samedi, 21 février 2009
Lu dans la presse le 20 février 2009:"Truman Capote" au kaléidoscope
LE MONDE DES LIVRES | 19.02.09 | 17h08
L'excellente biographie de Truman Capote (1924-1984) par Gerald Clarke, parue en 1988 aux Etats-Unis, a été publiée chez Gallimard en 1990. Le projet de George Plimpton (1927-2003), le fondateur de la mythique Paris Review, était tout autre. Il a voulu, en 1997, offrir ce qu'il nomme une "biographie orale", une succession de témoignages, une sorte de kaléidoscope grâce auquel le lecteur compose sa propre image, son propre parcours dans l'existence de Truman Capote. Son enquête a été longue, comme le prouvent notamment les nombreuses interventions de Jack Dunphy, le compagnon de Capote pendant plus de trente ans, qui est mort en 1992.
Le voyage commence à Monroeville, une bourgade d'Alabama où Capote a passé ses sept premières années. Il n'est pas la seule célébrité de Monroeville, puisqu'il avait pour voisine Harper Lee, qui, dans son célèbre roman Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur (1961), le décrira comme "un Merlin l'Enchanteur de poche". Son cousin se souvient de Capote comme d'un petit garçon "très musclé". Plimpton cite Capote lui-même, comme souvent dans le livre, disant : "J'ai commencé à écrire vers l'âge de 8 ans." On sait combien il a aimé peaufiner son personnage d'enfant prodige.
Plimpton suit la chronologie et on retrouve Capote à New York au début des années 1930, avec sa mère et son beau-père. Mais le plus intéressant est tout ce qui se passe à partir de 1944, quand, après avoir été garçon de bureau au New Yorker, il est remarqué par Rita Smith, la soeur de Carson McCullers - déjà très connue -, éditrice au magazine Mademoiselle, qui publie une de ses nouvelles.
En 1946, il est à Yaddo, célèbre centre pour artistes dans l'Etat de New York. Dès lors, il fait partie du monde littéraire. A Yaddo, il croise beaucoup d'écrivains et se lie avec Newton Arvin, universitaire et essayiste de renom, qui sera un de ses pygmalions. Son premier roman, Domaines hantés, paraît en 1948. Il va de succès d'estime en véritables succès, jusqu'au fameux De sang-froid, en 1966, roman-vérité sur deux meurtriers au Kansas. Sa vie ressemble ensuite à une longue descente aux enfers où, entre drogues et alcool, se perd son oeuvre.
George Plimpton, qui intervient beaucoup aussi, puisqu'il a bien connu Capote, a rencontré ses amis comme ses ennemis, ses contemporains écrivains, parfois concurrents, ceux qui l'ont fréquenté aux Etats-Unis ou durant ses séjours en Europe, les "people" comme on dit désormais, par exemple Lee Radziwill, la soeur de Jacky Kennedy, et des témoins plus anonymes, comme ceux qui l'ont aidé dans son enquête pour De Sang-froid - policiers, procureur, avocat.
"LES MEILLEURES PHRASES"
Tous les témoignages sont passionnants, mais si l'on aime la littérature et la vie littéraire américaines, on s'arrête tout particulièrement aux récits des écrivains. Gore Vidal, toujours la méchanceté même, explique qu'il lit tout ce que publient Paul Bowles, Anthony Burgess ou William Golding et ajoute : "Mais j'ai tendance à ne pas finir les livres de Bellow et à ne pas commencer ceux de Capote." Paul Bowles, William Styron et Kurt Vonnegut sont plus bienveillants. Norman Mailer, qui n'a pas aimé les remarques de Capote sur son Chant du bourreau, comme s'il était, lui, Capote, le seul à avoir le droit d'écrire des romans-vérité, est plus nuancé que Gore Vidal, ou du moins plus subtilement cruel : "Ce que j'ai dit à son sujet, il y a bien des années, c'est que, de toute notre génération, il était celui qui écrivait les meilleures phrases. (...) Mais son intellect laissait à désirer. Je ne sais pas si une seule grande idée l'a préoccupé plus d'une minute."
Grâce à tous les interlocuteurs de Plimpton, bien choisis et mis en scène par lui, le lecteur devient presque un acteur de l'histoire, arrivant le 28 novembre 1966, à New York, au grandiose "bal noir et blanc" organisé par Capote, y retrouvant des participants parfois inattendus, comme l'économiste John Kenneth Galbraith. Ensuite on assiste, de très près, aux déboires sentimentaux de Capote avant que tous ses amis ne se détournent de lui, en 1975, après avoir lu dans Esquire un extrait de Prières exaucées. Il croyait "faire pour l'Amérique ce que Proust a fait pour la France" et avait écrit, selon Styron, des "foutaises de la café society". Il lui restait moins de dix ans à vivre. Ou plutôt à survivre.
Truman Capote (Truman Capote - In which Various Friends, Enemies, Acquaintances and Detractors Recall His Turbulent Career) de George Plimpton
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Béatrice Vierne,
Arléa, "L'Etrangère", 450 p., 25 €.
http://www.lemonde.fr/livres/article/2009/02/19/truman-ca...
14:07 Écrit par laura dans La littérature | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : "truman capote" au kaléidoscope, littérature |
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Commentaires
Bisous
Écrit par : Lilounette | samedi, 21 février 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : elisabeth | samedi, 21 février 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : scoobydu41 | samedi, 21 février 2009
Répondre à ce commentaireChaque jour il s'enrichit
Alors je lis, tu lis, il lit ...
Écrit par : ABC | samedi, 21 février 2009
Répondre à ce commentairehttp://www.lauravanel-coytte.com/search/capote
ABC: le monde des livres plus infini que la vie qui se finit, c'est ce que j'aime; ça a commencé avant nous et continuera après
Écrit par : laura | lundi, 23 février 2009
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