Recueil de poèmes en hommage aux deux auteurs
Maurice Denis au milieu de sa collection
Le musée qui lui est consacré a rassemblé une partie des œuvres de ses contemporains qu’il avait acquises, au prix de nombreuses recherches.
Saint-Germain-en-Laye (Yvelines). Après l’exposition « Signac collectionneur » qui s’est tenue au Musée d’Orsay en 2021-2022, le thème du collectionnisme des artistes s’enrichit avec l’étude du cas de Maurice Denis (1870-1943). Mais, à la différence de Signac, les archives du peintre sont en partie éparpillées chez ses descendants, tout comme certaines des œuvres lui ayant appartenu. Et, même si le Musée de Saint-Germain-en-Laye conserve de nombreux documents (notamment sa correspondance, mise en ligne sur le site du département des Yvelines), reconstituer en partie sa collection exigeait un important travail de recherche qu’ont réalisé Fabienne Stahl et Gwendoline Corthier-Hardoin. Elles ont par exemple examiné à la loupe les photographies des maisons du peintre pour identifier ce qui se trouvait au mur ou sur les meubles et, parfois, fait de nouvelles découvertes au musée. C’est ainsi qu’en 2017, Fabienne Stahl a déniché une liste établie par le peintre d’œuvres de sa collection, qu’elle a datée de 1907. À la fin de l’exposition sont montrés quelques documents qui ont guidé les commissaires.
D’autres photographies et lettres apparaissent auparavant dans le parcours, liées à une ou plusieurs œuvres. Au tout début de la visite, on peut voir, sur un cliché agrandi, Maurice Denis entouré de tableaux et sculptures. Il y a là Femmes au bord de la mer, esquisse, ditLa Martinique (entre 1887 et 1889) de Charles Laval, Baigneuse debout (1900) d’Aristide Maillol et Portrait de Ker-Xavier Roussel malade (1909) d’Édouard Vuillard. Au-dessus de celui-ci est accroché Autoportrait à l’estampe japonaise (1887) de Vincent van Gogh. Tout cela est présenté au public, à l’exception du Van Gogh qui figure cependant en fac-similé. Sur la même photo, on voit Nature morte Fête Gloanec (1889) de Paul Gauguin au-dessus de l’épaule gauche de Maurice Denis. Le tableau est plus loin et son cartel est complété de la photographie d’Anne-Marie, fille du peintre, posant en 1921 avec son fiancé dans la maison paternelle. Derrière eux se trouvent le Gauguin surmonté du Van Gogh.
Toutes les œuvres convoitées n’ont pas été obtenues. Le Musée d’Orsay n’a pas pu prêter Portrait de l’artiste au Christ jaune (entre 1890 et 1891) de Paul Gauguin, non plus que Le Talisman, Paysage au Bois d’Amour (1888) de Paul Sérusier ni le pastel Le Désir et l’Assouvissement (1893) de Jan Toorop mais s’est en revanche défait de Lustral (mai 1891) de Ranson. Le Musée de Pont-Aven a envoyé Portrait de Marie Lagadu (vers 1889) (voir ill.) et Cercle chromatique (vers 1920) de Sérusier, Nu de la comtesse d’Hauteroche (1896) d’Armand Seguin ainsi que Paysage de Pont-Aven ou L’Arbre roux (1888) d’Émile Bernard et le Musée d’art et d’histoire de Genève a confié Le Flacon (vers 1907-1908) de Pierre Bonnard.
Le cartel de Femme dans un intérieur (vers 1925-1929) de Georges d’Espagnat rappelle que Denis achetait mais échangeait aussi beaucoup avec les autres artistes. Il y avait aussi les cadeaux, comme Poupées patriotiques (1915) dédicacé par Jacqueline Marval à Marthe Denis pour la naissance de Jean-François Denis. De son côté, Max Jacob a dédicacé sa gouache Des Tuileries à Notre-Dame (1928) « au grand et respecté/ Maurice Denis/ le maître de tous ceux qui cherchent/ leur inspiration en Dieu ». Ces œuvres sont conservées en collections privées, tout comme La Rochelle, la porte de la Grosse Horloge vue du quai (1920) d’Albert Marquet, acquis en 1922. Gwendoline Corthier-Hardoin a beaucoup cherché ce tableau et a dû parfois déployer des trésors de persuasion pour convaincre les propriétaires de se séparer momentanément de leurs objets. Mais deux événements à venir, surtout, ont provoqué des déceptions : l’exposition sur Gustave Fayet et celle sur Paul Cézanne qui doivent s’ouvrir à l’automne à Paris. Proche de Maurice Denis, Fayet a acheté des œuvres de sa collection qui ont donc été retenues par les musées en prévision de la manifestation à la Fondation Louis Vuitton. Quant à Cézanne, « c’est le grand absent de notre exposition alors que Maurice Denis en était fou », constate Fabienne Stahl. Ainsi, Baigneurs (entre 1899 et 1900), qui appartient au Musée d’Orsay, n’a pas pu rejoindre Saint-Germain-en-Laye.
Sur les 500 œuvres et reproductions ou plâtres qui constituaient la collection du peintre, 150 sont présentés ici. À côté de ce qui est conservé au musée – Les Sorcières autour du feu (1891) de Paul-Élie Ranson, Portrait de Marthe Denis au miroir (1907) de Théo Van Rysselberghe, donnés par la famille, Chez Maurice Denis à Saint-Germain-en-Laye (vers 1905) d’Édouard Vuillard, déposé par le Musée d’Orsay, Christ à la colonne (1910) de George Desvallières acheté par Denis – et de prêts qui témoignent de son admiration pour Gauguin ou Bonnard, il en est qui font revivre des noms oubliés comme ceux d’Alexandra Shchekotikhina ou Gabrielle Faure qui furent ses élèves. Il y a quelques fac-similés (Gauguin, Van Gogh, Renoir et Lhote…) essentiels pour mesurer l’importance qu’avait sa collection. Pour voir de grands chefs-d’œuvre qu’il a possédés, il faudra visiter les expositions « Fayet » et « Cézanne ». Mais celle-ci donne un aperçu sensible de sa vie au milieu de ses tableaux, sculptures et dessins. Il reste d’ailleurs beaucoup à faire pour mieux connaître cette collection et les commissaires espèrent qu’après elles de nouveaux chercheurs s’enthousiasmeront pour ce sujet.