire du Velvet Underground, où Bob Dylan a fait entrer le rock dans un nouvel âge littéraire, a souvent été l’épicentre artistique de révolutions à venir. Et dans la grisaille des seventies, une poétesse allait bousculer l’ordre établi.
Rimbaud, Arthur : “Quand sera brisé l’infini servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle, elle sera poète, elle aussi !”
Smith, Patti : “Go Rimbaud, and go Johnny go !”
1975, “Horses”, donc. Un disque qui termine l’année en surgissant comme une claque. Une pochette impeccablement noir et blanc, impeccablement sobre, qui par son esthétique seule — un peu comme le “Born To Run” de Bruce Springsteen, et précédant de peu le premier Ramones — jetait à la décharge les exubérances aérographiées, les dragons ailés, les titres en néon et les dégoulinades de couleur de Yes, Genesis, Uriah Heep et compagnie. Mais ce manifeste graphique n’en était pas seulement un. Toute la démarche artistique et poétique de Patti Smith hurlait sa fin au monde d’avant.
New York, alors, est en faillite. La ville sombre, les services publics craquent. Sur la 42ème Rue, les façades s’écroulent sous les enseignes des peep-shows et les néons des sex-shops, les trottoirs grouillent de prostitution, les dealers tiennent le pavé. “Les rues sentaient l’essence, la sueur et l’héroïne”, écrit le journaliste Pete Hamill. Times Square est devenu un dépotoir : junkies effondrés, flics corrompus, violence à chaque coin de rue. Bowery n’est qu’une succession d’hôtels miteux, de squats, de silhouettes perdues. Mais dans ce chaos, des fleurs vénéneuses poussent, une scène s’invente au CBGB’s : Television, Ramones, Blondie, Talking Heads, Richard Hell — surnom choisi en hommage direct à “Une Saison En Enfer”. Et Patti Smith au centre, dingue de Rimbaud, tombant amoureuse de Verlaine, Tom.
Avec “Horses”, elle ramène le rock à l’urgence : il n’est pas question de virtuosité, là, mais d’incantations, de visions, la poésie montée sur l’électricité. “Jesus died for somebody’s sins but not mine” : tout un monde fissuré en une seule phrase. La musique vient de basculer. Plus qu’un disque, donc. “Horses” devient l’étendard d’une génération qui refuse le spectacle pour la vérité nue. Délaisse les gilets afghans pour le Perfecto. Une scène interlope, poétique, électrique, cultivée : le punk. Et son écho traversera l’Atlantique, influençant et éduquant Londres, des Sex Pistols aux Clash, et puis la vieille Europe tout entière. Juste retour des choses.
Vincent Tannières
Sommaire
Mes Disques A Moi
Claude Gassian par Nicolas Ungemuth
Tête d’affiche
Frankie & The Witch Fingers par Eric Delsart
Black Lips par Romain Burrel
Robert Forster par Vianney G.
The Spitfires par Isabelle Chelley
En vedette
The Divine Comedy par Romain Burrel
Jah Wobble par Alexandre Breton
Blur par Vianney G.
David Byrne par Stan Cuesta
David Bowie par Jérôme Soligny
Higelin 1975 par H.M.
En couverture
Patti Smith par Stan Cuesta
https://www.rocknfolk.com/magazine/n698-patti-smith-sexe-poesie-rocknroll/349207