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Les outsiders de l'art entrent au panthéon

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<i>Guitare et verre</i>, 1917, de Georges Braque.

Guitare et verre, 1917, de Georges Braque. Crédits photo : © Coll.Kröller-Müller Museum, Otterlo © Adagp, Paris 2013

Au Grand Palais, Braque le discret se démarque de son frère glorieux Picasso, tandis qu'en face, au Petit Palais, Jordaens s'affranchit de Rubens, son si célèbre aîné.

On peut être au second plan mais de premier ordre. Comme Giulio Romano voilé par Raphaël, Le Brun atténué par Poussin ou encore Monticelli éclipsé par Van Gogh. En art, où tout est question de point de vue, celui de la postérité est essentiel. Prenez le cubisme qui, précisément, s'est plu à brouiller la perspective.

Passés les temps glorieux de l'invention de l'art moderne, Picasso, ogre absolu, a estompé Braque, son cher «compagnon de cordée». Certes Braque a toujours été tenu par les connaisseurs pour un maître de très haute qualité, peut-être même le dernier des Français novateurs d'envergure internationale. Heureusement au Grand Palais, le voilà seul. Plus de concours, de concurrence. Pour le grand public, c'est l'occasion de le réévaluer. Elle ne s'était pas présentée à Paris depuis quarante ans. On constatera que Braque - rien que Braque mais tout Braque sur cinquante-sept ans de création - s'impose par sa sérénité et son intransigeance. Incontestablement une voix particulière parle ici, qui se trouve comme libérée.

Bien sûr les périodes cubistes, notamment la première, celle qui fut la plus commune, se taillent la part du lion. Mais on part des débuts de fauve matissien et l'on va jusqu'au poète zen, ce sage des falaises normandes mort en 1963, qui n'avait plus besoin de personne et dont Jean Paulhan soutenait qu'il était, lui, le patron. Aux cimaises grises et dans une lumière chiche du fait de la fragilité de ses fameux papiers collés, les compositions austères et denses ne séduisent pas spontanément. Braque ne travaillait pas pour séduire. Puis on s'habitue. Ce genre de beauté, à la fois cérébral et matériel, se mérite. Il faudrait méditer longtemps chaque toile, chaque feuille, chaque sculpture de galets. Elles sont toutes conçues comme des haïkus. On espère que la foule attendue ne rendra pas la chose trop difficile.

Tandis que le roi boit

En face, au Petit Palais, c'est l'Anversois Jordaens, trop facilement ramené à son rôle de successeur de Rubens, qui se voit allégé du poids des raccourcis. Sa carrière est, elle aussi, intégralement évoquée, cela alors que la postérité ne retient de lui que ses scènes de banquets truculentes et morales, où l'on pisse et vomit tandis que le roi boit. Ici, elles ne constituent qu'une séquence parmi les splendides suites de scènes bibliques ou mythologiques ; sans compter les portraits, même si ceux-ci n'atteignent pas la grâce de ceux de Van Dyck, l'aîné à la carrière plus internationale.

Il faudrait méditer longtemps chaque toile. Elles sont toutes conçues comme des haïkus

Comment se fixe donc dans la mémoire collective l'image d'un artiste, être par essence complexe et changeant, dont le charme réside précisément dans la manière qu'il a de déjouer les catégorisations pour proposer des chemins nouveaux? Ces deux expositions apportent des éléments passionnants au dossier.

Il y en aura d'autres de ce type cette saison. Par exemple, toujours au Grand Palais (à partir du 2 octobre), celle sur Vallotton. Une signature moins prestigieuse que celle de Degas ou Toulouse-Lautrec. Et pourtant! Le Suisse prolifique et polymorphe fera rugir ses couleurs, étonnera par son trait pur, ses décadrages audacieux et son œil caustique. Un art là encore éminemment personnel.

Ailleurs, à Tours (à partir du 8 octobre) puis à Montpellier (en février 2014), Jean-Pierre Cuzin, ancien responsable des peintures au Louvre, remettra en selle François-André Vincent (1746-1816). Les travaux de ce peintre ont souvent été comparés défavorablement à ceux de Fragonard. Au mieux on se souvenait de Vincent comme le chaînon manquant entre ce dernier et David. Au pire attribuait-on ses huiles à Boilly, Gros, Géricault ou Delacroix. L'une d'elles fut même rattachée à Velasquez!

En fait, dès avant la Révolution, Vincent a inventé le portrait à charge, genre qui fera florès au XIXe siècle. «C'est un précurseur du romantisme, s'enthousiasme Cuzin. Nous sommes en présence d'un grand artiste jusqu'ici méconnu alors que ses œuvres sont présentes au sein des collections publiques et privées les plus prestigieuses, tant en Europe qu'à l'étranger.» La vraie nouveauté ne serait donc que de regarder les choses autrement?

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