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Marseille remplit son Panier

 
5 juin 2013 à 20:46 (Mis à jour: 7 juin 2013 à 10:37)
Par ANNE-MARIE FÈVREEnvoyée spéciale à Marseille

Pousses. Du Mucem au musée des Arts déco, en passant par la Cité radieuse, la capitale culturelle européenne poursuit son odyssée architecturale.

Deux fines passerelles du Mucem relient le fort Saint-Jean, le J4 et le quartier du Panier. - Photo Olivier Amsellem. Oppic

En cette deuxième vague printanière de Marseille-Provence 2013, capitale européenne de la culture, s’inaugurent à tour de bras musées, lieux culturels ou équipements, du château Borély au MaMo de la Cité radieuse, du palace de l’Hôtel-Dieu à une salle des fêtes à Aubagne.

Sur fond de paquebots en provenance du Maghreb, c’est le quai du J4, avec son Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem), qui attire toute l’attention. Inauguré mardi par François Hollande, il ouvre demain au public. Ce musée national (167 millions d’euros, 44 000 m2) qui entend «porter un regard nouveau sur les cultures de la Méditerranée» et «traiter des questions de société» selon son président, Bruno Suzzarelli, comprend trois bâtiments : le fort Saint-Jean, le J4 de Rudy Ricciotti et le Centre de conservation et de ressources (CCR) de Corinne Vezzoni, dans le quartier de la Belle de Mai. Un peu compliqué. Le tout hérite de la collection du musée parisien des Arts et traditions populaires (ATP), fermé en 2005.

Au J4, débarrassons-nous vite d’une incongruité, hélas durable : la villa Méditerranée de la région Paca, conçue par l’architecte italien Stefano Boeri. Son gigantesque porte-à-faux évoque tantôt une grue qui aurait raté son échelle, tantôt un bateau blanc à l’envers mal échoué. Il faut que l’œil soit malin pour gommer ce gros objet hors contexte, et se concentrer sur le dialogue entre la forteresse brute et le bâtiment J4. Entre la Bonne Mère et la Major, entre les quartiers du Panier tout près et de la Joliette au loin, la conversation est bien amorcée, grâce à deux longues fines passerelles, en tension, aériennes.

Résille. Côté fort, la ruine brute a retrouvé une belle prestance, c’est une rénovation des architectes François Botton (des Monuments historiques) et Roland Carta, en dépit, à l’entrée côté Vieux-Port, d’un morceau de résille cuivrée malvenu. Sous ce promontoire circulaire puissant et son esplanade, des vestiges de la toute première occupation grecque, au VIe siècle avant J.-C., ont été découverts. Alors que vient faire là une partie de la collection des ATP, orientée vers les fêtes et les spectacles ? Même si la muséographe Zette Cazalas y met toute sa fougue pour caser manèges et quenouilles dans des salles minuscules. Peut-être que ce fort restauré aurait mérité d’être simplement consolidé, rendu aux Marseillais vide le temps des retrouvailles. Ou abritant, comme prévu, le festival des Intensités de l’été.

Dans le bâtiment J4 de Ricciotti, coquillage noir carré ajouré, il faut d’abord se laisser vivre. Eprouver les douves fraîches encaissées, la terrasse à fleur de toit, les coursives publiques tout autour. Jeux d’ombres et de soleil, reflets de la maille moucharabieh et de la mer rendent ce kaléidoscope organique très vivant. La nuit, il se métamorphose encore grâce au plasticien de la lumière Yann Kersalé.

Ce bâtiment crée un débat technico-architectural, appuyé sur la recherche qu’il représente avec sa structure en BFUP (béton fibré à ultra-haute performance). C’est un manifeste «antimoderne, antiminimaliste et antiglobalisation», défend en torero Rudy Ricciotti depuis six mois (1).

Mais c’est un musée, on l’oubliait ! Cette «œuvre» expressive allait-elle écraser toute muséographie ? Non, elle est capable d’accueillir sans se nier. Ses grands plateaux libres, répartis sur deux niveaux, sont voilés de rideaux noirs qui protègent les œuvres de la lumière, mais laissent entrevoir la dentelle de béton.

Patchwork. Autre question, quel contenu pour ce musée ? Dans la grande galerie permanente de la Méditerranée, où flottent des voilures blanches, on passe de l’huile d’olive à la guillotine, de Jérusalem à la citoyenneté. Une expo patchwork, lénifiante, avec de beaux objets, méditerranéens ou pas, passés ou présents, dont le public sera friand, mais qui ne réussit pas à repenser au XXIe siècle la question des arts et traditions populaires.

Les deux autres thèmes, temporaires, s’exposent mieux. «Le bazar des genres», entre humour et politique, est bien articulé grâce aux cimaises palissades de Didier Faustino, du stérilet au voile. L’exposition «Le noir et le bleu», scénographiée par Maciej Fiszer, va du bleu de Miró au noir de la mafia, au fil d’une rue-cimaise qui transforme le parcours en beau cabotage.

Ainsi naît le J4, déjà à vivre, mais encore à solidifier théoriquement quant à son regard sur la Méditerranée. Il n’a même pas de nom. Les Marseillais vont bien lui en trouver un.

(1) «Libération» du 12 avril. Exposition «Ricciotti architecte», Cité de l’architecture et du patrimoine, 75016, jusqu’au 8 septembre. Rens. : www.citechaillot.fr

 
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Marseille remplit son Panier

5 juin 2013 à 20:46 (Mis à jour: 7 juin 2013 à 10:37)
Par ANNE-MARIE FÈVREEnvoyée spéciale à Marseille

Pousses. Du Mucem au musée des Arts déco, en passant par la Cité radieuse, la capitale culturelle européenne poursuit son odyssée architecturale.

Deux fines passerelles du Mucem relient le fort Saint-Jean, le J4 et le quartier du Panier. - Photo Olivier Amsellem. Oppic
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En cette deuxième vague printanière de Marseille-Provence 2013, capitale européenne de la culture, s’inaugurent à tour de bras musées, lieux culturels ou équipements, du château Borély au MaMo de la Cité radieuse, du palace de l’Hôtel-Dieu à une salle des fêtes à Aubagne.

Sur fond de paquebots en provenance du Maghreb, c’est le quai du J4, avec son Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem), qui attire toute l’attention. Inauguré mardi par François Hollande, il ouvre demain au public. Ce musée national (167 millions d’euros, 44 000 m2) qui entend «porter un regard nouveau sur les cultures de la Méditerranée» et «traiter des questions de société» selon son président, Bruno Suzzarelli, comprend trois bâtiments : le fort Saint-Jean, le J4 de Rudy Ricciotti et le Centre de conservation et de ressources (CCR) de Corinne Vezzoni, dans le quartier de la Belle de Mai. Un peu compliqué. Le tout hérite de la collection du musée parisien des Arts et traditions populaires (ATP), fermé en 2005.

Au J4, débarrassons-nous vite d’une incongruité, hélas durable : la villa Méditerranée de la région Paca, conçue par l’architecte italien Stefano Boeri. Son gigantesque porte-à-faux évoque tantôt une grue qui aurait raté son échelle, tantôt un bateau blanc à l’envers mal échoué. Il faut que l’œil soit malin pour gommer ce gros objet hors contexte, et se concentrer sur le dialogue entre la forteresse brute et le bâtiment J4. Entre la Bonne Mère et la Major, entre les quartiers du Panier tout près et de la Joliette au loin, la conversation est bien amorcée, grâce à deux longues fines passerelles, en tension, aériennes.

Résille. Côté fort, la ruine brute a retrouvé une belle prestance, c’est une rénovation des architectes François Botton (des Monuments historiques) et Roland Carta, en dépit, à l’entrée côté Vieux-Port, d’un morceau de résille cuivrée malvenu. Sous ce promontoire circulaire puissant et son esplanade, des vestiges de la toute première occupation grecque, au VIe siècle avant J.-C., ont été découverts. Alors que vient faire là une partie de la collection des ATP, orientée vers les fêtes et les spectacles ? Même si la muséographe Zette Cazalas y met toute sa fougue pour caser manèges et quenouilles dans des salles minuscules. Peut-être que ce fort restauré aurait mérité d’être simplement consolidé, rendu aux Marseillais vide le temps des retrouvailles. Ou abritant, comme prévu, le festival des Intensités de l’été.

Dans le bâtiment J4 de Ricciotti, coquillage noir carré ajouré, il faut d’abord se laisser vivre. Eprouver les douves fraîches encaissées, la terrasse à fleur de toit, les coursives publiques tout autour. Jeux d’ombres et de soleil, reflets de la maille moucharabieh et de la mer rendent ce kaléidoscope organique très vivant. La nuit, il se métamorphose encore grâce au plasticien de la lumière Yann Kersalé.

Ce bâtiment crée un débat technico-architectural, appuyé sur la recherche qu’il représente avec sa structure en BFUP (béton fibré à ultra-haute performance). C’est un manifeste «antimoderne, antiminimaliste et antiglobalisation», défend en torero Rudy Ricciotti depuis six mois (1).

Mais c’est un musée, on l’oubliait ! Cette «œuvre» expressive allait-elle écraser toute muséographie ? Non, elle est capable d’accueillir sans se nier. Ses grands plateaux libres, répartis sur deux niveaux, sont voilés de rideaux noirs qui protègent les œuvres de la lumière, mais laissent entrevoir la dentelle de béton.

Patchwork. Autre question, quel contenu pour ce musée ? Dans la grande galerie permanente de la Méditerranée, où flottent des voilures blanches, on passe de l’huile d’olive à la guillotine, de Jérusalem à la citoyenneté. Une expo patchwork, lénifiante, avec de beaux objets, méditerranéens ou pas, passés ou présents, dont le public sera friand, mais qui ne réussit pas à repenser au XXIe siècle la question des arts et traditions populaires.

Les deux autres thèmes, temporaires, s’exposent mieux. «Le bazar des genres», entre humour et politique, est bien articulé grâce aux cimaises palissades de Didier Faustino, du stérilet au voile. L’exposition «Le noir et le bleu», scénographiée par Maciej Fiszer, va du bleu de Miró au noir de la mafia, au fil d’une rue-cimaise qui transforme le parcours en beau cabotage.

Ainsi naît le J4, déjà à vivre, mais encore à solidifier théoriquement quant à son regard sur la Méditerranée. Il n’a même pas de nom. Les Marseillais vont bien lui en trouver un.

(1) «Libération» du 12 avril. Exposition «Ricciotti architecte», Cité de l’architecture et du patrimoine, 75016, jusqu’au 8 septembre. Rens. : www.citechaillot.fr

 

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