Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Catégories : CE QUE J'AI LU,VU (et aimé), J'ai lu dans la presse

L’Arctique, une région stratégique convoitée

Depuis son investiture en janvier 2025, le président américain, Donald Trump, a manifesté à plusieurs reprises sa volonté de voir les États-Unis prendre le contrôle du Groenland, un territoire rattaché au Danemark et situé dans l’Arctique. L’Arctique est une région qui entoure le pôle Nord et comprend l’océan Arctique, largement recouvert par la banquise. Huit pays sont traversés par le cercle arctique : le Canada, les États-Unis (avec l’Alaska), le Danemark (avec le Groenland), l’Islande, la Norvège, la Suède, la Finlande et la Russie. Riche en ressources comme le pétrole, la région voit son accès facilité avec le réchauffement climatique.

Écouter l’édition

Une région riche en ressources naturelles

L’Arctique regorge de ressources : gaz, pétrole, métaux rares, mais aussi poissons et eau douce. La région renferme environ 13 % du pétrole et 30 % du gaz naturel encore non découverts dans le monde, selon la dernière estimation de l’USGS, un organisme public de recherche américain, publiée en 2008, mais qui fait toujours référence. Parmi les huit États arctiques, cinq d’entre eux disposent d’une zone économique exclusive (ZEE) dans l’océan Arctique qui s’étend jusqu’à environ 370 km de leurs côtes, où ils exercent des droits souverains sur les ressources naturelles. Il s’agit du Canada, du Danemark, des États-Unis, de la Norvège et de la Russie. Les eaux arctiques sont source de « concurrence », certains États cherchant à étendre leurs droits au-delà de leur ZEE, relevait le chercheur spécialiste de l’Arctique Zhao Long dans un article publié en 2018 sur le site du centre de réflexion américain Council on Foreign Relations.

Le réchauffement climatique ouvre de nouvelles routes maritimes

Avec le déclin de la banquise dû au réchauffement climatique, les passages maritimes arctiques du Nord-Ouest et du Nord-Est – ou route maritime du Nord (RMN) – sont de plus en plus praticables. Ce déclin laisse même entrevoir une potentielle nouvelle route dite transpolaire, plus directe, passant à proximité du pôle. En 2020, la Russie a mis en service le plus puissant brise-glace à propulsion nucléaire du monde pour ouvrir la voie aux navires sur la RMN toute l’année, y compris lorsqu’elle est prise par les glaces. La RMN est à l’heure actuelle la voie la plus courte pour relier l’Atlantique au Pacifique par la côte sibérienne. Si l’Arctique paraît plus accessible, des études récentes ont montré que la fonte de la banquise pouvait aussi complexifier la navigation, un afflux de glace ancienne et dérivante bloquant certains secteurs du passage du Nord-Ouest.

Un espace militaire de plus en plus convoité

La militarisation de l’Arctique s’accélère avec « l’évolution du contexte international », marqué par l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, notait le vice-amiral d’escadre Jean-François Quérat dans une interview accordée à la revue de la Marine française en 2024. L’océan Arctique est une zone stratégique en raison de la proximité entre les puissances militaires qui le bordent, « en particulier pour le déploiement des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins russes », expliquait-il. La Russie a remilitarisé l’Arctique ces dernières années et modernisé ses bases, offrant « une possibilité de frappe rapprochée » contre les États-Unis et le Canada, ajoutait-il. L’Otan, une alliance militaire de 32 pays, a renforcé depuis 2022 sa présence en Arctique, en particulier par le biais d’exercices militaires. Membre de l’Otan, la France a dévoilé en 2025 sa première stratégie de défense pour l’Arctique, présenté comme un « espace de confrontation envisageable ».

L’UE a longtemps été un peu en retrait et on observe que, là, elle a tendance plutôt à se remobiliser en Arctique.

— Camille Escudé
géographe
septembre 2025

 
1867
Les États-Unis achètent l’Alaska à la Russie

La Russie vend l’Alaska aux États-Unis en 1867 pour 7,2 millions de dollars, soit environ 5 dollars le km2, selon l’encyclopédie Britannica. « Le coût et les difficultés logistiques de l’approvisionnement du territoire en avaient fait un fardeau économique pour les Russes, qui étaient en outre aux prises avec une dette accumulée pendant la désastreuse guerre de Crimée (1853-1856) », explique l’encyclopédie. Les États-Unis entrevoient quant à eux en Alaska « un potentiel important » en matière « d’or, de fourrures et de pêche » et « un développement des échanges commerciaux avec la Chine et le Japon », souligne le professeur spécialiste de l’Alaska William Hensley dans un article de 2025 sur le site The Conversation. Aujourd’hui, l’Alaska est l’un des principaux États américains producteurs de pétrole et de gaz.

 
1982
La Convention des Nations unies sur le droit de la mer

Les États membres de l’ONU adoptent en 1982 la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM). Les frontières maritimes des États arctiques sont délimitées selon cette convention, qui instaure les ZEE, et selon des accords entre États. Un pays peut étendre ses droits souverains pour exploiter les ressources du sol et du sous-sol au-delà de sa ZEE sur son plateau continental, soit le prolongement de son territoire en mer, jusqu’à 650 km depuis ses côtes. Si de telles zones maritimes se chevauchent, les pays concernés sont tenus de trouver un accord, « ce qui a conduit à des coopérations » en Arctique, note la chercheuse Virginie Saliou en 2025 dans un entretien à l’IHEDN, un institut public. Certaines tensions demeurent toutefois, comme sur le chevauchement des plateaux continentaux revendiqués par le Canada et les États-Unis.

 
2007
La Russie plante un drapeau dans l’océan Arctique

En août 2007, un sous-marin russe descend dans les fonds de l’océan Arctique, sous le pôle Nord, et y plante un drapeau russe au moyen d’un bras télescopique. Outre ce geste symbolique, l’expédition scientifique réalise des prélèvements géologiques pour démontrer que la dorsale de Lomonossov, une chaîne de montagnes sous-marine qui s’étend de la Sibérie au Groenland et au-dessus de laquelle se situe le pôle Nord, appartient au plateau continental sibérien. Cette opération « reflète le fait que la Russie se considère chez elle en Arctique », estime le chercheur en géopolitique Thomas Gomart dans une interview accordée au Point en 2025. La Russie revendique depuis 2001 une extension de sa zone maritime, incluant la dorsale de Lomonossov. Cette dorsale fait l’objet de revendications concurrentes du Canada et du Danemark, qui estiment chacun qu’elle constitue le prolongement de leur propre plateau continental.

 
2018
La Chine se définit comme un « État proche-Arctique »

Le gouvernement chinois publie en janvier 2018 un document officialisant sa politique en Arctique. La Chine y est présentée comme un « État proche-Arctique ». Selon le gouvernement, la fonte de la banquise dans l’Arctique a « un effet direct » sur les « intérêts économiques » de la Chine dans plusieurs secteurs, dont les activités maritimes (transport, pêche, etc.). Le pays cherche ainsi à démontrer sa « légitimité à participer directement à la gouvernance de la région », estiment les chercheurs Olga Alexeeva et Frédéric Lasserre, spécialistes de la géopolitique de l’Arctique, dans un article de 2022 sur le site pédagogique Géoconfluences. Si la Chine reconnaît « explicitement » la souveraineté des États arctiques dans son document, « elle demeure silencieuse sur les points de friction » comme les passages maritimes, dont le contrôle et l’usage font débat, relève Frédéric Lasserre dans un autre article publié en 2018 dans la revue québécoise Regards géopolitiques.

100
millions de dollars

Le secrétaire d’État américain (l’équivalent du ministre des Affaires étrangères) a proposé au Premier ministre danois d’acheter le Groenland pour 100 millions de dollars en décembre 1946, selon des documents des archives nationales américaines consultés par l’agence de presse AP et cités dans un article publié en 1991. Ces archives ne permettent pas de « savoir si les Danois ont réagi », précisait alors AP.

21 000
espèces identifiées

L’Arctique abrite au total plus de « 21 000 espèces connues de mammifères, d’oiseaux, de poissons, d’invertébrés, de plantes, de champignons et de microbes », selon le Conseil de l’Arctique, un forum intergouvernemental. Neuf pays, dont la Chine, les États-Unis et la Russie, ainsi que l’UE ont signé en 2018 un accord qui interdit la pêche commerciale dans une partie de la région au moins jusqu’en 2037.

Vous appréciez ce panorama ?

Abonnez-vous à Brief.me, notre service quotidien qui explique l’actualité. Tous les panoramas sont inclus dans l’abonnement.

Je m’abonne

Ce contexte géopolitique inquiète fortement les associations, locales ou non, qui défendent l’environnement de l’Arctique et qui militent pour sa protection et sa préservation comme étant un bien commun inaliénable.

— Béatrice Giblin
géographe et géopolitologue
juin 2025

Conseil de l’Arctique

Les huit pays de l’Arctique fondent le Conseil de l’Arctique en 1996 par la déclaration d’Ottawa. Ce forum intergouvernemental comprend aussi six associations représentant les peuples autochtones et des États observateurs non arctiques tels que la Chine. Il vise à renforcer la coopération entre les États de l’Arctique et avec les peuples autochtones, principalement pour promouvoir le développement durable de la région. La déclaration d’Ottawa précise que le Conseil de l’Arctique n’a pas mandat pour traiter des questions militaires. L’instance, qui fonctionne par consensus à l’unanimité de ses membres, produit essentiellement des rapports scientifiques. Elle n’a conclu à ce jour que trois accords contraignants, sur le sauvetage, la lutte contre la pollution par les hydrocarbures et la coopération scientifique.

Autochtones

L’ONU définit les autochtones comme les descendants des habitants originels d’un territoire. Remplaçant les termes comme « peuples primitifs » jugés dépassés et péjoratifs par l’ONU et de nombreux chercheurs, l’appellation « autochtones » est institutionnalisée par la déclaration de l’ONU de 2007 visant à faire progresser « les droits des peuples autochtones ». L’Arctique compte plus de 500 000 autochtones parmi ses 4 millions d’habitants, selon le Conseil de l’Arctique. Différents groupes y vivent [voir une carte], tels que les Inuits et les Samis, chacun ayant ses propres langue, culture et mode de vie. Certains sont structurés en organisations transnationales, comme le Conseil circumpolaire inuit pour les Inuits, qui siègent au Conseil de l’Arctique, « où elles peuvent faire pression sur les gouvernements pour faire valoir leurs intérêts », expliquait le chercheur Frédéric Lasserre à Brief.me en 2021.

Deux pôles aux enjeux distincts

Un épisode de l’émission d’Arte « Le Dessous des cartes » met en parallèle l’Arctique et l’Antarctique, deux régions aux conditions climatiques proches, convoitées pour leurs ressources, mais au statut bien différent.

L’UE en Arctique

Dans un article publié fin 2025, le président du cercle de réflexion Le Cercle Polaire, Laurent Mayet, analyse l’évolution des rapports de force en Arctique depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie et se demande comment l’UE peut renforcer son pouvoir d’action dans la région.

C’était notre panorama sur l’Arctique.
Dernière mise à jour le 16 janvier 2026
Créé le 14 janvier 2026
Rédaction
Cécile David et François Prosper
Crédits photos
Jeremy Bishop (via Unsplash)

Nos applications mobile

App Store
Google Play

Brief.me Panorama c’est aussi :


L’hôpital public, un système de santé mis à l’épreuve

Comment l’intelligence artificielle a envahi nos vies

L’Otan, de la menace soviétique à la menace russe

La hausse de la dette publique française en débat

Plus de Brief.me

Toutes nos éditions
À propos de Brief.me

Les commentaires sont fermés.