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  • Catégories : La culture

    Milad Doueihi et Pascal Josèphe : penser la cité numérique

    LE MONDE DES LIVRES | 17.01.08 | 12h36  •  Mis à jour le 17.01.08 | 12h36

    Les atteintes à l'environnement commencent à mobiliser la planète. Pourquoi la révolution numérique, dont les conséquences sont incalculables, ne provoque-t-elle pas une prise de conscience similaire ?

     

    Si l'invention de l'imprimerie, au XVe siècle, avait donné un immense élan à la diffusion des idées et du savoir, le numérique, lui, introduit un changement d'une tout autre ampleur. Car il ne s'agit pas seulement d'outils à la disposition du grand public (télévision, ordinateur, téléphone portable...), ni même d'une technologie, évoluant à une vitesse vertigineuse et permettant de saisir, stocker, traiter ou transférer des quantités phénoménales de données. La culture numérique envahit tout le champ social : elle affecte aussi bien nos comportements que nos valeurs et modifie notre rapport à la réalité.


    Philologue, historien du religieux, fellow à l'université de Glasgow, Milad Doueihi se présente comme "un simple utilisateur d'ordinateur, un numéricien par accident". Coquetterie, qui cache une grande compétence en matière informatique : au point de rendre certaines pages de son livre difficilement accessibles au commun des lecteurs, contrairement à d'autres, qui coulent de source. Dans un ouvrage d'un tout autre genre, Pascal Josèphe, homme de médias, expose de manière aussi claire que possible les enjeux du numérique, surtout dans le domaine qui est le sien : la communication.

    Tous les métiers de l'écriture sont frappés de plein fouet par la révolution en cours. Les archives, par exemple. Rien n'est plus fragile que les documents numériques, souligne Milad Doueihi. En juillet 2006, d'un simple clic malencontreux, un technicien a effacé 800 000 images électroniques des archives du Fonds permanent de l'Alaska... Sans compter les actes délictueux : une attaque des lieux de stockage par des cyberpirates altérerait définitivement des documents irremplaçables. Nous faisons comme si l'information numérique sera toujours la même, toujours accessible, toujours interrogeable. Or, les normes, les formats et les fichiers changent continuellement. Plus encore : les archives numériques ne sont pas que mise en mémoire et stockage, mais "des sites de production du savoir".

    Cette nouvelle culture, nous dit le philologue, exige "une compétence numérique" qui est loin de se limiter au maniement des outils disponibles. Internet remet en question toutes les notions de copyright et de propriété intellectuelle. Le droit est en retard, notre réflexion aussi. Nous pensons encore en termes d'imprimé, parlant de "pages" sur nos écrans, alors que la lecture n'y est plus linéaire : on navigue, on suit des liens, en se permettant de modifier ces documents numérisés. La distinction entre lecteur et auteur est effacée, les consommateurs deviennent eux-mêmes fournisseurs et distributeurs de contenus : des "consom-acteurs", comme les appelle Pascal Josèphe. C'est un "cinquième pouvoir" qui se met doucement en place.

     

    EMIETTEMENT GÉNÉRALISÉ

     

    Le numérique accentue et accélère deux grandes tendances sociales. La première est l'individualisation. Les écrans ne sont plus fédérateurs, c'est l'émiettement généralisé : chacun butine à sa guise, recevant ou produisant des informations ou des loisirs. "La société cesse de se définir comme un collectif structuré par des organismes médiateurs, déplore Pascal Josèphe, pour devenir un ensemble de micro-unités à l'échelle de l'individu, agitées par un mouvement brownien permanent."

    L'autre grand changement est l'immédiateté. Se détournant du passé et des idéologies, se méfiant d'un avenir anxiogène, le citoyen numérique vit dans l'instant. Les ordinateurs ont imposé leur rythme à l'Etat lui-même : lors d'une catastrophe ou un fait divers, les dirigeants politiques se mobilisent instantanément et se sentent obligés de résoudre les problèmes en direct.

    Les blogs, qui se multiplient, et Wikipédia, l'encyclopédie en ligne que chacun est libre de compléter, constituent pour Milad Doueihi "les premières incarnations de la cité numérique émergente". Ces espaces virtuels évoquent l'agora grecque, ce sont les nouvelles places publiques, où l'on discute et décide de questions d'intérêt commun, où s'élabore même une politique. La cité numérique qui s'ébauche n'est ni une utopie ni une terre promise : elle a déjà son territoire, ses règles, sa gouvernance et, malheureusement, ses formes de violence, avec le cyberharcèlement et le lynchage en ligne.

    La disparition des intermédiaires fragilise la société face aux risques de totalitarisme, remarque Pascal Josèphe, tandis que Milad Doueihi souligne un autre danger : les Etats peuvent mettre en place une censure draconienne, infiniment plus efficace que la censure "hors ligne".

    Autre sujet de préoccupation : la défense de la vie privée. Des entreprises stockent des données sur les goûts et les habitudes de leurs clients, Google garde la trace de toutes les navigations sur Internet... Une même personne peut avoir plusieurs adresses électroniques et une multiplicité de pseudonymes. A l'heure de "l'identité polyphonique", et alors que la Grande-Bretagne étudie le premier projet de numérisation biométrique à l'échelle d'un pays, il va falloir redéfinir la vie privée.

    Retrouvant sa spécialité, Milad Doueihi voit dans la culture numérique "la seule rivale de la religion", avec ses prophètes et ses prêtres, ses institutions et ses chapelles, ses croyants, ses contestataires et ses schismatiques. Déjà, son langage a commencé à remodeler les langues écrites et parlées... L'historien propose "d'étendre au logiciel la tolérance au sens religieux et social". C'est-à-dire l'accès de tous les hommes au réseau et aux objets numériques, mais aussi l'acceptation de la différence et de la dissidence dans cette tour de Babel qu'est la Toile.

    Nous n'avons encore rien vu. La cité numérique vient tout juste de naître.


    LA GRANDE CONVERSION NUMÉRIQUE de Milad Doueihi. Traduit de l'anglais par Paul Chemla. Seuil "La librairie du XXIe siècle", 280 p., 19 €.

    LA SOCIÉTÉ IMMÉDIATE de Pascal Josèphe. Calmann-Lévy, 252 p., 16 €. En librairie le 23 janvier.

     

  • Catégories : La littérature

    Té ! vé !... c'est Tartarin !

    Avant de (re)plonger dans les aventures de ce fameux Tartarin, il est urgent de lire l'excellente préface de Jean-Didier Urbain qui replace non seulement cette trilogie dans l'œuvre générale de Daudet, prénommé Alphonse, mais aussi qui en dégage l'originalité et la richesse. Loin d'être une simplette facétie méridionale, Tartarin, dont le profil n'est pas sans évoquer un père Ubu « avé l'accent », est d'abord un parcours typique de ces années où la satire sociale se maquille prudemment sous le grotesque et le loufoque. Il n'est donc jamais trop tard pour clamer : « Té ! vé !... c'est Tartarin... Et adieu, Tartarin ! » ◆ G.H. Alphonse Daudet, Les Aventures prodigieuses de Tartarin de Tarascon, 538 p., 16 €

    Source: Télérama.fr

  • Catégories : La littérature

    La Belle Epoque en revue

    Restons dans les cénâcles littéraires avec ce livre, paru il y a quelques mois seulement, consacrée à la Revue Blanche. Un livre un peu fouillis, dense de ses plus de mille pages, mais qui rend compte de cette véritable ruche qu’a représentée la Revue Blanche, à la charnière du XIX et du XXe siècle. Libertaire, audacieuse, imaginative, découvreuse de talents, cette publication périodique dirigée par les frères Natanson et « peignée » par Félix Fénéon (dont Félix Vallotton avait fait un beau portrait) s’empara des questions politiques, ouvrit ses colonnes à Mirbeau, Apollinaire, Péguy, Mallarmé, Jarry mais aussi aux Nabis ou aux Fauves dont les tableaux faisaient hoqueter beaucoup dans les expositions. Une revue qui justifie à elle seule l’expression de Belle Epoque ◆ G.H. Paul-Henri Bourrelier, La Revue Blanche. Une génération dans l’engagement (1890-1905), Fayard, 1200 p., 45 €.

    Source: Télérama.fr

  • Promenade et enquête

    On ne sait si Albert Thibaudet (1874-1936) a lu du Simenon mais son Histoire de la littérature française, publiée en 1936, relève aussi du goût de l’enquête et de la promenade. La littérature de 1789 à l’après 1914, est son jardin. Thibaudet lit, explique, range par catégorie, identifie les générations d’écrivains et s’attarde sur les grands : Chateaubriand, Lamartine, Hugo, Musset, Stendhal, Balzac, Baudelaire et consorts. Une Histoire évidemment érudite, presque complète. Mais une Histoire qui se lit facilement, tant l’esprit de Thibaudet circule d’auteur en auteur, expliquant Balzac par Auguste Comte ou pestant — nous ne sommes que dans les années 30 — contre les adaptations au cinéma ◆ G.H. Albert Thibaudet, Histoire de la littérature française, CNRS éditions, 592 p., 10 €

    Source: Télérama.fr

  • Catégories : Les polars

    Georges Simenon, Tout Maigret, éditions Omnibus, tome 9, 960 p., 24,50 €

    Nous sommes encore début mars mais c’est déjà le printemps. Un printemps précoce et qui contredit le temps de la veille quand des rafales de vent balayaient Paris. L’inspecteur Lapointe porte une veste neuve et Maigret, dans la première phrase de l’épisode Maigret hésite, est en veston, observant les effets bénéfiques des rayons du soleil sur la mine des passants... Et voilà : le commissaire Maigret revient avec le neuvième tome des œuvres complètes que Georges Simenon lui a consacrées, publiées par les éditions Omnibus dont la tâche sera achevée avec un dixième tome à venir.
    Une histoire (est-ce une légende ?) raconte qu’un éditeur américain, dans les années 30, donnait à lire à des apprentis écrivains une page d’un livre de Raymond Chandler, en leur demandant de couper ce qu’il leur semblait en trop. Et bien peu y parvenaient tant le style de Chandler était au couteau et à l’économie : pas de mot déplacé, pas d’adjectif superflu. L’exercice pourrait s’appliquer aux Maigret de Simenon. On suit pas à pas le flic le plus célèbre : la lecture est tellement aisée, les personnages sont tellement justes qu’une cure de petit Maigret de temps à autre devrait être recommandée à tout lecteur. Histoire de se rafraîchir la tête en longeant les quais de la Seine ou les rues d’une sous-préfecture où, souvent, Maigret, pipe à la lippe, maraude et enquête ◆ G.H.
    Source: Télérama.fr

  • Catégories : CE QUE J'AIME/QUI M'INTERESSE, L'actualité, Libération

    Louis de Cazenave, l'un des deux derniers poilus, disparaît

    e16bed604e2b817afcae3d562c9dc677.jpgD. Ch.
    21/01/2008 | Mise à jour : 07:51

    Mobilisé en 1916, Louis de Cazenave servit dans l'infanterie coloniale avant de rejoindre, en janvier 1918, des unités d'artillerie. Crédits photo : AFP

    Décédé dimanche matin à l'âge de 110 ans, il avait participé aux batailles de la Somme et du Chemin des Dames.

    L'avant-dernier «poilu» s'est éteint dimanche au petit matin à son domicile de Brioude, en Haute-Loire. Louis de Cazenave, 110 ans, «est mort comme il le désirait, chez lui, dans son sommeil, sans souffrir», a témoigné son fils, également prénommé Louis.

    Le secrétaire d'État aux Anciens Combattants, Alain Marleix, a salué la mémoire du soldat : «Il a été de ceux, parmi les plus braves, qui ont tenu, dans les tranchées et les casemates de la Grande Guerre, la France “à mains nues” jusqu'à l'armistice du 11 novembre».

    Né le 16 octobre 1897 à Saint-Georges-d'Aurac, en Haute-Loire, Louis de Cazenave était le doyen des poilus survivants. Mobilisé en 1916, à l'âge de 18 ans, il ser­­­vit dans différents régiments d'in­fanterie coloniale  dont le 5e bataillon de tirailleurs sénégalais et rejoignit, à partir de janvier 1918, des unités d'artillerie. Il participera notamment à la bataille de la Somme, à l'offensive du Chemin des Dames et à la libération du territoire national, avant d'être dé­mobilisé en 1919. Devenu cheminot, marié et père de trois fils, il prit une retraite partielle à 41 ans.

    Lazare Ponticelli, le dernier

     

    Dimanche, le président Nicolas Sarkozy a adressé «à sa famille les condoléances attristées de la nation». En 1995, l'ancien combattant avait reçu la Légion d'honneur. Il sera enterré mardi. «Sa disparition est l'occasion pour chacun d'entre nous d'avoir une pensée particulière pour les 1,4 million de combattants français qui ont fait le sacrifice de leur vie durant ce conflit» , a ajouté le chef de l'État.

    Lazare Ponticelli, lui aussi âgé de 110 ans, est désormais le dernier survivant de la Première Guerre mondiale. Cet ancien chasseur alpin d'origine italienne, engagé à 16 ans, a déjà indiqué qu'il refusait les funérailles nationales promises en 2005 par Jacques Chirac, estimant que «ce serait un affront pour les gens qui sont morts avant moi».

    http://www.lefigaro.fr/actualites/2008/01/21/01001-20080121ARTFIG00313-louis-de-cazenave-l-un-des-deux-derniers-poilus-disparait.php