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  • Catégories : Des femmes comme je les aime

    Une oeuvre encore amplement incomprise

    par Philippe Delaroche
    Lire, février 2008

     Comment et pourquoi Sagan a fait date dans l'histoire des lettres et des moeurs: les regards croisés du psychanalyste Philippe Porret, qui montre avec quelle habileté l'auteur de Bonjour tristesse sut décrire le choc de l'adolescence, et de Philippe Delaroche, rédacteur en chef de Lire.

    Son nom, le scandale joliment orchestré qui la lança dans la carrière, son apparente désinvolture mâtinée d'une pudeur tenace, cette expression altière qui suggérait qu'elle n'avait pas à redouter le lendemain, ni misère, ni maladie, et moins encore l'abandon, le plaisir qu'elle prenait à éprouver et à partager toutes les griseries à sa portée, jusqu'à se dévisser la tête à force d'ivresse, à force d'argent facile, à force de portes où il n'y avait qu'à frapper, à force de s'entourer de brillantes compagnies, à force d'amours prometteuses inévitablement contrariées, à force de vitesse, à force de rencontrer de nouvelles limites que, dans une heure ou dans un jour, elle se ferait une joie de franchir pour enfin devenir ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre: tout, dans l'existence et dans l'oeuvre de Françoise Sagan dit oui à la vie. Aussi résolument qu'elle disait oui dans sa vie. Aussi sûr que cuistres et vieilles badernes qualifièrent ses ouvrages de sous-littérature.

    Mieux qu'une banale célébration de la jeunesse, elle qui n'a jamais eu le mauvais goût de céder au jeunisme, ce combustible des dictatures d'hier qui fait la fortune des capitalismes d'aujourd'hui, l'oeuvre de Sagan immortalise un autoportrait inavoué, génialement saisi à la sortie de l'adolescence. De plus, elle montre quel tournant est en train de se négocier dans les moeurs de la société d'où elle est issue, celle des gens «évolués» ainsi qu'ils se qualifiaient eux-mêmes. Et son talent, en la matière, est éclatant. C'est la conviction du psychanalyste et écrivain Philippe Porret, 54 ans, auteur d'Une écoute lumineuse, la biographie d'une psychanalyste dont la fantaisie n'aurait pas déplu à Sagan. D'origine néo-zélandaise et Parisienne d'adoption, à 80 ans passés, Joyce McDougall demeure en effet «une dame excentrique, légèrement scandaleuse, qui ne parle pas la langue de bois, bohème et voyageuse». Elle n'en a pas moins jeté un regard nouveau, entre autres apports, sur les addictions...

    Ce n'est pas Sagan dans le texte qu'a d'abord rencontrée Philippe Porret, mais Sagan dans l'opinion: «Quand ma famille est rentrée d'Algérie en 1963, j'avais presque dix ans. Mes soeurs étaient adolescentes. L'une d'elles a rapporté Bonjour tristesse. Ma mère a poussé les hauts cris. Je n'ai jamais su si elle lui avait défendu le livre après l'avoir lu (ce que je crois) ou en raison de la mauvaise réputation qui l'entourait. Je me souviens encore aujourd'hui m'être dit: "C'est bizarre, ce bonjour et ce tristesse." Le rapprochement de ces deux mots antinomiques faisait étincelle.»

    C'est en 1968 que Philippe Porret, à quinze ans, lit Bonjour tristesse. Juste après le roman de François Mauriac, Thérèse Desqueyroux: «Il y avait quelque chose d'empesé dans l'écriture de Mauriac. Mais je l'aimais bien. Il mettait l'accent sur la morale du lien, le lien comme il devrait être ou comme il aurait dû être. En passant à Bonjour tristesse, j'ai découvert un tout autre climat: hors de la morale, une façon inédite jusque-là en littérature d'envisager les choses. J'avais été frappé par la capacité de la jeune fille à mener jusqu'au bout et sans faiblesse son plan, ce plan qui lui tombe dessus et sur lequel elle n'a aucun atermoiement.»

    Par la suite, Philippe Porret a lu les autres oeuvres de Sagan. Et puis il est revenu, régulièrement, à Bonjour tristesse. Pourquoi? Ce premier roman fait date. Sur trois registres: l'invention littéraire, l'histoire des moeurs (au temps où les enfants de divorcés rasent les murs) et la clinique de l'adolescence. Car Sagan est l'écrivain qui a formulé de façon concise, aussi chirurgicale que poétique, les émotions ambivalentes qui jalonnent le périlleux passage à l'âge adulte, à commencer par les sentiments d'extrême vulnérabilité et de toute-puissance.

    En une poignée de mots, la romancière met en lumière les trois phases de la mue*. Primo, la séparation et l'altérité: «Quelque chose se replie sur moi comme une soie, énervante et douce, et me sépare des autres.» Secundo, la dualité entre le moi qui observe et le moi qui manigance: «Etant simplement moi, n'étais-je pas libre d'éprouver ce qui arrivait? Pour la première fois de ma vie, ce "moi" semblait se partager...» Tertio, la capacité - découverte entre deux couches du nouveau «moi» - de causer du tort sans culpabilité: «C'était là mon premier contact avec la cruauté: je la sentais se nouer en moi, se resserrer au fur et à mesure de mes idées.»

    Mais cet échantillon ne dit pas tout du talent de Sagan, pas plus qu'il ne souligne sa radicale nouveauté. On sait quel mauvais tour la polarisation sur sa personne a joué à la réception de son oeuvre. «Après Bonjour tristesse, poursuit Philippe Porret, son oeuvre a été perçue comme celle d'un écrivain mineur. Sagan n'a jamais reçu de prix littéraire. On a estimé qu'en dépit de son talent elle ne parlait pas des choses qui font vibrer: l'amour, la mort, etc. Sagan est dans le jeu. Cécile, l'héroïne de Bonjour tristesse, prend les choses comme elles viennent et, en cela, elle dit quelque chose du désir. Elle est libre parce qu'elle ne s'embarrasse pas de conflits ou de ratiocinations, type "tempête sous un crâne". C'est son absence de sentiments moraux qui choque. Là, Sagan fait un pas d'écart par rapport à la culture occidentale, qui a toujours ménagé sa place au tragique.»

    Pas plus qu'elle n'indiqua qu'il était indécent, même après Auschwitz, de jouir de la vie - cheveux au vent en Aston Martin, écumant les casinos ou écrivant des dialogues sans pétard métaphysique apparent à distance respectable des bidonvilles de Nanterre - la romancière ne fit sienne la méditation d'un saint Paul: «Le bien que je veux, je ne le fais pas et le mal que je ne veux pas, je le fais.» (Epître aux Romains VII, 20) C'est le vouloir-vivre à la puissance maximum, son diable au corps. On comprend que René Julliard ait reconnu en elle la cadette de Radiguet.

    Faut-il rappeler de quelle époque elle s'est échappée? Sagan est la petite fille de la «drôle de défaite», la fillette des années de l'Occupation (pas noires pour tout le monde) et, par-dessus tout, l'adolescente des lendemains qui tardaient à chanter. Si elle frappe si fort les touches du clavier de sa machine à écrire, si elle ne coupe pas les cheveux en quatre, c'est à proportion de l'impatience qui tenaille celles et ceux sa génération, et que relaieront bientôt les plus jeunes.

    «Si l'on peut trouver dans sa vie de quoi renvoyer à saint Paul, au tragique, estime Philippe Porret, il est manifeste que son oeuvre s'en écarte. Mais c'est précisément son écriture qui est étonnante, aussi étonnante que le malentendu dont son oeuvre est l'objet. Pourquoi, quand il s'agit de l'évaluer, la rapprocher de celle de Colette? S'il est possible de rapprocher leurs modes de vie, ça me paraît discutable sous l'angle de la plume. Est-ce en raison d'un effet de date? La même année, en 1954, Colette meurt et Sagan se fait connaître avec Bonjour tristesse. Il y a chez Sagan un génie de la formule, éclatant dans le choix de ses titres, qu'on ne rencontre pas chez Colette. En revanche, il y a un génie de l'intrigue chez Colette qu'on ne sent pas chez Sagan. Mais cette dernière ne témoigne pas seulement d'une rare élégance et d'un sens de la formule, elle est la première de cette époque-là à écrire sans absolument faire de psychologie. Par principe. Pas par combat. Et c'est en cela qu'elle fait date.»

    La psychologie? Le «cancer du roman français», disait Maurice Blanchot - ce qui n'avait pas empêché en 1954 le juré du prix des Critiques de voter pour André Dhôtel (Le maître de pension, Grasset) quand ses pairs lui préféraient l'inconnue Sagan, par ailleurs beaucoup moins ingénue qu'il n'y paraissait. Fâchée avec certaines réalités fiscales et autres, attitude commune à tant d'artistes et écrivains (ainsi feu Jacques Laurent, à qui le fisc fit regretter d'avoir omis de libeller ses talons de chèque!), Sagan a-t-elle oeuvré comme une adolescente attardée? Aurait-elle été malgré elle le prototype de l' «adulescente». Rien n'est plus faux, objecte Philippe Porret: «Tout en reconnaissant sa valeur, il est arrivé par exemple à Françoise Giroud d'abonder dans cette idée que Sagan serait une enfant attardée, ou une enfant obstinée. Surtout, elle lui reprochait l'absence de pathétique. Or c'est dans ce refus du pathos qu'éclate la modernité de Sagan.»

    Curieusement, son oeuvre a tardé à trouver la considération et la place qui lui reviennent. Sagan incomprise? Même par les siens. Le dictionnaire des oeuvres Laffont-Bompiani, auquel collabora pourtant l'ami Jacques Brenner, et qu'accueille la collection Bouquins chez Laffont, créée et dirigée par le regretté Guy Schoeller, l'ex-mari de Sagan, omit pendant dix ans de mentionner Bonjour tristesse. Lacune réparée depuis l'édition de 1994, trente ans après le lever de rideau! L'auteur de la notice, Philippe Barthelet, y salue ses «remarquables qualités d'analyse des profondeurs de l'âme et des passions» et une «lucidité sans défaillance». Voilà qui put faire sourire Sagan. Quoique d'obédience proustienne, ne se gardait-elle pas d'analyser, elle qui prenait tant plaisir à créer? C'est le sentiment de Philippe Porret: «Ce qu'il y a d'unique chez Sagan, c'est sa façon de jouer avec les mots, de les articuler. Par exemple, elle prend un mot du corps (le sang, le rire, les yeux); elle l'accouple à un mot puisé dans un autre registre: aquarelle pour le sang, la soie pour les yeux, incassable pour le rire. Elle crée une réalité singulière, inédite.»

    Ce plaisir de jouer, ce goût de la surprise et du contre-pied (Château en Suède quand on attendait Château en Espagne), n'est-ce pas le propre du vif enfant qui chuchote à chacun, y compris au soir de sa vie, qu'il n'est peut-être pas indispensable de se trouver précisément là où tout le monde, - c'est-à-dire personne ou quelque puissance de mort - l'attend?

    * Cf. l'analyse de Philippe Porret, in Le malaise adolescent dans la culture (pp. 50-53), collectif, Campagne Première (diffusion PUF).

    http://www.lire.fr/enquete.asp/idC=52060/idR=200

  • Catégories : Des anniversaires

    50 ans de construction... en plastique

    Combien de vocations a-t-elle suscité depuis sa création en 1958 ? La fameuse brique Lego a fêté lundi ses 50 ans. Retour sur le succès d’un acteur incontournable du secteur de la construction.

    Née au Danemark le 28 janvier 1958, la fameuse brique en plastique Lego, avec ses tubes creux et ses tenons qui permettent des assemblages à l’infini, a été le point de départ du jeu de construction le plus populaire au monde. Avec deux briques, on peut réaliser 24 combinaisons d'assemblage, et avec six briques plus de 915 millions de possibilités.

    f1114cb9a151926b31325cd9ffc2da10.jpgAujourd’hui, un demi-siècle après sa création, plus de 400 millions d'enfants et d'adultes jouent chaque année avec ces briques qui s'imbriquent les unes aux autres. Ils passent quelque 5 milliards d'heures par an à les triturer. «La brique Lego ne vieillit pas avec l'âge et fascine toujours car elle permet aux enfants, et autres, de donner libre cours et de développer leur créativité, imagination et curiosité» , selon Charlotte Simonsen, porte-parole de Lego au siège de Billund, à l'ouest du Danemark.

    En 2006, les ventes de Lego dans 130 pays se sont élevées à 7,8 milliards de couronnes (1,04 milliard d'euros). Sept boites Lego sont vendues chaque seconde dans le monde, et 19 milliards d'éléments sont fabriqués chaque année permettant de couvrir cinq fois le tour de la terre.

    N.C-M avec AFP

    28/01/2008

    http://www.batiactu.com/data/28012008/28012008-151928.html

  • Catégories : Nerval Gérard de

    Hasard,errance dans le "Voyage en Orient" de Nerval

    85858380f29b1ea182f2fb12a3d5ea27.jpgO. C, II, VO, 182 : « «J’aime à dépendre un peu du hasard : l’exactitude numérotée des stations des chemins de fer, la précision des bateaux à vapeur arrivant à heure et jour fixes, ne réjouissent guère un poète, ni un peintre, ni même un simple archéologue, ou collectionneur comme je suis.
    […] – Où vais-je ? Où peut-on souhaiter aller en hiver ? Je vais au-devant du printemps, je vais au-devant du soleil… Il flamboie à mes yeux dans les brumes colorées de l’Orient. – L’idée m’en est venue en me promenant sur les hautes terrasses de la ville (Genève) qui encadrent une sorte de jardin suspendu. Les soleils couchants y sont magnifiques. »

    paysage ambulatoire
    cadrage

    Mes recherches sur les paysages dans le "Voyage en Orient" de Nerval en DEA sont dans la continuité de mon mémoire de maîtrise sur "Le paysage dans les oeuvres poétiques de Baudelaire et Nerval" publié maintenant comme mes 2 recueils sur The book sous le titre "Des paysages de Baudelaire et Nerval."

    http://www.thebookedition.com/des-paysages-de-baudelaire-et-nerval-jacques-coytte-p-1283.html

  • Denis Westhoff:«Ma mère n'était pas paresseuse»

    par Jérôme Dupuis
    Lire, février 2008

     Il est le fils unique de Françoise Sagan. Ce photographe de 45 ans gère aujourd'hui l'oeuvre - et les dettes colossales - que lui a léguée sa mère. Il raconte de l'intérieur et sans langue de bois la vie quotidienne de l'auteur de Bonjour tristesse. Du faste des sixties à la ruine des dernières années.

    Quelles sont les premières images que vous gardez de votre mère?

    Denis westhoff Lorsque je suis né, en 1962, ma mère était au faîte de sa gloire. A la maison, elle recevait en permanence la visite d'éditeurs, d'agents, d'amis, aimantés par sa gentillesse, son intelligence et sa disponibilité. Nous n'avions pas du tout les mêmes horaires. Comme elle se couchait très tard et écrivait la nuit, elle dormait le matin. Je n'ai donc jamais pris mon petit déjeuner avec elle. Nous avions du personnel qui m'amenait à l'école et me préparait mes repas. L'été, nous partions ensemble en Normandie et dans le Lot.

    Qui était exactement votre père, Bob Westhoff?

    D.w. Il était l'avant-dernier d'une famille de onze enfants qui vivait à Minneapolis. Pour échapper au carcan familial, il s'est engagé à 16 ans dans l'armée de l'air, en falsifiant ses papiers. Il a été affecté au Texas puis au Japon, avant de devenir instructeur en Indochine. Il a été évacué juste avant Dien Bien Phu et s'est retrouvé sur une base lugubre en Alaska. Je crois que c'est là qu'il a commencé à boire. Comme il était très bel homme, il est ensuite devenu mannequin sur le paquebot France. Arrivé à Paris, il a accompagné des amis en lune de miel au manoir normand de ma mère. Ce fut un coup de foudre. Ma mère étant enceinte de moi, ils ont décidé de se marier. Et ont divorcé après ma naissance, ma mère ne supportant pas l'idée d'avoir une bague au doigt. Ce qui ne les a pas empêchés de vivre ensemble encore six ans, avant de se séparer vraiment...

    Quelle vie avez-vous alors menée avec votre mère?

    D.w. C'était une existence très fastueuse. Je me souviens, dans l'appartement de la rue Guynemer, face au Luxembourg, de réceptions avec 150 personnes. Je croisais Orson Welles, Ava Gardner ou Georges Pompidou, qui venait régulièrement. Des maîtres d'hôtel servaient champagne et caviar. Ma mère avait horreur de la solitude et, dans tous les appartements que nous avons eus, il y avait une chambre pour son ami, l'écrivain Bernard Frank. Elle a aussi recueilli pendant un temps Françoise Jeanmaire, une Sud-Africaine ravissante et tourmentée, croisée chez Régine. Pendant les vacances, nous allions au manoir du Breuil, près de Honfleur, acheté un matin grâce à ses gains de la nuit au casino. Je me souviens d'après-midi d'été entiers où je jouais dans le jardin, pendant que le cliquetis de sa machine à écrire retentissait dans sa chambre verte. Elle ruisselait de sueur... Plus tard, elle a écrit au feutre Tempo sur des cahiers Clairefontaine; et, à la fin de sa vie, minée par ses soucis de santé, elle dictait ses livres à sa secrétaire ou les enregistrait sur un petit magnétophone. Contrairement à l'image que l'on a d'elle, ma mère n'était pas paresseuse. Elle avait besoin d'être «fouettée» par un éditeur pour s'y mettre. Mais alors, elle était très rigoureuse, s'imposait des horaires et s'isolait loin des invités et du téléphone.

    Pourquoi a-t-elle si souvent changé d'éditeurs?

    D.w. Après Julliard, qui l'a publiée jusqu'en 1968, elle est passée chez Flammarion. Mais, persuadée d'avoir découvert des anomalies dans ses comptes d'auteur, elle a fini par se fâcher avec Henri Flammarion. La séparation fut violente. Conseillée par un agent, elle a ensuite navigué entre plusieurs éditeurs, au gré de ses besoins d'argent, avant de se fixer chez Plon.

    Il est vrai que ses rapports à l'argent n'étaient pas simples...

    D.w. Il ne fallait surtout pas laisser un chéquier entre ses mains! Ma mère a gagné énormément d'argent. Elle était la seule, avec Malraux, à percevoir 20% de droits sur ses livres. Mais elle avait un immense train de vie. Du coup, Flammarion réglait directement ses impôts. Ensuite, son argent était géré par une banquière de chez Rothschild, Marylène Detcherry. C'est cette femme qui encaissait l'argent, payait le personnel, réglait le loyer de nos appartements, etc. Lorsque ma mère avait besoin de liquidités, un coursier venait lui apporter son «argent de poche»... Les problèmes sont arrivés lorsque ma mère a quitté Flammarion et que sa «banquière» n'a plus travaillé pour elle. On lui a alors redonné un chéquier...

    Sa légende tient aussi à son goût de la vitesse...

    D.w. Ma mère conduisait vite et bien, un peu à la manière d'un ambulancier, sans à-coups. Elle n'a eu que deux accidents dans sa vie: l'un en 1957, au volant de son Aston Martin, et l'autre avec sa Maserati, à cause d'une flaque d'huile sur la route. Elle a même failli courir la fameuse course italienne, le «mille miles». Grâce à son ami, Enzo Ferrari, elle avait fait des essais sur le circuit de Maranello. Mais la course a été annulée cette année-là. Bien sûr, à la toute fin de sa vie, elle était moins maître de ses réflexes, sa vue était moins bonne, et je prenais parfois le volant.

    Qui étaient les gens qui l'impressionnaient?

    D.w. Elle admirait les gens plus rapides qu'elle, les grandes intelligences. Elle avait une vraie complicité avec Sartre, qu'elle invitait à déjeuner à la Closerie des Lilas. Je me souviens que parmi les livres qu'elle m'a conseillés, outre La chartreuse de Parme et Le choix de Sophie, il y avait Les mots. François Mitterrand l'impressionnait aussi beaucoup. Il y avait entre eux un grand respect, fondé sur des valeurs communes, en particulier la liberté. Il venait régulièrement manger chez nous, rue du Cherche-Midi. D'ailleurs, un beau jour, ma mère, qui avait une éducation bourgeoise, a décidé que je devais faire mon service militaire pour connaître la «vraie vie»; elle a appelé directement Charles Hernu, ministre de la Défense de Mitterrand, pour accélérer mon départ à l'armée...

    Les récents livres d'Annick Geille (Un amour de Sagan, Pauvert) et de Marie-Dominique Lelièvre (Sagan à toute allure, Denoël) ont révélé un certain nombre des relations homosexuelles de votre mère. Le saviez-vous?

    D.w. Au risque de paraître naïf, je ne m'en étais pas rendu compte, même si je savais que la relation avec son amie styliste Peggy Roche était particulière. Je connaissais Annick Geille, bien sûr, mais c'est en lisant son livre, il y a deux mois, que j'ai appris qu'elle avait été l'amante de ma mère! Vous savez, comme beaucoup d'enfants sans doute, je ne m'intéressais pas à la vie sexuelle de ma mère...

    Comment se sont passées les dernières années?

    D.w. Ma mère n'avait plus vraiment d'appartement à elle et son état de santé s'est dégradé. Elle éprouvait des difficultés à écrire. Surtout, elle était minée par ses problèmes d'argent. Suite à des retards d'impôts et à sa condamnation dans l'affaire Elf, cent pour cent de ce qu'elle gagnait était saisi, y compris une petite pension de quelques centaines d'euros. Elle qui aimait tant la liberté supportait mal d'être dépendante d'une amie, qui l'hébergeait avenue Foch. Il y avait bien eu une petite lueur d'espoir, au printemps 2004, lorsque le ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, alerté par sa situation, avait envoyé un émissaire en Normandie pour essayer de trouver une solution. Elle devait le revoir à l'automne. Mais ma mère s'est éteinte pendant l'été...

    Que vous a-t-elle laissé en héritage?

    D.w. Un million d'euros de dettes! Et pas un seul manuscrit, car elle avait coutume de les offrir. Je suis son fils unique et j'aurais pu refuser la succession, mais l'idée que les droits sur son oeuvre allaient être vendus aux enchères par l'Etat m'était insupportable. J'ai donc décidé d'accepter la dette et la gestion future de son oeuvre.

    Où en êtes-vous aujourd'hui?

    D.w. Avec mon avocat, Me Jean Aittouares, nous avons rencontré les services de Donnedieu de Vabres, puis ceux de Thierry Breton, à Bercy, à l'automne 2005. Comme aucune solution ne se dessinait, j'ai finalement écrit à Nicolas Sarkozy, début 2006. Il m'a répondu par un petit mot chaleureux. Du coup, après son élection à la présidence de la République, je lui ai de nouveau écrit et il m'a dirigé vers Eric Woerth, au ministère du Budget. Nous avons entamé les négociations et proposé un échéancier, pour étaler les remboursements. Nous sommes en effet confrontés à un cercle vicieux, dans la mesure où nous sommes évidemment imposés sur les droits générés aujourd'hui. Nous attendons une réponse de Bercy courant février.

    A combien se monte la dette aujourd'hui?

    D.w. Nous avons commencé à combler le passif. Mais nous devons encore en être aux alentours de 600 000 euros. Peut-être le projet d'adaptation de Bonjour tristesse par Hollywood, en discussion actuellement, pourrait-il contribuer à assainir la situation. Ensuite, je m'attellerai au plus important: que l'oeuvre de ma mère soit enfin disponible en librairie...

    Propos recueillis par Jérôme Dupuis

    http://www.lire.fr/enquete.asp/idC=52061/idR=200

  • Catégories : Mes textes en prose

    Chère lectrice,

    Il y a quelque chose de terrible en moi ; vous m’admirez et je vous en remercie mais je ne peux m’empêcher de penser que c’est immérité. C’est mon côté gentil, modeste, bon ami qui a nuit à mes amours et à ma notoriété.
    Vous me dites que je suis un des plus grands écrivains français mais même l’hommage de Baudelaire (et sa célébrité sulfureuse puis académique) a jeté une ombre sur mon œuvre.
    Comme le « soleil noir » d’ « Aurélia » qui a éclipsé mes « Odelettes » et mes « Chimères. »
    Tout cela a donné de moi une image de « poète maudit » et mineur, un peu « fol », mort vierge et suicidé.
    En fait, je charmais les jeunes et jolies femmes (comme vous) par ma culture livresque et artistique. Seules les sottes n’ont pas vu l’amant derrière ma timidité.
    Je ne leur en veux pas puisque vous parlez encore aujourd’hui de mon œuvre grâce à leurs prénoms.
    Il y a quelque chose de terrible en moi ; je trouve des excuses à tout le monde, même mon fidèle ami Dumas qui me traita publiquement de dément.
    Il y a quelque chose de terrible en vous puisque vous me lisez et vous retrouvez en moi.
    Faites attention à « l’épanchement du songe dans la vie réelle » d’ «Aurélia .»Récitez plutôt « Fantaisie » dans « Une allée du Luxembourg. »
    Je vous remercie encore pour votre travail sur mon œuvre poétique qui révèle votre nature passionnée.

    Gérard de Nerval

    Semaine du 28 janvier au 3 février 2008
    Le lundi 28 janvier 2008 à 00:00 :: Lancement des thèmes

    Nous avons, tout au long de la semaine, voyagé dans le subtile de nos mots et de nos odorats respectifs.

    Nous vous proposons de changer de registre avec un thème teinté de gravité dans l'introspection de soi :

    Terrible

    La contrainte qui vous est imposée est de démarrer obligatoirement votre texte par une phrase de l'auteur portugais Antonio Lobo Antunes "Il y a quelque chose de terrible en moi".

    Bien évidemment rien ne vous oblige à parler de vous, c'est là tout l'intérêt de l'écriture. Et ne prenez malgré tout pas les choses au tragique !

    Vos textes doivent nous parvenir en fichier joint avant le dimanche 3 février minuit.

    Bonne semaine à tous !

    http://www.impromptus.fr/dotclear/index.php?2008/01/28/3279-semaine-du-28-janvier-au-3-fevrier-2008#co