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Le Mozambique, nouvel eldorado énergétique

 

Vue nocturne de Maputo avec, en arrière-plan,les immeubles du centre financier.

Vue nocturne de Maputo avec, en arrière-plan,les immeubles du centre financier. Crédits photo : Sven Torfinn/Panos Pictures/Réa

Le pays a connu une croissance moyenne de 7,2 % sur la dernière décennie. Son président Armando Guebuza sera reçu par François Hollande vendredi.

En quelques années, Maputo a pris les allures d'une capitale développée: un centre-ville rempli de 4 × 4 rutilants, de grands immeubles modernes, çà et là des boutiques de luxe, des cafés branchés à l'occidental et de grosses bâtisses qui se louent 6000 dollars par mois… L'envers du décor se situe à quelques encablures, immondices jonchant le sol, chemins de terre poussiéreux et bidonvilles. Le contraste est saisissant. C'est l'image d'un développement effréné dans l'un des États les plus pauvres d'Afrique ravagé par vingt ans de guerre civile après l'indépendance de 1975.

Ce «boom» économique, le Mozambique - qui a connu une croissance moyenne de 7,2 % sur la dernière décennie - le doit à ses sols gorgés de ressources naturelles: eau, graphite, phosphate, rubis, essences végétales… et surtout le charbon et le gaz, dopé tout récemment par de gigantesques découvertes. Le pays disposerait des quatrièmes réserves les plus importantes au monde, situées pour l'essentiel en haute mer. Un atout géographique qui facilitera son exportation vers l'Asie. Le gouvernement vise un début d'exploitation à horizon 2020. Mais il faudra investir plus de 20 milliards de dollars pour transformer ce potentiel en richesse sonnante et trébuchante.

Le président Armando Guebuza sera reçu vendredi à Paris par François Hollande. Son objectif est de renforcer les liens politiques et commerciaux. «Notre première priorité est d'attirer les investisseurs», insiste le chef d'État. Accompagné de François Hollande, il se rendra à Cherbourg pour visiter les chantiers navals et entériner l'achat de 30 bateaux (lire encadré). Ce contrat est une bonne nouvelle pour les entreprises françaises qui sont à la traîne au Mozambique.

Mainmise chinoise

Les premiers à s'être rués vers ce nouvel eldorado énergétique sont les grands émergents, l'Inde, la Chine, le voisin d'Afrique du Sud et le grand frère lusophone du Brésil. L'entreprise minière Vale s'est implantée dès 2007 dans la capitale du charbon, à Tete au nord-ouest. Dans la même province, les Sud-Africains viennent se fournir en électricité alimentée par le grand barrage de Cahora Bassa, quand seulement 30 % de la population mozambicaine disposent d'un accès à l'électricité. Cela donne la mesure des défis de développement à venir.

Le pays manque de tout, d'écoles, d'hôpitaux mais aussi de routes, de voies ferrées, d'aéroports, de ports pour exploiter et acheminer toutes les richesses énergétiques. La manne des investissements directs étrangers - qui ont fortement augmenté de 700 millions de dollars en 2009 à 4,9 milliards en 2012 - ne suffit pas à combler l'énorme déficit d'infrastructures.

La géographie du pays, tout en longueur, n'aide pas. «La logistique est un casse-tête. À peine la moitié de la production de charbon de Vale et Rio Tinto arrive aux côtes», illustre André Santos, chef économiste à Maputo de la Banque africaine de développement. Devant le retard accumulé pour l'extension du réseau ferré, les accidents à répétition, Vale et Rio Tinto ont pris en charge les chantiers, alors que les Chinois ont la mainmise sur les grands travaux d'infrastructure.

«L'autre grand défi est la pénurie de main-d'œuvre qualifiée», ajoute André Santos. Le pays compte plus de 50 % d'analphabètes sur 25 millions d'habitants. Le gouvernement tente d'y remédier en obligeant les entreprises étrangères à former des gens. «Nous investissons beaucoup dans la formation professionnelle, nous développons des centres danstoutesles provinces», insiste pour sa part la ministre du Travail, Helena Taipo. Les autorités cherchent aussi à limiter l'embauche d'étrangers en fixant des quotas. En théorie car les compagnies peuvent obtenir des dérogations auprès du ministère. «Le recrutement d'un cadre mozambicain coûte beaucoup plus cher qu'un étranger, surtout comparé aux Européens», souligne l'économiste de la BAD.

Le Mozambique est devenu une terre d'opportunités pour les nombreux Portugais qui fuient leur pays en crise. Chaque semaine, 150 arrivent à Maputo pour tenter leur chance. «Ils ouvrent des petits négoces, café, salon de coiffure ou travaillent dans la construction, un secteur en plein essor», relate Taciana Lopes, une avocate d'affaires.

Native de Maputo, la jeune femme a grandi au Portugal avant de revenir en Afrique. Taciana s'inquiète pour le futur du pays: «Le gaz est une opportunité unique de développement mais je doute des capacités des autorités à bien gérer cette manne.» Le manque d'expertise, la bureaucratie et la corruption endémique sont autant de freins. «Plusieurs scandales dans la santé et l'éducation ont conduit des pays, Pays-Bas et Finlande notamment, à réduire leur aide», regrette l'avocate. Si le pays a nettement amélioré ses recettes fiscales - 20 % du PIB -, le Mozambique vit encore beaucoup des bailleurs internationaux. L'aide couvre 30 % du budget de 7 milliards de dollars, contre 70 % en 2006.

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