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Catégories : L'économie

Les sanctuaires s’avèrent être une aubaine pour les villes

Alors que plusieurs études révèlent l’importance des lieux de pèlerinage dans le développement touristique des villes, l’association « Villes sanctuaires en France » orchestre depuis dix-sept ans la collaboration entre représentants des lieux et des municipalités.

Fête diocésaine en 2001 au sanctuaire de Pontmain (Mayenne).
Fête diocésaine en 2001 au sanctuaire de Pontmain (Mayenne).
Laurent Larcher/CIRIC

Fête diocésaine en 2001 au sanctuaire de Pontmain (Mayenne).

 
Laurent Larcher/CIRIC

Fête diocésaine en 2001 au sanctuaire de Pontmain (Mayenne).

Outre des pèlerins, les sites accueillent de plus en plus des visiteurs éloignés de la pratique religieuse mais en quête spirituelle.

 

Avec cet article

Au sujet de la vie de Bernadette Soubirous, Sophie Lepoutre semble aussi intarissable qu’incollable. En sa qualité d’employée de l’office du tourisme de Nevers, ville dont le couvent des Sœurs de la Charité accueillit la jeune bergère, cette connaissance lui paraît tout à fait normale. Un réflexe professionnel en somme. « 200 000 personnes viennent chaque année à l’Espace Bernadette. Nous nous devons de les renseigner. »

Nul besoin d’être un grand économiste pour comprendre ce que la cité ducale doit à sainte Bernadette. Les pèlerins sont aussi des consommateurs. Et ils peuvent aussi devenir des touristes. « L’Espace Bernadette ne procure l’hébergement qu’à 8 % des pèlerins. Les autres logent chez des amis ou à l’hôtel. Un de mes amis hôteliers m’a d’ailleurs dit que 20 % de son chiffre d’affaires était assuré par la clientèle religieuse », note Nicolas Joanne, responsable de la gestion et de l’animation pastorale du sanctuaire, qui compte 30 salariés.

Dans cette ville de vieille tradition radicale-socialiste, les bonnes relations entre la municipalité et le diocèse sont le signe d’intérêts bien compris. Après plusieurs années d’attente, un panneau va même être installé sur l’autoroute indiquant le lien entre Nevers et sainte Bernadette.

« Un petit village rural comme le nôtre n’aurait pas de telles infrastructures sans le pèlerinage »

Comme dans le centre de la France, les villes ont bien compris l’impact touristique des sanctuaires. Plusieurs chiffres, révélés la semaine dernière à Paris par l’association des villes sanctuaire, en attestent de manière éloquente. Selon l’Organisation mondiale du tourisme, parmi les 90 millions de touristes étrangers venant chaque année dans notre pays, 20 millions sont animés par des motifs d’ordre spirituel et religieux. Et si l’on en croit l’agence Atout France, le tourisme religieux représente 44 % de l’ensemble du tourisme. Et, parmi eux, un tiers d’étrangers. À telle enseigne qu’une commission « tourisme et spiritualité » existe au sein de l’Agence de développement touristique de la France.

Les retombées semblent évidentes pour de grands lieux de pèlerinages, tels Lourdes, Rocamadour, le Mont-Saint-Michel, Lisieux, Le Puy-en-Velay. Mais à Pontmain, dans la Mayenne, les 900 habitants ont tout autant conscience que leur petite localité ne jouirait pas d’une telle célébrité si la Vierge Marie n’était pas apparue à quelques enfants du village le 17 janvier 1871.

Certes, le sanctuaire ne représente « que » la deuxième source de revenus de la commune après les diverses entreprises locales, mais la supérette, les trois boutiques et les deux hôtels-restaurants bénéficient pleinement de la venue de 200 000 visiteurs tous les ans. Sans compter le développement induit par l’activité du sanctuaire, dont la fréquentation culmine en janvier et durant l’été.

« À taille égale, un petit village rural comme le nôtre n’aurait pas de telles infrastructures sans le pèlerinage », estime Myriam Herveau, de l’office du tourisme de Pontmain. Et de citer la maison de retraite ou le musée d’art contemporain. Là encore, elle évoque l’indispensable et fructueuse collaboration entre le sacré et le profane.

Touristes ou pèlerins ?

« À La Salette, le lien est flagrant, puisque le sanctuaire représente la première hôtellerie du département avec ses 200 chambres pouvant accueillir jusqu’à 600 personnes », s’enthousiasme Carole Druart, directrice de la maison du tourisme du pays de Corps, la petite commune iséroise dont dépend le sanctuaire. Aux touristes de passage, elle n’hésite pas à vanter la qualité exceptionnelle du « patrimoine bâti », dont « l’intérieur de la basilique avec les peintures d’Arcabas ».

Dans le même esprit, Piotr Rak, attaché aux relations extérieures du sanctuaire, dit avec humour que « le sanctuaire renvoie l’ascenseur ». « Nous conseillons les établissements de la région aux pèlerins qui souhaitent davantage de confort que dans notre hôtellerie », assure-t-il. La base nautique voisine accueille de nombreuses familles qui sont venues en pèlerinage de même que le sanctuaire montagnard est le point de départ de balades à pied ou à cheval… « Nous bénéficions de la fréquentation de La Salette pour faire vivre l’ensemble des installations touristiques de la communauté de communes », résume Carole Druart.

Touristes ou pèlerins ? Il est parfois difficile d’établir la distinction, mais à Paray-le-Monial, en Saône-et-Loire, Bruno Abart, le directeur des sanctuaires, lui-même membre de la communauté de l’Emmanuel qui a en charge leur animation spirituelle, cite un chiffre : « Nous accueillons 60 % de pèlerins mais la quête spirituelle des 40 % de touristes est forte. Lorsque nous faisons visiter la basilique, nous chantons toujours pour faire résonner ces lieux. Qu’ils soient catholiques ou non, les gens y sont sensibles. »

Ce constat conduit Bruno Abart à ne pas être pessimiste quant à une éventuelle désaffection du tourisme religieux lié à la baisse de la pratique et à une certaine perte de la culture religieuse. « Nous ressentons beaucoup moins d’agressivité et d’a priori chez le grand public qu’il y a une dizaine d’années. Les visiteurs viennent librement, dans une démarche de connaissance. Et parfois, ils entreprennent une démarche spirituelle. Certains demandent même à se confesser… »

BRUNO BOUVET

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