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Mort d’André Santini, le maire bâtisseur infatigable d’Issy-les-Moulineaux

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Maire d'Issy-les-Moulineaux depuis 1980, André Santini (ici le 28 juillet 2020), est mort à 85 ans. AFP

Dans le livre-entretien Maire célibataire, publié en 2019, André Santini confiait à Mireille Dumas : « Mon rêve de mort, c’est celui de Molière, mourir en scène. » Son vœu s’est réalisé. L’indéboulonnable maire d’Issy-les-Moulineaux vient de s’éteindre à l’âge de 85 ans, après avoir été réélu au second tour le 22 mars 2026 avec 47,93 % des voix, laissant ses adversaires loin derrière. Élu à la tête de la ville pour la première fois le 3 février 1980, ce bourreau de travail, qui a été victime de plusieurs malaises cardiaques, exerçait son neuvième mandat d’affilée.

C’est sans aucun doute une voix forte et haute en couleur qui vient de se taire. Longtemps porte-flingue de l’UDF, André Santini, bon vivant et amateur de cigares, était l’une des figures tutélaires des Hauts-de-Seine : il faisait partie des élus locaux qui étaient écoutés. La République en marche (LREM) avait d’ailleurs choisi de le soutenir lors des municipales de 2020.

Célèbre pour ses saillies verbales aussi drôles que cruelles, ce gros matou aux manières faussement indolentes et à l’œil vif et rieur maîtrisait comme personne l’art du coup de patte fulgurant. Ses bons mots – très ancien monde, c’est-à-dire à mille lieues du politiquement correct – lui ont valu d’être trois fois lauréat du prix de l’humour politique.

Qui ne se souvient pas de certaines de ses piques ? Parmi celles qui sont restées dans la mémoire collective, il y a cette petite phrase glissée lors des obsèques de François Mitterrand : « On n’en a pas fait autant pour celles de Giscard. » Ou encore ce coup de griffe adressé au garde des Sceaux du gouvernement de Michel Rocard : « Saint Louis rendait la justice sous un chêne, Pierre Arpaillange la rend comme un gland. »

Juppé son souffre-douleur préféré

Mais son souffre-douleur fut sans le moindre doute l’ancien Premier ministre Alain Juppé, qui ne l’a pas nommé ministre en 1995. En 2018, il confiait au Point : « C’est Juppé, qui a introduit les trucs pisse-froid, avec sa peur de la presse. » Et d’ajouter encore amer : « J’allais faire partie du gouvernement et, le jour de l’annonce, je n’y étais pas. On m’a raconté qu’il avait peur que je sois plus populaire, que je sois en quelque sorte son inverse. Après, il a été ma tête de Turc préférée, je sortais la kalachnikov : “S’il continue à baisser dans les sondages, il va finir par trouver du pétrole.” »

Ces rosseries humoristiques lui ont-elles coûté une carrière nationale ? Tous ces amis politiques en sont convaincus. Selon eux, elles lui ont fermé la porte d’un grand ministère. Tout avait pourtant bien commencé pour ce fils de bistrotier installé à Courbevoie, qui a intégré Sciences Po et l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco).

C’est Charles Pasqua qui repère le jeune docteur en droit d’origine corse qui parle japonais, élu conseiller municipal sans étiquette de Courbevoie depuis 1971. En 1975, les deux hommes donnent naissance à l’Institut de formation, d’animation et de conseil (Ifac). L’objectif ? Former des animateurs de centres de loisirs et surtout contrecarrer l’influence des établissements équivalents plutôt ancrés à gauche.

Repéré par Pasqua

Mais c’est en 1977 que Charles Pasqua lui propose de voler de ses propres ailes et de s’implanter à Clichy ou à Issy-les-Moulineaux. André Santini choisit Issy, où la communauté corse est importante. Il est élu au conseil municipal et devient adjoint au maire. Trois ans plus tard, il s’installe dans le fauteuil de l’édile, qu’il n’a jamais quitté depuis… La même année, il adhère au Parti social-démocrate (PSD), composante de l’UDF. Il dirige ce mouvement de 1986 à 1995, avant de devenir secrétaire général de Force démocrate (le parti créé par François Bayrou).

Mais, Issy-les-Moulineaux restera à tout jamais la grande histoire de sa vie. Ses quarante-six ans de règne ont totalement métamorphosé sa ville. Les friches ont été transformées en nouveaux quartiers, qui accueillent des immeubles de bureaux à la pelle, mais aussi des résidences de bon standing.

 

Plusieurs fois ministre

Reste que son amour pour Issy ne l’a pas empêché d’avoir des fonctions nationales. Secrétaire d’État aux Rapatriés en 1986 dans le gouvernement de cohabitation de Jacques Chirac, il est nommé ministre délégué à la Communication de septembre 1987 à mai 1988. En 1995, il n’obtient pas de maroquin : son soutien à Édouard Balladur lors de la campagne présidentielle l’a conduit au purgatoire. En 2007, André Santini mise sur le bon cheval.

 

Il prend position pour Nicolas Sarkozy qu’il connaît depuis longtemps – ils ont partagé le même parrain politique, Charles Pasqua – contre François Bayrou. Centriste mais résolument de droite, le maire d’Issy n’apprécie pas les velléités d’indépendance du président de l’UDF, qui vote contre le budget, puis la censure contre le gouvernement de Dominique de Villepin. Il en est récompensé : le 19 juin 2007, il retrouve le chemin des ministères comme secrétaire d’État à la Fonction publique dans le gouvernement Fillon.

Le roi du cumul

À partir de 1988, André Santini a aussi été élu régulièrement député des Hauts-de-Seine. Un siège qu’il a quitté plusieurs fois à contrecœur pour cause de cumul des mandats, notamment lorsqu’il est élu conseiller général des Hauts-de-Seine en 2001.

Il est vrai qu’il a accaparé de nombreuses fonctions durant sa vie politique : à la tête du puissant Syndicat des eaux d’Île-de-France (Sedif) en 1983, l’édile a aussi conquis la présidence du comité de bassin de l’Agence de l’eau Seine-Normandie, puis les vice-présidences de la Métropole du Grand Paris et de l’établissement public territorial Grand Paris Seine Ouest… sans oublier la direction du Mouvement national des élus locaux. En juin 2017, il quitte l’Assemblée nationale avec agacement. Il fait partie des grands défenseurs du cumul des mandats, il a même déposé une proposition de loi pour que tous les députés aient un mandat local.

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