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Catégories : Web

Comment on imaginait le web de 2010... en l'an 2000

Samuel Laurent (lefigaro.fr)
23/12/2009 | Mise à jour : 12:05
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En 2000, on nous promettait notamment pour 2010... des réfrigérateurs capables de commander tous seuls de la nourriture sur le web.
En 2000, on nous promettait notamment pour 2010... des réfrigérateurs capables de commander tous seuls de la nourriture sur le web.

Internet sur le frigo, classes virtuelles à l'école, extranets régionaux et «ruches numériques», au service d'une «élite branchée» qui domine le monde.... Voilà ce que promettait le Web de 2010... vu de l'an 2000. Voyage dans le temps.

«En 2010, Internet sera diffusé depuis presque tous les équipements fixes ou mobiles de la maison (télé, réfrigérateur, montre, etc.). A l'école, plus que jamais “le lieu central de l'accès et de la formation aux nouvelles technologies”, les pupitres d'antan auront laissé la place aux “classes virtuelles”... Quand les technocrates de l'an 2000 imaginaient le Web de 2010, le portrait était ambitieux.

Tiré d'un article des Echos du 22 novembre de la première année du XXIe siècle (ou de la dernière du XXe, c'est selon), cette longue citation résumait les conclusions d'un rapport gouvernemental sur ce que serait le Web en 2010. Une décennie plus tard, il est plutôt rafraichissant de constater les différences entre cette vision du futur et notre présent.

 

Ruches numériques pour PME et frigos connectés au Web

 

Les «ruches numériques» qui devaient permettre aux PME «d'échanger biens et informations avec l'aide de l'Etat», sont ainsi restées dans les cartons, ou se sont transformées en lieux de rencontre pour entrepreneurs high-tech, comme La Cantine à Paris . Et si certains prototypes de frigos ont une connexion internet, la chose est loin d'être généralisée. Même article, autre perle: en 2000, on garantissait «une généralisation des hauts débits - 2 Mbit/s pour chaque foyer». Dix ans plus tard, nous en sommes au très haut débit, qui tutoie les 100 Mbit/s théoriques.

Autre article, toujours dans les Echos, cette fois en avril 2000: on nous annonce pour 2010 le triomphe de l'internet... mobile. «Pour le cabinet britannique Ovum, en 2010, 63 % des utilisateurs de mobiles dans le monde seront abonnés à un service de troisième génération (3G) mariant la téléphonie à une kyrielle d'applications : accès rapide à Internet, jeux, vidéoconférence mobile, commerce électronique, fichiers MP3, etc», peut-on lire dans cet article.

Pas si faux. Aujourd'hui, on estime que le marché des smartphones concerne 30% du marché total des mobiles dans le monde en volume (55% en valeur). Mais si l'usage du Web en mobilité se développe rapidement, il reste minoritaire. En 2008, seuls 9% des utilisateurs de smartphones en France surfaient depuis leur téléphone, selon une étude du cabinet GfK.

 

Quand les pontes de la high-tech pensaient le Web... pour chiens

 

D'autres prévisionnistes se sont davantage fourvoyés. C'est le cas de William Joy. Fondateur de Sun Microsystems, il avait marqué la réunion de Davos en l'an 2000 par ses prévisions. Comme le racontait Le Figaro, le 2 février 2000, aux côtés d'internet, il imaginait pas moins de six autres résaux (PDF, p.46).

A côté du Web, limité aux ordinateurs, il prévoyait ainsi un second réseau dédié aux mobiles et séparé du Net, au motif qu'il serait «irréaliste de penser qu'on puisse tranférer le code du web existant de manière à ce qu'il soit lisible sur ces nouveaux appareils, car c'est une nouvelle sorte d'information». Premier raté : dix ans après, internet est le même sur ordinateur et sur téléphone. C'est d'ailleurs un téléphone capable d'afficher une page web standard, l'iPhone, qui a démocratisé le web mobile.

William Joy distinguait aussi un troisième réseau, dédié au «Web spectacle et divertissement». Encore raté : là aussi, même si on peut utiliser des tas d'appareils pour regarder un divertissement (TV par Ip, VOD, etc), tout passe par le même tuyau: internet.

Encore plus approximatif: le quatrième Web était, selon lui, un système de «reconnaissance vocale [qui] permettra par exemple de commander sa porte d'entrée ou son réfrigérateur». Nouvel échec : certes, la reconnaissance vocale existe, certes on peut piloter à distance un frigo, mais cela n'intéresse personne, ou presque.

La série continue avec un cinquième Web qui «se passera totalement de l'homme : un “Web de l'e-business” où les ordinateurs se parleront entre eux». Si l'idée peut faire penser au concept du «Web sémantique», qui pourrait permettre une communication de machine à machine, il n'est pour le moment qu'une idée. Enfin, le 6e Web devait permettre de «demander à son chien, muni d'un collier spécial, de rentrer à la maison». Là encore, la technologie n'a pas pris ce chemin.

 

«L'élite branchée sur internet dominera le monde»

 

Au côté de ces enthousiastes, les années 2000voyaient aussi émerger de nombreuses questions sur le Web et ses impacts sociétaux. Le 26 novembre 1999, dans Le Monde, Erik Izraelewicz s'inquiétait ainsi du moment où «une élite branchée sur internet dominera le monde».

L'article fourmille d'anticipations plus ou moins drôles. L'auteur imagine ainsi qu'on fait, en 2030, le procès de Bill Gates, fondateur de Microsoft. Qui, selon lui, a entre-temps pris sa retraite pour se consacrer à «une fondation» pour «les plus déshérités». Ce qui, dix ans plus tard, s'avère tout à fait juste. Il estime aussi que le nombre d'internautes devrait, «selon les meilleurs experts», «atteindre les 3 milliards en 2010». Une prévision enthousiaste : le cap du milliard d'internautes dans le monde vient à peine d'être dépassé.

Mais le principal souci d'Erik Izraelewicz - et de nombre d'intellectuels à l'époque - est le suivant : «Combien de personnes pourront bénéficier [de la révolution Internet, NDLR]? Une élite mondiale et maîtrisant les nouveaux savoirs technologiques ? Elle seule ? Ou une population recoupant largement les classes moyennes ? Un nouvel apartheid n'est pas une chimère», s'inquiétait l'auteur.

A l'époque en effet, en France, on s'interroge encore sur les «autoroutes de l'information» et le risque d'une «fracture numérique» obsède des penseurs comme Alain Finkielkraut, abondamment cité par Izraelewicz. Dix ans plus tard, le même Finkielkraut n'a pas changé d'opinion quant aux dangers du web :

 


 

Mais la prévision du philosophe, reprise par Izraelewicz, s'avère erronée : si le Tiers-monde a encore peu accès au Web, la France compte auourd'hui 33 millions d'internautes, soit 60% de la population. Plus de 10 millions d'entre eux sont abonnés à Facebook, de un à deux millions surfent sur leur mobile. Bref, «l'apartheid» technologique tant redouté n'a pas eu lieu.

http://www.lefigaro.fr/web/2009/12/22/01022-20091222ARTFIG00474-comment-on-imaginait-le-web-de-2010-en-l-an-2000-.php

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