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Des poèmes - Page 13

  • Catégories : Des poèmes

    Pindare,Odes pythiques

    J'ai déjà évoqué Pindare dans UNE note Poètes mais comme il est question de ses "Odes pythiques" dans "Le cercle magique" (de Katherine Neville), j'ai décidé de leur consacrer une note grâce au lien suivant:http://remacle.org/bloodwolf/poetes/falc/pindare/Introduction.htm

     

    LES PYTHIQUES 

     

     

     

    Les Jeux Pythiques

     

       

    Les Jeux Pythiques ou Delphiques venaient tout de suite après les Jeux olympiques par ordre d'importance aux yeux des Grecs. Ils se tenaient deux ans après les Jeux d'Olympie, et se déroulaient tous les quatre ans au deuxième mois du calendrier delphique en plein milieu de l'été. La légende raconte que ces Jeux avaient été créés à Delphes sur l'initiative d'Apollon lui-même, dès qu'il eut établi son sanctuaire et institué l'oracle à l'emplacement où il avait tué le serpent Python. À l'origine, Apollon étant le dieu musicien par excellence, ces jeux étaient tout entier consacrés au chant avec accompagnement de cithare. À ce propos, circulait en Grèce une anecdote (que nous a rapportée Pausanias), selon laquelle Homère et Hésiode auraient tenté de participer aux compétitions, mais en vain, parce que l'on reprochait à l'un d'être aveugle et à l'autre d'être un piètre citharède. En 590, on joignit à cette vénérable épreuve musicale un concours de flûte solo (aulétique) ainsi que le récital d'une cantate avec accompagnement de flûte (aulodie).

        Ce n'est que vers 582, après une période de troubles (Guerre sacrée de 594), que ces jeux se tinrent de façon régulière et s'enrichirent d'une série d'épreuves athlétiques : lutte, pugilat, pancrace, javelot, lancement du disque, course. Mais c'est la course de chevaux, qui était la grande attraction de ces fêtes, car elle se déroulait dans un site magnifique au pied du Parnasse. Comme à Olympie, le vainqueur recevait une couronne. Celle-ci était tressée de laurier, l'arbre favori d'Apollon. De plus, la victoire donnait droit à l'athlète de consacrer au dieu sa statue en guise d'ex-voto : d'ailleurs, comment ne pas évoquer ici la seule statue représentant un de ces vainqueurs au quadrige que l'on a retrouvé grâce à des fouilles et qu'on appelle communément l' « Aurige de Delphes ». Datant de 474, cette merveilleuse statue est exactement contemporaine de l'activité poétique de Pindare : et peut-être, se pourrait-il que notre poète l'ait admirée quand, de séjour dans le sanctuaire, il allait flâner le long de la voie sacrée ?

     

     

    Les Pythiques de Pindare

     

        Ce recueil de 12 poèmes célèbre dès son ouverture une victoire de Hiéron de Syracuse, dont on sait qu'il fut l'un des grands commanditaires de Pindare. Cette Ière Pythique est à juste titre considérée comme le chef-d'œuvre absolu du poète, celle que l'on considère comme la plus aboutie. La troisième ode n'est pas vraiment une Pythique, ni même une ode triomphale, mais une épître destinée à Hiéron malade. La IVème Pythique, dédiée au roi Arcésilas de Cyrène pour sa victoire au quadrige, est également une œuvre maîtresse de Pindare. D'autres éloges sont consacrés à Xénocrate d'Agrigente, telle la VIème Pythique, à l'Athénien Mégaclès, mais aussi à des athlètes d'un moindre niveau social (mais appartenant tout de même à des familles aristocratiques !). Parmi les dédicataires de ces odes, citons le joueur de flûte Midas (XIIème Pythique) ou le lutteur Aristoménès (VIIIème Pythique). Ces compositions sont facilement datables, puisque, comme pour les Olympiques, nous avons conservé les listes officielles.

      

     

    Pythique X

    498

    Pythiques VI et XII

    490

    Pythique VII

    486

    Pythique II

    475

    Pythiques IX et XI

    474

    Pythique III

    473

    Pythique I

    470

    Pythiques IV et V

    462

    Pythique VIII

    446

     

     

    PYTHIQUE VI

    Pour Xénocrate d'Agrigente, 

    Vainqueur au quadrige

    PYTHIQUE VII

    À Mégaclès d'Athènes,

    Vainqueur au quadrige
    PYTHIQUE X

    Pour Hippocléas, Thessalien,

    Vainqueur à la course diaulique

    PYTHIQUE XI

    Pour le jeune Thrasidée de Thèbes,

    Vainqueur à la course

    PYTHIQUE XII

    À Midas d'Agrigente,

    Joueur de flûte

     

     

     PYTHIQUE VI

     

    Pour Xénocrate d'Agrigente, 

    Vainqueur au quadrige

     

     

     

    Strophe 1

    Écoutez ! C'est le champ d'Aphrodite

           Aux yeux vifs et des Charites

    Que nous labourons, tandis qu'au nombril de la mugissante

    Terre, vers le temple, nous nous dressons ;

    Louant la victoire pythique, pour les riches Euménides,

    Pour l'humide Agrigente, enfin, pour Xénocrate,

    J'offre ce cortège d'hymnes qui, à la profusion d'or

    De l'Apollinienne vallée, se mêle, inaltérable.

     

    Strophe 2

    Sur lui, ni l'orageuse pluie, monstrueuse,

           Ni le vacarme des nuées

    Dans leurs bataillons cruels, ni le vent ne pourront jusqu'aux gouffres

    Maritimes les mener, malgré tous les débris

    Qui viendraient l'affecter. Brillante, pure, sa façade

    Dira, tout comme de ton père, Thrasybule, de sa race,

    Aux hommes, l'illustre victoire au quadrige,

    Ce triomphe au vallon de Crisa !

     

    Strophe 3

    Tenant le rêne, à ta droite, tu conduis,

           Debout, le Précepte

    Qu'autrefois, sur les monts, au magnifique

    Fils de Phylire, au fils de Pelée, loin de vos parents,

    Rappelait ceci : « Puissamment, le Cronide,

    Dont la voix rauque décoche éclairs et foudre,

    Lui, parmi tous les dieux, honore-le : mais, de cette célébration,

    N'oublie jamais tes parents tout le temps qui leur reste de vie. »

     

    Strophe 4

    Jadis aussi, Antilochos le fort

           Était mû par ce sentiment,

    Lui qui mourut pour son père en affrontant

    Le tueur d'hommes, le chef  des Éthiopiens,

    Memnon. Le cheval nestoréen, clouant son char sur la place,

    Il fut blessé par les coups de Pâris, brandissant

    Son épée : le vieillard messénien

    Éperdu, implora le secours de son fils,

     

    Strophe 5

    Sa parole ne s'éteignant que lorsqu'il fut à terre !

          Face au péril, le héros divin

    Vengea par son trépas le salut de son père,

    Devenant, pour les siècles à venir,

    Au regard de la jeunesse, par son exploit sublime,

    L'indéfectible modèle de vaillance filiale.

    Mais ce temps est révolu ! Aujourd'hui, Thrasybule

    Marche, brillant, sur les voies paternelles :

     

    Strophe 6

    Il imite son oncle dans ses vertus splendides ;

          Humblement, il goûte à sa richesse,

    Ne cueillant ni l'injustice, ni l'intempérance au cœur de sa jeunesse,

    Mais la vertu au fond de l'antre des Piérides.

    Et toi, Trembleur de terre, toi qui préludes aux jeux équestres,

    De toute son âme, Poséidon, il t'aime,

    Et son commerce exquis, au milieu des banquets,

    Est plus suave encore que l'œuvre ajourée des abeilles.

     

     

     

     

     

     

    PYTHIQUE VII

      

    À Mégaclès d'Athènes,

    Vainqueur au quadrige

     

     

     

    Strophe

    Le plus beau prélude

    - Athènes l'immense - pour honorer cette race grandiose,

    Les Alcmanides, auxquels je dresse une ode à leur quadrige.

    Y a-t-il un pays, une famille, dont la renommée

    Soit la plus éclatante

    À jeter à la face des Grecs ?

     

    Antistrophe

    Car toutes les cités connaissent

    Les hommes d'Érechthée, qui, ô Apollon, pour toi,

    Ont bâti ta demeure dans la sainte Pytho, merveille !

    Vois : cinq victoires dans l'Isthme me guident, comme celle, splendide,

    Au Zeus de l'Olympique,

    Deux triomphes à Cyrrha,

     

    Épode

    Ô Mégaclès,

    Enfin, celles de vos ancêtres !

    Et ton succès nouveau me grise. Cependant, je suis triste,

    Car l'exploit engendre l'envie. Mais ne dit-on pas

    Qu'ainsi vont les choses, que, trop proche de l'homme,

    Le bonheur qui rayonne apporte l'un, apporte l'autre ?

     

     

     

     

     

    PYTHIQUE X

     

      

     

    Pour Hippocléas, Thessalien,

    Vainqueur à la course diaulique

     

     

    Strophe 1

    Ô belle Lacédémone,

    Ô heureuses vallées de Thessalie !

    Sur vous deux, la race issue

    D'un même père, le bienveillant Héraclès, règne.

    Aurais-je retardé ma louange ? Mais Pytho

    Et Pélinnéon m'ont fait part de leurs vœux,

    Les enfants d'Aléas aussi, qui veulent d'Hippocléas

    Glorifier la prouesse par des chants de victoire.

     

    Antistrophe 1

    Il se livre aux jeux :

    Et le cortège assemblé dans le val parnassien

    L'a proclamé vainqueur au diaule des garçons.

    Apollon, finitude des hommes, et leur commencement aussi,

    Est ébloui quand le sort leur concède la gloire.

    Oui, c'est bien grâce à toi qu'il a triomphé,

    Succédant aux exploits accomplis par son père,

     

    Épode 1

    Vainqueur deux fois à Olympie aux armes

    Belliqueuses d'Arès,

    Mais aussi sous les rochers de l'ombrageante Cyrrha,

    À la course, grâce à son pied agile, lui Phrikias !

    Qu'un destin bienveillant, pour ses jours futurs,

    Déploie la floraison lumineuse de ses richesses,

     

    Strophe 2

    Car, pour le bonheur de l'Hellade,

    Des dons divers leur ont été confiés ! Puissent-ils des Immortels

    Ne point subir les humeurs versatiles ! Puisse Zeus

    Leur être bienveillant ! Car heureux et digne des chants,

    Devient l'homme aux yeux des sages,

    Lui qui, par ses bras et ses pieds vainqueurs,

    A conquis par ses âpres efforts les plus belles couronnes.

     

    Antistrophe 2

    Et a vu, de son vivant,

    Son fils triompher à Pytho.

    Certes, les astres d'airain lui sont défendus,

    Mais toutes ces joies dont les mortels

    Disposent, ils les a ressenties

    Jusqu'à l'extrême ; hélas ! ni sur un vaisseau, ni sur la terre, on n'a jamais trouvé

    Des hyperboréens les routes fantastiques.

     

    Épode 2

    Chez ce peuple, seul Persée festoya, cet âme de chef :

    Il pénétra dans leurs maisons,

    Où se préparait l'hécatombe de superbes ânes

    Au dieu. Ces gens

    Et leurs acclamations plaisent à Apollon,

    Qui sourit devant les troupeaux qui se débattent.

     

    Strophe 3

    La Muse n'est point absente

    De leur vie : chez eux, partout les chœurs de jeunes filles,

    Le charme des lyres et l'aigu des flûtes se mêlent ;

    Du laurier d'or ils couronnent leur front,

    Et ils font bonne chère.

    Jamais la maladies, ni la vieillesse ne souillent

    Cette race sacrée. Loin des rudes labeurs, des guerres,

     

    Antistrophe 3

    Ils sont préservés

    De l'âpre Vengeance. Et c'est d'un cœur vaillant

    Que, jadis, arriva le fils de Danaé, guidé par Athéna,

    Chez ces bienheureux.

    C'est là qu'il tua Gorgone, et revint,

    En ayant rapporté la tête sanglante, remplie de serpents,

    Et pétrifiante pour les Iliens. Pour moi,

     

    Épode 3

    Lorsque les dieux font de tels actes, rien de sublime

    Ne saurait m'étonner.

    Mais, ô Muse, cesse de ramer, jette l'ancre ! Plante-la dans le sol,

    Évite ainsi les écueils.

    Car la splendeur de mes hymnes festifs

    Butine de fleur en fleur, comme l'abeille.

     

    Strophe 4

    Et si, repris par les gens d'Éphyros,

    Mon chant pénètre sur les rives de Penée, suave,

    J'espère donner de l'éclat à Hippocléas par ces odes,

    Pour ses couronnes, auprès

    Des jeunes gens, des vieillards ou des jeunes vierges.

    Et tous, leur cœur s'embrase pour ceci ou cela.

     

    Antistrophe 4

    Mais que chacun, après tant de soupirs,

    Grâce à la chance, puisse atteindre un bonheur accessible.

    Mais ce qui surviendra dans un an est aléatoire.

    Moi, j'apprécie l'amitié douce

    De Thorax, qui s'est empressé, ô joie,

    De prendre les rênes du char des Piérides,

    Lui qui aime celui qui l'aime, hospitalier à ceux dont il fut l'hôte.

     

    Épode 4

    L'or se révèle au caillou qui l'effleure,

    Une belle âme aussi !

    Ses frères, nous les louerons, ces êtres généreux,

    Car ils ont levé très haut les lois du pays thessalien,

    Les magnifiant ; oui, c'est aux Meilleurs qu'échoient,

    Par leur rigueur, les suprêmes gouvernances des cités.

     

     

     

     

     

     

    PYTHIQUE XI

     

    Pour le jeune Thrasidée de Thèbes,

    Vainqueur à la course

     

     

  • "Les bohémiens" d'Albert GLATIGNY (1839-1873) dans "Les vignes folles"

     Gustave de Coutouly.

    Vous dont les rêves sont les miens,
    Vers quelle terre plus clémente,
    Par la pluie et par la tourmente,
    Marchez-vous, doux Bohémiens ?

    Hélas ! dans vos froides prunelles
    Où donc le rayon de soleil ?
    Qui vous chantera le réveil
    Des espérances éternelles ?

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  • Catégories : Des poèmes, Dürer Albrecht, Hugo Victor, La mélancolie, Le XIX e siècle

    "A Dürer "de Victor Hugo (Les voix intérieures)

    medium_hdurer.2.jpgDans les vieilles forêts où la sève à grands flots
    Court du fût noir de l'aulne au tronc blanc des bouleaux,
    Bien des fois, n'est-ce pas ? à travers la clairière,
    Pâle, effaré, n'osant regarder en arrière,
    Tu t'es hâté, tremblant et d'un pas convulsif,
    O mon maître Albert Düre, ô vieux peintre pensif !
    On devine, devant tes tableaux qu'on vénère,
    Que dans les noirs taillis ton œil visionnaire
    Voyait distinctement, par l'ombre recouverts,
    Le faune aux doigts palmés, le sylvain aux yeux verts,
    Pan, qui revêt de fleurs l'antre où tu te recueilles,
    Et l'antique dryade aux mains pleines de feuilles.

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  • Catégories : "Carpe diem", Blog, Des poèmes, Lamartine Alphonse de, Le XIX e siècle, Voeux

    Le retraite (Méditations poétiques)

    Aux bords de ton lac enchanté,
    Loin des sots préjugés que l'erreur déifie,
    Couvert du bouclier de ta philosophie,
    Le temps n'emporte rien de ta félicité ;
    Ton matin fut brillant ; et ma jeunesse envie
    L'azur calme et serein du beau soir de ta vie !

    Ce qu'on appelle nos beaux jours
    N'est qu'un éclair brillant dans une nuit d'orage,
    Et rien, excepté nos amours,
    N'y mérite un regret du sage ;
    Mais, que dis-je ? on aime à tout âge :
    Ce feu durable et doux, dans l'âme renfermé,
    Donne plus de chaleur en jetant moins de flamme ;
    C'est le souffle divin dont tout l'homme est formé,
    Il ne s'éteint qu'avec son âme.

    Etendre son esprit, resserrer ses désirs,
    C'est là ce grand secret ignoré du vulgaire :
    Tu le connais, ami ; cet heureux coin de terre
    Renferme tes amours, tes goûts et tes plaisirs ;
    Tes voeux ne passent point ton champêtre domaine,
    Mais ton esprit plus vaste étend son horizon,
    Et, du monde embrassant la scène,
    Le flambeau de l'étude éclaire ta raison.

    Tu vois qu'aux bords du Tibre, et du Nil et du Gange,
    En tous lieux, en tous temps, sous des masques divers,
    L'homme partout est l'homme, et qu'en cet univers,
    Dans un ordre éternel tout passe et rien ne change ;
    Tu vois les nations s'éclipser tour à tour
    Comme les astres dans l'espace,
    De mains en mains le sceptre passe,
    Chaque peuple a son siècle, et chaque homme a son jour ;
    Sujets à cette loi suprême,
    Empire, gloire, liberté,
    Tout est par le temps emporté,
    Le temps emporta les dieux même
    De la crédule antiquité,
    Et ce que des mortels dans leur orgueil extrême
    Osaient nommer la vérité.

    Au milieu de ce grand nuage,
    Réponds-moi : que fera le sage
    Toujours entre le doute et l'erreur combattu ?
    Content du peu de jours qu'il saisit au passage,
    Il se hâte d'en faire usage
    Pour le bonheur et la vertu.

    J'ai vu ce sage heureux ; dans ses belles demeures
    J'ai goûté l'hospitalité,
    A l'ombre du jardin que ses mains ont planté,
    Aux doux sons de sa lyre il endormait les heures
    En chantant sa félicité.
    Soyez touché, grand Dieu, de sa reconnaissance.
    Il ne vous lasse point d'un inutile voeu ;
    Gardez-lui seulement sa rustique opulence,
    Donnez tout à celui qui vous demande peu.
    Des doux objets de sa tendresse
    Qu'à son riant foyer toujours environné,
    Sa femme et ses enfants couronnent sa vieillesse,
    Comme de ses fruits mûrs un arbre est couronné.
    Que sous l'or des épis ses collines jaunissent ;
    Qu'au pied de son rocher son lac soit toujours pur ;
    Que de ses beaux jasmins les ombres s'épaississent ;
    Que son soleil soit doux, que son ciel soit d'azur,
    Et que pour l'étranger toujours ses vins mûrissent.

    Pour moi, loin de ce port de la félicité,
    Hélas ! par la jeunesse et l'espoir emporté,
    Je vais tenter encore et les flots et l'orage ;
    Mais, ballotté par l'onde et fatigué du vent,
    Au pied de ton rocher sauvage,
    Ami, je reviendrai souvent
    Rattacher, vers le soir, ma barque à ton rivage.

  • "Carmen" de Théophile Gautier dans "Emaux et camées"

    Carmen est maigre - un trait de bistre
    Cerne son oeil de gitana ;
    Ses cheveux sont d'un noir sinistre ;
    Sa peau, le diable la tanna.

    Les femmes disent qu'elle est laide,
    Mais tous les hommes en sont fous ;
    Et l'archevêque de Tolède
    Chante la messe à ses genoux ;

    Car sur sa nuque d'ambre fauve
    Se tord un énorme chignon
    Qui, dénoué, fait dans l'alcôve
    Une mante à son corps mignon,

    Et, parmi sa pâleur, éclate
    Une bouche aux rires vainqueurs,
    Piment rouge, fleur écarlate,
    Qui prend sa pourpre au sang des coeurs.

    Ainsi faite, la moricaude
    Bat les plus altières beautés,
    Et de ses yeux la lueur chaude
    Rend la flamme aux satiétés.

    Elle a dans sa laideur piquante
    Un grain de sel de cette mer
    D'où jaillit nue et provocante,
    L'âcre Vénus du gouffre amer.

    http://poesie.webnet.fr/poemes/France/gautier/5.html

  • Paul Verlaine:"Résignation" dans la section "Melancholia" des "Poèmes saturniens"

    medium_Alma-Tadema-roseofheliogabalus.jpgTout enfant, j'allais rêvant Ko-Hinnor,
    Somptuosité persane et papale,
    Héliogabale et Sardanapale !

    Mon désir créait sous des toits en or,
    Parmi les parfums, au son des musiques,
    Des harems sans fin, paradis physiques !

    Aujourd'hui, plus calme et non moins ardent,
    Mais sachant la vie et qu'il faut qu'on plie,
    J'ai dû refréner ma belle folie,
    Sans me résigner par trop cependant.

    Soit ! le grandiose échappe à ma dent,
    Mais, fi de l'aimable et fi de la lie !
    Et je hais toujours la femme jolie,
    La rime assonante et l'ami prudent.

    http://www.mag4.net/Verlaine/poemes/resignation.html

  • Paul Verlaine, "Nevermore" dans la section "Melancholia" des "Poèmes saturniens"

    medium_guillaumin-valhubertparis.2.jpgSouvenir, souvenir, que me veux-tu ? L'automne
    Faisait voler la grive à travers l'air atone,
    Et le soleil dardait un rayon monotone
    Sur le bois jaunissant où la bise détone.
     
    Nous étions seul à seule et marchions en rêvant,
    Elle et moi, les cheveux et la pensée au vent.
    Soudain, tournant vers moi son regard émouvant :
    "Quel fut ton plus beau jour ?" fit sa voix d'or vivant,
     
    Sa voix douce et sonore, au frais timbre angélique.
    Un sourire discret lui donna la réplique,
    Et je baisai sa main blanche, dévotement.
     
    - Ah ! les premières fleurs, qu'elles sont parfumées !
    Et qu'il bruit avec un murmure charmant
    Le premier "oui" qui sort de lèvres bien-aimées !

     

    http://www.mag4.net/Verlaine/poemes/nevermore.html

  • Catégories : Des poèmes

    Mandalay de Rudyard Kipling

    medium_india1.jpgA Moulmein près de la vieille Pagode, regardant la mer à l'est,
    Est assise une jeune Birmane, et je sais qu'elle pense à moi;
    Car il y a du vent dans les palmiers, et les clochettes du temple disent:
    "Reviens-t-en, soldat Britannique; reviens-t-en à Mandalay!"
          Reviens-t-en à Mandalay,
          Où la vieille Flottille est en panne:
          N'entends-tu pas le lourd travail des aubes de Rangoon à Mandalay?
          Sur la route de Mandalay,
          Où jouent les poissons volants,
          Et L'aurore se lève comme l'orage, en Chine, de l'autre côté de la Baie!

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