dimanche, 07 mars 2010

Pour fêter les grand-mère:Dans l'armoire de ma grand-mère

La dernière fois que je suis venue à cet atelier, j’ai lu « L’armoire aux secrets » ; j’ai failli le représenter pour ce nouveau thème de l’armoire. Ca faisait deux mois que je n’avais pas écrit et j’avais un peu d’appréhension. Et puis finalement, je me suis lancée dans la prose alors que je vous ai toujours lu de la poésie.


Peut-être serais-je hors sujet mais ce thème me donne le prétexte pour écrire sur un sujet que je porte depuis longtemps et qui mêle un peu secrets, armoire et surtout ma grand-mère.

Elle et moi, nous étions aussi différentes que deux êtres peuvent l’être.

Son enfance et sa jeunesse avant la 2 e guerre mondiale avait été très dure : nombreuse, la famille était pauvre et beaucoup de ses frères et sœurs moururent très jeunes.

Elle fut envoyé loin de chez elle pour travailler.

Pour ma part, je suis née au sein des florissantes années 70 et j’ai été longtemps une enfant unique … comblée.

Physiquement, elle était petite et n’avait rien d’un mannequin alors que j’avais la taille mannequin … sans m’en rendre compte.

Contrairement à moi, elle était coquette et abordait la vie avec une assurance que je n’avais pas.

Son seul complexe était son manque d’instruction qu’elle évoquait souvent. Moi, j’étais toujours fourrée dans les livres.

Sa coquetterie se remarquait bien-sûr dans son armoire qui ne ressemblait pas à celle de beaucoup de sexagénaires. Elle aimait les couleurs vives, les foulards touche finale et les bibis délurés… comme moi. Elle se maquillait toujours pour sortir, non pas outrageusement mais j’aimais son odeur de poudre de riz.

Sur les photos, elle avait des coiffures (ou des perruques quand ce fut la mode) et des couleurs toujours différentes.

Quand je fus adolescente, elle était la seule à me trouver jolie et cela me rapprocha davantage d’elle.

Quand je devais sortir, j’allais la voir pour chiper dans son armoire une veste bleue pervenche, un foulard rouge ou un chemisier orange.

Je me maquillais devant sa glace et elle me disait que j’avais des yeux à faire sauter les boutons de braguette.

Veuve à soixante ans, elle avait souvent des demandes en mariage mais elle préférait écouter mes premières affaires de cœur en me montrant ses derniers achats. Comme moi, elle rechignait à acheter des marques, des choses chères mais raffolait de petits coups de cœur qui lui donnait un air jeune qu’elle n’avait pas dans ses photos de jeune fille.

Jusqu’à quelques mois avant sa mort, à plus de 90 ans, elle se pomponnait toujours pour sortir faire ses courses seules.

Quand je la vis sur son lit d’hôpital, échevelée, je la reconnus à peine  mais au petit mot qu’elle glissa à mon oreille et que mon mari entendit aussi, je sus que notre lien était toujours aussi fort.

A la mise en bière, j’ai pensé qu’il aurait tout de même pu la coiffer.

Quelques mois après sa mort, on me remit la veste bleue pervenche et le chemisier d’orange que je porte toujours… en pensant à elle.

 

22 février 2010 pour l'atelier réel de Saint-Vallier d'hier auquel je n'avais pas pu assister depuis novembre.

 

Pour lire d'autres textes de moi, cf. mes 7 livres en vente sur ce blog.

 

Cf. aussi "Mon armoire aux secrets" vendredi 26.

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