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Afrique : la France à l'offensive

 

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    • Par Anne Cheyvialle
    • Mis à jourle 02/12/2013 à 09:24
    • Publiéle 01/12/2013 à 19:03
Agence de la Bicis (filiale de BNP Paribas en Afrique) à Dakar au Sénégal.

Agence de la Bicis (filiale de BNP Paribas en Afrique) à Dakar au Sénégal. Crédits photo : Nicolas Thibaut/Photononstop/AFP

Plus de 500 entreprises françaises et africaines seront présentes à Bercy pour une grand-messe économique. Avant un sommet des chefs d'État à l'Élysée, jeudi et vendredi.

Comme le martèle Nicole Bricq, la ministre du ­Commerce extérieur, à l'adresse des entreprises, «L'Afrique, c'est main­­tenant». Alors que s'ouvre cette semaine à Paris une importante séquence consacrée au continent sur trois enjeux: paix et sécurité, climat, croissance. Plus de 500 entreprises africaines et françaises, de toutes tailles et de tous secteurs, participeront mercredi à une conférence économique, ouverte par Pierre Moscovici, le ministre de l'Économie, et clôturée par les présidents de Côte d'Ivoire, du Sénégal et de Tanzanie en présence de François Hollande. Avant un sommet, jeudi et vendredi, des chefs d'État à l'Élysée, présenté comme le temps fort diplomatique du quinquennat avec la conférence climat de 2015.

«Faire grand, neuf et positif», insiste-t-on, à Bercy. En clair, tourner la page du passé et son encombrante «Françafrique» pour instaurer un nouveau partenariat «gagnant-gagnant» de développement durable en surfant sur une croissance dynamique et l'émergence de classes moyennes. L'urgence, c'est surtout de reprendre pied dans un continent où les entreprises hexagonales ont perdu, malgré des liens historiques et une langue commune, des parts de marché face à la rude concurrence des émergents, en tête la Chine.

Transferts de technologies

Les Chinois ne sont plus seulement sur la manne énergétique et minière. Ils occupent une place prépondérante dans les infrastructures. Dernier exemple en date, un contrat de 5,2 milliards de dollars pour la construction d'une voie de chemin de fer au Kenya reliant Mombasa à Nairobi, qui vise à dynamiser le commerce est-africain.

Dans cette bataille, la France doit aussi compter avec la Malaisie, l'Afrique du Sud et l'Inde, les plus gros investisseurs chez les émergents. Sans oublier les Brésiliens dans les pays lusophones et les Turcs, très forts dans le bâtiment, la distribution et l'immobilier. Pour preuve, la compagnie Turkish Airlines dessert 16 capitales africaines.

«Nous avons des moyens limités face à la Chine mais des atouts considérables», se défend Philippe ­Gautier, président du Medef International, coorganisateur de la conférence. L'expertise et le sa­voir-faire technologique que les entreprises peuvent fournir plus un engagement social et environnemental. «Le prix n'est pas toujours le moteur essentiel, insiste au Figaro Nicole Bricq. Les Africains ont besoin de formation, du recours à la main-d'œuvre locale et de montages financiers innovants de parte­nariat public-privé.» La ministre cite un chantier emblématique de Bouy­gues en Côte d'Ivoire sur la construction d'un pont qui répond à ce cahier des charges.

Si l'Afrique de l'Ouest francophone reste une zone prioritaire avec l'atout d'une monnaie unique, le franc CFA, arrimé à l'euro, les entreprises françaises doivent ­miser davantage sur le monde anglophone. À côté de l'Afrique du Sud, première économie du continent, le Kenya, grand marché de l'Est, est une terre d'opportunités, tout comme le Nigeria, incontournable par sa taille et son développement malgré un climat des affaires dif­ficile, ou l'Éthiopie, grand pays agricole. «L'agro-business est un secteur clé», complète Philippe Gautier. En rappelant ce chiffre impressionnant: il faudra d'ici quelques années nourrir 1,5 milliard de personnes.

Avec une part de marché de 3,6 % au Nigeria, 1,5 % au Kenya et de 2,8 % en Afrique du Sud, la France a de fait une marge de progression. Elle peut compter sur ses fleurons nationaux comme le groupe Bolloré dans l'infrastructure portuaire, Alstom dans les transports et toujours Total dans l'énergie. Pour répondre aux appétits de consommation des Africains, L'Oréal et ­Danone ont aussi une carte à jouer, sans oublier l'opérateur de télécoms Orange, très implanté sur le continent.


Infrastructures: de gigantesques besoins en transport et énergie

Le déficit d'infrastructures constitue un véritable goulet d'étranglement qui pèse sur la productivité des entreprises. C'est un frein majeur au développement du continent. L'Afrique manque de tout: énergie, transports - routes, ports, lignes de chemin de fer, services de base -, réseaux d'assainissement, eau potable - écoles, hôpitaux, logements… Sur 1,3 milliard de personnes qui n'ont pas d'accès à l'électricité dans le monde, la moitié est africaine, soit les deux tiers de la population du continent. Et ce malgré un potentiel énorme, notamment hydraulique. La Banque mondiale évalue à 93 milliards de dollars par an les besoins d'investissement pour combler le retard d'ici à 2020. L'aide publique des bailleurs ne peut suffire au financement, les projets sont de plus en plus montés en partenariat public-privé. Ce sont autant d'opportunités pour les entreprises françaises, malgré la forte concurrence des émergents.


Biens de consommation: nourrir bientôt 1,5 milliard d'habitants

L'avenir de l'Afrique, c'est sa population. Un milliard aujourd'hui, 1,5 milliard en 2030 et 2 milliards d'ici à 2050, dont la moitié dans les villes. C'est un défi pour la sécurité alimentaire qui va nécessiter de gros investissements dans l'agro-industrie. L'émergence de classes moyennes - 300 millions de personnes en 2010 selon la BAD qui ont triplé en trente ans - crée de nouveaux besoins de consommation. Alimentation, habillement, produits de beauté, télécommunications… Sans compter les grands réseaux de distribution. Entre 2008 et 2012, la part de ces secteurs dans les projets d'investissements est passée de 7 à 23 %. McKinsey table sur une augmentation de 400 milliards de dollars d'ici à 2020. Les marques françaises se lancent dans la course, à l'image de L'Oréal, spécialiste des produits ethniques, déjà très présente en Afrique du Sud. Danone, leader mondial des produits laitiers, mise de plus en plus sur ce nouvel eldorado.


Le mobile banking, une opportunité pour les banques françaises

En plein boom depuis dix ans, le secteur bancaire a connu une phase de développement sans précédent. Aujourd'hui, le marché est dominé par les grandes banques régionales sud-africaines, nigérianes et marocaines, très offensives en Afrique de l'Ouest. Les banques françaises ont perdu leur position dominante d'antan, réduisant peu à peu la voilure. À l'exception de la Société générale, qui reste la plus grande banque de l'Union économique et monétaire ouest-africaine. «Elles n'ont pas su saisir leur chance! Aujourd'hui, les places sont chères», explique Paul Derreumaux, ancien PDG de Bank of Africa. Le potentiel est pourtant très important, avec un taux de bancarisation de seulement 15 % en moyenne. Le «mobile banking», qui donne accès aux services bancaires sur son téléphone, est une belle opportunité pour les banques françaises. BNP Paribas a signé un partenariat avec Orange, pionnier en Afrique sur ces nouveaux services.

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