vendredi, 25 septembre 2009

Lu dans la presse hier:Poète, humaniste et folâtre

En ce siècle-là, «amour» était féminin, y compris au singulier ; et les amours de Marc-Antoine Muret, elles, étaient singulièrement masculines, exclusivement viriles. Muret, un humaniste et un philo­logue contemporain des auteurs de la Pléiade, dont il fut proche, un homme à «l'âme désordonnée ». Il aimait les auteurs latins, la musique, les plaisirs de la table, le bon vin et les « beaux lurons».

Gérard Oberlé, dont on connaît le goût pour la bonne chère et la mu­sique rare, les livres anciens et les lexiques oubliés, s'est mis dans la peau et dans la plume de Muret. C'est donc à la première personne du singulier qu'ont été rédigés ses souvenirs et confessions, un mémorial qui tient de « la salade et de la ripopée, de la fatrasie et du ­salmigondis».

Au soir de sa vie, réfugié depuis une vingtaine d'années à Rome où il enseigne, Marc-Antoine Muret revient sur un destin tumultueux vécu dans « un siècle fécond et ­meurtrier ». Fils de juriste, ce poète limousin fréquente rapidement et assidûment Catulle et Cicéron, ­Virgile et Plaute, Horace, au point de n'écrire qu'en latin, comme quelques-uns le faisaient encore en ce temps (Juvenilia, une tragédie : Iulius Caesar…). Il enseigne ­successivement à Auch, Poitiers, ­Bordeaux, Paris, Toulouse, revendiquant une instabilité aussi bien sociale qu'amoureuse, enchaînant les folâtreries. Sa devise : «Raille et passe.»

À vingt ans, il rencontre Gaspara, veuve affolante de Ferrare. Il voit en elle sa Cynthia et sa Lesbie. Pour lui, elle prend son luth, lui donne des baisers ; elle lui fait découvrir Dante et Pétrarque ; c'est la seule femme qu'il ait aimée. Muret n'avait de goût que pour les éphèbes, de préférence larrons ou pendables. Un amour qui se doublait d'une passion pour la bamboche et la dive bouteille : «Toute ma vie j'ai chéri le vin. Grâce à lui j'ai connu la félicité de vivre, cette flamme invisible qui circule dans les veines, cette heureuse folie qui affranchit de tout esclavage, qui endort tout souci.» Est-ce bien là Muret qui parle, ou Gérard Oberlé ?

 

Bacchanales clandestines

 

À Bordeaux, il fréquente l'Académie des œnosophes, dont les membres mettent un peu de philo dans leur vin, préfiguration du Bordel des Muses au début du siècle suivant. Horace l'avait écrit : «Des vers écrits par des buveurs d'eau/Ne peuvent plaire ni durer.»

À Paris, alors qu'il loge rue Pavée d'Andouilles (déjà chantée par Rabelais), il s'entiche des poètes licencieux et de quelques fripouilles inverties qui l'entraînent dans les cabarets de bas étage. C'est après une de ces bacchanales clandestines que Muret est jeté dans un cachot du Châtelet où il croupit deux mois durant. Il pense à ses amis, ses proches : Étienne Jodelle, Montaigne, Joachim Du Bellay, ses anciennes amours sulfureuses. Libéré, il est contraint de quitter la capitale pour rejoindre l'Italie : Venise, puis Rome.

Son ami Ronsard lui dédie Les Iles fortunées, Muret commente, avec succès et verve, la deuxième édition des Amours. Rongé par les fièvres, gagné par l'âge et la goutte, ­Marc-Antoine Muret n'a plus le loisir ou la force de frotter la viole en poussant la chansonnette. Au cours de ces derniers accès fébriles, aura-t-il fredonné cette chanson de ­Clément Janequin, compositeur qu'il chérissait entre tous et qui avait mis en musique Marot et Ronsard ?

«Ô très doux bien, tant douce chose,/Quand ferme amour au cœur enclose/Est entre amants, à quelle joie !»

Mêmement, ces Mémoires raviront les amateurs des lexiques aussi charnus qu'oubliés, qu'Oberlé a su ressusciter : vêprée, ribote, cortéger, échauffaison, harpaille, tribouiller, billebaude, pandectes, carousse… et autres ont retrouvé leurs lettres d'honneur.

«Mémoires de Marc-Antoine Muret» de Gérard Oberlé Grasset, 282 p., 18,50 €.

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Lu dans la presse hier:Rimbaud inédit

RIMBAUD.jpgDes documents jamais vus photos, dessins, peintures révèlent d'autres facettes de l'auteur du «Bateau ivre» et de sa famille.

» EN IMAGES

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vendredi, 10 juillet 2009

Lu dans la presse hier:Les très riches heures de Valery Larbaud

«Je suis un grand patriote cosmopolite !» est une phrase qu’il a prêtée à son personnage de milliardaire écrivain Barnabooth et qui s’applique à Valery Larbaud lui-même dont paraît aujourd’hui une énorme «édition définitive» du Journal. Si ce volume est si gros, c’est aussi qu’il contient la traduction de centaines de pages écrites en anglais. Des phrases ou des mots en italien, espagnol, allemand ou portugais apparaissent aussi tandis que l’écrivain frôle la cuistrerie en évoquant ses manques en néerlandais. Né en 1881 et héritier de la source Saint-Yorre, Valery Larbaud fut poète, nouvelliste et romancier (A. O. Barnabooth, Enfantines, Fermina Marquez), et aussi critique et traducteur, théoricien de la traduction (Ce vice impuni, la lecture, Sous l’invocation de Saint Jérôme).

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vendredi, 05 juin 2009

Lu dans la presse hier:L'autoédition dépasse l'édition

Les vraies révolutions sont souterraines. Ainsi apprend-on incidemment que, aux États-Unis, l'autoédition vient de dépasser l'édition traditionnelle. Autrement dit, le nombre de titres imprimés à la demande via Internet est supérieur au nombre de nouveautés publiées par les maisons d'édition classiques (plus de 285 000 titres contre 275 000 en 2008). C'est la première fois que cela arrive.

L'autoédition, c'est cette possibilité de faire imprimer son manuscrit, de manière plus ou moins professionnelle, par le biais d'un site Internet. L'auteur met en ligne son texte - en général, il paie pour cela. Et les lecteurs intéressés par sa prose l'impriment contre paiement. Avantage de ce mode de publication : pas de tirage initial, donc pas de stocks. Inconvénient : on n'est généralement pas très regardant sur la qualité éditoriale. D'ailleurs, les entreprises qui ont investi le créneau proposent aux auteurs de manuscrits un forfait (aux alentours de 500 euros) et y ajoutent des options payantes (travail sur le texte, meilleure couverture, mise en page soignée, correction…) qui peuvent faire doubler ou tripler le prix. Nombreux sont ceux qui sont prêts à débourser 1 500 ou 2 000 euros pour avoir « leur » livre. D'autant plus qu'on est très loin des prix pratiqués par l'édition à compte d'auteur, où un auteur peut débourser jusqu'à 8 000 euros.

En France, le phénomène pourrait-il prendre autant d'ampleur ? De nombreuses sociétés surfent déjà sur la vague : Publibook, Lulu.com, Edilivre, BoD (Bookondemand), manuscrit.com… « On investit toutes les parts de marché laissées par l'édition traditionnelle : les recalés, les universitaires, les livres destinés à un entourage familial… », reconnaît un « net éditeur ». Cela représente beaucoup de monde. Selon un sondage Ifop réalisé pour Le Figaro Littéraire, 6 % des Français possèdent un manuscrit et souhaitent le publier, soit 2,5 millions de personnes qui se rêvent écrivain. Une manne pour l'autoédition. La plupart de ces sociétés gagnent de l'argent. Mais elles sont différentes les unes des autres. Certaines ne pratiquent que l'autoédition. D'autres ont aussi un département où elles publient à compte d'éditeur (l'auteur n'a pas à payer), comme c'est le cas pour Publibook. « Chez nous, on trouve tous les cas de figure : des livres imprimésà 43 exem­plaires au bout d'une année, d'autres qui dépassent les 2 000. Il faut savoir qu'à 200 exemplaires nous sommes en équilibre financier. Au total, nous avons publié 700 titres », explique Marilyne Efstathopoulos, de Publibook.

Cette révolution devrait faire réfléchir Saint-Germain-des-Prés. Cela fait des années que Léo Scheer se passionne pour le sujet. « Les éditeurs classiques devraient s'ouvrir davantage et tenter d'attirer vers eux cette dynamique culturelle. C'est un phénomène irréversible et massif », explique-t-il. Depuis un an, il a tenté une expérience avec m@anuscrits sur son site Internet (leoscheer.com). Résultat : il a reçu 500 manuscrits, qui sont mis en ligne gratuitement et commentés par les internautes. Sur le nombre, il en a choisi dix pour les publier. Ou l'art de « retourner » l'édition numérique vers le livre traditionnel.

http://www.lefigaro.fr/livres/2009/06/04/03005-20090604AR...

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Lu dans la presse hier:Paris en lettres majuscules

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Critique

Festival. Un nouveau rendez-vous littéraire d’envergure. Jusqu’à lundi.

Par FRÉDÉRIQUE ROUSSEL

Paris en toutes lettres. Ce nouveau festival littéraire organisé par la Ville de Paris ne fait pas dans la demi-mesure. Lancé aujourd’hui, il se donne seulement quatre jours pour rencontrer plus de 250 écrivains, dans plus de 300 événements, parsemés dans une centaine de lieux autour de deux pôles principaux, le quartier du Châtelet et la place Stalingrad. Mais pas que.

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Lu dans la presse hier:Nesbø l’as d’Oslo

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Critique

Préférence. Avec «Chasseurs de têtes», le Norvégien réussit un polar aussi noir que drôle dans le sillage d’un génie du recrutement.

Par SABRINA CHAMPENOIS

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Lu dans la presse hier:Pol Vandromme, passeur de lettres

Né à Charleroi en 1927, Pol Vandromme s'est vite tourné vers un « journalisme de minorité » qui sera son inconfort mais aussi sa sauvegarde. Il préférera toujours le drapeau noir des copains d'abord aux laissez-passer du conformisme. Vandromme va devenir écrivain dans le sillage des hussards. C'est d'ailleurs à ces derniers et à leurs maîtres qu'il consacre ses premiers livres, essais racés défrichant le paysage d'une littérature qui privilégie le style aux idées. « On n'a pas une passion pour la littérature si l'on n'en a pas une pour les écrivains  », écrivait-il dans Bivouacs d'un hussard, livre de souvenirs paru en 2002.

Toute l'œuvre de celui qui se définissait comme un « citoyen de littérature française » ne cessera d'explorer cette passion avec un enthousiasme sans cesse renou­velé. « On quittait la république de Sartre et de Camus pour la monarchie de Fargue et de Larbaud. Kléber Haedens accueillait sur la voie royale Blondin et Vialatte. L'ennui déguerpissait, Toulet revenait en Arles où sont les Alyscamps. C'était le nouveau printemps de la littérature.  » Années 1950 : contre le magistère moral d'humanistes staliniens, Vandromme ébauche les frontières sans droits de douane d'une droite littéraire qu'il qualifie joliment de « buisson­nière » en clin d'œil à Blondin. Ses chers hussards y tiennent leur place, mais aussi le dandy rouge Roger Vailland ou la jeune Françoise Sagan.

 

Attentif aux jeunes talents

 

Il ne quittera que rarement son rôle de passeur des lettres (un seul roman, Un été acide, en 1990), même si Brel, Brassens ou Tintin prennent place dans le panthéon sans cérémonial de cet infatigable intercesseur. Il signera nombre de pastiches, libelles ou pamphlets, tel le jubilatoire Malraux : du farfelu au mirobolant. Ses essais consacrés à Céline, Simenon, Nimier, Déon, Marceau, Mohrt ou Jacques Perret sont des modèles du genre, mais le critique savait aussi rester attentif aux jeunes talents.

Trop pudique pour avancer à découvert, trop généreux pour taire ses admirations, Pol Vandromme a fait des écrivains ses confidents et ses relais : « À la vie jouée du théâtre, ils préfèrent la vie vécue du quotidien ; aux fureurs collectives, la lenteur et la patience d'une éducation séculaire ; aux songes messianiques les mots de passe de leurs rêves sans arrogance. »

http://www.lefigaro.fr/livres/2009/06/04/03005-20090604AR...

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Lu dans la presse hier:François Ost in translation

Critique

Langue. Le philosophe et juriste défend le multilinguisme, de Babel à l’Europe actuelle.

Par ROBERT MAGGIORI

François Ost Traduire. Défense et illustration du multilinguisme Fayard, 432 pp., 23 euros.

Voyons le malentendu. La plupart du temps, il est pris pour un pestiféré, pour un ver insidieux qui pourrit le fruit de la communication. On lui préfère même l’incompréhension, car là, au moins, les choses sont claires - alors que dans le malentendu non seulement l’un n’a pas compris l’autre, mais tous deux croient qu’ils ont saisi ce qu’il fallait saisir. C’est pourquoi il est difficile de le lever : sa vilaine présence est indétectable. A bien y réfléchir, on voit pourtant qu’il est une chance, comme l’erreur est la chance de la connaissance, en ce qu’elle l’oblige à faire retour sur soi, se corriger et progresser. Si tous nos dires étaient immédiatement «bien entendus», si on s’entendait à chaque fois «5 sur 5», il suffirait de se parler une fois, et on n’aurait rien à se (re)dire.

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Lu dans la presse hier:Siri Hustvedt, soda et surmoi

Par NATALIE LEVISALLES

SIRI HUSTVEDT Plaidoyer pour Eros Traduit de l’anglais par Christine Le Bœuf, Actes Sud, 266 pp., 22 euros.

Siri Hustvedt est l’auteur de plusieurs romans. Son dernier livre est un recueil d’essais écrits entre 1995 et 2004. Dans plusieurs d’entre eux, elle réfléchit sur la manière dont sa famille, le luthérianisme norvégien et une constitution neurologique particulière ont participé à la formation de sa personnalité. Le mari auquel elle fait référence est l’écrivain Paul Auster.

 

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