Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Expo vue cet après-midi à la galerie Venise Cadre (Casablanca-Maroc, jusqu'au 14 mai 2007):Abdelaziz Charkaoui

    medium_20070430-b-exposition.jpgLe réalisme lyrique de Charkaoui 
      Publié le : 29.04.2007 | 15h06

    Un univers à mi-chemin entre le réel et l'onirique
    Cela se passe dans la campagne du nord marocain, sur le bord d'un ruisseau, à l'entrée d'une forêt luxurieuse, sous l'ombre d'un arbre ou sur un roc solitaire d'un Rif fier. Les toiles de Abdelaziz Charkaoui racontent un univers à la fois réaliste et lyrique habité par des personnages ordinaires de la vie quotidienne.


    Une belle combinaison que les amateurs du figuratif auront l'occasion de découvrir jusqu'au 14 mai à la galerie casablancaise Venise cadre. Ame profondément attachée à ses racines et pinceau bien sensible, Charkaoui ne se contente pas de reproduire la réalité dans son œuvre.

    Au contraire, ses toiles à la charge poétique bien prononcée transforment le réel, l'exaltent sans toutefois le "dénaturer". Moyennant une palette aux couleurs franches, une mise en scène à l'esthétique évidente, le peintre dépouille ses tableaux en laissant plus d'espace à l'émotion, à cette vision affectée des choses et des êtres.

    La nature, omniprésente, est un personnage à part entière. Elle se livre à un jeu de cache-cache bien orchestré sous la direction du peintre romantique. Entre pénombre et lumière, mère nature donne l'impression d'émerger, d'osciller selon les humeurs du peintre qui maîtrise à la perfection ses clairs-obscurs bien significatifs.

    Dans la plupart de ses toiles, Charkaoui livre une vision à mi-chemin entre le réel et l'onirique. Les fonds noirs, fétiches au cœur du peintre, accentuent cet effet et confèrent aux tableaux une touche mystérieuse et mystique à la fois. Quels secrets, Charkaoui essaie-t-il de cacher derrière ces voiles noirs ? Discrétion assumée ou simple pudeur ? En tout cas, ses personnages, surtout les femmes, se présentent rarement de face. Peintes de dos, on ne fait qu'entrevoir leurs visages.

    Tout le sens, toute la charge émotionnelle des toiles se transmettent par la mise en scène au décor réduit et par les titres significatifs. "Côté opposés", "La réconciliation", "Les aveux", "La fautive", "Chemin obscur", "Isolées", "La confidente"… les femmes de Charkaoui avec leur accoutrement typique du nord et leurs tenues traditionnelles en rouge et blanc sont "humaines", bien vivantes et surtout réelles.

    Ce sont les habitantes du Rif qui partagent avec nous, le temps d'une toile, leur quotidien, leur vécu, leur vie simple… cette même vie qui n'a jamais cessé de fasciner le peintre et d'influencer son œuvre malgré le temps et l'éloignement. Car le pinceau de Charkaoui ne se lasse pas de "rapporter" cet univers particulier devenu, au fil des tableaux et des expositions, une identité, un style, une signature reconnaissable entre mille.

    Le geste précis, l'esprit vif et le sens esthétique aigu, Charkaoui a un œil quasi-photographique. Son plus ? C'est l'émotion qui se dégage de la touche raffinée et lyrique de cet artiste prônant un réalisme "personnalisé" et moins "froid". C'est là où excelle l'artiste, où il vainc la grande précision de l'appareil photo et son implacable objectif.

    C'est cette sorte d'impertinence assumée qui ouvre le travail figuratif de Charkaoui sur d'autres possibilités et à d'autres interprétations. L'art n'est-il pas subjectif ? Abdelaziz Charkaoui le confirme par sa dernière exposition. Si vous en doutez encore, allez-y la découvrir… c'est tout un univers à explorer.

    _______________________

    L'artiste en bref

    Né en 1963 à Larache, Abdelaziz Charkaoui est un lauréat de l'école des beaux-arts de Tétouan. Son style, il l'a personnalisé à coup d'expériences et d'expositions. Ces toiles sans figuratives avec une grande précision du geste et une évidente perfection du dessin.

    Le nord du Maroc, ses paysages et ses personnages sont les thèmes de prédilection de l'artiste. Ses travaux sont une combinaison bien réussie entre les scènes quotidiennes ordinaires et le lyrisme de l'"âme marocaine" qu'est Abdelaziz Charkaoui.

    Il expose depuis 1986 à Casablanca, Paris et Madrid. Il vit et travaille entre Paris et sa ville natale, Tétouan. Ses œuvres figurent parmi les collections du Palais Royal, de la Société générale marocaine des banques, d'Attijari Wafabank et de Comanav.


    Hayat Kamal Idrissi | LE MATIN

    http://www.lematin.ma/Journal/Article.asp?idr=artcu&idsr=expos&id=72175

  • Expo vue cet après-midi:Ahmed Krifla au Carrefour des Arts jusqu'au 31 mai 2007 (Casablanca-Maroc)

    medium_krifla.jpgAttaché à la vie quotidienne des Marocains, il
    n’hésite pas à aborder des thèmes particuliers comme le travail, les villes, ainsi que d’autres sujets plus colorés
    tel que les animaux et les bergers.
    Krifla ne peut être considéré uniquement comme un artiste naïf, sa technique de peinture étant plus élaborée,
    néanmoins sa vision colorée et certains thèmes s’en rapprochent.
    Il est l’un des artistes marocains les plus appréciés, autant par les amateurs que par ses pairs qui le voient
    comme le « Douanier Rousseau » de la peinture marocaine.

    http://www.cmooa.com/catalogues/2007-04-14.pdf

     

    image: http://belmadani.elmadani.free.fr/krifla/krifla.html

    Ce tableau ne donne pas une idée très juste de ce que j'ai vu à la galerie ou dans ce que j'ai dans mon petit catalogue... 

  • Catégories : La culture

    Walter Benjamin, l'incompris capital

    PAUL-FRANÇOIS PAOLI.
     Publié le 03 mai 2007
    Actualisé le 03 mai 2007 : 11h45

    Jean-Michel Palmier - Une imposante biographie d'un penseur marqué par l'errance et l'insatisfaction.

    RÉFUGIÉ en France après avoir quitté l'Allemagne nazie, Walter Benjamin s'est donné la mort le 26 septembre 1940 à Port-Bou, à la frontière espagnole, par crainte d'être livré à la Gestapo, mais aussi sans doute par lassitude, comme le suggérera son amie Hanna Arendt. Il avait 48 ans et depuis sa disparition, l'intérêt pour une oeuvre éclectique - il traduira et commentera Kafka, Proust, Baudelaire et écrira beaucoup sur Paris ainsi que sur l'art et la photographie - n'a cessé de croître, notamment à travers les éclairages que donneront de son parcours Theodor Adorno ou le grand spécialiste du mysticisme juif, Gershom Scholem.
    Attraction paradoxale
    Penseur atypique marqué par l'errance et l'insatisfaction, Benjamin a connu l'isolement propre aux intellectuels incapables de devenir les idiots utiles à une idéologie, et ce malgré son attraction paradoxale pour le communisme, situation que fait ressortir Jean-Michel Palmier dans l'imposante biographie qu'il lui consacre : Walter Benjamin, le Chiffonnier, l'Ange et le Petit Bossu. Pourquoi paradoxale ? Parce que Benjamin est hanté par la question du langage et de son éventuelle origine divine - il sera un lecteur passionné du poète Hölderlin -, préoccupation qui n'est pas précisément celle du marxisme. « Le langage est tout simplement l'essence spirituelle de l'homme », écrira Benjamin pour qui le propre du poète est de libérer les mots de leur gangue fonctionnelle - il s'intéressera notamment au surréalisme à Paris, où il vivra durant l'entre-deux-guerres - pour faire résonner en eux leur force originelle.
    Si sa vie fut aussi tragique, suggère Palmier c'est, entre autres raisons, que cet homme fut tiraillé entre un leitmotiv politique matérialiste et une attraction pour le judaïsme dont témoigneront ses relations avec Gershom Scholem, qui tentera de le convaincre de venir vivre en Palestine. Impossible à résumer ni même à synthétiser, la pensée complexe de Benjamin ne peut que s'appréhender à travers le chaos de son temps.
    Lire aussi la Correspondance de T. Adorno et W. Benjamin, Le Promeneur/Gallimard, 26,50 eur, à paraître le 25 mai.
    Walter Benjamin, le Chiffonnier, l'Ange et le Petit Bossu de Jean-Michel Palmier Klincksieck, 866 p., 39 €.
  • Catégories : La langue (française)/ les langues

    Malherbe vint

    par Claude Duneton.
     Publié le 03 mai 2007
    Actualisé le 03 mai 2007 : 11h49
    QUEL plaisir de lire Ronsard ! Le chant de la langue ! Même si le dit est parfois rhétorique, la musique est là, avec les vieux mots qui donnent une vérité à ses plaintes. Lorsqu'il embouche le fifre lent des tristesses futures, Ronsard donne un tour désolant au thème des regrets - à sa maîtresse :

    Après ton dernier trépas,
    Gresle, tu n'auras là-bas
    Qu'une bouchette blesmie ;
    Et quand mort je te verrois
    Aux ombres je n'avourois
    Que jadis tu fus ma mie.

    Pour peu que l'on ait soi-même une maîtresse morte, on pleure en le disant...
    Penser, alors, qu'il y a quatre cents ans ces jours-ci il souffla sur Paris un vent de basse cuistrerie pour venir éteindre ce flambeau de poésie ! En 1605, un furieux sourd, qui se voulait ciseleur de vers mais n'avait encore presque pas écrit, arriva à la Cour pour s'y faire une rente. Poète laborieux, sans inspiration, tâcheron du rythme et de la rime froide, Malherbe - car c'était lui ! - se mit en devoir de donner des leçons à la langue française et de tailler en sacrilège dans la belle floraison dont l'avaient ornée les poètes de la Pléiade. Malherbe vint, hélas ! tout gâcher. Ce Normand de cinquante ans, plutôt aventurier, méchant comme une teigne, qui avait fait souche à Aix-en-Provence, devint le courtisan assidu d'Henri IV, dont il obtint les faveurs à force de courbettes ; il assassina la poésie française, qui mit deux siècles à ressusciter !
    Courtisant aussi la reine Marie (la « grosse banquière ») qu'il avait eu l'habileté de célébrer à sa sortie d'Italie par une ode assez piètre - « La voici la belle Marie / Belle merveilleuse d'Hétrurie » - le poète de cour prit très vite un ascendant terrible sur le peuple rimant de ce début de siècle. Mais il fut secondé : à force de sarcasmes, ce dégoûté fonda la triste école des « puristes ». Sa doctrine était simple : elle consistait principalement en des refus ; refus de tout ce qui était ancien, d'abord, et sentait la langue du XVIe siècle, considérée comme du « gaulois ». Refus également des néologismes, des créations dont les gens de la Pléiade avaient fait leur miel. Cette double exclusion avait pour résultat évident d'appauvrir l'idiome, de l'assécher même.
    Il y eut des protestations véhémentes : « Ils réduisent notre langage à la besace et à une honteuse disette et mendicité », s'exclamaient les personnes de bon sens. Ce fut en vain, car l'époque voulait avant tout rompre avec ce qui pouvait rappeler le temps de l'abominable guerre civile qui venait de se terminer, sept ans plus tôt, par l'édit de Nantes, dont l'une des clauses préliminaires stipulait qu'il serait désormais interdit de parler du passé ! En effet, beaucoup des interdits inexplicables qui frappent encore notre langue, - comme « la tante à Lucien » -, ont pour origine une lubie personnelle de François Malherbe, ce « coeur sans amour, esprit sans rêve », selon Ferdinand Brunot.
    L'orientation élitiste que prit ainsi la langue française durant le premier tiers du XVIIe siècle jusqu'à la création de l'Académie, laquelle en fut le simple prolongement et non pas l'initiatrice comme on le croit, est entièrement due aux réglementations de Malherbe et de ses suppôts. La conséquence de cette rupture fut que le français littéraire, bientôt le seul officiel, évolua désormais en champ clos, au sein de la cour de France. Il se détacha peu à peu de la langue commune, qui poursuivait son bonhomme de chemin parmi la petite et grande bourgeoisie - parisienne essentiellement.
    La langue française, de plus en plus surveillée, codifiée, émondée, raffinée, devint une plante en pot ; elle fournit, certes, les plus belles gerbes, avec l'une des plus fameuses productions littéraires au monde, mais elle se coupa pour deux cent cinquante ans de la base de sa population. Nous subissons de nos jours les retombées de cette absence populaire infligée jadis par Malherbe - un avenir proche nous dira si cette absence était mortelle. Pour l'instant, c'est une chose à craindre, en dépit des aveuglements plus ou moins volontaires, mais demain ?... Claude Imbert écrivait très récemment : « Il n'est pas, aujourd'hui, de plus grande cause française que celle de sa langue. » Il disait aussi : « La misère du verbe fait la violence du poing. »