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  • Catégories : La littérature

    Dix romanciers, huit millions de livres

    MOHAMMED AÏSSAOUI et DOMINIQUE GUIOU.
     Publié le 11 janvier 2007
    Actualisé le 11 janvier 2007 : 08h29medium_marc_levy.jpg                                         
     
    Marc Levy.
    Marmara/Le Figaro.

    Marc Levy, Fred Vargas et Bernard Werber, c'est le trio de tête de notre classement des dix auteurs de langue française qui ont vendu le plus de livres en 2006.

    IMAGINEZ une maison d'édition qui aurait sous contrat ces dix romanciers : cet heureux éditeur aurait vendu près de 8 millions d'exemplaires l'année dernière. « Le poids de ces dix auteurs représente près du quart (22 %) de l'ensemble de la»fiction moderne* », souligne Alice Cousin Crespel, analyste marketing au cabinet d'études GfK, la « fiction moderne » regroupant la littérature française et étrangère, les livres policiers et fantastiques, les romans sentimentaux. Autant dire que, sans préjuger de leur valeur littéraire, ces dix auteurs pèsent très lourd.

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  • Le patrimoine en 2007:5 chantiers et un hommage

    Anne-Marie Romero.
     Publié le 03 janvier 2007
    Actualisé le 03 janvier 2007 : 20h03

    Trois restaurations de grande ampleur, deux créations dans les sites d’anciens musées et une célébration nationale vont marquer la nouvelle année.

    EN FRANCE, l’événement culturel le plus important de cette année 2007 sera, mai prochain, la réouverture de l’intégralité de la galerie des Glaces de Versailles. Sa moitié nord, achevée, accueille déjà le public depuis janvier 2006. Mais, grande première dans l’histoire du patrimoine, l’opération complète de restauration a été entièrement financée par le mécénat, le groupe Vinci en l’occurrence. Le travail sur la voûte de cet immense décor de 1000 m², haut de 12,5 mètres, long de 73 et large de 13, composé de peintures sur toile marouflée, de décors et de… 357 glaces, a mis en œuvre, pendant près de trois ans, dix entreprises représentant presque tous les corps de métier.
    Un autre monument exceptionnel va également rouvrir, le ­­8 février : le château des Ducs de Bretagne à Nantes, en travaux ­depuis quinze ans et complètement fermé depuis trois ans. La succession des styles de cette forteresse du XIIIe siècle, abritant une résidence ducale du XVe et des bâtiments du XVIe et du XVIIIe siècles, a été rendue plus lisible. Trente-deux salles de musée ont été ouvertes, le chemin de ronde lui-même est désormais accessible, tout comme deux entrées fortifiées – la Poterne de Loire et le Pont du cours Saint-Pierre. Enfin, un nouveau traitement paysager permet de retrouver un véritable jardin de magnolias, arbres emblématiques de l’histoire nantaise.
    Réouvertures et inaugurations
    Dans le domaine des musées, Montpellier sera à l’honneur le 3 février avec la réouverture du Musée Fabre qui abrite une des toutes premières collections de peinture de France. Pour 62,7 M€, l’institution a porté ses surfaces d’exposition à ­9 300 m², ce qui va lui permettre de montrer 800 œuvres au lieu de 500. Parmi les nouveautés : « La Portée », un remodelage de l’accueil par Daniel Buren, qui projettera le visiteur depuis l’esplanade jusqu’au cœur de l’établissement, et deux salles Soulages. Dans l’une seront accrochées 19 œuvres données par le peintre, dans l’autre des acquisitions contemporaines. Enfin, deux salles seront consacrées aux deux grands artistes qui font la renommée du musée : Courbet et Bazille. À Paris, dans le XIIe arrondissement, la Cité nationale de l’histoire de l’immigration occupera l’ancien musée des arts d’Afrique et d’Océanie (Palais de la porte Dorée). Le chantier a été lancé en octobre ­dernier. Le hall d’accueil et l’exposition permanente seront accessibles dès avril, mais l’ouverture des autres ­espaces s’étalera jusqu’en 2009 ­(investissement : 20 M€).
    Après les réouvertures, les inau­gurations. Née du rapport de Jean-Louis Cohen en 1998, la Cité de l’architecture et du patrimoine va ouvrir en avril-mai, dans l’aile de Paris du Palais de Chaillot, remaniée par l’architecte Jean-François Bodin. Après de nombreuses vicissitudes, notamment la menace de voir réduite la présentation des collections de l’ancien Musée des ­monuments français, un équilibre a été trouvé, en 2004, avec la nouvelle équipe mise en place (François de Mazières, Francis Rambert et Marie-Paule Arnauld). La Cité présentera à la fois, sur 8 000 m², ses pièces historiques et une nouvelle collection d’architecture du XXe siècle, et, dans 3 000 m², des expositions temporaires ainsi que des services de recherche (archives, centre de documentation), des colloques de formation et des débats réservés tant aux professionnels qu’au grand public (75 M€).
    C’est du reste à la Cité de l’architecture et du patrimoine que sera présentée, en novembre, la grande exposition clôturant l’année Vauban – « Vauban urbaniste, Vauban architecte». Tout au long de l’année, en effet, vont se multiplier, à travers tout le pays, et principalement dans les citadelles dont il a dessiné les plans, les célébrations du tricentenaire de la mort du plus grand stratège français, ministre de Louis XIV.
  • Catégories : Livre

    De François Mauriac à Robert Bresson

    Anne Wiazemsky raconte comment, à 17 ans, elle fut choisie par Bresson pour jouer dans « Au hasard Balthazar »

     

    Rien n'est plus difficile, pour un écrivain parvenu à la pleine possession de ses moyens, que de reconstituer, sans le fausser par les rajustements de l'expérience, l'état de fragilité, de précarité psychologique traversé dans l'adolescence. Le danger serait de le raconter de haut, avec l'autorité du jugement. Or Anne Wiazemsky raconte son histoire d'autrefois en restant au niveau de ses émotions d'autrefois : c'est le miracle de ce livre. Elle se met dans la peau, les yeux, le coeur d'une jeune fille de 17 ans qui se trouve dans la presque intimité d'un monstre sacré (65 ans, cheveux blancs). Bresson ne l'a pas seulement choisie : il ne se contente pas de la diriger, il entend la former, la façonner, la plier à sa volonté, la déconstruire et reconstruire à sa guise, avec une souveraineté manipulatrice qui frise la tyrannie.
    Il est vrai qu'Anne n'est pas la première venue : elle est la petite-fille de François Mauriac. Ce qui complique les choses pour elle. A cette époque, on voyait d'un mauvais oeil, chez les grands bourgeois, leur enfant se risquer dans les milieux forcément louches du cinéma. Que de pièges pour sa vertu... La jeune fille les déjouera avec la virtuosité de l'innocence, quitte à franchir le pas redouté par sa mère : ce qui donne lieu à une délicieuse scène de comédie, entre mère et fille, un morceau d'anthologie pour comprendre les moeurs de 1965.

    Les portraits de François Mauriac (oh ! ce regard «à la fois tendre et féroce, qui avait le pouvoir de décontenancer tout le monde»), de Robert Bresson, exigeant jusqu'au sadisme, sujet néanmoins à des accès de faiblesse, de Pierre Klossowski, figurant dans le film, tout cabossé et avec l'air d'un crabe, du jeune Jean-Luc Godard, venu sur le tournage en visiteur, la mauvaise volonté de l'âne, second héros du film, tout ce pittoresque relaté avec saveur et drôlerie fait de ce livre un document inappréciable. L'essentiel, pourtant, est ailleurs : dans l'évocation de ce bref passage de l'enfant à l'adulte.
    Imaginez cette actrice débutante : elle n'était jamais sortie de sa famille catholique, très enveloppante, sinon étouffante, et la voilà lancée dans le monde des faux-semblants, sous la direction toutefois d'un homme droit et vrai, modèle de rectitude malgré son absolutisme. Première contradiction, premier trouble. Elle profite du fait qu'elle est en vacances de son foyer pour devenir femme, à l'aide d'un jeune gars de l'équipe. Deuxième mutation. Revenue parmi les siens, elle s'aperçoit qu'elle est devenue radicalement autre. Grâce au cinéma, qui prend ici figure de symbole : avant de monter sur le plateau, elle se tenait dans l'ombre de sa famille. Une fois sous les projecteurs, elle découvre la lumière d'une nouvelle vie.
    « Jeune Fille »n'est pas seulement l'histoire des débuts d'Anne Wiazemsky dans un métier qu'elle illustrera avec un talent notoire. Si ce livre est aussi émouvant, c'est qu'il est celui de toutes les jeunes filles, l'histoire universelle du passage d'un âge à un autre, le récit de l'initiation au bout de laquelle on cesse d'appartenir à son milieu d'origine pour n'être plus que soi-même.


    «Jeune Fille», par Anne Wiazemsky, Gallimard, 224 p., 16,90 euros.

    Née en 1947, Anne Wiazemsky, comédienne et romancière, a tourné avec Godard, Pasolini, Deville, et reçu le grand prix du roman de l'Académie française en 1998 pour « Une poignée de gens ».

     



     

    Dominique Fernandez

    Le Nouvel Observateur - 2201 - 11/01/2007

     

    http://livres.nouvelobs.com/parutions/p2201/a2201_062.html