samedi, 07 mars 2009

Lu dans la presse le 26 février 2009:Les conseils d'un vieux maître

max jacob.jpgFrançois Taillandier
26/02/2009 | Mise à jour : 10:56


Dans les années 1940, l'écrivain Max Jacob retiré près de l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire, écrit à un jeune poète.


En mai 1941, un élève de l'École nationale professionnelle de Vierzon, où il étudie la céramique, écrit à Max Jacob une lettre de poète en herbe, admiratif et timide. L'auteur du Cornet à dés et du Laboratoire central, figure emblématique du Paris artistique et littéraire des années 1900 à 1930, s'est depuis plusieurs années retiré à Saint-Benoît-sur-Loire. Le jeune homme s'appelle Jean-Jacques Mezure. À sa surprise, la réponse est amicale, chaleureuse ; une correspondance suivie s'établit, qui durera jusqu'à l'arrestation du poète, en février 1944.

La correspondance de Max Jacob est considérable, encore éparse. Ces cinquante et une lettres à J.-J. Mezure, données par ce dernier à la bibliothèque d'Orléans, complètent pour nous celles qu'il adresse dans la même période à deux autres jeunes gens, le peintre Roger Toulouse et le poète Marcel Béalu. C'est ce qui touche d'abord : l'écrivain vieillissant, plongé dans une intense méditation spirituelle que troublent les soucis matériels et les angoisses du temps, n'a de cesse de s'adresser à de plus jeunes, de leur ouvrir son cœur et son « laboratoire » d'artiste avec une générosité et une joie paternelles. En même temps, c'est de la période la plus grande et la plus tragique de son existence, celle qui transforme une vie en destin, que ces lettres nous rendent, après leur destinataire, témoins et confidents.

De quoi parle Jacob ? De poésie d'abord, bien sûr. En assumant son statut de maître : «Ne m'envoyez pas de gros manuscrits… Un ou deux poèmes me suffiront pour voir où vous en êtes.» La poésie est un artisanat, et l'on parle technique : «Le mot couleur jaune, blanc, n'a jamais rien fait voir à personne, il faut dire un citron, une chemise.» Mais l'art est aussi un acte métaphysique : «Il y a un travail de déplacement qui est une jouissance esthétique (…) Ceux qui n'ont pas ce goût du déplacement sont les satisfaits : ils n'ont pas besoin d'art, la réalité leur suffit.»«L'esprit n'a pas besoin du commencement, milieu et fin de la petite histoire. Il préfère le plafond d'une œuvre. » Le volume abonde en notations de ce genre, fruits du travail d'une vie.

 

«Un état proprement poétique»

 

La vocation du jeune homme hésite alors entre la poésie et la prêtrise. Là encore, la sollicitude inquiète du reclus de Saint-Benoît s'exprime d'abondance ; et l'on pourra juger que, par moments, il se fait un peu trop directeur spirituel. C'est oublier que les deux cheminements se confondent : «Ce n'est pas l'inspiration extérieure qu'il faut attendre, c'est l'inspiration intérieure (…) La vie intérieure comporte aussi la vie éthique ou morale, les scrupules, les choix, la volonté raisonnée. Cette vie intérieure est l'état proprement poétique.»

Ces deux exigences, cette quête à double face, le poète et son correspondant les maintiennent au milieu d'un cauchemar. Peu à peu, au fil des pages, l'angoisse s'accroît. Jacob prédit, en s'appuyant sur la prophétie de Daniel, la fin de Hitler - qu'il écrit curieusement «Hittler». En attendant, la persécution s'appesantit : «Mon frère qui a 68 ans et qui est sourd a été arrêté le 10 décembre et mené on ne sait où… » «Le logis familial de Quimper entièrement pillé…» La dernière lettre évoque l'arrestation de sa sœur, un mois avant la sienne.

Les deux hommes ne se virent jamais. Jean- Jacques Mezure est alors pris entre sa jeune vie professionnelle et sa situation de réfractaire au STO. L'état des transports publics fait en outre qu'un voyage d'Orléans à Saint-Benoît est une odyssée. Ce n'est qu'en avril 1944, dans un entrefilet de la revue Comoedia, qu'il apprendra la mort de son maître et ami, et plus tard encore, les circonstances de celle-ci… La rencontre avait eu lieu quand même ; en lisant ce bouleversant petit volume, nous sommes conviés à nous y joindre, et ces belles présences ne s'estompent pas.

Lettre à un jeune homme, 1941-1944 de Max Jacob, préface de Jean-Jacques Mezure, présentation et notes de Patricia Sustrac Bartillat, 140 p.,14 €.

http://www.lefigaro.fr/livres/2009/02/26/03005-20090226AR...

Photo Wikipédia

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Commentaires

Ce sont des correspondances précieuses.... garder de telles lettres, avoir le soin de les ranger quelquepart et ensuite les ressortir, quelle bonne idée.

Écrit par : elisabeth | samedi, 07 mars 2009

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Je regrette moi-même de ne pas avoir gardé les lettres d'un vieux maître...

Écrit par : laura | dimanche, 08 mars 2009

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