Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Catégories : Musique

Les rois du rock rajeunissent leurs fans

Par Lena Lutaud
04/06/2010 | Mise à jour : 10:46 Réactions (12)

Mick Jagger en mai dernier, lors du festival de Cannes. (AP)
Mick Jagger en mai dernier, lors du festival de Cannes. (AP)

Les Stones, AC/DC ou Led Zeppelin ont augmenté leur cote, surtout auprès des adolescents, qui rejoignent les fans de la première heure.

Quelques mois après avoir enflammé deux Bercy, le Vélodrome de Marseille et le Stade de France, AC/DC revient jouer devant plus de 122 000 personnes à Nice et au Stade de France, les 15 et 18 juin prochains. Si les fans historiques sont sur la pelouse, les gradins sont pleins d'adolescents qui connaissent par cœur Highway to Hell (1979) . Les plus jeunes ont 12 ans. « Ils s'identifient au guitariste Angus Young, 55 ans, qui arpente la scène en culotte courte de collégien», s'amuse Pierre Diéterlé, dont le site high­waytoacdc.com oscille entre 6 000 et 12 000 jeunes visiteurs par jour. Pour Godefroy Pizon, chef de projet chez Sony-Columbia, qui a vendu 500 000 CD de leur dernier album , Black Ice , «AC/DC a profité de ses huit ans d'absence sur scène et dans les bacs pour polir son image. À leur retour fin 2008, on a vu plein de jeunes porter leurs tee-shirts et coller leur logo sur leurs sacs à dos. »

Si AC/DC est le groupe vintage préféré des ados, d'autres légendes du rock, comme les Rolling Stones, Neil Young, Led Zeppelin, Iron Maiden et les Ramones, sont subitement devenues aussi populaires que Lady Gaga. Cet engouement se mesure à la programmation des concerts. Aerosmith sera à Bercy en juin. ZZ Top fait dix dates en juillet. Iggy Pop et Mark Knopfler seront les stars des Nuits de Fourvière.

À la rentrée, Paris attend Santana, Ozzy Osbourne et Deep Purple, tandis que Roger Waters, le messie de Pink Floyd, présentera son opéra rock, The Wall, à Bercy, le 30 mai 2011. «Les jeunes viennent admirer des artistes qui n'ont pas abdiqué et représentent toujours la jeunesse conquérante», constate Michka Assayas, auteur du Dictionnaire du rock (Bouquins), qui sera réédité fin 2011.

«Comme les maisons de disques ne signent plus de jeunes groupes, le robinet est fermé, dénonce Philippe Manœuvre. Mais les gamins ne veulent pas lâcher le rock. Ils sont fascinés par le message de liberté qui passe à travers cette musique. Ils ont remplacé Sid Vicious par un autre délabré en transit, Pete Doherty. Il leur faut d'autres héros destroy. Comme on ne leur donne plus de rebelles, ils vont chercher ceux du passé.»

Vinyles et playlists

Pour Michka Assayas, Led Zeppelin & Co bénéficient d'un autre phénomène très récent:l'intense pratique du rock en France. «Des quantités de gamins s'achètent une guitare, montent un groupe au lycée et veulent savoir d'où vient cette musique. » Pour se renseigner, ils se prêtent le magazine Rock & Folk, devenu d'un seul coup très branché. Ils connaissent par cœur les 1 200 pages de la «Bible» de Michka Assayas et écoutent les vinyles prêtés fièrement par leurs parents.

Mais, pour s'inventer leur propre culture, rien ne vaut Internet. Ils vont y chercher tout ce qu'ils veulent. Les concerts, mêmes ceux des années 1950, sont sur YouTube. Et les arborescences d'iTunes permettent de rebondir de groupe en groupe. «En quelques mois, ces autodidactes sont au niveau des grands collectionneurs », constate Philippe Manœuvre. «C'est en surfant sur le Net que les Plasticines ont eu l'idée d'une reprise de You're No Good, de Linda Ronstadt. Elles écoutent aussi beaucoup les Stones», confie leur producteur, Maxime Schmitt.

À cela s'ajoutent les nombreuses reprises mainstream qu'on entend sans le vouloir dans les publicités, dans les films (AC/DC apparaît dans la bande originale d'Iron Man 2) et dans les ascenseurs des hypermarchés, comme I Was Made for Loving You, de Kiss, par les Enfoirés.

Regardée chaque semaine par 3,5 millions de spectateurs, «Nouvelle Star» (M6) joue aussi un rôle important. «Après la période sirupeuse des années 1990, les jeunes veulent de la musique plus âpre. Nous programmons au minimum un titre mythique par émission, témoigne le producteur Renaud Rahard. Le lendemain, il est numéro 1 des ventes de singles.» Aerosmith et les Stones peuvent aussi remercier Guitar Hero, qui connaît un succès monstre en France avec 1,3 million de jeux vidéo vendus depuis 2006. «Les sexagénaires du rock représentent un tiers de nos playlists. Guitar Hero a remplacé la radio », sourit Gautier Ormancey, responsable marketing Europe du Sud.

«Ce phénomène est très particulier, conclut Roger Pouivet, anthologiste de la musique et auteur de la Philosophie du rock (PUF). Dans le rock, l'œuvre et l'enregistrement ne font qu'un. L'oeuvre passe facilement du vinyle au fichier MP3. Cette spécificité va jouer pour le maintien du rock en France. » Pour Gérard Drouot, qui fait venir toutes ces stars du «classic rock» en France, il y a toutefois deux différences majeures entre la jeunesse de 2010 et celle des années 1960:«Ils viennent avec leurs parents, alors qu'avant on allait au concert rock en cachette. Et ils veulent bien s'offrir les places, alors qu'à mon époque on achetait les disques, mais on resquillait pour entrer !»


RESERVEZ VOS PLACES :

» Tous ces concerts sur Fnac Spectacles

Les commentaires sont fermés.