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  • Catégories : Nerval Gérard de

    Nerval dans la revue "Europe"

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    Gérard de Nerval, Pierre-Albert Jourdan et Aïgui (n°935, mars 2007)

    Nerval demeure l’une des figures les plus touchantes et singulières
    de notre littérature. Hanté par le spectre de la folie, il mena une vie
    souvent marginale, tissue d’errances et de liberté, avant de mourir
    tragiquement, une nuit de janvier, dans la plus grande misère.
    « Dans le romantisme qu’il traverse, et auquel il paraît étranger,
    Gérard de Nerval semble une apparition », observait Pierre Jean Jouve,
    ajoutant : « son œuvre s’écoule à part, comme s’il était à la fois
    en avant de son époque et en arrière ». Nerval possède
    une tonalité toute personnelle, faite de simplicité, de fantaisie,
    en même temps que de mélancolie profonde. Sa plongée
    vers les abîmes intérieurs de l’homme, et le démoniaque,
    le rapproche de certains poètes allemands dont il fut un fin
    connaisseur. Et sans doute est-ce cette singularité, cette irrégularité,
    cette position isolée parmi ses contemporains, qui lui a valu
    d’être si longtemps tenu à l’écart, et si mal lu…

    Anne Struve-Debeaux, Paul Louis Rossi, Bernard Vargaftig, Françoise Hàn, Marie Étienne, Gérard Macé, Jean-Luc Steinmetz, Michel Jeanneret, Daniel Sangsue, Hisashi Mizuno, Dagmar Wieser, Corinne Bayle, Jacques Demarcq, Jean-Nicolas Illouz, Jacques Bony, Jean-Yves Tadié, Anne Simon.

     

    GÉRARD DE NERVAL

    Anne STRUVE-DEBEAUX : Singulier Nerval.
    Paul Louis ROSSI : La fontaine des brumes.
    Bernard VARGAFTIG : Poète des régions de l’âme.
    Françoise HÀN : Rue de la Vieille Lanterne.
    Marie ÉTIENNE : Le livre introuvable.
    Gérard MACÉ : « Je suis l’autre ».

    *

    Jean-Luc STEINMETZ : Le texte et la vie, ou le retour de Jenny Colon.
    Michel JEANNERET : « J’aime à conduire ma vie comme un roman ».
    Daniel SANGSUE : Le canard de Nerval.
    Hisashi MIZUNO : Le lyrisme nervalien.
    Dagmar WIESER : Poésie et douleur.
    Corinne BAYLE : Nerval et la musique.
    Jacques DEMARCQ : Le Nervalois.
    Jean-Nicolas ILLOUZ : Nerval, « sentimental » et « naïf ».
    Jacques BONY : Frontières, limites, seuils…

    *

    Jean-Yves TADIÉ et Anne SIMON : Proust et Nerval.
    Anne STRUVE-DEVEAUX : Giraudoux, une autre lecture de Nerval.
    Gérard MACÉ : Une voix que j’ai déjà entendue.

    Singulier Nerval

    Nerval demeure l’une des figures les plus touchantes et singulières de notre littérature. Hanté par le spectre de la folie, il mena une vie souvent marginale, tissue d’errances et de liberté, avant de mourir tragiquement, une nuit de décembre, dans la plus grande misère. Quant à son œuvre, si son inspiration la rattache au courant romantique dont elle fut contemporaine, elle n’en possède pas moins une tonalité toute personnelle, faite à la fois de simplicité et de fantaisie — l’on a souvent vu en Nerval l’un des derniers représentants du XVIIIe siècle — en même temps que de mélancolie profonde. Il y a, plus particulièrement, chez cet écrivain une plongée vers les abîmes intérieurs de l’homme, et le démoniaque, qui le rapproche de certains poètes allemands dont il fut un fin connaisseur 1.
    Et sans doute est-ce cette singularité, cette irrégularité, cette position isolée parmi ses contemporains, qui a valu à cet écrivain d’être si longtemps tenu à l’écart, et si mal lu. Néanmoins, il a fait l’objet d’évaluations fréquentes et contradictoires. Soit qu’on l’ait tenu pour un auteur de second ordre, « charmant », certes, mais sans grande énergie — c’est la réputation de « fol délicieux 2 » que lui forgea le XIXe siècle —, soit qu’on l’ait rangé dans la catégorie, sujette à caution et incertaine, au croisement des domaines psychiatrique et littéraire, des « écrivains fous », oscillant entre génie et médiocrité. Le 16 septembre 1942, Gide note encore dans son journal : « Attachante, inquiétante figure de Nerval ; mais je ne parviens pas à faire de lui ce grand poète que nous présente Thierry Maulnier…3 »
    Cependant, Nerval a survécu à cette marginalité et aux dépréciations qui ont pu en résulter. Peu à peu s’est dévoilée l’authenticité profonde et véritablement tragique de son œuvre, et s’est imposé ce qui en fait le prix tout particulier pour les générations futures : son indéniable modernité. Car si l’on fait souvent commencer la modernité littéraire à Baudelaire, il est certain que l’œuvre de Nerval elle aussi la préfigure — y participant déjà étroitement, par delà la distance qui la sépare de nous.
    Une première réévaluation de l’écrivain s’est amorcée aux alentours des années 1910-1920, à la faveur de la redécouverte du rêve par la psychanalyse. Focalisant l’attention des critiques sur l’imaginaire nervalien, elle a été marquée par une série d’approches fondamentales s’attachant à révéler, dans l’œuvre, une expérience essentiellement intérieure, de nature onirique. Ce sont les pages célèbres de Proust consacrées à Sylvie dans Contre Sainte-Beuve. Proust y prend le contre-pied de toute lecture qui réduirait le récit à une simple « peinture naïve », et rappelle : « cette histoire [...] c’est le rêve d’un rêve ». C’est aussi, un peu plus tard, l’interprétation des surréalistes découvrant en Nerval — plus particulièrement le Nerval d’Aurélia — un véritable témoin du surréel, par l’intrication de la cohérence implacable et du songe — ou du cauchemar. Puis, dans leur continuité : le beau livre d’Albert Béguin, Gérard de Nerval (1945), qui s’attache à déchiffrer dans les écrits de Nerval l’expression d’une véritable quête spirituelle. Ou l’essai de Jean-Pierre Richard, « Géographie magique de Nerval », dans Poésie et profondeur, explorant l’univers de l’écrivain au travers d’images mythiques telles que le labyrinthe, la grotte ou le volcan.
    Ensuite, une nouvelle impulsion a été donnée à la lecture de l’œuvre de Nerval au tournant des années 80, au lendemain des décennies formalistes. Dans un contexte qui, en grande partie, domine encore aujourd’hui la critique nervalienne, et qui est celui, dans les domaines littéraire ou artistique, d’une nouvelle appréhension de l’œuvre comme expression du sujet.
    C’est en effet, désormais, l’expression d’un Moi que divers critiques interrogent chez Nerval. Pour certains, il s’agit de reconnaître, par delà les contradictions et les incertitudes de l’œuvre, le fil d’une même tendance mélancolique, et l’exigence, en même temps que d’une transgression vers l’ailleurs, d’une écriture à l’épreuve de ses limites. D’autres sont requis par la pluralité des moi qui composent la figure du poète et par le portrait incessamment mouvant et incertain qu’ils constituent, au gré de l’écriture — fruit d’une élaboration symbolique ni tout à fait fictive, ni tout à fait identifiable au moi autobiographique. Yves Vadé, définissant les caractéristiques du sujet lyrique, note ainsi que « la plus complète expression à la fois [du] dessaisissement du sujet écrivant et de sa projection mythique, c’est peut-être le Desdichado nervalien 4 ».
    On prête aussi une attention particulière aux affinités qui, dans cette œuvre, unissent étroitement musique et écriture lyrique. Ou aux variations autour de la pratique du récit de vie que représentent les récits de Nerval, entre autobiographie et fiction, rêve et souvenir.
    Ces lectures ne cessent d’approfondir le drame de l’écrivain. Mais en même temps, elles révèlent aussi l’étrange coïncidence de Nerval avec la sensibilité contemporaine, comme elle vouée à l’expression d’un sujet à l’identité aléatoire et problématique, traversée d’altérité. L’incarnent Pierre Pachet, par exemple, ou Gérard Macé — qui, en Nerval, reconnaissent une voix si proche de la leur, et à son œuvre, entremêlent leur propre travail d’écriture. Que l’on songe aux pages consacrées à Nerval dans La Force de dormir de Pierre Pachet5, ou à celles de Gérard Macé, auquel Gallimard vient de confier les préfaces de toutes récentes rééditions du poète6.
    En outre, l’une des affinités profondes de Nerval avec notre époque réside sans doute encore dans le mélange complexe des registres et des genres auquel son œuvre donne lieu, aussi bien que dans le travail de mémoire qui la caractérise. Nerval tisse entre les temps d’étroits réseaux. Chez lui, tout se déroule dans un brouillage incessant des limites — en un lieu de l’imagination qui est, comme le dit si bien le titre de l’étude de Jacques Bony que l’on trouvera dans ce volume, celui des frontières et des seuils. Ou, ce qui en définitive revient au même, le lieu de toute poésie véritable.

    Anne STRUVE-DEBEAUX


    1. Voir Nerval, Léonore et autres poésies allemandes, préface de Gérard Macé, édition de Jean-Nicolas Illouz, postface de Dolf Oehler, collection « Poésie / Gallimard », Paris, Gallimard, 2005.
    2. L’expression est de Barrès (Discours de réception à l’Académie Française, prononcé le 17 janvier 1907).
    3. Gide fait allusion à l’ouvrage de Thierry Maulnier, Introduction à la poésie française, paru chez Gallimard en 1939.
    4. Yves Vadé, « L’urgence du sujet lyrique à l’époque romantique », dans Le Sujet lyrique, sous la direction de Dominique Rabaté, Paris, PUF, 1996, p. 36.
    5. Pierre Pachet, La Force de dormir, Paris, Gallimard, 1988
    6. Les Filles du feu. Les Chimères, préface de Gérard Macé, édition de Bertrand Marchal, collection « Folio classique », Paris, Gallimard, 2005. Aurélia. Les Nuits d’octobre. Pandora. Promenades et souvenirs, préface de Gérard Macé, édition de Jean-Nicolas Illouz, collection « Folio classique », Paris, Gallimard, 2005. Les Chimères. La Bohême galante. Petits châteaux de Bohême, préface de Gérard Macé, édition de Bertrand Marchal, collection « Poésie / Gallimard », Paris, Gallimard, 2005. Léonore et autres poésies allemandes, préface de Gérard Macé, édition de Jean-Nicolas Illouz, postface de Dolf Oehler, collection « Poésie / Gallimard », Paris, Gallimard, 2005.

    http://www.europe-revue.info/2007

  • Catégories : Le patrimoine

    Le château de Fontainebleau redore son blason

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    Face à une baisse inquiétante de la fréquentation, le château de Fontainebleau va faire peau neuve

    Un nouveau programme de développement du site de Seine-et-Marne incluant des rénovations et réouvertures de salles sont prévus pour relancer les visites, qui sont passées de 500.000 par an il y a 10 ans à 350.000 aujourd'hui.

    Résidence royale favorite de François Ier, agrandi par Henri IV, il fut également la rédidence impériale de Napoléon Ier.

    De nouveaux espaces de  visite, des pièces et façades restaurées, un accueil du public repensé, création d'un pôle éducatif et scolaire... tout un programme de développement présenté à la presse mardi.

    Dès l'été 2007, seront à nouveau ouverts au public l'appartement du Pape et l'appartement des Chasses, et l'espace alloué à l'accueil du public sera augmenté de 500 m2, a annoncé Bernard Notari, directeur du château, dont le donjon remonte au XIIe siècle.

    La grille d'honneur de la cour du Cheval Blanc sera rénovée, le cabinet de travail de Napoléon III restauré. Un pôle éducatif et scolaire sera aménagé dans l'aile Louis XV du château, avec pour objectif de faire passer la fréquentation de 25.000 à 60.000 jeunes  sur la période automne/hiver.

    Sont également envisagés la réouverture des deux chapelles Saint-Saturnin, de la cour Ovale et de la porte Dorée, ainsi que la restauration de la grotte des Pins et la reprise de plusieurs façades.

    Selon M.Notari, "la faiblesse relative de cette fréquentation a incité le ministère de la Culture et de la Communication à commander en 2006 un rapport d'audit" sur la base duquel a été mis sur pied le programme de développement.

    Le 27 janvier, un Cercle des partenaires du château de Fontainebleau a été installé par le ministre pour permettre la recherche de mécènes. Le Crédit agricole s'est engagé à verser 1,4 million d'euros sur trois ans, et l'INSEAD, l'école internationale de formation des managers, participera à la  restauration du boudoir turc de Marie-Antoinette.

    Par ailleurs, dans le cadre de l'accord signé le 6 mars entre la France et les Emirats arabes unis, créant un musée du Louvre à Abou Dhabi, l'émirat fera un don de 10 millions d'euros au château qui va permettre de rénover le théâtre Napoléon III.

    Publié le 29/03 à 12:05
    http://cultureetloisirs.france3.fr/patrimoine/actu/29544282-fr.php
  • Catégories : Paysages

    Je me suis lancée!!!!!...


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    Il y a un mois, j'ai reçu un courriel sympa d'une maison d'édition qui avait repéré mon blog, apprécié mes poèmes et me demandait de leur envoyer un manuscrit.....
    Vous devez bien imaginer que je ne me suis pas fait prier....
    Et voilà qu'il y a quelques jours, on me dit que pour des raisons budgétaires, on ne pouvait finalement pas me publier....
    La déception digérée, j'ai décidé de prendre les choses en main...
    Et voilà mon manuscrit de poèmes devenu livre.
    Il s'intitule "Paysages" et vous pouvez le commander en cliquant ci-dessus.

    Pourquoi "Paysages"?


    Ceux qui fréquentent régulièrement mon blog savent que le(s) paysage(s) est/sont le sujet de mon mémoire de maîtrise à travers les oeuvres poétiques de Baudelaire et Nerval, puis en DEA chez René Char, René-Guy Cadou, Lamartine (cf. mes travaux universitaires sur ce blog).
    Derrière ces travaux avalisés par les facultés, j'ai continué à travailler sur les paysages nervaliens et plus généralement sur les paysages, intérieurs ou extérieurs, urbains ou naturels.
    Je m'intéresse aussi aux rapports entre paysage, littérature et peinture.
    Pour mieux comprendre pourquoi j'ai appelé mon livre "Paysages", je vous renvoie tout naturellement à mon livre.

    Je vous dirai seulement que j’ai en quelque sorte abusé de l’emploi figuré du mot “paysage” en considérant que tous les états de mon âme sont des paysages.
    Et si mes poèmes dessinent parfois un paysage extérieur, naturels ou urbains, c’est la temporalité du paysage qui domine.
    En effet, ce recueil contient aussi bien des poèmes de mon enfance (et des poèmes pour enfant regroupés sous le terme “paysages enfantins), de mon adolescence que des poèmes plus récents.
    J’aurais pu aussi l’intituler “Poèmes d’hier,d’aujourd’hui et de demain”; un bilan de mes années d’écriture et une ouverture sur l’avenir.

    BONNE LECTURE.

  • Catégories : Les polars

    "Quais du polar" à Lyon du 31 mars au 2 avril 2007

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    Pour la deuxième année, le festival Quais du polar fait découvrir au public le 'genre policier' dans toute la diversité de sa culture et de ses formes artistiques. Ce genre évolue en effet dans des disciplines et des formes très variées, que ce soit au cinéma, en littérature, au théâtre ou en art graphique, sous la forme de thrillers, films à suspense, romans noirs, à énigme ou BD... C'est pourquoi Quais du polar multiplie les passerelles entre les disciplines en offrant un panorama riche et varié de ce genre littéraire et cinématographique, et propose des conférences, lectures, projections, enquêtes et jeux... A cette occasion, une cinquantaine d'auteurs français et étrangers seront présents à Lyon, parmi lesquels Donald Westlake, Tonino Benacquista ou Martin Winckler.

     

     

    http://www.evene.fr/culture/agenda/quais-du-polar-8227.php

  • Catégories : La littérature, La télévision

    Le patrimoine littéraire fait fort sur France 2

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    Succès d'image et succès d'audience pour la collection de téléfilms "Chez Maupassant"

    Patrick de Carolis, le Président de France Télévisions l'avait souhaité à son arrivée à la tête du groupe: c'est la mission du service public de puiser dans le patrimoine littéraire".
    Les télespectateurs viennent de lui rendre raison. Les 8 nouvelles de Maupassant diffusées en mars sur France 2 ont rassemblé jusqu'à 7 millions de télespectateurs*.

    "La fidélité des téléspectateurs (7 millions de téléspectateurs et 27,5% de part d'audience en moyenne) pour les quatre volets de la collection Maupassant  (...) conforte la direction de France Télévisions dans son choix de poursuivre et d'accentuer le virage éditorial impulsé par Patrick de Carolis depuis son arrivée à la tête du groupe public", a souligné France Télévisions.

    Au cours de ces quatre soirées, quatre nouvelles (60 mn) et quatre contes (30mn), c'est l'univers de Guy de Maupassant qui a été revisité:
    - 6 mars : 31,6% de part d'audience (PdA) et plus de 8,4 millions de téléspectateurs puis 25,7% de PdA et plus de 6 millions de téléspectateurs, (*)
    - 13 mars : 27,5% (PdA) et 7,2 millions de téléspectateurs puis 25,6% de PdA et plus de 6 millions de téléspectateurs,
    - 20 mars : 27,7% de (PdA) et plus de 7,2 millions de téléspectateurs puis 26,5% de PdA et près de 6,4 millions de téléspectateurs,
    - 27 mars : 26,5% de (PdA) et 7 millions de téléspectateurs puis 24,4% de PdA et plus de 6 millions de téléspectateurs.

    Des oeuvres littéraires en cours de tournages
    Devant le succès d'audience remporté par les quatre adaptations, France 2 diffusera une deuxième collection "Chez Maupassant " au
    printemps prochain dont le tournage est prévu cet été. Le casting en sera "prestigieux" avec notamment Michel Serrault, Marie-Anne Chazel, Thierry Frémont sous l'objectif de réalisateurs de renom tels que Claude Chabrol, Jean-Charles Tacchela ou Christian de Chalonge...

    D'autres grands auteurs vont être mis à l'honneur dans les mois qui viennent sur les chaînes du service public:
    - sur France 2 Tolstoï avec "Guerre et Paix", Marcel Pagnol avec "Le temps des secrets" et "Le temps des amours", Alexandre Dumas avec "La dame de Monsoreau"
    - sur France 3, Molière pour "Le malade imaginaire", Beaumarchais avec "Le mariage de Figaro" et Charles Dickens
    avec "La maison Dombais et fils".

    La collection Chez Maupassant qui vient d'être diffusée sera disponible en DVD à partir du 4 avril prochain.

    * source Médiamat/Médiamétrie

    http://cultureetloisirs.france3.fr/patrimoine/actu/29548377-fr.php

     

    Publié le 29/03 à 14:34

  • Catégories : Baudelaire Charles

    150 e anniversaire de la première édition des "Fleurs du Mal" de Charles Baudelaire

    medium_les_fleurs_du_mal.jpgQui ne connaît pas 'Les Fleurs du mal' ne peut prétendre comprendre la littérature française du XIXe siècle. Les éditions Diane de Selliers proposent une édition illustrée du célèbre recueil, édition enrichie de tableaux de la peinture symboliste et décadente. L'ouvrage, publié à l'occasion du 150e anniversaire de la première édition de l'oeuvre, comporte l'intégralité des 'Fleurs du mal' (éd. 1861) , augmenté des 'Epaves' (1866) et de l'édition posthume (1868) soit 164 poèmes. 185 reproductions de peintures pleine page de 86 artistes essentiellement de la seconde moitié du XIXe siècle accompagnent l'oeuvre de Baudelaire, parmi lesquels, Félicien Rops, Léon Spilliaert, James Ensor, Jean Delville, Alfred Kubin, Edvard Munch, Odilon Redon et Gustave Moreau, Carlos, Schwabe, Max Klinger, etc.

    Source:Evene.fr

    A cette occasion, Daniel Mesguich(comédien et professeur de théâtre)lira des extraits des "Fleurs du Mal" et des "Petits poèmes en Prose", le 12 avril à 20h30 au théâtre 121 de l'Institut Français de Casablanca(Maroc).

  • Catégories : Baudelaire Charles

    Charles Baudelaire:"Le dandy"

    medium_bcrit4.jpgL'homme riche, oisif, et qui, même blasé, n'a pas d'autre occupation que de courir à la piste du bonheur, l'homme élevé dans le luxe et accoutumé dès sa jeunesse à l'obéissance des autres hommes, celui enfin qui n'a pas d'autre profession que l'élégance, jouira toujours, dans tous les temps, d'une physionomie distincte, tout à fait à part. Le dandysme est une institution vague, aussi bizarre que le duel ; très ancienne, puisque César, Catilina, Alcibiade nous en fournissent des types éclatants ; très générale, puisque Chateaubriand l'a trouvée dans les forêts et au bord des lacs du nouveau-monde. Le dandysme, qui est une institution en dehors des lois, a des lois rigoureuses auxquelles sont strictement soumis tous ses sujets, quelles que soient d'ailleurs la fougue et l'indépendance de leur caractère. Les romanciers anglais ont, plus que les autres, cultivé le roman de high life, et les Français qui, comme M. de Custine, ont voulu spécialement écrire des romans d'amour, ont d'abord pris soin, et très judicieusement, de doter leurs personnages de fortunes assez vastes pour payer sans hésitation toutes leurs fantaisies ; ensuite ils les ont dispensés de toute profession. Ces êtres n'ont pas d'autre état que de cultiver l'idée du beau dans leur personne, de satisfaire leurs passions, de sentir et de penser. Ils possèdent ainsi, à leur gré et dans une vaste mesure, le temps et l'argent, sans lesquels la fantaisie, réduite à l'état de rêverie passagère, ne peut guère se traduire en action. Il est malheureusement bien vrai que, sans le loisir et l'argent, l'amour ne peut être qu'une orgie de roturier ou l'accomplissement d'un devoir conjugal. Au lieu du caprice brûlant ou rêveur, il devient une répugnante utilité. ce dernier cas, il sourira comme le Lacédémonien sous la morsure du renard.

    Si je parle de l'amour à propos du dandysme, c'est que l'amour est l'occupation naturelle des oisifs. Mais le dandy ne vise pas à l'amour comme but spécial. Si j'ai parlé d'argent, c'est parce que l'argent est indispensable aux gens qui se font un culte de leurs passions ; mais le dandy n'aspire pas à l'argent comme à une chose essentielle ; un crédit indéfini pourrait lui suffire ; il abandonne cette grossière passion aux mortels vulgaires. Le dandysme n'est même pas, comme beaucoup de personnes peu réfléchies paraissent le croire, un goût immodéré de la toilette et de l'élégance matérielle. Ces choses ne sont pour le parfait dandy qu'un symbole de la supériorité aristocratique de son esprit. Aussi, à ses yeux, épris avant tout de distinction, la perfection de la toilette consiste-t-elle dans la simplicité absolue, qui est en effet la meilleure manière de se distinguer. Qu'est-ce donc que cette passion qui, devenue doctrine, a fait des adeptes dominateurs, cette institution non écrite qui a formé une caste si hautaine ? C'est avant tout le besoin ardent de se faire une originalité, contenu dans les limites extérieures des convenances. C'est une espèce de culte de soi-même, qui peut survivre à la recherche du bonheur à trouver dans autrui, dans la femme, par exemple ; qui peut survivre même à tout ce qu'on appelle les illusions. C'est le plaisir d'étonner et la satisfaction - orgueilleuse de ne jamais être étonné. Un dandy peut être un homme blasé, peut être un homme souffrant ; mais, dans

    On voit que, par de certains côtés, le dandysme confine au spiritualisme et au stoïcisme. Mais un dandy ne peut jamais être un homme vulgaire. S'il commettait un crime, il ne serait pas déchu peut-être ; mais si ce crime naissait d'une source triviale, le déshonneur serait irréparable. Que le lecteur ne se scandalise pas de cette gravité dans le frivole, et qu'il se souvienne qu'il y a une grandeur dans toutes les folies, une force dans tous les excès. Étrange spiritualisme ! Pour ceux qui en sont à la fois les prêtres et les victimes, toutes les conditions matérielles compliquées auxquelles ils se soumettent, depuis la toilette irréprochable à toute heure du jour et de la nuit jusqu'aux tours les plus périlleux du sport, ne sont qu'une gymnastique propre à fortifier la volonté et à discipliner l'âme. En vérité, je n'avais pas tout à fait tort de considérer le dandysme comme une espèce de religion. La règle monastique la plus rigoureuse, l'ordre irrésistible du Vieux de la Montagne, qui commandait le suicide à ses disciples enivrés, n'étaient pas plus despotiques ni plus obéis que cette doctrine de l'élégance et de l'originalité, qui impose, elle aussi, à ses ambitieux et humbles sectaires, hommes souvent pleins de fougue, de passion, de courage, d'énergie contenue, la terrible formule : Perindè ac cadaver !

    Que ces hommes se fassent nommer raffinés, incroyables, beaux, lions ou dandies, tous sont issus d'une même origine ; tous participent du même caractère d'opposition et de révolte ; tous sont des représentants de ce qu'il y a de meilleur dans l'orgueil humain, de ce besoin, trop rare chez ceux d'aujourd'hui, de combattre et de détruire la trivialité. De là naît, chez les dandies, cette attitude hautaine de caste provoquante, même dans sa froideur. Le dandysme apparaît surtout aux époques transitoires où la démocratie n'est pas encore toute-puissante, où l'aristocratie n'est que partiellement chancelante et avilie. Dans le trouble de ces époques quelques hommes déclassés, dégoûtés, désœuvrés, mais tous riches de force native, peuvent concevoir le projet de fonder une espèce nouvelle d'aristocratie, d'autant plus difficile à rompre qu'elle sera basée sur les facultés les plus précieuses, les plus indestructibles, et sur les dons célestes que le travail et l'argent ne peuvent conférer. Le dandysme est le dernier éclat d'héroïsme dans les décadences ; et le type du dandy retrouvé par le voyageur dans l'Amérique du Nord n'infirme en aucune façon cette idée : car rien n'empêche de supposer que les tribus que nous nommons sauvages soient les débris de grandes civilisations disparues. Le dandysme est un soleil couchant ; comme l'astre qui décline, il est superbe, sans chaleur et plein de mélancolie. Mais, hélas ! la marée montante de la démocratie, qui envahit tout et qui nivelle tout, noie jour à jour ces derniers représentants de l'orgueil humain et verse des flots d'oubli sur les traces de ces prodigieux mirmidons. Les dandies se font chez nous de plus en plus rares, tandis que chez nos voisins, en Angleterre, l'état social et la constitution (la vraie constitution, celle qui s'exprime par les mœurs) laisseront longtemps encore une place aux héritiers de Sheridan, de Brummel et de Byron, si toutefois il s'en présente qui en soient dignes.

    Ce qui a pu paraître au lecteur une digression n'en est pas une, en vérité. Les considérations et les rêveries morales qui surgissent des dessins d'un artiste sont, dans beaucoup de cas, la meilleure traduction que le critique en puisse faire ; les suggestions font partie d'une idée mère, et, en les montrant successivement, on peut la faire deviner. Ai-je besoin de dire que M. G., quand il crayonne un de ses dandies sur le papier, lui donne toujours son caractère historique, légendaire même, oserais-je dire, s'il n'était pas question du temps présent et de choses considérées généralement comme folâtres? C'est bien là cette légèreté d'allures, cette certitude de manières, cette simplicité dans l'air de domination, cette façon de porter un habit et de diriger un cheval, ces attitudes toujours calmes mais révélant la force, qui nous font penser, quand notre regard découvre un de ces êtres privilégiés en qui le joli et le redoutable se confondent si mystérieusement :«Voilà peut-être un homme riche, mais plus certainement un Hercule sans emploi.»

    Le caractère de beauté du dandy consiste surtout dans l'air froid qui vient de l'inébranlable résolution de ne pas être ému ; on dirait un feu latent qui se fait deviner, qui pourrait mais qui ne veut pas rayonner. C'est ce qui est, dans ces images, parfaitement exprimé.

    http://poetes.com/baud/BCrit4.htm

  • Catégories : Mes poèmes, Mes textes d'adulte

    Ecrire de ne pas savoir vivre

     

     

    Ecrire de ne pas savoir vivre.

    Vivre de ne pas savoir écrire.

    Ecrire pour vivre

    Vivre pour écrire

    Ecrire et apprendre à vivre

    Vivre pour apprendre à écrire

    Ecrire et vivre

    Vivre et écrire

    Ne pas savoir vivre sans écrire

    Ni écrire sans vivre

    Oublier de vivre

    Ou oublier d’écrire ?

    Refuser de choisir

     

    Le 23/02/2007

     

    Ce poème se trouve à la fin de l'interview qu'Ambroise a fait de moi sur Ecriture en vrac 

     http://ecritureenvrac.over-blog.com/article-6180679-6.html#anchorComment

  • Charles Baudelaire, "Le Salon de 1859", "Le paysage

    Si tel assemblage d’arbres, de montagnes, d’eaux et de maisons, que nous appelons un paysage, est beau, ce n’est pas par lui-même, mais par moi, par ma grâce propre, par l’idée ou le sentiment que j’y attache. C’est dire suffisamment, je pense, que tout paysagiste qui ne sait pas traduire un sentiment par un assemblage de matière végétale ou minérale n’est pas un artiste. Je sais bien que l’imagination humaine peut, par un effort singulier, concevoir un instant la nature sans l’homme, et toute la masse suggestive éparpillée dans l’espace sans un contemplateur pour en extraire la comparaison, la métaphore et l’allégorie. Il est certain que tout cet ordre et toute cette harmonie n’en gardent pas moins la qualité inspiratrice qui y est providentiellement déposée ; mais, dans ce cas, faute d’une intelligence qu’elle pût inspirer, cette qualité serait comme si elle n’était pas. Les artistes qui veulent exprimer la nature, moins les sentiments qu’elle inspire, se soumettent à une opération bizarre qui consiste à tuer en eux l’homme pensant et sentant, et malheureusement, croyez que, pour la plupart, cette opération n’a rien de bizarre ni de douloureux. Telle est l’école qui, aujourd’hui et depuis longtemps, a prévalu. J’avouerai, avec tout le monde, que l’école moderne des paysagistes est singulièrement forte et habile ; mais dans ce triomphe et cette prédominance d’un genre inférieur, dans ce culte niais de la nature, non épurée, non expliquée par l’imagination, je vois un signe évident d’abaissement général. Nous saisirons sans doute quelques différences d’habileté pratique entre tel et tel paysagiste ; mais ces différences sont bien petites. Elèves de maîtres divers, ils peignent tous fort bien, et presque tous oublient qu’un site naturel n’a de valeur que le sentiment actuel que l’artiste y sait mettre. La plupart tombent dans le défaut que je signalais au commencement de cette étude : ils prennent le dictionnaire de l’art pour l’art lui-même ; ils copient un mot du dictionnaire, croyant copier un poème. Or un poème ne se copie jamais : il veut être composé. Ainsi ils ouvrent une fenêtre, et tout l’espace compris dans le carré de la fenêtre, arbres, ciel et maison, prend pour eux la valeur d’un poème tout fait. Quelques-uns vont plus loin encore. A leurs yeux, une étude est un tableau. M. Français nous montre un arbre, un arbre antique, énorme il est vrai, et il nous dit : voilà un paysage. La supériorité de pratique que montrent MM. Anastasi, Leroux, Breton, Belly, Chintreuil, etc., ne sert qu’à rendre plus désolante et visible la lacune universelle. Je sais que M. Daubigny veut et sait faire davantage. Ses paysages ont une grâce et une fraîcheur qui fascinent tout d’abord. Ils transmettent tout de suite à l’âme du spectateur le sentiment originel dont ils sont pénétrés. Mais on dirait que cette qualité n’est obtenue par M. Daubigny qu’aux dépens du fini et de la perfection dans le détail. Mainte peinture de lui, spirituelle d’ailleurs et charmante, manque de solidité. Elle a la grâce, mais aussi la mollesse et l’inconsistance d’une improvisation. Avant tout, cependant, il faut rendre à M. Daubigny cette justice que ses œuvres sont généralement poétiques, et je les préfère avec leurs défauts à beaucoup d’autres plus parfaites, mais privées de la qualité qui le distingue.
       M. Millet cherche particulièrement le style ; il ne s’en cache pas, il en fait montre et gloire. Mais une partie du ridicule que j’attribuais aux élèves de M. Ingres s’attache à lui. Le style lui porte malheur. Ses paysans sont des pédants qui ont d’eux-mêmes une trop haute opinion. Ils étalent une manière d’abrutissement sombre et fatal qui me donne l’envie de les haïr. Qu’ils moissonnent, qu’ils sèment, qu’ils fassent paître des vaches, qu’ils tondent des animaux, ils ont toujours l’air de dire : « Pauvres déshérités de ce monde, c’est pourtant nous qui le fécondons ! Nous accomplissons une mission, nous exerçons un sacerdoce ! » Au lieu d’extraire simplement la poésie naturelle de son sujet, M. Millet veut à tout prix y ajouter quelque chose. Dans leur monotone laideur, tous ces petits parias ont une prétention philosophique, mélancolique et raphaélesque. Ce malheur, dans la peinture de M. Millet gâte toutes les belles qualités qui attirent tout d’abord le regard vers lui.
       M. Troyon est le plus bel exemple de l’habileté sans âme. Aussi quelle popularité ! Chez un public sans âme, il la méritait. Tout jeune, M. Troyon a peint avec la même certitude, la même habileté, la même insensibilité. Il y a de longues années, il nous étonnait déjà par l’aplomb de sa fabrication, par la rondeur de son jeu, comme on dit au théâtre, par son mérite infaillible, modéré et continu. C’est une âme, je le veux bien, mais trop à la portée de toutes les âmes. L’usurpation de ces talents de second ordre ne peut pas avoir lieu sans créer des injustices. Quand un autre animal que le lion se fait la part du lion, il y a infailliblement de modestes créatures dont la modeste part se trouve beaucoup trop diminuée. Je veux dire que dans les talents de second ordre cultivant avec succès un genre inférieur, il y en a plusieurs qui valent bien M. Troyon, et qui peuvent trouver singulier de ne pas obtenir tout ce qui leur est dû, quand celui-ci prend beaucoup plus que ce qui lui appartient. Je me garderai bien de citer ces noms ; la victime se sentirait peut-être aussi offensée que l’usurpateur.
       Les deux hommes que l’opinion publique a toujours marqués comme les plus importants dans la spécialité du paysage sont MM. Rousseau et Corot. Avec de pareils artistes, il faut être plein de réserve et de respect. M. Rousseau a le travail compliqué, plein de ruses et de repentirs. Peu d’hommes ont plus sincèrement aimé la lumière et l’ont mieux rendue. Mais la silhouette générale des formes est souvent ici difficile à saisir. La vapeur lumineuse, pétillante et ballottée, trouble la carcasse des êtres. M. Rousseau m’a toujours ébloui ; mais il m’a quelquefois fatigué. Et puis il tombe dans le fameux défaut moderne, qui naît d’un amour aveugle de la nature, de rien que la nature ; il prend une simple étude pour une composition. Un marécage miroitant, fourmillant d’herbes humides et marqueté de plaques lumineuses, un tronc d’arbre rugueux, une chaumière à la toiture fleurie, un petit bout de nature enfin, deviennent à ses yeux amoureux un tableau suffisant et parfait. Tout le charme qu’il sait mettre dans ce lambeau arraché à la planète ne suffit pas toujours pour faire oublier l’absence de construction.
       Si M. Rousseau, souvent incomplet, mais sans cesse inquiet et palpitant, a l’air d’un homme qui, tourmenté de plusieurs diables, ne sait auquel entendre, M. Corot, qui est son antithèse absolue, n’a pas assez souvent le diable au corps. Si défectueuse et même injuste que soit cette expression, je la choisis comme rendant approximativement la raison qui empêche ce savant artiste d’éblouir et d’étonner. Il étonne lentement, je le veux bien, il enchante peu à peu ; mais il faut savoir pénétrer dans sa science, car, chez lui, il n’y a pas de papillotage, mais partout une infaillible rigueur d’harmonie. De plus, il est un des rares, le seul peut-être, qui ait gardé un profond sentiment de la construction, qui observe la valeur proportionnelle de chaque détail dans l’ensemble, et, s’il est permis de comparer la composition d’un paysage à la structure humaine, qui sache toujours où placer les ossements et quelle dimension il leur faut donner. On sent, on devine que M. Corot dessine abréviativement et largement, ce qui est la seule méthode pour amasser avec célérité une grande quantité de matériaux précieux. Si un seul homme avait pu retenir l’école française moderne dans son amour impertinent et fastidieux du détail, certes c’était lui. Nous avons entendu reprocher à cet éminent artiste sa couleur un peu trop douce et sa lumière presque crépusculaire. On dirait que pour lui toute la lumière qui inonde le monde est partout baissée d’un ou de plusieurs tons. Son regard, fin et judicieux, comprend plutôt tout ce qui confirme l’harmonie que ce qui accuse le contraste. Mais, en supposant qu’il n’y ait pas trop d’injustice dans ce reproche, il faut remarquer que nos expositions de peinture ne sont pas propices à l’effet des bons tableaux, surtout de ceux qui sont conçus et exécutés avec sagesse et modération. Un son de voix clair, mais modeste et harmonieux, se perd dans une réunion de cris étourdissants ou ronflants, et les Véronèse les plus lumineux paraîtraient souvent gris et pâles s’ils étaient entourés de certaines peintures modernes plus criardes que des foulards de village.
       Il ne faut pas oublier, parmi les mérites de M. Corot, son excellent enseignement, solide, lumineux, méthodique. Des nombreux élèves qu’il a formés, soutenus ou retenus loin des entraînements de l’époque, M. Lavieille est celui que j’ai le plus agréablement remarqué. Il y a de lui un paysage fort simple : une chaumière sur une lisière de bois, avec une route qui s’y enfonce. La blancheur de la neige fait un contraste agréable avec l’incendie du soir qui s’éteint lentement derrière les innombrables mâtures de la forêt sans feuilles. Depuis quelques années, les paysagistes ont plus fréquemment appliqué leur esprit aux beautés pittoresques de la saison triste. Mais personne, je crois, ne les sent mieux que M. Lavieille. Quelques-uns des effets qu’il a souvent rendus me semblent des extraits du bonheur de l’hiver. Dans la tristesse de ce paysage, qui porte la livrée obscurément blanche et rose des beaux jours d’hiver à leur déclin, il y a une volupté élégiaque irrésistible que connaissent tous les amateurs de promenades solitaires.
       Permettez-moi, mon cher, de revenir encore à ma manie, je veux dire aux regrets que j’éprouve de voir la part de l’imagination dans le paysage de plus en plus réduite. Çà et là, de loin en loin, apparaît la trace d’une protestation, un talent libre et grand qui n’est plus dans le goût du siècle. M. Paul Huet, par exemple, un vieux de la vieille, celui-là ! (je puis appliquer aux débris d’une grandeur militante comme le Romantisme, déjà si lointaine, cette expression familière et grandiose) ; M. Paul Huet reste fidèle aux goûts de sa jeunesse. Les huit peintures, maritimes ou rustiques, qui doivent servir à la décoration d’un salon, sont de véritables poèmes pleins de légèreté, de richesse et de fraîcheur. Il me paraît superflu de détailler les talents d’un artiste aussi élevé et qui a autant produit ; mais ce qui me paraît en lui de plus louable et de plus remarquable, c’est que pendant que le goût de la minutie va gagnant tous les esprits de proche en proche, lui, constant dans son caractère et sa méthode, il donne à toutes ses compositions un caractère amoureusement poétique.
       Cependant il m’est venu cette année un peu de consolation, par deux artistes de qui je ne l’aurais pas attendue. M. Jadin, qui jusqu’ici avait trop modestement, cela est évident maintenant, limité sa gloire au chenil et à l’écurie, a envoyé une splendide vue de Rome prise de l’Arco di Parma. Il y a là, d’abord les qualités habituelles de M. Jadin, l’énergie et la solidité, mais de plus une impression poétique parfaitement bien saisie et rendue. C’est l’impression glorieuse et mélancolique du soir descendant sur la cité sainte, un soir solennel, traversé de bandes pourprées, pompeux et ardent comme la religion romaine. M. Clésinger, à qui la sculpture ne suffit plus, ressemble à ces enfants d’un sang turbulent et d’une ardeur capricante, qui veulent escalader toutes les hauteurs pour y inscrire leur nom. Ses deux paysages, Isola Farnese et Castel Fusana, sont d’un aspect pénétrant, d’une native et sévère mélancolie. Les eaux y sont plus lourdes et plus solennelles qu’ailleurs, la solitude plus silencieuse, les arbres eux-mêmes plus monumentaux. On a souvent ri de l’emphase de M. Clésinger ; mais ce n’est pas par la petitesse qu’il prêtera jamais à rire. Vice pour vice, je pense comme lui que l’excès en tout vaut mieux que la mesquinerie.
       Oui, l’imagination fait le paysage. Je comprends qu’un esprit appliqué à prendre des notes ne puisse pas s’abandonner aux prodigieuses rêveries contenues dans les spectacles de la nature présente ; mais pourquoi l’imagination fuit-elle l’atelier du paysagiste ? Peut-être les artistes qui cultivent ce genre se défient-ils beaucoup trop de leur mémoire et adoptent-ils une méthode de copie immédiate qui s’accommode parfaitement à la paresse de leur esprit. S’ils avaient vu comme j’ai vu récemment, chez M. Boudin qui, soit dit en passant, a exposé un fort bon et fort sage tableau (le Pardon de sainte Anne Palud), plusieurs centaines d’études au pastel improvisées en face de la mer et du ciel, ils comprendraient ce qu’ils n’ont pas l’air de comprendre, c’est-à-dire la différence qui sépare une étude d’un tableau. Mais M. Boudin, qui pourrait s’enorgueillir de son dévouement à son art, montre très modestement sa curieuse collection. Il sait bien qu’il faut que tout cela devienne tableau par le moyen de l’impression poétique rappelée à volonté ; et il n’a pas la prétention de donner ses notes pour des tableaux. Plus tard, sans aucun doute, il nous étalera, dans des peintures achevées, les prodigieuses magies de l’air et de l’eau. Ces études, si rapidement et si fidèlement croquées d’après ce qu’il y a de plus inconstant, de plus insaisissable dans sa forme et dans sa couleur, d’après des vagues et des nuages, portent toujours, écrits en marge, la date, l’heure et le vent ; ainsi, par exemple : 8 octobre, midi, vent de nord-ouest. Si vous avez eu quelquefois le loisir de faire connaissance avec ces beautés météorologiques, vous pouvez vérifier par mémoire l’exactitude des observations de M. Boudin. La légende cachée avec la main, vous devineriez la saison, l’heure et le vent. Je n’exagère rien. J’ai vu. A la fin tous ces nuages aux formes fantastiques et lumineuses, ces ténèbres chaotiques, ces immensités vertes et roses, suspendues et ajoutées les unes aux autres, ces fournaises béantes, ces firmaments de satin noir ou violet, fripé, roulé ou déchiré, ces horizons en deuil ou ruisselants de métal fondu, toutes ces profondeurs, toutes ces splendeurs, me montèrent au cerveau comme une boisson capiteuse ou comme l’éloquence de l’opium. Chose assez curieuse, il ne m’arriva pas une seule fois, devant ces magies liquides ou aériennes, de me plaindre de l’absence de l’homme. Mais je me garde bien de tirer de la plénitude de ma jouissance un conseil pour qui que ce soit, non plus que pour M. Boudin. Le conseil serait trop dangereux. Qu’il se rappelle que l’homme, comme dit Robespierre, qui avait soigneusement fait ses humanités, ne voit jamais l’homme sans plaisir ; et, s’il veut gagner un peu de popularité, qu’il se garde bien de croire que le public soit arrivé à un égal enthousiasme pour la solitude.
       Ce n’est pas seulement les peintures de marine qui font défaut, un genre pourtant si poétique ! (je ne prends pas pour marines des drames militaires qui se jouent sur l’eau), mais aussi un genre que j’appellerais volontiers le paysage des grandes villes, c’est-à-dire la collection des grandeurs et des beautés qui résultent d’une puissante agglomération d’hommes et de monuments, le charme profond et compliqué d’une capitale âgée et vieillie dans les gloires et les tribulations de la vie.
       Il y a quelques années, un homme puissant et singulier, un officier de marine, dit-on, avait commencé une série d’études à l’eau-forte d’après les points de vue les plus pittoresques de Paris. Par l’âpreté, la finesse et la certitude de son dessin, M. Meryon rappelait les vieux et excellents aquafortistes. J’ai rarement vu représentée avec plus de poésie la solennité naturelle d’une ville immense. Les majestés de la pierre accumulée, les clochers montrant du doigt le ciel, les obélisques de l’industrie vomissant contre le firmament leurs coalitions de fumée, les prodigieux échafaudages des monuments en réparation, appliquant sur le corps solide de l’architecture leur architecture à jour d’une beauté si paradoxale, le ciel tumultueux, chargé de colère et de rancune, la profondeur des perspectives augmentée par la pensée de tous les drames qui y sont contenus, aucun des éléments complexes dont se compose le douloureux et glorieux décor de la civilisation n’était oublié. Si Victor Hugo a vu ces excellentes estampes, il a dû être content ; il a retrouvé, dignement représentée, sa
       
    Morne Isis, couverte d’un voile !
       Araignée à l’immense toile,
       Où se prennent les nations !
       Fontaine d’urnes obsédée !
       Mamelle sans cesse inondée,
       Où, pour se nourrir de l’idée,
       Viennent les générations !
       . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
       Ville qu’un orage enveloppe !


       Mais un démon cruel a touché le cerveau de M. Meryon ; un délire mystérieux a brouillé ces facultés qui semblaient aussi solides que brillantes. Sa gloire naissante et ses travaux ont été soudainement interrompus. Et depuis lors nous attendons toujours avec anxiété des nouvelles consolantes de ce singulier officier, qui était devenu en un jour un puissant artiste, et qui avait dit adieu aux solennelles aventures de l’Océan pour peindre la noire majesté de la plus inquiétante des capitales.
       Je regrette encore, et j’obéis peut-être à mon insu aux accoutumances de ma jeunesse, le paysage romantique, et même le paysage romanesque qui existait déjà au dix-huitième siècle. Nos paysagistes sont des animaux beaucoup trop herbivores. Ils ne se nourrissent pas volontiers des ruines, et, sauf un petit nombre d’hommes tels que Fromentin, le ciel et le désert les épouvantent. Je regrette ces grands lacs qui représentent l’immobilité dans le désespoir, les immenses montagnes, escaliers de la planète vers le ciel, d’où tout ce qui paraissait grand paraît petit, les châteaux forts (oui, mon cynisme ira jusque-là), les abbayes crénelées qui se mirent dans les mornes étangs, les ponts gigantesques, les constructions ninivites, habitées par le vertige, et enfin tout ce qu’il faudrait inventer, si tout cela n’existait pas !
       Je dois confesser en passant que, bien qu’il ne soit pas doué d’une originalité de manière bien décidée, M. Hildebrandt, par son énorme exposition d’aquarelles, m’a causé un vif plaisir. En parcourant ces amusants albums de voyage il me semble toujours que je revois, que je reconnais ce que je n’ai jamais vu. Grâce à lui, mon imagination fouettée s’est promenée à travers trente-huit paysages romantiques, depuis les remparts sonores de la Scandinavie jusqu’aux pays lumineux des ibis et des cigognes, depuis le Fiord de Séraphitus jusqu’au pic de Ténériffe. La lune et le soleil ont tour à tour illuminé ces décors, l’un versant sa tapageuse lumière, l’autre ses patients enchantements.
       Vous voyez, mon cher ami, que je ne puis jamais considérer le choix du sujet comme indifférent, et que, malgré l’amour nécessaire qui doit féconder le plus humble morceau, je crois que le sujet fait pour l’artiste une partie du génie, et pour moi, barbare malgré tout, une partie du plaisir. En somme, je n’ai trouvé parmi les paysagistes que des talents sages ou petits, avec une très grande paresse d’imagination. Je n’ai pas vu chez eux, chez tous, du moins, le charme naturel, si simplement exprimé, des savanes et des prairies de Catlin (je parie qu’ils ne savent même pas ce que c’est que Catlin), non plus que la beauté surnaturelle des paysages de Delacroix, non plus que la magnifique imagination qui coule dans les dessins de Victor Hugo, comme le mystère dans le ciel. Je parle de ses dessins à l’encre de Chine, car il est trop évident qu’en poésie notre poète est le roi des paysagistes.
       Je désire être ramené vers les dioramas dont la magie brutale et énorme sait m’imposer une utile illusion. Je préfère contempler quelques décors de théâtre, où je trouve artistement exprimés et tragiquement concentrés mes rêves les plus chers : Ces choses, parce qu’elles sont fausses, sont infiniment plus près du vrai ; tandis que la plupart de nos paysagistes sont des menteurs, justement parce qu’ils ont négligé de mentir.

    http://baudelaire.litteratura.com/?rub=oeuvre&srub=cri&id=473

  • Catégories : Des évènements, Des lieux, La littérature

    « Lire à Limoges » 2007 du 30 mars au 1 er avril 2007

    Classée parmi les tout premiers salons du livre en France, la prochaine édition de « Lire à Limoges » se déroulera les 30, 31 mars et 1er avril 2007 sur l’esplanade du Champ de Juillet et dans plusieurs lieux culturels de la ville. Sous un chapiteau de 2 500 m², la manifestation accueillera quelque 250 auteurs de littérature générale, jeunesse et bande dessinée pour le grand plaisir des 60 000 visiteurs attendus chaque année.
    L’ensemble des rencontres et des échanges organisés dans le cadre de cette nouvelle édition 2007 aura pour fil conducteur la transmission, celle de la langue, de la parole, du patrimoine, et du savoir…




    Pour la francophonie, le Liban à l’affiche

    Afin de présenter la diversité de la francophonie culturelle, axe privilégié de la politique culturelle de la Ville de Limoges, une des grandes thématiques de « Lire à Limoges » sera consacrée au Liban, à l’affiche du programme national «Les Belles Etrangères». La présence cette année d’auteurs libanais sera l’occasion d’ouvrir une page d’histoire et de partager une mémoire collective.

    Ce thème sera décliné sous plusieurs formes : une soirée spéciale « Littérature Liban » à la Bfm animée par Gérard Meudal, journaliste au Monde, avec une conversation francophone sur la littérature libanaise en présence d’auteurs libanais de renom dont Alexandre Najjar, Vénus Khoury Gata, et un hommage au poète libanais Khalil Gibran ; l’exposition de photos de Roger Moukarzel présentée dans le cadre de l’opération « Un autre Liban » proposée par la Bibliothèque francophone multimédia ; et un stand des éditeurs libanais installé sous le chapiteau pendant toute la durée de la manifestation. Enfin, avec ses Contes des neuf continents, la conteuse libanaise Praline Gay Para viendra faire rêver les plus jeunes.

    Une deuxième conversation francophone, animée par Dany Toubiana, journaliste et productrice indépendante, abordera un des aspects essentiels de la francophonie, le lien entre « Langues et imaginaire ». Elle réunira Daniel Maximin, romancier et essayiste guadeloupéen, Malek Chebel, anthropologue, historien et auteur ayant pris des positions fortes sur un Islam moderne, et Henriette Walter, professeur de linguistique et auteur d’ouvrages spécialisés et grand public sur ce thème.



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    Des moments privilégiés d’échange et de partage

    Plusieurs temps forts, sous la forme de tables rondes ou de conférences, seront organisés pour le public sur des thèmes de société ou d’actualité.

    « Lire à Limoges » aura l’immense privilège d’accueillir le professeur Alain Bentolila, professeur émérite de linguistique à l’université Paris V reconnu pour ses recherches sur la mesure et les causes de l’illettrisme en France, lors d’une conférence grand public intitulée « Le verbe contre la barbarie ».

    Eric Portais, journaliste, animera plusieurs rendez-vous : à la Bfm sur « L’Histoire secrète du Kremlin » avec Vladimir Fédérovski, romancier d’origine russe et diplomate pendant les grands bouleversements à l’Est, et deux tables rondes, à l’Opéra-Théâtre, dont une sur le thème très actuel de l’évolution de l’information avec Catherine Lamour et Danièle Granet qui viennent de co-signer Médiabusiness, une grande enquête sans compromis consacrée au monde des médias.

    A l’attention des seniors, une rencontre organisée autour du professeur Philippe Thomas, psycho-gériatre au CHU de Limoges, évoquera «Le temps de la transmission et du partage».

    Enfin, autre moment de partage et d’émotion avec la remise des prix littéraires sous le chapiteau : le prix de la Ville de Limoges récompensant cette année un œuvre francophone, le prix « Cœur de la France » et le prix « bande dessinée ».






    La calligraphie comme thème fédérateur

    Le thème fédérateur pour le jeune public mais également cette année pour les adultes sera celui de la calligraphie. En amont de la manifestation, grâce à la collaboration active du secteur associatif, des ateliers seront organisés avec trois intervenants représentant la calligraphie chinoise, latine et arable : Enzhi Yang, Sophie Larigaldie et Ismet Dogru.

    Les jeunes seront également les premiers à participer aux prix littéraires en composant les jurys du prix Izzo (jeunes de 16 à 25 ans) en hommage à Jean-Claude Izzo et du prix « Coup cœur jeunesse » où les élèves de trois classes de CM2 éliront l’ouvrage jeunesse de leur choix.

    Enfin, les animations en direction du public scolaire continuent de se développer avec les rencontres écrivains-scolaires qui connaissent toujours le même succès (161 rencontres organisées).



    http://www.ville-limoges.fr/limoges/weblimog.nsf/00000000000000000000000000000000/cf40ea28f84c174fc1257272004f927e?OpenDocument
  • Catégories : Mes poèmes, Mes textes d'adulte

    La porte s'ouvre

    La porte s’ouvre  sur le bleu

     

    Contagieux de ses yeux. Il n’y a plus d’épineux Problème ; ça va mieux. J’oublie les voisins hargneux Tous les boutefeux De ce monde si dangereux. Je mets de côté « Le neveu De Rameau[1] »  et tout ce qu’il veut,

     

    Moi aussi je le veux. Il fait tout ce qu’il peut Pour moi et pour le rendre heureux, Je mets en jeu Mes pouvoirs spiritueux. Depuis son premier aveu Jamais de désaveu. Quel poète fameux A dit qu’il « n’y a pas d’amour heureux » ?
  • Exposition "Picasso-Carmen, Sol y Sombra" au Musée Picasso à Paris du 21 Mars au 21 Juin 2007

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    L’exposition montre comment la fascination de Picasso pour Carmen s’apparente à une longue quête imaginaire et souterraine sur le thème des amours tragiques.
    "Provocante et rebelle, Carmen, icône de la passion, hante l’oeuvre de Picasso. La mythique héroïne de Prosper Mérimée (nouvelle publiée en 1845) et de Georges Bizet (opéra créé en 1875) assiège l’artiste depuis son oeuvre de jeunesse où gitanes et prostituées confondent leur aura sulfureuse. Quelque 220 oeuvres sont ainsi rassemblées autour de ce « motif carménien » : peintures, dessins, gravures, photographies et documents.

    Croisant présentation chronologique et thématique, l’exposition revient d’abord sur l’oeuvre précoce (1898-1903) de l’artiste. Le croquis madrilène d’une jeune femme fait mention du prénom, « Carmen », dès 1898. Il inaugure un cycle marqué par la vision noire du Goya des Caprichos ou des Sueños où bohémiennes et majas (« les belles ») se révèlent indissociables de l’emblématique Célestine, entremetteuse et sorcière (Fernando Rojas, La Célestine ou tragicomédie de Calixte et Mélibée, 1499 ; Pablo Picasso, La Célestine, 1904). Puis, sous les travestissements d’une Espagne de fantaisie avec panoplie de mantille, châle, grand peigne et éventail, l’artiste va métamorphoser et plier à ses recherches plastiques les plus radicales la fatale héroïne. L’exposition rassemble ainsi pour la première fois à Paris quelques uns des grands tableaux peints par l’artiste dans les années 1904-1918. Ils forment une véritable galerie de portraits féminins en costume espagnol alliant modernité et références aux maîtres anciens et contemporains (Goya, Vélasquez, Manet) : Fernande à la mantille, 1905, Portrait de Benedetta Canals, 1905, Grand Nu au peigne, 1906, Femme à l’éventail, 1909, Femme à la mantille, « La Salchichona », 1917, Portrait d’Olga à la mantille, 1917, Blanquita Suarez, 1917, Olga au fauteuil, 1918.

    L'« opéra funèbre » de Bizet s’achève par le meurtre de Carmen sur fond de mise à mort du taureau dans l’arène. Cette symétrie du sacrifice de l'animal sauvage et de la femme va inspirer tout particulièrement l’oeuvre surréaliste de Picasso. En témoignent, dans l’exposition, les riches variations mytho-tauromachiques, dessinées et gravées, mettant en scène les étreintes et combats des toreros/toreras des années 1920-1935. Dans les années cinquante, c’est à l’illustration de la nouvelle de Mérimée que l’artiste travaille enfin, avec un très bel ensemble d’aquatintes et de burins où la « Carmencita » picassienne apparaît comme l’incarnation même de la peinture (Pablo Picasso, Prosper Mérimée, Louis Aragon, Carmen des Carmen, Paris, Editeurs français réunis, 1964). Carmen, foyer d'une ardente symbolisation iconographique, se révèle figure du double, du peintre lui-même se reflétant au miroir de la femme, de l'autre."

    INFOS PRATIQUES

    MUSÉE PICASSO, Hôtel Salé, 5, rue de Thorigny, 75003 Paris

    Accès:
    Métro : Saint-Paul / Chemin Vert / Saint Sébastien Froissart
    Bus : 29, 96, 69 et 75

    Horaires:
    Ouvert tous les jours sauf le mardi. De 9h30 à 17h30 (à 18h00 à partir du 1er avril)
    Tarifs: 7,70 € plein tarif ; 5,70 € tarif réduit (de 18 à 25 ansinclus) ; gratuit pour les moins de 18 ans, et le premier dimanche de chaque mois.

    Pour toute information complémentaire, vous pouvez consulter le site du Musée Picasso.
    http://www.hotels-paris-rive-gauche.com/blog/index.php/2007/03/14/1626-exposition-picasso-carmen-sol-y-sombra-au-musee-picasso-a-paris-du-21-mars-au-21-juin-2007
  • Picasso : Autoportrait au nez rouge

    ÉRIC BIÉTRY-RIVIERRE.
     Publié le 22 mars 2007
    Actualisé le 22 mars 2007 : 10h38

    La Fondation Pierre-Gianadda passe l'oeuvre au crible de la thématique circassienne.

    ENFANT, il adorait aller au Tivoli Circo Ecuestre de Barcelone. Adulte, il fréquentait Medrano. Vieillard, il ne ratait jamais une diffusion de «La piste aux étoiles». Parmi tous les artistes passionnés par le cirque - et l'on sait combien ils sont nombreux, depuis le Pierrot de Watteau -, Pablo Picasso est assis aux premiers rangs. À une place aussi importante que celle qu'il occupe dans l'histoire de l'art. En 2004 « La grande parade », exposition organisée au Grand Palais par Jean Clair à partir de l'essai définitif écrit sur la question par Jean Starobinsky (Portrait de l'artiste en saltimbanque, Gallimard), l'avait magistralement démontré. Aujourd'hui, dans le cirque naturel du Valais suisse qu'est Martigny, la Fondation Pierre-Gianadda se focalise sur l'artiste en passant l'ensemble de sa carrière au crible du thème des arts de la piste et des saltimbanques. Peu de grandes huiles - tout de même plusieurs Arlequins au costume en damier de plus en plus propice au cubisme, deux Paulo en Pierrot, enfants tristes de 1925 et 1929, une Femme acrobate aussi radicalement démembrée qu'épurée de 1930... En revanche, beaucoup d'esquisses, de dessins et d'aquatintes où la pensée fuse, de plus en plus sûre de son trait, de plus en plus proche du sujet.
    Une passion conservée tout au long de la vie
    Voilà Picasso dompteur d'une humanité bestiale. Picasso clown à la fois amusé et triste d'un monde pathétique. Picasso bateleur aimant se frotter à mille défis inédits, acrobate du risque, forain de l'aventure. Voilà aussi Picasso fabricant de masques ou encore goinfre de ballerines. Et partout se rêvant marginal, maudit et merveilleux. Oui, décidément, l'artiste ne pouvait trouver ailleurs que dans la sciure, la sueur et le fard meilleure métaphore de lui-même. La splendide série de photographies de David Douglas Duncan le montrant déguisé en clown, jubilant comme un enfant, explique tout. Picasso allait partager cette passion avec presque toute l'avant-garde du début du XXe siècle et, surtout, la conserver tout au long de sa vie. Avec, comme seul concurrent d'Arlequin, le Minotaure. À Martigny, l'accrochage ménage l'espace sacré d'un temple antique dédié à Mithra, dieu solaire. Lors des fouilles, on y trouva une tête de taureau tricorne en bronze. La bête fabuleuse était déjà en piste...
    Jusqu'au 10 juin à la Fondation Pierre-Gianadda. 10, rue de la Gare, 1920 Martigny (Suisse). Catalogue 366 p. couleur, 30 eur. Tél. : + 41 27 722 39 78 et http://www.gianadda.ch
  • Catégories : Web

    Nouveau magazine et nouveau site

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     A TELECHARGER A CETTE ADRESSE:

     http://www.immerg.com

     

     

     

     

     

     

    AUQUEL J' AI PARTICIPE AVEC 2 POEMES ET LA PRESENTATION DE MON BLOG DANS LA SECTION "Les belles histoires"

    Merci à Sandrine qui m'a permis de partciper à cette aventure.

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    Sandrine m'a annoncé la semaine dernière que le site immersion graphique était terminé:http://www.immerg.com

     

  • Edvard Munch - Signes de l'art moderne – du 18 mars au 15 juillet 2007, Fondation Beyeler, Riehen (Suisse)

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    La Fondation Beyeler consacre la première exposition temporaire de cette année d'anniversaire au peintre et graveur norvégien Edvard Munch. Cette présentation rétrospective se concentre tout particulièrement sur sa contribution aussi irremplaçable qu'originale à l'art moderne.

    Edvard Munch (1863-1944) porte un regard impitoyable et pénétrant sur les sentiments humains les plus profonds comme la solitude et l'amour, ainsi que sur la mort, qui l'a toujours obsédé. Le devenir et la disparition, la destruction et la création, tels sont ses thèmes de prédilection. Il emploie une grande variété de moyens pour les exprimer : la dissolution et la fusion de figures dans le fond, le dépassement opiniâtre du bord de l'image, le grattage de la surface picturale. Il va jusqu'à employer un " remède de cheval ", exposant un certain nombre d'oeuvres à l'air libre et les soumettant ainsi à la pluie et à la neige. Munch dépasse avec une grande cohérence les frontières traditionnelles entre peinture et gravure ; il utilise également la photographie, et son traitement peu conventionnel du motif et de la matière ouvre, dès le tournant du siècle, une échappée sur l'ensemble du XXe siècle.

    Oeuvres encore inconnues
    L'exposition présentera 130 peintures, 80 dessins et gravures couvrant toutes les périodes de création de l'artiste. Cette manifestation constitue ainsi la plus grande exposition Munch jamais organisées hors de Norvège. Cette manifestation rassemble des oeuvres prêtées par de nombreux musées américains et européens et présente également un grand nombre d'oeuvres encore inconnues du public, appartenant à des collections particulières. L'organisation de l'exposition a été confiée à Dieter Buchhart, en collaboration avec Christoph Vitali.

    Adresse
    Fondation Beyeler
    Baselstrasse 101
    4125 Riehen/Bâle

    Heures d'ouverture
    Tous les jours de 10h à 18 h. Le mercredi jusqu'à 20 h.

    Informations additionnelles
    www.beyeler.com

     

     
  • Catégories : La représentation des bohémiens:art et littérature

    George Borrow et les Gypsies(Pour Elisabeth)

     

    MON TRAVAIL DE DEA P.2:

    BORROW (George), Lavengro. Le maître des mots. Le savant, le gypsy, le prêtre. Traduit de l’anglais et présenté par André Fayot. Domaine romantique, José Corti, 1996, 661p.

     

    Agent de la British and Foreign Bible Society, Borrow est un missionnaire écossais et protestant. « Au moment même où il fait preuve à l’égard de Rome d’une hargne qu’on a quelque mal a comprendre aujourd’hui, il montre pour les Gypsies ou les Irlandais – deux populations victimes à l’époque d’un mépris général - une ouverture et un intérêt constant[1]. » Il est un pionnier dans l’intérêt qu’il porta aux Gypsies qui incarnent pour lui deux valeurs essentielles : la poésie et la liberté.

    Il fait de son ami le Gypsy Jasper Petulengro un portrait plein de délicatesse et de chaleur.

    Dans sa préface, l’auteur présente son livre comme un « rêve fait pour partie d’étude et pour partie d’aventure[2]. » Ce rêve se situe dans les îles britanniques au premier quart du XVIII e siècle.

     

    UN EXTRAIT DU TEXTE LUI-MEME:

     

    "L'empoisonnement du cochon","Poisonning the porker",Traduction libre du "Romany Rye" de George Borrow (1843)

    Chapitre VII

     

    "Il y a un fond de vérité dans ces chansons, frère, dit Mr Petulengro1 quand les chants et la musique eurent cessé.

    - Oui, dis-je, ce sont très certainement de remarquables chansons. Je dis, Jaspers, que je souhaite que vous n'ayez pas empoisonné de porcs dernièrement 2 .

    - Et supposons que nous l'ayons fait, frère, et alors ?

    - Et bien, c'est une pratique très dangereuse, pour ne rien dire de son immoralité.

    - La nécessité n'a pas de loi, frère.

    - C'est vrai, dis-je, je l'ai toujours dit, mais vous n'êtes pas nécessiteux et vous n'avez pas à empoisonner de porcs.

    Lire la suite